‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 45 sur 99 · SECOXDE EXPÉDITION DE JEAN TZIMISCÈS EN ASIE · texte numérisé non relu

SECOXDE EXPÉDITION DE JEAN TZIMISCÈS EN ASIE

égyptien. L'ardont basileus ne songeait à rien moins qn'à reconquérir avec Jérusalem, la Ville Sainte du Sauveur, toutes les terres de la Syrie méridionale et l'ancienne Palestine romaine jusqu'au ruisseau d'Egypte. 11 allait avoir surtout à combattre les guerriers d'Afrique. Je rappelle qu'Antioche était cà lui, que Michel Bourtzès y commandait probablement toujours encore en son nom, qu'Alep lui payait tribut et que l'émir Saad, dépossédé de sa capitale, était censé lui payer aussi une redevance aniHK'Ile jiour ce (pii lui restait de sa principauté. l'ar contre, la plupart des autres villes et forteresses de la Syrie du nord avec les cités maritimes de la cùlc; de l'Iiénicie avaient déjà, sembk'-t-il, écbajipé à nouveau à la domination byzantine. Ce sont elles, en elfet, que nous allons voir Jean Tzimiscès reprendre de force avec sa fougue accoutumée.

Jusqu'à ces dernières années nous étions aussi mal renseignés sur cette superbe expédition de 975 que sur la précédente. Comme c'est presque toujours le cas ])0ur cette époque obscure entre toutes de l'histoire de l'Orient, nous ne possédions [tav les annalistes arabes ou byzantins que les plus maigres détails sur cette campagne dernière d'un des plus grands héros militaires du x° siècle. Une page de Léon Diacre, une d'Aboulfaradj, où les deux expéditions de 974 et 975 sont confondues en une seule, placée par cet auteur à la première de ces années, deux lignes de Skylitzès reproduites par Cédrénus et Glycas, un précieux passage de Yahia : c'était à peu près tout.

màMJSSmzm^ "iîfSI

COFFRET BYZANTIN d'ivoire. Fin da X"" ou coiiuni-nci:mi-nt da XIl" Siècle. Trésor de la cathédrale de Lyon.

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Ces clironiqueurs éniiméraient bien les reliques conquises dans telle cité, mais ils ne disaient presque pas un mot sur les opéi'ations militaires proprement dites. Ils ne disaient point même par quelle route Jean Tzimiscès franchit le mont Taurus et nous savions seulement par eux qu'il (|uitta Constantinople au printemps pour rejoindre son armée. Puis souilain, par un saut énorme dans l'obscurité, ils nous le montraient assiégeant Membedj, capitale de la brûlante Euphratèse, cette place forte sarrasine déjà tant de fois prise et reprise dans ces guerres interminables. Bref, nous en étions réduits sur cette expédition fameuse au récit de quelques assauts de villes, à celui de la réception du basileus aux portes de Damas, à l'histoire d'une Icône miraculeuse retrouvée à Edesse par l'armée victorieuse.

Or, par un hasard extraordinaire, il se trouve qu'un autre document concernant cette campagne si mal connue, document tout à fait exceptionnel, nous a été conservé qui n'a été que depuis peu mis en lumière. Il s'agit, ô fortune, d'une longue lettre indiscutablement authentique de Jean Tzimiscès à son nouvel allié le souverain Pagratide d'Arménie Aschod III, le roi d'Aiii. ijui lui avait, on se le rappelle, fourni dix mille soldats de son pays l'an d'auparavant! Le texte presque complet de cette lettre infiniment curieuse nous a été conservé par l'historien Mathieu d'Edesse dans sa C///'0?i/(7?<e récemment publiée. C'est là un bonheur vraiment inespéré, alors que toutes les autres archives des dynasties royales arméniennes, tant pagratide que roupénienne, ont péri depuis des siècles dans les cataclysmes au milieu desquels a sombré cette nationalité inlnrluin^e.

