‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 4 sur 99 · DEPART D'U.X PREMIER CORPS · texte numérisé non relu

DEPART D'U.X PREMIER CORPS

du prince de Kiev. Ils devaient attendre l'attaque de Sviatoslav et se préparer à tout hasard un établissement pour la mauvaise saison, tout en maintenant leurs troupes en haleine par des exercices incessants. Surtout ils devaient se garder soigneusement d'une surprise de la part de ces barbares rusés, rompus à tous les

stratagèmes de guerre, se procurer

aussi des espions parlant le russe qui

iraient au camp de Sviatoslav et en

rapporteraient des informations précises sur les intentions du chef vari-

gue, intentions sur lesquelles on n'avait en somme à Constantinople que

les renseignements les plus vagues.

Bardas Skléros alla en conséquence

établir ses cantonnements à Andrino-

ple et se contenta de faire surveiller

l'ennemi par de petits détachements.

Cependant les Russes s'étaient

répandus dans le nord de la grande

plaine de Thrace, faisant tache

d'huile. Sviatoslav avait tout disposé

pour une campagne suprême. Le

parti national ou, plus exactement,

le parti royal en Bulgarie, travaillé en secret par les émissaires byzantins, ayant tenté de préparer un soulèvement, il en avait fait massacrer les

chefs et avait comprimé par une elTroyable terreur toute velléité de résistance. De même, il s'était^ allié aux Hongrois et aux Petchenègues, avait promis à l'aristocratie bulgare le retour au paganisme et le rétablissemenl de ses privilèges, noué enfin contre les Grecs une vaste coalition de tout ce monde barbare et ajouté à son infanterie des hordes innombrables de ces cavaliers des régions du Danube, armés de lances et d'arcs, dont les Byzantins avaient depuis longtemps appris à redouter la férocité dans les combats.

IVOIRE BYZAyriN des A'"" ou XI"" Siècles. Le Christ et saint Pierre. — (Collection du comte Gr. Stroganoff à Rome).

:,(i JE.iX rZf.MISCES

Poussant sans cesse en avanl leurs éclaireurs, les avant-gardes russes atteignaieiil presque Andrinople, massacrant et pillant , faisant le vide sur leur passage. C'était en avril 970 environ. Les historiens byzantins ont, par vanité, prodigieusement exagéré le nombre de ces envahisseurs. Zonaras cite le chiffre fantastique de trois cent mille guerriers, Skylitzès celui de trois cent huit mille 1 II paraît bien plus probable que les Russes n'étaient pas soixante mille. La Chronique dite de Nestor n'en compte que la moitié. 11 ne se passa guère de temps avant que l'approche des deux chefs impériaux et de leurs contingents ne fût connue au camp de Sviatoslav. Sans hésiter, les guerriers barbares précipitèrent leur marche en avant.

Il ne faut pas croire, on l'a \m. que les Russes seuls composaient les bandes audacieuses que le ji/unc chef varègue entraînait ainsi au pillage de l'empire de Roum et de la Ville gardée de Dieu. Les chroniqueurs disent expressément que, cette fois, de nomluoiix contingents bulgares, parmi ceux de celte nation qui avaient accepté la conquête russe, marchaient sous ses enseignes, puis encore de nombreux cavaliers petchenègues (1) alliés des Varègues dans cette croisade contre l'éternel ennemi byzantin , puis des Slaves en quantité que Léon Diacre appelle des Huns, guerriers des nations soumises par les envahisseurs Scandinaves, puis des Hongrois que Skylitzès, Zonaras et Cédrénus appellent des Turks.

Ecoutez cette description, par un auteur moderne (2), des bandes qui accompagnaient à l'attaque de Constantinople, soixante années auparavant, Oleg, le prédécesseur de Sviatoslav. Cette énumération pourrait s' appliquer tout aussi bien aux non moins redoutables bandes que Sviatoslav entraînait à sa suite : k A côté des gigantesques fantassins Scandinaves, les Varègues ou Russes proprement dits, les Tauroscythes des historiens byzantins, tous revêtus de fer, armés d'épées à deux mains et de la formidable hache à double tranchant, marchaient les Slaves civilisés de Novgorod, de Smolensk et de Kiev, aux yeux bleus, aux cheveux blonds,

(1 M. Drinov [op. cil., noie 42 , M. Tclicrtkov aussi, font remarquer que Léon Diacre ne parle point ici des Petchenègues. Ceux-ci ne sont mentionnés que par des annalistes plus récents: Skylitzès, Cédrénus, Zonaras, etc.

(2) Couret, op. cil., p. 85.

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