AUTRES LETTRES DE JEAN TZIMISCÈS
Ascho(l,gouvornf'iir de sa jirovince ileDarôn. Ce document, dont l'authenticité frappante \ii'nt arOrnier encore celle de la lettre au roi d'Arménie, a trait à deux des clauses du traité signé par Jean Tzimiscès avec Aschod l'année précédente, clauses qui n'avaient point été exécutées. Certainement les deux lettres, comme aussi la troisième que je transcris plus loin, ont dû être expédiées par le même courrier. De même elles ont dû être déposées ensemble aux archives royales d'Arménie, où Mathieu d'Édesse les aura retrouvées et transcrites toutes trois en suivant. Voici la lettre au gouverneur du Darùn :
(( A Anaph'ourden Léon, protospathaire de Terdchan (1), gouverneur militaire du Darôn, salut et joie en notre Seigneur! Nous avons appris que tu n'as pas remis la forteresse d'Aïdziats, conmie tu l'avais promis. Nous avons écrit à notre commandant de ne pas l'occuper et de ne pas prendre les mulets que tu étais convenu de livrer, parce que maintenant nous n'en avons jilus besoin ; mais les 40 000 oboles que nous avons envoyées, fais-les porter à notre commandant, qui les transmettra à Notre Royauté. Tu obtiendras la récompense de tes travaux et une moisson proportionnée à ce que tu auras semé ; tous les biens possibles au fur et ta mesure que tu les auras mérités (2) . »
« Tzimiscès, poursuit Mathieu d'Édesse, écrivit aussi au docteur arménien Léonce la lettre que voici : » Léonce était, on se le rajipelle, un des ambassadeurs envoyés l'année d'auparavant au basileus par le roi Aschod. On sait que Jean avait fait à ce personnage une réception particulièrement gracieuse et lui avait conféré le titre de rabounabcd ou chef des docteurs. On apprend par la curieuse lettre qui suit et qui certainement a dû être retrouvée par l'évêquo d'Edesse avec les deux précédentes, (jue le souverain et le philosophe étaient demeurés dès lors dans
(1) District dn l:i lliuilo Armc-nie, sitiu-e à l'ouost de Gariu ou Théodosiopolls (Erzeroiim'i.
(2) Cutte lettre est li-ès curieuse. Jeau Tzimiscès parle eu maitre au fonctionnaire arménien. L'Arménie n'est plus en vérité iiu'une terro vassale. l,e protospathaire .Vnaph'ourden avait néglifré de livrer aux Byzantins la forteresse d'Aïdziats (voy. pp. 214 et 218) connue il avait été convenu. De même il n'avait pas expédié les mulets commandés certainement pour l'expédition de Syrie. Maintenant que le basileus n'en a plus besoin, il réclame au fonctionnaire néffligent la somme qui avait été envoyée pour payer ces animaux. Mais en même temps il ne se départ pas de ses procédés de douceur accoutumée. Au lieu d'accabler l'officior arménien de sa colère, il l'assure de toute sa bienveillance, pourvu qu'il s'étudie désormais à la mériter.
