‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 5 sur 99 · COMBAT D' AVANT-GARDE · texte numérisé non relu

COMBAT D' AVANT-GARDE

armés de lances allemandes et de glaives damasquinés ; les Slaves >iauvages des forêts, Drevlianes, Radimitches, Tivertses et Khrobates, deminus, chaussés de sandales et balançant dans leurs mains des tlèches empoisonnées ou le lasso de cuir avec lequel ils enlevaient leurs ennemis : les Finnois du lac Blanc et du haut Volga, au regard farouche, aux cheveux ardents, au teint d'un brun terreux, vêtus de peaux d'ours et portant sur leurs épaules de lourdes massues ; les cavaliers Tchoudes do la Finlande et de l'Esthonie, caracolant sur leurs petits chevaux et essayant, le long de la route, d'énormes arcs lapons ; les Biarmiens du golfe d'Arkhangel, fiers de leurs anneaux d'or et de leurs sabres turcs achetés aux Bulgares; enfin, attirés par l'espoir du gain, quelques Finnois Gvènes du lac Vléo, véritables géants redoutés pour leur force et leur sombre énergie et dont les querelles séculaires avec les Scandinaves sont symbolisées dans la mythologie du Nord par les luttes des géants contre les Ases. »

Le grand-prince de Kiev, poussant en avant la multitude confuse des cavaliers auxiliaires, dont il se souciait peu de ménager le sang, s'avançait donc sur la route de Gonstantinople avec sa su})erbe infanterie. Il ne s'arrêta qu'au moment où ses avant-gardes se heurtèrent aux tètes de colonnes byzantines. Le premier choc de cette guerre épique eut lieu dans les campagnes d'Arkadiopolis , l'antique Bergulœ, aujourd'hui Luli'- Bourgaz où Ion fabrique ces fourneaux de pipes turques qui oui donné à la ville son nom. C'était, le croirait-on, à vingt-cinq lieues seulement de la cajiitale, entre Andrinople et Tzouroulon (1) sur le Rima-Sou. affluent torrentiel de l'Erghéné !

Bardas Skléros, qui paraît avoir commandé en chef les forces impériales, n'avait pas avec lui plus de douze mille soldats (2;. C'étaient, il est vrai, des troupes d'élite. Avec elles il s'était d'abord renfermé dans Andrinople, jjuis il s'('tait retiré lentement à mesure qu'avançaient les Russes, ne répondant point à leurs jirovocations, faisant comme s'il les redoutait, obstinément attaché à cette tactique, bien

(1) Aujourd'hui Tchorlou.

(2) Tel est, du moins, le chilTre doiim'' par Skylitzès. C'est le récit de ce chronir[ueur, récit un peu postérieur, il est vrdi, à celui de Léon Diacre, mais aussi plus détaillé, i]ue j'ai suivi pour la description de cette bataille d'Andrinople.

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qu'il eût VU de suite à quel jjoiut cet ennemi aussi brave qu'imprudent semblait donner rapidement tète baissée dans le piège qu'il lui tendait. Très vite, en effet, les Russes, convaincus que les troupes byzantines n'osaient les attaquer, s'étaient mis à mépriser ces trop sages adversaires. Ils couraient de jour le pays en tout sens, passant les nuits en festins, en orgies, en danses guerrières aux sons de musiques sauvages, ne songeant plus à se garder des embûches des Grecs. C'est ce qu'attendait Bardas Skléros. Préparant son plan à loisir, appuyé sur Arkadiopolis qui couvrait son aile droite, il avait disposé ses embuscades, barrant aux Russes tout pissage en avant. Au jour fixé, il lança sur eux une reconnaissance de cavalerie sous le commandement du patrice Jean Alakas. Celui-ci qui avait ordre de simuler api'ès une rapide escarmouche une prompte retraite, exécuta habilement les ordres de son chef, « fuyant non à toute bride, mais en bon ordre avec quelque lenteur, s'arrêtant parfois pour engager une courte lutte jusqu'à ce qu'il eut attiré les Russes au voisinage du point où son général avait établi ses embûches principales ».

Alors, donnant soudain de l'éperon, Alakas et ses cavaliers, après avoir fait prévenir Bardas Skléros, s'enfuirent cette fois à bride abattue, entraînant sur leurs pas les Russes fiers d'une si facile victoire. Ceux-ci marchaient en trois corps : un composé de Russes et de Bulgares, un de Turks ou Hongrois, un troisième de Petchenègues. Le sort voulut qu'Alakas se trouvât d'abord en contact avec ces derniers au moment où, obéissant aux ordres donnés, il venait d'accélérer la fuite de ses escadrons. Ces barbares, cavaliers accomplis, s'élancèrent follement sur ses pas, croyant bien qu'ils allaient exlerminir les Grecs. Ceux-ci, tantôt fuyant en rangs pressés, tantôt faisant face à l'ennemi et jouant de l'épée, galopaient droit dans la direction de l'embuscade. Arrivés enfin, ils se détournent subitement, bondissant dans une fuite éperdue. Les Petchenègues, rompant les rangs, les poursuivent de toutes parts, confusément mêlés à eux. Tout à coup Bardas Skléros surgit avec le gros de ses forces. Consternés, les Petchenègues s'arrêtent brusquement. Leur surprise est si complète qu'ils n'ont plus le temps de fuir et ne songent qu'à défendre courageusement leur vie. Les soldats de Skléros les attaquent avec fureur tandis qu'un autre corps les charge en queue. Un instant,