Cette lettre impériale, abondante en faits inédits ilu plus \i( intérêt, est un bulletin officiel aussi véridique (pie détaillé de la campagne de 975 en Syrie et des triomphes éclatants remportés par le basileus et ses troupes fidèles sur les Musulmans, bulletin signé de ce grand nom lui-même. Longtemps ignoré, demeuré jus(ju'à ce siècle enfoui dans le texte arménien du vieil évèque d'Edesse, traduit une première fois en 1811 par F. Martin, mais demeuré malgré cela presque aussi parfaitement inconnu, ce texte d'une valeur inappréciable a été traduit une seconde fois en 18.58 par M. Dulaurier, <jui I a, cette fois, vrainu'ul tiré <le la nuit où il gisait. Grâce à lui il est devenu possible de contrôler et de rectifier les récits si incomplets des

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chroniqueurs byzantins et arabes. On verni que ceux-ci n'ajoutent que bien peu de chose au récit impérial et que le plus souvent ils font erreur. Tout naturellement même, leur témoignage lorsqu'il est conlraii-e doit céder devant celui de l'illustre écrivain qui a dirigi' toutes les opérations et a certainement écrit la vérité à son allié. Quant à l'authenticité du document, elle ne saurait faire de doute (1). Certainement Mathieu d'Édesse, qui écrivait dans le pniiiicr tiers du xu" siècle, avait pu copier cette lettre sur l'original, qui devait à ce moment encore être conservé aux archives royales des Pagratides d'Ani.

Donc ce chroniqueur, après avoir raconté la pointe de Jean Tzimisccs et de son armée jusqu'à la frontière d'Arménie, le traité d'alliance signé avec le roi Aschod III, la campagne en Mésopotamie, le siège d'Amida, la marche avortée sur Bagdad, tous événements qui se rapportent aux opérations de l'an 974, poursuit en ces termes :

« Le basileus se dirigea alors vers Jérusalem (2) et érnvil à Aschod une lettre ainsi conçue (3) : (( Aschod, Schahanschah (4), mon fds spirituel (5), écoute et apprends les merveilles que Dieu a opérées en notre

(1) « L'un des plus précieux documents qui nous restent de cette époque, écrit M. Dulatfrier dans la préface de son édition de Jlathieu d'Edesse, document que nous a transmis Mathieu, est la relation de la brillante campagne que Tzimiscès entreprit dans la Syrie et la Palestine et qu'il a racontée lui-même dans une lettre adressée à Aschod 111, dit le Miséricordieux, roi de la Grande Arménie. Nous pouvons suivre maintenant d'étape en étape la marche de ce prince, décrite avec des détails qui n'ont été connus ni de Léon Diacre ni d'aucun autre chroniqueur byzantin.

« L'authenticité de cette pièce, qui provient sans doute des archives des rois Pagratides d'Ani, ne saurait être mise en doute, car les fautes mêmes que l'on y remarque prouvent qu'elle a été traduite en arménien sur un oriiiinal grec. Dans quelques passages cette version nous offre des noms propres conservant les inflexions grammaticales qu'ils avaient dans le texte primitif : on y lit : \'ridoun, qui est le nom de la ville de Béryte à l'accusatif, Br.p-j-cov; ovouldn, transcription du génitif pluriel oêiXwv, oboles. »

(2) Le basileus n'atteignit point cette ville, comme le prouve un passage de sa lettre qu'on lira plus loin. Tchamtchian et Brosset (dans Lebeau] ont fait erreur à ce sujet.

(3) Mathieu d'Edesse ne nous donne malheureusement ni le nom de la localité où cette lettre fut écrite, ni la date précise de son envoi. Certainement elle a dû être rédigée dans l'automne de l'an 975, très probablement sur la route du retour à Constantiiiople. M. Dulaurier (note 3 de la page 12) place à tort les deux expéditions de Jean Tzimiscès en Asie aux années 973 cl 974, alors que les dates vraies semblent plutôt être 974 et 973.

H) ((. Roi des rois », litre persan transcrit dans cette lettre sous sa forme arménienne. Ce titre fut conféré par les Khalifes de Bagdad aux souverains Pagratides. Aschod III portail plus particulièreraeut le titre de Schahi-Armén, « roi d'Arménie ». Mais on voit par cette lettre de Jean Tzimiscès qu'il était aussi qualifié do Schahanschah (note d'E. Dulaurier).

(5) L'autocrator et le roi Pagratide se qualifiaient iiViproquement de <• père » et de «fils « spirituel.

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faveur, et nos miraculeuses victoires, qui montrent qu'il est impossible de sonder la profondeur de la bonté divine. Les éclatantes marques de faveur qu'il a accordées à son héritage, cette année, par l'intermédiaire de Notre Royauté, nous voulons les faire connaître à ta gloire, ô Aschod, mon fds, et t'en instruire ; car, en ta qualité de chrétien et de fidèle ami de ^^'otre Royauté, tu t'en réjouiras et tu exalteras la grandeur sublime du Christ, notre Seigneur; tu sauras ainsi que Dieu est le protecteur constant des chrétiens, lui qui a permis que ^«"otre Royauté réduisit sous le joug tuut l'drient des Perses (1). Tu apprendras comment nous avons emporté de Nisibe, ville des Musulmans, les reliques du patriarche saint Jacques (2) ; comment nous leur avons fait payer le tribut qu'ils nous devaient, et leur avons enlevé des captifs.