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les termes de la correspondance la plus amicale. Voici le texte de la missive impériale :
t( A notre agréable et bien-aimé philosophe, l'illustre Pantaléon (i), salut ! Nous t'avons invité à te trouver, à notre retour de l'expédition que nous avons entreprise contre les Musulmans, dans notre Ville sainte et bénie. Lorsque tu vins à nous de la pari il'Aschod Schahanschah, mon fils spirituel, tu apaisas le ressentiment qu'il nous avait inspiré et tu amenas Bab, le Pagratide. du district d'Antzévalsik (2), ainsi qui' Sempad Thor'nelsi (3), le protospathaire. Tu feras tous tes efTorts pour que nous te trouvions dans notre Ville gardée de Dieu et là nous célébrerons des fêtes solennelles en l'honneur des sandales du Christ, notre Dieu, et de la chevelure de saint Jean-Baptiste. Je serai enchanté, surtout, de te voir entrer en conférence avec nos savants et nos philosophes et nous nous réjouirons en vous. Que Dieu soit avec nous et avec vous et Jésus-Christ avec ses serviteurs. »
« Lorsque le docteur Léonce, continue Mathieu d'Edesse, eut connu la volonté de l'emiiereur, il partit pour Constantinople. Des fêtes magnifiques eurent lieu en l'honneur des sandales de Dieu et de la chevelure du saint Précurseur. L'allégresse fut générale dans la cité impériale. Notre docteur arménien soutint des controverses, en présence de l'empereur, avec tous les savants de cette ville, et se montra invincible dans son argumentation, car il répondit à toutes les questions d'une manière qui satisfit tout le monde. II fut comblé d'éloges, ainsi que le maître de qui il tenait ses doctrines, et gratifié, ]iai' I ria|MiTur, de cadeaux très précieux; [mis, tout joyeux de cette réception, il s'en retourna en Arménie, vers l'illustre maison de Schirag (4) . »
Un autre historien national il'Arménie, Samuel d'Ani, après avoir
(1 Cette variante, dit E. Dulaurier, se rencontre dans tous nos manuscrits, et il est impossible de savoir si elle provient de lauteiir de la lettre, Tziraiscès, de notre historien, ou de quelque ancien copiste qui l'aura fait prévaloir dans les temps postérieurs.
(2) Ce personnage de la famille royale d'Arménie se trouve mentionné dans ce seul document.
(3) Ou " de Thorhn ».
(4) C'est-à-dire o vers le roi Aschod le Miséricordieux, à Ani ". L'expression n Maison de Schirag » est prise pour le district de ce nom, dans la province d'Ararad. où s'élevait la ville d'Ani. capitale des souverains de la principale branche des Pagratides arméniens. Ani, ruinée successivement par les Turcs Seldjoukides et les Mongols, et par un tremblement de terre
AUTRES LETTRES DE JE.l.\' TZIMISCES
raconté, ce qui est faux, que dans cette expédition le basileus Jean avait pénétré jus(ju'à Jérusalem, mentionne également la lettre de ce prince au roi Aschod, mais sans en donner le texte, disant fort à tort quelle fut écrite dans la Ville sainte. L'unique renseitmemciil iin'ilit est qu'à cette
ÉTOFFE DE SOIE bijzantinc fahriijué:: sons le règn'j de Basile II et de Cnnstantin, et portant la marijae de ces basileis. — Musée industriel de Ddsseldurf.
impériale missive se trouvait joint [lour le roi Aschod un >omptueux présent de deux cents esclaves et de mille chevaux syriens.
Mais n'anticipons pas sur les événements et revenons ([iii'|i|iii' peu en arrière sur les indications historiques si importantes que nous fournit cette mémorable lettre du basileus Jean à son vassal d'Arménie. Par ce document il nous est devenu possible de nous rendre compte de l'itinéraire suivi jiar l'armée d'invasion et des résultats obtenus par elle, infiniment mieux, bien plus exactement, plus complètement, que par les si insuffisants récits des autres sources. Dans la lettre de Jean Tzimiscès, toute la
en 1317, fut abandonnée définitivement par ses habitants en 1319 ; elle ne subsiste aujourd'hui que par ses magnifiques ruines, que j"ai eu la joie de visiter au mois de septembre dernier. Voyez les gravures des pages 248, 249,253, 2j6, 237 et 361.
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marche des Grecs est en effet très nettement tracée. Nous allons refaire pas à pas avec le basileus et ses troupes cette longue et glorieuse marche en joignant au texte de la lettre à Aschod les quelques renseignements accessoires fournis par les chroniqueurs.
