ABDICATION DU KHALIFE MOTIII
décoré par Et-Ta'yi du titre dejN'asser Eddaulèh, marcha contre lui avec le nouveau Khalife et ses Turcs et ratteignil à Wasit, où il s'était réfugié. Dans ces environs on combattit cinquante jours de suite et Bakhtyàr eût certainement succombé si son cousin Adhoud Eddaulèh n'était accouru de Perse à son secours et n'eût lini ]iar battre les Turcs. Ceux-ci, Subuktéguin étant mort, avaient pris pour chef AftcUîn. Adlnjud Eddaulèh, appuyé jiar les Deïlémites et les Chiites, réussit nièiuc à les chasser entièrement de Bagdad, mais le triomphe si court de Subuktéguin n'en avait pas moins donné le premier coup à la chute de la puissance des Bouiides.
Laissons l'antique emj)ire des Khalifes se débattre dans l'anarchie sanglante des débuts de ce règne nouveau et retournons au basileus Jean et à ses soldats. Du peu que nous savons sur cette campagne de l'an 974 il semble du moins résulter avec quelque certitude que jamais encore depuis de longues années, armée byzantine ne s'était avancée si loin vers le sud dans la direction de Bagdad. Pséanmoins il avait fallu s'arrêter avant d'atteindre la capitah^ inviolée, et les bataillons byzantins, vaincus par la soif,mais non par l'ennemi, avaieni dû cette fois encore rebrousser chemin vers le nord (1).
(I) Yahia, d'ordinaire infiniment mieux informé que les Byzantins pour toutes ces guerres orientales, nous donne de cette première expédition de Jean en Asie un récit en somme très (lifTérent (voy. Rosen, op. cit , note 14.3). Pour cet écrivain, cette campagne eut lieu non en 974, mais jjien dès 972, après la fin de la guerre contre les Russes, qu'il place, contrairement au témoignage de Léon Diacre, dès l'année 300 de l'Hégire (4 nov. 970 au 23 oct. 971). Il fait commencer les opérations par la prise de Nisibe, le 12 octobre 972, l'Euphrate ayant été franchi peu de jours auparavant. De Xisilie, où il signa l'armisace avec Abou Taglib, le basileus, qui avait donc dû quitter Constanlinople dans le cours de l'été au plus tard, aurait alors marché sur Mayyafarikin, et cette ville, contrairement au dire des Byzantins, aurait résisté aux attaques des impériaux. « Alors, poursuit l'écrivain syrien contemporain, dont le récit est certainement en beaucoup de points le plus véridique, le basileus s'en alla, laissant un de ses esclaves (c'est-à-dire un de ses lieutenants) comme domestique des forces d'Anatolic ou d'Orient ii Batn-llanzit. >)
C'est là le fameux Mleh dont il faudrait donc, si l'on s'en tenait au récit de Yahia. placer la malheureuse campagne après et non avant la première expédition syrienne de Jean Tziraiscès. Voici le récit que fait le chroniqueur antiochilain de ces aventures du chef impérial arménien. « Et après que le basileus se fut éloigné de ce pays, celui-là, le domestique, alla de Batn-llanzit à Amida et l'assiégea, et une grande bataille eut lieu entre lui et les Musulmans dans le mois de raniadhan de l'an 3C2 de l'Hégire (5 juin au 4 juillet 973). Et une grande ([uantilé d'hommes périrent des deux cotés, et le domesliciue fut emprisonné avec beaucoup de ses gens, elles Musulmans leur prirent un grand butin, des armes et des vivres. Et le domestique demeura prisonnier chez Abou Taglib jusiprà sa mort, en djoumada II de l'an 3(>3 de l'Hégire (27 février au 27 mars 974). » Tout ce récit, ces dates très différentes fournies par ce chroniqueur d'ordinaire si précis et si bien informé, donnent fort à nlléchir. Comme le dit bien le baron de lici.sen, il y aurait lieu do vérifier minutieu.sement toute cette
JE. IX TZI.\flSCÈS
Durant cet été si troublé, une comète en forme de lance parut au ciel au moment de la moisson. « Située à l'Orient, dit Etienne de Darôn, elle projetait vers l'Occident et le pays des Grecs des rayons d'une lumière intense. Elle demeura visible jusqu'à la fin de l'automne. » Naturellement l'apparition de cet astre étrange troubla fort les esprits populaires, déjà surexcités par tant de scènes violentes (1).
Jean Tzimiscès, laissant probablement son armée dans ses cantonnements de Tarse et d'Antioche, fit à Gonstantinople dans l'été de cette année une entrée triomphale (2). Outre beaucoup de gloire, le basileus revenait avec un immense butin. On porta devant lui >< trois cents myriades », soit trois millions de pièces dor et d'argent monnayés, « trois cent mille livres d'or et d'argent », dit Léon Diacre. Ce fut le second triomphe de ce règne, (pii n'en était pourtant ipi'ii son aurore, triomphe splendide à travers les acclamations et les euphémies d'une population innombrable. Le cortège des captifs sarrasins, des métaux précieux, des étoffes tissées d'or, des parfums, des aromates, des armes orientales, fut d'une richesse infinie. Nous ne savons rien de plus.
chronologie du régne de Jean Tzimiscès. Malheureusenienl les éléments déûnilifsde celle vérilic<ition nous font encore défaut.
(1) Xe serait-ce point la même comète dont parlent les historiens byzantins qui parut cinq mois avant la mort de Jean Tzimiscès et fut visible 80 jours durant? Voy. Lebeau, op. cit., t. XIV, p. 142. Du reste Etienne de Darôn confirme cette opinion puisqu'il dit plus loin qu'à la fin de cette année mourut Jean Tzimiscès.
(2) M. Wasstliewfky (voy. Lambine, op. cit., p. 83) semble admettre que Jean Tzimiscès et son armée ne retournèrent pas à Gonstantinople entre les campagnes de 9H et de 975, et qu'ils prirent leurs quartiers d'hiver à .Vntioche. La chose est probable pour l'armée, mais pas pour le basileus, qui allai Gonstantinople et y eut les honneurs du triomphe. Le témoignage de Léon Diacre est formel.