« Notre expédition avait aussi pour but de châtier l'orgueil et la présomption de l'Emir al-Mouménin, souverain des Africains nommés Jlakher Arabes (3), lequel s'était avancé contre nous avec des forces considérables. Dans le premier moment elles avaient mis en péril notre armée, mais ensuite nous les avons vaincus, grâce à la force irrésistible et au secours de Dieu, et elles se sont retirées ignominieusement, comme nos autres ennemis. Alors nous nous sommes rendus maîtres de l'intérieur de leur pays et nous avons passé au fd de l'épée les populations d'une foule de provinces. Après quoi, opérant promptement notre retraite, nous avons pris nos quartiers d'hiver (4) .

(1) Jean Tziiuiscès fait ici allusion à sa promière exprdilion en Asie, celle de l'année précédente. « On l'a vu, il ne s'était pas avancé alors plus loin vers l'Orient que le Darôn, au nord-est de la Mésopotoraie, et à l'entrée de la Grande Arménie. Ce sont ces contrées qu'il désigne par « l'Orient des Perses ». Elles tonnaient, en effet, la limite de la domination des Parthes et des Perses, à l'extrémité orientale de l'empire grec. » (N. d'E. D.)

(2) Ceci appartient encore à la première expédition, celle de l'an précédent. Voyez page 257 où j'ai raconté d'après Yahia la prise de Nisilje. Nous apprenons ici que l'armée emporta aussi des reliques de cette ville. — Saint Jacques de Nisibe était de la race roj'ale des Arsacides, cousin germain de saint Grégoire l'illuminateur, le premier patriarche d'Arménie. 11 assista en 323 au concile de Nicée. Ses homélies ont été publiées en arménien, avec une traduction latine par le cardinal Antonelli, à Rome en 1736. (N. d'E. D.)

(3) Ce mot est une altération de l'arabe maglirébi, « occidental», et, en particulier, « originaire du Maroc ». Un peu plus tard Mathieu d'Edesse se sert de l'expression « Africains ». Par cette double dénomination il entend les Égyptiens. L'Émir al Mouménin auquel Jean Tziraiscès fait allusion est naturellement le Khalife fatimite Mouizz.

(4) Toute cette première partie de la lettre se rapporte à la campagne de 974. Les derniers mots donneraient à penser, ce qui du reste semblerait fort naturel, que le basileus ne retourna point à Constantinople entre les deux campagnes. Cependant les chroniqueurs grecs

l.ElJltE DE JEAN TZIMISCES A ASCIIOD III

MI.XIAI'UUE d'an iiuiyni^i(jut; psaïUirr hy^^aïUia da X"" Siècle de la BibliulUéijW iWuiunale. Coaronn'inent de David. Les basileis byzantins du X'"' Siècle étaient, aa moment de laar coaronneinenf, ainsi présentés aux troapes, portés sar un bouclier.

« Au commencement d'avril (1), mettant sur pied toute notre cavalerie,

placent à l'aulonino do 974 son second triomphe dans la capitale et ses démClés avec le patriarche Basile. Kn tous cas l'armée hiverna en Syrie, probablement sur le territoire d'Antioclie.

(I) Ici commence le récit de la campagne de 973.