Léon Diacre, racontant cette brillante expédition à sa manière, fait paraître d'abord Jean et son armée sous les murs de Membedj. « Jean, dit-il, prit cette ville de force après avoir battu les murailles avec toutes ses variétés de machines de guerre. » Puis il se borne à ajouter que les Grecs trouvèrent en ce lieu les sandales du Christ et les cheveux du Précurseur, reliques il'iin jirix inestimable. Ce détail isolé peint bien cette époque étrange. Jean Tzimiscès qui, en vrai basileus byzantin, semble avoir été au moins aussi dévot que brave, éprouva une joie extrême de cette trouvaille. « Il emporta ces reliques, dit le chroniqueur, comme un don du Seigneur, et lors de sa rentrée triomphale dans la Ville gardée de Dieu, il déposa de ses mains les saintes sandales, « trésor exquis », dans le temple illustre de la Mère de Dieu, qui est au Palais Sacré (c'est-à-dire la chapelle impériale de Sainte-Marie du Phare), et la chevelure de saint Jean-Baptiste dans ce petit oratoire également palatin du Ciirist de la Chalcé qu'il chérissait d'un si grand amour après l'avoir fait entièrement reconstruire (1). »
Le récit du Diacre nous montre ensuite le basileus et son armée devant l'antique Aparaée, puissante place de guerre sur le cours supérieur de l'Oronte. Malgré sa force, celle-ci aussi succomba après peu de jours. Léon ne dit rien de Balbek, mais cette ville est citée par Elmacin comme ayant été de même prise par les Byzantins, et le chroniqueur raconte, détail curieux, comment son sheik épouvanté dut faire au basileus vainqueur les honneurs de ses temples merveilleux, ruines géantes, i-eliques dernières de la cité du Soleil. Enfin Léon Diacre amène Jean sous les murs de la radieuse Damas, alors vraiment encore la perle de l'Orient. Ici, de concert avec l'historien syrien Aboulfaradj, il nous fournit quelques précieuses indications inédites :
Il y avait beau temps qu aucun basileus byzantin n'avait foulé du pied de son cheval de guerre les vertes campagnes de cette reine des villes de
(I) Voy. pp. 80 et 84. Voyez à propos de ces saintes reliques la note Je la page 169 du I. IV de l'édition de Zonaras publiée à Leipzig par Dindorf.
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Syrie, mollement étendue au delà de la montagne parmi ses grands jardins. Même Nicéphore Phocas n'avait pu pousser aussi loin. Lorsque Jean, à la tête de son brillant état-major, approcha des portes de la grande cité sarrasine, antique résidence des Ommiades, célébrée par tous les poètes de l'Orient, il vit venir à sa rencontre, raconte Léon Diacre, un immense et suppliant cortège. C'était l'émir turc Aftekin. ipir les chroniqueurs byzantins nomment Phatgan, celui dont j'ai parii' phis haut à propos de la conquête qu'il avait faite de Damas peu de mois auparavant (1;. Suivi des notables, des prêtres, du peuple en nombre infini, il venait humblement apporter au basileus les clefs de la cité. 11 y avait quelques mois à peine, après la défaite définitive des envahisseurs karmathes par les Africains, après bien des luttes en Syrie, que la superbe cité, riche et lettrée, toujours encore boulevard en Asie des rites sunnites, était tombée aux mains de ce noble émir chassé de Bagdad jiar Adhoad Eddaulèh (2). Après en avoir expulsé les Egyptiens, il s'y était installé avec ses bandes fidèles, et, bien que faisant dire la prière officielle au nom de l'Abbasside Et-Ta'yi, il était rutré en négociations avec le Fatimite d'Egypte. 11 s'était plus ou moins réconcilié avec lui et avait été nommé par lui son lieutenant à Damas. En réalité il était tout à fait indépendant. Seulement, comme tout le reste de la Syrie méridionale et maritime se trouvait maintenant aux mains des garnisons africaines de Mouizz, il s'était vu contraint de faire bonne figure à celui-ci (3). *
Aftekin, type achevé du parfait émir oriental de l'époque, descendit de sa monfcure devant son trop puissant adversaire. Au milieu de la poussière du chemin, prosterné jusqu'à terre, il baisa plusieurs fois le sol devant son nouveau maître. Aboulfaradj, qui nous rapporte ce détail, dit encore : « Bar Zaccath, noble arabe syrien, avait écrit à Phatgan, le conjurant de ne pas être assez insensé pour chercher à résister à Tzimiscès. Phatgan obtempéra de suite à ce conseil ».
(l)Page 280.
Ii\ En l'an 304 de l'IIégiri:" (sept. 974 à sept. 915). Je.in Tzimiscès se présenta devant Damas dans le cnni'ant de l'éti' de 1175.
