L'ARMÉE IMPÉRIALE EX ARMENIE
d'Arménie, forte de quatre-vingt mille Iiommes, avec le roi des rois et les princes ses alliés ou ses vassaux.
Les deux partis opposés étaient toujours encore en présence, même dans le camp de cette armée nationale. D'une part nous voyons que les contingents de la province de Saçoun semblent, dans la nuit de l'arrivée des impiuiaux, avoir tenté de s'opposer vivement à l'entrée de ceux-ci sur le
RUINES de la ville d'Ani, capitale du Roi des Rois Pagratides d'Arménie d la fin da X'"' Siècle. Palais des Rois oa " Thahaiors ".
territoire arménien ; de l'autre nous voyons le roi des rois et la masse des jirinces et des barons d'Arménie dépêcher au basileus des propositions délinilivement pacifiques, accompagnées d'une lettre du patriarche Valian par laipielle le pontife déposé, mais demeuré quand même fort influent, s'interposait vraisemblahlenifnt auprès de Jean en faveur de sa naliun. Jean Tzimiscès, Kyr Jean, ainsi que l'appellent toujours les historiens nationaux, se souvenant de ses origines arméniennes, conslamnienl désireux de gouverner i)lutôt par les moyens pacifiques, fit à ces ouvertures
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le plus bienveillant accueil, et un traité définitif fut aussitôt signé entre le basileus et le roi des rois. Vivres et fourrages furent fournis aux impériaux. Un corps nombreux de troupes auxiliaires arméniennes leur fut adjoint pour la campagne contre les Sarrasins. Très probablement le désir d'obtenir ce précieux concours, car les guerriers d'Arménie comptaient parmi les meilleurs de l'Orient chrétien, fut pour beaucoup dans les motifs qui poussèrent Jean Tziraiscès à se détourner ainsi de sa route vers le sud, si loin dans la direction de l'Orient (1).
Aschod III, le Miséricordieux, avec lequel le basileus venait de faire ainsi sa paix, et qui avait succédé à son père Apas en 932, compte parmi les meilleurs et les plus fortunés souverains de sa nation. Les diverses contrées d'Arménie sous son règne étaient jiarvenues au plus haut degré de leur puissance. Jamais lillustre lignée des Pagratides ne fut plus glorieusement réprésentée. Tous les dynastes arméniens, le roi du Vaspouraçan, tous les princes ses voisins ainsi que beaucoup d'émirs mahoraétans reconnaissaient sans conteste la suzeraineté du Schahi Armèn. dont la grandeur s'était fort accrue par l'affaiblissement même du Khalifat de Bagdad, tleluici traitait le Pagratide presque d'égal à égal, et, en 961 déjà, à la suite des victoires remportées par lui sur le Ilamdanide Seîf Eddaulèh, il Tavait décoré de ce titre pompeux.
Aschod III, prince très pieux, grand théologien, fut encore, je l'ai dit, un grand bâtisseur. Sous son règne, les églises, les couvents, les palais, les beaux édifices de pierres de taille admirablement appareillées, chargés d'inscriptions lapidaires et de délicats ornements sculptés, surgirent de toutes parts, couvrant de leurs masses bizarres mais pittoresques la terre d'Arménie. Ce fut ce prince qui fit vraiment d'Ani la capitale célèbre et somptueuse de ses États et qui embellit extraordinairement cette reine des cités arméniennes, berceau de la puissance de sa race, sur le ravin sombre au fond duquel aujourd'hui comme alors bondit l'Akhourian torrentueux. De même lui et la reine sa femme élevèrent de nombreux édifices pieux aux environs : ainsi en 973, avec le concours du patriarche, la belle cathédrale d'Arghina (2). Aschod devait mourir dans l'année 977, un an après Jean
(1) Voy. Tchamtchian, op. cit., II, 84.
(2) La coupole arrondie, inconnue jusquo-Ui en Arménie, s'y rencontre pour la première