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nous nous sommes mis en campagne et nous sommes entrés dans la Phi-nicie et la Palestine, à la poursuite des maudits Africains, accourus dans la contrée de Scham (1). ?sous sommes partis d'Antioche avec toute notre armée, et, avançant directement, nous avons traversé le pays qui autrefois nous appartenait, et nous l'avons rangé de nouveau sous nos lois, en lui imposant dénormes contributions et en y faisant des captifs. Arrivés devant la ville d'Emèse, les habitants de la contrée, qui étaient nos tributaires (2), sont venus à nous et nous ont reçus avec honneur. De là nous avons passé à Balbek, qui porte aussi le nom d'Héliopolis, c'est-à-dire la Ville du Soleil, cili' illustre, magnifique, bien approvisionnée, immense et opulente. Les habitants étant sortis dans des dispositions hostiles, nos troupes les mirent en fuite et les firent passer sous le tranchant du glaive. Au bout de quelques jours, nous commençâmes le siège et nous leur enlevâmes une multitude de prisonniers, jeunes garçons et jeunes filles. Les nôtres s'emparèrent de beaucoup d'or et d'argent, ainsi que d'une grande quantité de bestiaux. De là, continuant notre marche, nous nous dirigeâmes vers la grande ville de Damas, dans l'intention de l'assiéger ; mais le gouverneur, qui était un vieillard ti'ès prudent, envoya à Notre Royauté des députés apportant de riches présents, et chargés de nous supplier de ne pas les réduire en servitude, de ne pas les traîner en esclavage, comme les habitants de Balbek, et de ne pas ruiner le pays, comme chez ces derniers. Ils vinrent nous offrir de magnifiques présents, quantité de chevaux de prix et de beaux mulets, avec de superbes harnais ornés d'or et d'argent. Les triiiiils dos Arabes, qui s'élevaient en or à 40 000 tahégans (3), furent distribués par nous à nos soldats. Les habitants nous remirent un écrit par lequel ils promettaient de rester sous notre obéissance de génération en génération à jamais. Nous établîmes, pour commander à Damas, un homme éminent de Bagdad, nommé Thourk' (le Turk), qui était venu, accompagné de cinq cents cavaliers, nous rendre hommage, et qui embrassa la fui chrétienne. Il avait déjà, auparavant, reconnu notre autorité. Ils s'engagèrent aussi, par serment, à nous payer un tribut perpétuel, et ils crièrent :

(1) La Syrie.

(2) Comme sujets de Saad le Ilarailanide.

(3) Le tahégan d'or arménien éiiuivalait environ au dinar des .\rabes.

LETTRE DE JE.W TZlMtSLES .1 ASCIIOD [Il 28Î

Honneur à Notre Royauté !IIs s'obligèrfnt,on même temps, à combattre nos ennemis. A ces conditions, nous consenlinies à les laisser tran(|uilles. De là, nous nous dirigeâmes vers le lac de Tibériade, là où Notre Seigneur Jésus-Christ, avec deux poissons et cinq pains d'orge, fit son miracle. Nous résolûmes d'assiéger cette ville; mais les habitants vinrent nous annoncer leur soumission cl nuus ajiporter, comme ceux de Damas, beaucoup de présents et une somme de 30 000 tahégans, sans compter les autres objets. Ils nous demandèrent de placer à leur tète un commandant à nous et nous donnèrent un écrit |)ar lequel ils s'engageaient à nous rester fidèles et à nous payer un tribut à perpétuité. Alors nous les avons laissés libres du joug de la servitude, et nous nous sommes abstenus de ruinei- leur ville et leur territoire. Nous leur avons épargné le pillage, parce ipie c'était la patrie des saints apôtres. Il en a été de même de Nazareth, où la mère de Dieu, la sainte Vierge Marie, entendit de la bouche de l'ange la bonne nouvelle.

« Etant allt's au mont Thabor, nous montâmes au lieu où le Christ, notre Dieu, fut transfiguré. Pendant <jue nous faisions halte, des gens vinrent à nous, de Ramieh et de Jérusalem, solliciter Notre Royauté et implorer notre merci. Ils nous demandèrent un chef, se reconnurent nos tributaires et consentirent à accepter notre domination; nous leur accordâmes ce qu'ils souhaitaient. Notre désir était d'affranchir le saint tombeau du Christ des outrages des Musulmans. Nous établîmes des chefs militaires dans tous les thèmes soumis pai' nous et devenus nos tributaires, à Bethsan, qui se nomme aussi Décapolis (1), à Génésareth et à Acre, appelée également Ptolémaïs. Les habitants s'engagèrent, par écrit, à nous payer, chaque année, un tribut perpétuel et à vivre sous jiotre autorité. De là, nous nous portâmes vers Césarée, qui est située sur les bords de la mer Ucéane, et qui fut réduite; et si ces maudits Africains, qui avaient établi là leur résidence, ne s'étaient pas réfugiés dans les forteresses du littoral, nous serions allés, soutenus par le secours de Dieu , dans la cité sainte

(I) Le loxte porte le mol Béniala, qui est évideiumenl une altération. Eu elM, en suivant la marche de Tzirniscés vers le sud, de Nazareth au mont Thabor, nous soniiues conduits à la ville de bethsan ou Scythopolis, située à l'ouest du Jourdain, au sud du lac de ïiliériade. ("était la principale ville de la Uécapole, et de là vient sans doute la synonymie donnée par Tzimiscès. (N. d'K. D.)