{3i Nowaïri dit qne la « runionr publique, au (-onimencement de cette année, annonça (jue les Grecs se disposaient à faire une incursion ou Syrie, attendu que le Turc Aftekin avait écrit sur ce sujet à l'empereur Tzimiscès » (Quatremére, op. cit., p. 129)-
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Ce dut cire une de ces belles scènes orientales que notre imagination aimerait à pouvoir se représenter exactement. Le basileus et ses officiers à cheval dans leurs plus éclatants costumes de guerre, entourés de leurs gardes poudreux. A ses pieds, Phatgan et les anciens de la ville, tous sheiks et ulémas, en robes blanches, le cr<àne rasé, tous prosternés dans la jioussière, implorant à haute voix avec des exclamations déchirantes le vainqueur redouté. Tout à l'entour les beaux jardins, les palmiers innombrables. Dans le fond, derrière les remparts de Damas, un monde de minarets et de coupoles; sur le haut des créneaux, tout un peuple immense, peuple étrange de blanc vêtu.
Nous ignorons comment Jean Tzimiscès traita Damas conquise. Certainement il dut la traiter fort doucement, suivant sa coutume. Aboiilfaradj dit seulement que le basileus, fout joyeux de cette aventure qui lui livrait sans coup férir la capitale de la Syrie, ordonna à Phatgan de remonter à chevalet lui fit grand honneur. Plialgan lui jura obéissance et lui promit un tribut annuel de trois cent mille « zuzes » de blé, dont Jean voulut bien se contenter.
Après Antioche conquise, après Alep soumise au tribut, Damas devenait donc, elle aussi, la vassale des basileis. La frontière de l'empire reculait une fois de plus vers le sud. Ce qui suivit est bien typique. « Tzimiscès, dit Aboulfaradj, ordonna à l'émir de galoper devant lui et de donner ce spectacle à ses troupe's. » Il s'agit évidemment ici de quelque fantasia ou du noble jeu du djérid si en honneur parmi les Turcs. C'était une grâce que le basileus faisait au vaincu de lui demander cette représentation belliqueuse. « L'émir, poursuit le chroniqueur, courut donc et reçut l'approbation du basileus pour sa belle tenue. Il en fut si ému qu'il descendit de son coursier et baisa la terre devant Tzimiscès. De nouveau l'autocrator lui ordonna de remontera cheval, mais comme il ajoutait qu'il se contenterait pour la ville prise du tribut d'une année, le chef une fois encore mit pied à terre et se prosterna dans la poussière. Alors Jean, par assaut de courtoisie, lui demanda comme souvenir la noble bète avec laquelle il avait si superbement couru aux applaudissements de l'armée, puis encore sa lance et son épéc qu'il avait si habilement maniées. L'autre, transporté de reconnaissance pour une attention si délicate, ajouta à ces dons celui des riches
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vètemenls qu'il |ini'lail. Il ddiina imicoiv iIiî précieux arouiatcs, iii\ clii'vaux de prix et de nombreux javelols. Mais l'empereur accepta seulement ce cheval, cette lance et cette épée et rendit le reste, satisfait des dispositions excellentes dans lesquelles il trouvait le grand chef sarrasin. Luimême fit don à Phatgan de superbes vêtements d'apparat, d'objets d'orfèvrerie, de tissus d'argent et de ses plus beaux mulets. » C'étaient là les fameux cosliunrs destinés à être donnés en don aux princes et hauts personnages étrangers et que le Porphyrogénète recommande de placer dans les bagages du basilcus en campagne. C'étaient là les fameux mulets marqués au chiffre impérial, qui, pompeusement ornés et gaîment pomponnés, précédaient constamment le cortège du basileus en marche.
Léon Diacre dit expressément que Jean Tzimiscès imposa tribut aux Damasquins et les fit ses sujets. Les légionnaires byzantins, les paysans de Thrace et d'Anatolie, les auxiliaires slaves, ibères ou arméniens durent pren(h'e plaisir à errer [larmi les merveilleux bazars de Damas, immenses, encombrés, riches ;dor.< d" tous les plus somptueux [iroduils de l'art oriental : armes, ol)jets damasquinés de toute sorte, verres émaillés, lampes et buires, briipics faïencées, étoffes à grands dessins et grands ramages.
