‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 42 sur 99 · DÉPOSITIOX DU PATRIARCHE BASILE · texte numérisé non relu

DÉPOSITIOX DU PATRIARCHE BASILE

(le l'Église d'Orient si longtemps opin-iniée et la restauration de son indépendance, mais encore pour rétablir entièrement les bonnes relations entre celle-ci et Rome, relations si com|)lètement interrompues depuis le dernier règne. 11 semble même probable, l)ien que les sources ne le disent pas,

DEBRIS actacls du narthcx Je l'éi/Usc da monastère do Saint-Jean de Stoaclion, le plii» célèbre à Constantinople uu.v A'"" el XI"" Siècles, actaellement mosquée d' Emir-Akkeiir (Imralwr-DJanii).

(|ue le vieux patriarche, jioiu' complaire au pape Jean XIII, jiartisan de l'union |)rojetée entre Othon II et la princesse Théophano, ait puissamment contribué à conduire à ce niomenl jusque dans les bras du jeune héritier de rcnipire germanique sa fiancée orientale (1). Nous avons vu que dès la

(1) Voy. Gfrœrer, Gregor VII, t. V, chap. 30-31.

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troisième année de son règne, au printemps de l'an 972, Jean Tzimiscès envoya en Italie la jeune princesse, mais ce ne fut bien certainement qu'après avoir posé un certain nombre de conditions fort précises.

Qu'on veuille blun l'aire attention aux laits (jue voici : le 14 avril 'J72, le pape Jean XIII bénit à Rome le mariage du nouveau couple princier ; le même jnur ( Hhoii II assigne un vaste douaire à son épouse byzantine ; huit jours plus tard les deux Othon sont à Ravenne ; le 28 avril ils sont encore à Pavie ; le 20 juillet ils sont à Milan : le 14 août nous les retrouvons sur terre allemande à Saint-Gall, et jamais, depuis, Othon le Grand n'a revu la terre d'Italie. « Je pense, dit Gfrœrer, dont je cite ici textuellement les paroles, (jue Jean Tzimiscès a dû l'aire signifier à peu près ceci à son collègue d'Occident : « Vous voulez la main de Théophano pour le jeune Othon : « j'y consens, mais à condition que Ions deux, le père comme le fds, vous « vous en alliez de Rome. »

Qui oserait contester que Jean Tzimiscès ne se soit point jusqu'à cette année 972 conduit avec générosité, bien plus, en parfait catholique, envers l'Eglise? Et si ce même souverain se vit dans rul)ligation do porter à celleci, en 974, vni coup aussi dur que celui de la déposition du patriarche Basile, ne doit-on pas en inférer qu'il dut avoir pour cela les raisons les plus sérieuses'? ?sous sommes en effet très exactement fixés sur l'époque précise de cette déposition du chef de l'Eglise orthodoxe. Du texte de Léim Diacre il semble déjà ressortir nettement que cet événemenl n'i'ut lieu (pi'aiirèsle retour du basileus de sa première campagne d'Asie, donc après le mois d'aqùl de l'an 974. Mais Zonaras nous fournit une indication encore plus formelle : «Basile, dit-il, fut banni quatre ans après qu'il eut été nommé patriarche». Or ce prélat avait été élu en février 970: donc c'est bien dans le courant de cette année 974 que le vénérable Basile éprouva l'inconstance de la fortune, et Zonaras vient ici très nettement confirmer le dire de Léon Diacre. Je dois ajouter toutefois que Yahia, d'ordinaire si précis, dit que Basile fut déposé après un règne de trois ans et un mois, c'est-à-dire déjà en mars de cette année 974 (I).

(I) Rosen, op. C!7., noie 14."!.

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Il n'est que temps de rechercher quel put être l'événement considérable qui, dans cette année 974, eut assez d'importance pour pousser ce prince, jusque-là si correct en matière d'administration ecclésiastique, à prendre une détermination aussi prave. Ce fut une circonstance très subite, cntièremciil iMutteudue, l)icn laiti' en \('riir' pour expliquer l'acte si prompt de l'ardent basileus, aussi pour l'excuser en très grande parlie.

Kn juillet 974, alors (pic Jean Tzimiscès et son armée parcouraient les sables l)rùlants de la Mésopotamie, rêvant peut-être encore de marcher sur Bagdad, le « diabolique et dangereux Honiface », dit Francon, noble romain, cardinal diacre et cliet' de ce jiarti grec à Rome que tous les ellVirts d'Olhnn I™ n'étaient pas parvenus à détruire, personnage aussi rusé qu'iniluent, avait réussi, un le sail, à renverser après dix-huit mois de pontificat le pape Benoît VI, créature de l'empereur allemand. Le dix-neuvième jour de ce mois, Benoît l'ut étranglé dans sa prison par ordre de l'allié de Boniface, le fameux Crescenliiis. prétendu fils du pape Jean X et de la laineuse Théodora, lequel s'intitulait duc de Rome. Francon succéda à sa victime sur le trône pontifical sous le nom de Boniface VII.