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de Jérusalem, et nous aurions jui prier dans ces lieux vénérés. Les populations des bords de la mer ayant pris la fuite, nous assujettîmes la partie supérieure du pays à la domination romaine et nous y plaçâmes un commandant. Nous attirions à nous les habitants; mais ceux qui se montraient réfractaires, étaient forcés de se rendre. Nous suivîmes la route qui longe la mer et qui va aboutir en droite ligne à Béryte, cité illustre, renommée, protégée par de forts remparts et qui porte aujiiurd'liui le nom de Bérouth. Nous nous en rendîmes maîtres après une lutte très vive. Nous fîmes mille Africains prisonniers, ainsi que Xouceïry (1), général de l'Emir al-.Miiunit'niii. et d'autres ofllciers du plus haut rang. Cette villefut confiée par nous à un chef de notre choix. l'uis nous résolûmes de marcher siu" Sidon ; dès que les habitants eurent connaissance de notre dessein, ils nous députèrent leurs anciens. Ceux-ci vinrent implorer Notre Royauté et demander à devenir nos tributaires et nos très humbles esclaves à jamais. D'après ces assurances, nous consentîmes à écouter leurs prières et à accomplir leurs volontés. Nous exigeâmes d'eux un tribut et nous leur imposâmes des chefs.

« Nous étaiil remis en inarche. iinus nous dirigeâmes vers Bvblos. ancienne et redoutable forteresse que nous primes d'assaut, et dont nous réduisîmes la garnison en servitude. Nous suivîmes ainsi toutes les villes du littoral en les mettant à sac et en livrant les habitants à l'esclavage. Nous eûmes à traverser des routes étroites par où n'avait jamais passé la cavalerie, routes affreuses et très pénibles. Nous rencontrtàmes des cites |iiipuieu>es et magnifiques et des forteresses défendues par de solides murailles et par des garnisons arabes. Nous les. avons toutes assiégées et ruinées de fond en comble, et nous en avons emmené les habitants captifs. Avant d'ari-iver devant Tripoli, nous envoyâmes la cavalerie des « Thiniatsis » (des Thèmes) et des Daschkhamadtsis (2) au défilé de Karérès (3) parce que nous avions appris que les maudits Africains s'étaient postés dans ce passage. Nous recommandâmes à nos troupes de s'embusquer, et

(1) C'est leuniiquo Naoir deVIIistoii-e des Khalifes Falimites. Vny. p. 2S1.

(2) C'est quelque autre mot grec altéro.

(3) Ce passage doit se trouver dans les gorges du Liban non loin de Tripoli. Kartrés en arménien signifie « Face de pierre •) ou « de rocher ». (N. d'E. D.)

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nous leur préparâmes un piège mortel. Nos ordres furent exécutés. Deux mille de ces Africains s'étant montrés à découvert s'élancèrent contre les nôtres, qui en tuèrent un grand nombre et leur firent beaucoup de prisonniers, qu'ils conduisirent en présence de Notre Royauté. Partout où ils rencontraient des fugitifs, ils s'emparaient d'eux. Nous saccageâmes de fond en comble toute la province de Tripoli, détruisant entièrement les vignes, les oliviers et les jardins : partout nous répandîmes le ravage et la désolation. Les Africains qui stationnaient là osèrent marcher contre nous; aussitôt nous précipitant sur eux, nous les exterminâmes jusqu'au dernier. Nous nous rendîmes maîtres de la grande ville de Djouel, aj)pelée aussi Gabaon (1), de Balanée, de Séhoim (2) ainsi que de la célèbre Bourzô (3), et il ne resta, jusqu'à Ramleh et Gésarée, ni mer ni terre qui ne se soumît à nous, par la puissance du Dieu incréé.

« Nos conquêtes se sont étendues jusqu'à la grande Babylone (4), et nous avons dicté des lois aux habitants, et nous les avons faits nos esclaves; car pendant cinq mois nous avons pai'couru le pays avec des forces nombreuses, détruisant les villes, ravageant les provinces, sans que l'Emir al-Mouménin osât sortir de Babylone à notre rencontre, ou envoyer de la cavalerie au secours de ses troupes : et si ce n'eût été la chaleur excessive et les routes dépourvues d'eau dans les lieux qui avoisinent cette ville, comme Ta Gloire doit le savoir, Notre Royauté serait arrivée jusque-là ; car nous avons poursuivi ce prince jusqu'en Egypte et nous l'avons complètement vaincu, par la grâce de Dieu de qui nous tenons notre couronne.