BATAILLE D' ARKADIOPOLIS

la mêlée devient affreuse. Mais bientôt les deux ailes des impériaux se referment entièrement sur les cavaliers petchenègues qui, pris au filet, périssent presque tous . Les rares survivants' sont faits prisonniers. Cette action ainsi que la suivante, dont les historiens russes s'efforcent de diminuer l'importance (1), et qu'ils représentent comme un simple échec des cavaliers auxiliaires, doivent avoir été livrées dans le courant du printemps de cette année 970 (2).

Bardas Skiéros, averti par les prisonniers que le gros des forces ennemies attendait son attaque en ordre de bataille, voulant profiter du trouble causé par ce premier succès, précipite sa marche en avant.

Malgré la disproportion des forces, il va droit aux Russes. Eux, bien que fort émus par la déi'oute des Petchenègues, ne songent pas à fuir. Héroïques comme toujours, s'excitant les uns les autres à la résistance, ils attendent vaillamment l'attaque des impériaux.

Cette action principale qui suivit, à une date que nous ignorons exactement, la déroute des cavahers petchenègues, nous est racontée par Léon Diacre et par Skylitzès en termes quelque peu différents. Elle se livra dans ces mêmes campagnes d'Arkadiopohs, à Lulé-Bourgaz, sur

DIPTYQUE BYZANTIN d'ivoire du X"" Siècle environ. Croi.v portant les médaillons du Christ, de la Vierge, de saint Thomas et du Prophète David. — (Trésor de la Cathédrale de Halberstadt).

(1) Voy. Tchertkov, op. cit., p. 21S.

(2) Ililferdina, op. cit., t. I, p. 141», note 4, croit que la bataille d'ArfcadiopoIis eut lieu seulement dans le courant de l'automne.

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l'antique grande voie de Thrace, à peu près à mi-chemin entre Byzance et Andrinople. Les Russes avaient déjà dépassé d'une quinzaine d'heures cette dernière ville dans leur marche A'ers la capitale.

Bardas Skléros avait, lui aussi, partagé ses forces en trois corps. A la tète du plus important, il s'avançait en personne à la rencontre de l'ennemi par la chaussée d'Andrinople. Les deux autres se dissimulaient dans les bois sur les côtés de la route, ayant ordre de fondre sur les Russes au premier signal. Ce fut un moment solennel que celui de ce premier grand choc entre les deux nations ennemies. Il nous est impossible de nous faire une idée tant soit peu précise des forces respectives des belligérants. Chaque chroniqueur, suivant sa nationalité, exagère ou diminue à plaisir le nombre des combattants. La Chronique dite de N'stor n'hésite pas à aftîrmer que les Grecs étaient cent mille contre dix mille Russes. La vérité me parait être plus proche du dire de Léon Diacre, historien d'ordinaire assez exact et impartial, qui dit (jur les Russes étaient trente mille, fort supérieurs en nombre aux troupes de Bardas Skléros, lequel n'avait avec lui que dix mille hummes. Skylitzès, on l'a vu, dit (jue les Grecs étaient douze mille : il ajoute que Bardas sut admirablement par ses ruses de guerre et ses habiles dispositions remédier à l'infériorité de ses forces.

Donc un cuuibat violent s'engagea entre tous ces guerriers. D'abord les légers cavaliers bulgares et hongrois, incapables de soutenir les charges <le la lourde cavalerie byzantine, se rejetèrent en désordre sur li- corps de bataille principal des Russes et y portèrent le trouble. Ceux-ci, nous le savons, combattaient à jiied. Cependant. (Irpuis leurs \ictoires en Bulgarie, quelques-uns, les chefs surtout, étaient montés.

Protégés par leurs immenses boucliers, les fantassins du nord maniaient furieusement la hache et la lance. La frénésie odinique décuplait leurs forces. Plutôt que de se rendre, ils préféraient se ilonner la mort en déchirant leurs propres entrailles. Des épisodes dramatiques qui se répètent dans tous ces récits de combats avec une régularité quelque peu inquiétante, signalèrent cette première grande mêlée qui semble s'être prolongée de longues heures avec des chances diverses. An jilns foit du Iiiunille, alors qu'on s'égorgeait de toutes parts et que les clameurs des

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