Dès la lin d'août, ai)rès un peu plus d'un mois de règne, le nouvel et indigne chef de l'Eglise avait été à son tour honteusement chassé d'Italie |iar le parti allemand, redevenu le plus fort. Il s'était alors enfuiàConstantinople « chargé des trésors du Vatican », venant réclamer un sûr asile auprès du basileus .Jean, son protecteur naturel. Il se retrouva dans la Ville gardée de Dieu avec un autre fugitif <rilalie, le prince Landolfe de Capoue, un moment usurpateur à Salerne (1). Durant ce temps, le parti allemand vainqueur, guidé peut-être par les comtes de Tusculum, élisait à sa place, au commencement d'octobre, sous le nom de Benoît VII, un autre Romain, évêque de Sutri, fils de Deusdedit, parent à la fois d'Albéric, comte des Romains, et du pape Jean XII. (j'était la victoire complète de la faction d'au delà des monts.

Un des premiers soins de Henoîl Vil fut d'excommunier Boniface dans un synode solennel, (leliii-ci axait dn arriver dans la capilale byzantine à peu près l'ii même li'uips que le liasileiis l'entrant de sa victorieuse.

(1) Voy. p. 218.

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expédition d'Asie. Quels durenl être les entretiens tenus aussilùt au Palais Sacré? «Évidemment, dit Gfrœrer, et cela ressort de la succession même des faits, de toutes parts autour du basileus on dut s'écrier : « Rompons « avec Rome. Puisque Renoît VII a osé excommunier le fidèle partisan do « notre basileus, qu'il soit anathème à son tour! »

« Mon avis, poursuit l'historien allemand, est que ce fut bien là la ligne de conduite adoptée par Jean Tzimiscès en ces redoutables circonstances. Pour donnera cette entreprise si grave de la rupture avec Rome une sorte de sanction légale, il dut solliciter aussitôt rapi)ui du patriarche Basile. Mais le vieux pontife, très certainement, répondit à ces ouvertures par un refus péremptoire. Il ne pouvait répondre autrement, lui qui s'était constamment conduit en fils respectueux de l'Eglise, reconnaissant pour son pape le pape de Rome non point parce que celui-ci était arrivé au pouvoir jiar le secours de tel ou tel parti, mais parce qu'il se trouvait assis sur le tiùne du Prince des apôtres. Ce fut alors que Jean, exaspéré par ce refus qui bouleversait tout son plan, résolu à déposer l'entêté patriarche, dut chercher pour cela un biais qui eût quelque apparence de droit.

Dans les rangs du haut clergé byzantin, comme partout ailleurs, il y eut à toutes les époques des courtisans constamment empressés à satisfaire, lorsque cela pouvait leur être de quelque profit, les désirs du souverain quel qu'il fût. Ces louches personnages eurent tôt fait de formuler toute une série de plaintes contre leur chef hiérarchique. Léon Diacre les désigne nettement comme étant des évèques sous les dénonciations desquelles Basile succomba. Comme dans ces cas la vérité vraie ne se dit jamais, les plaignants durent se garder d'expliquer qu'on en voulait au patriarche parce qu'il était résolu à maintenir l'union avec Rome malgré l'expulsion de Boniface. Ils aimèrent mieux soutenir effrontément que Basile ne se conduisait pas en fidèle sujet du basileus, qu'il avait en outre porté atteinte à certains droits du clergé. Cette remarque caractéristique de Léon Diacre, que Basile surveillait avec trop de sévérité le genre dévie de ses pareils, signifie simplement <]ue le patriarche avait eu la main quelque peu rude à l'endroit des prêtres du p;uli île la ciiur qui l'attaquaient maintenant et qu'il leur avait à l'occasion fait sentir durement le poids de son bâton épiscopal. De même le second grief articulé par ce chroniqueur contre

DEPOSITION DU PATniARCIIE BASILE

SCÈNE de la vie populaire arabe. Repos d'une caravane. — {Miniature d'un très ancien manuscrit arabe appartenant à M. Ch. Sche^er.)

Basile, à savoir que le vieux [ii('I;il s'immisçait trop activement dans les affaires des autres, veut dire, semble-t-ii, tout uniment qu'il aimait à tenir personnellement la main à ce que le basileus exécutât fidèlement les capitulations signées en 970 entre le pouvoir séculier et son prédécesseur à lui, Polyeuctc, au nom de l'Eglise. Maintenant le patriarche pavait pour sa

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