(1) Le mot Djouel est la transcription du nom arabe de la ville de Gibelet ou Gabala, située sur la cote de Phénicic, entre Laodicée, au nord, et Balanée, au sud. Jean Tzimiscès, ou peutêtre le traducteur arménien, en affirmant ipic cette ville porte aussi le nom de Gabaon. a été entraîné probablement à cette synonymie par la ressemblance éloignée du nom de Gabala avec celui de Gabaon ; mais Gabaon, cité de la tribu de Benjamin, au nord de Jérusalem, ne peut se rencontrer dans l'itinéraire que parcourut Jean Tzimiscès, le long des eûtes de Syrie. (S. d'E, D,)

(2) Séhoun, en arabe Séhioun, petite ville et château très fort du territoire d'Antioche, s'élevant sur le haut d'une montague et protégés par de profondes et larges vallées, en guise de fossés,

(3) Ou Borzo, Place très forte, assise sur une des criâtes les plus élevées de la chaîne du Liban (Voy. pages 297 et -299). Les auteurs arabes l'appellent Barzowjeh, Berzouia ou Borzin et la placent au nord-ouest et à une journée de marche d'Apamée, et à l'est et à la même dislance du Séhioun, (N. d'E. D.)

(4) Par le nom de Babylone l'auteur entend tantôt Bagdad, tantôt le Kairc. On voit par la suite du récit, qu'il parait plutôt être ici queslion du Kaire ou Babylone d'Egypte, Quand Jean Tzimiscès dit l'Egypte, il veut certainement parler de la « Syrie égyptienne ».

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« Maintenant toute la Phénicie, la Palestine et la Syi'ie sont délivrées de la tyrannie des Musulmans et obéissent aux Romains. En outre, la grande montagne du Liban a reconnu nos lois ; tous les Arabes qui l'occupaient sont tombés captifs entre nos mains en nombre très considérable et nous les avons distribués à nos caAaliers. Nous avons gouverné l'Assyrie (1) avec douceur, humanité et bienveillance. Nous en avons retiré environ vingt mille personnes que nous avons établies à Gabaon. Tu sauras que Dieu a accordé aux clirétiens des succès comme jamais nul n'eu avait obtenu. Nous avons trouvé, à Gabaon, les saintes sandales du Christ, avec lesquelles il a marché lorsqu'il parut sur la terre, ainsi que l'Image du Sauveur qui, dans la suite des temps, avait été transpercée par les Juifs, et d'où coulèrent, à l'instant même, du sang et de l'eau ; mais nous n'y avons pas aperçu le coup de lance. Nous trouvâmes aussi dans cette ville la précieuse chevelure de saint Jean-Baptiste le Précurseur (2). Ayant recueilli ces reliques, nous les avons emportées pour les conserver dans notre Ville que Dirn protège. Au mois de septembre, nous avons conduit à Antioche notre armée sauvée par sa toute-puissante protection. Nous avons fait connaître ces faits à Ta Gloire, afin que tu sois dans l'admiration en lisant ce récit, et que tu glorifies, de ton côté, l'immense bonté de Dieu : afin que tu saches quelles belles actions ont été accomplies dans ces temps-ci, et combien le nombre en est grand. La domination de la Sainte Croix a été étendue au loin, en tous lieux ; partout, dans ces contrées, le nom de Dieu est loué et exalté ; partout est établi mon empire avec éclat et majesté. Aussi notre bouche ne cesse de rendre de solennelles actions de grâces à Dieu, qui nous a accordé d'aussi magnifiques triomphes. Que le Seigneur, Dieu d'Israël, soit donc éternellement béni. »

Le texte de ce triomphant bulletin de victoire, précieux entre tous, est immédiatement suivi, dans le récit de Mathieu d'Edesse, de cette autre missive impériale adressée à un des fonctionnaires militaires du roi

(1) C'est-à-dire « la Syrie ».

(2) Suivant Léon Diacre, ce fut à Merabedj que Jean Tziniiscos trouva les sandales du Christ et la clievelure de saint Jean-Baptiste. De mûme cet auteur affirme que ce fut à Béryle que le basileus obtint la colèbre Image miraculeuse du Sauveur. C'était un tableau représentant le Crucifiement.

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