A partir il'ici les r.'n.'.eignemsnts des chroni(piours byzantins deviennent de [dus en plus vagues et incomplets. Sans se préoccuper de nous dire la route suivie par l'armée et son chef, ils nous les montrent d'abord enlevant d'assaut dans une attaque soudaine la forteresse montagnarde de Borzo assise sur une des cimes les plus hautes et les plus escarpées du Liban, juiis apparaissant non moins subitement devant les villes de la côte phénicienne. Sayda, l'antique Sidon, est citée la première. La ji(i|>uhitii>n sortit tout entière à la rencontre des guerriers du nord, demandant l'aman, offrant de riches présents (l). On laissa de côté cette ville si aisément conquise et on marcha sur Taràboulos, la Tripolis des Grecs. Situé(( à une assez grande distance de la mer, sur une colline d'accès difficile, un des premiers contreforts du Lilian, défendue de ce côté (lar d'épaisses murailles, protégée du l'aiitre par la mm- sur le rivage de
(l) Aliniilfarailj lait !•■ mrmo récit. — Voy. aussi Wîistriifi'M, (icsc/iichlr iler l-'iisliiniileii Clialifeii, p. 127.
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laquelle était bâti le port, cette cité no pouvait être enlevée que par uu siège long et régulier. Comme le basileus était pressé, il laissa une portion de ses troupes pour la lilnquer et courut réduire avec le reste les autres villes maritimes. Les auteurs ne nomment parmi elles que Banias, l'ancienne Balance, vers le nord, et Béryte vers le sud. Celle-ci fut enlevée de force, dit Aboulfaradj. L'eunuque Nacir, le généralissime égyptien, fut pris dans cette affaire par les Grecs (1).
A Béryte (nous avons vu que la lettre de Jean jilace cet épisode à Gabala), on trouva, raconte ensuite Léon l>iacre. une Image miraculeuse du Crucifiement dont on racontait un prodige bien fait ])0ur stupéfier. Un chrétien de cette ville avait déposé avec vénération cette Image dans sa maison. Plus tard il était allé habiter une autre demeure et, par la volonté de Dieu, il oublia dans la première ce gage sacré. Un Juif y étant venu vivre convoqua quelques-uns de sa secte à un repas dès le lendemain. Eux voyant l'Image du Christ crucifié fixée à la min-aille couvrirent leur hôte de malédictions, l'appelant apostat et sectateur du Christ. 11 Irui' jnni qu'il venait de voir l'Image pour la première fois. Alors ces misérables .s'écrièrent : « Si vraiment tu n'es pas chrétien, prouve-le en frappant du flanc de ta lance cette effigie de l'infâme Nazaréen, comme jadis nos pères l'ont frappé sur la croix. » Alors lui, saisissant son arme, fui'ieux et désirant se disculper, en perça l'Image. A peine l'avait-il touchée que de l'eau et du sang mélangés s'écoulèrent en abondance de la plaie. A ce prodige affreux on dit que les .Juifs impies tremblèrent. Le bruit de ce fait extraordinaire s' étant répandu, les chrétiens envahirent la demeure de l'IIébi'eu, et, se saisissant de l'Image vénérable d'oii continuaient à cnuler des Ilots de sang, ils la placèrent dans un lieu saint où elle devint l'objet d'une immense dévotion. Jean Tzimiscès fît prendre l'Icône miraculeuse pour la faire placer, elle aussi, dans son cher oratoire de la Chalcé au Palais Sacré (2).
(1 Wiistenfcld, o/;.ci7., p. 107. Ce récit dit qucUeïlian avec sou corps de troupes rejoignit alors Tarmée égj'ptienne battue, en prit le commandement et se jeta à la poursuite du basileus, qu'il força d"évacuer à nouveau Tripoli el qu'il battit complètement avec ses troupes africaines. Mouizz, fort joyeux de cette nouvelle, décida d'attaquer avec toutes ses forces Aflekin qui avait accepté la suzeraineté du basileus ; mais la mort leiupècha de mettre ce projet à exécution.
;2)Voy.à propos de cette relique la note de Hase dans Léon Diacre, éd. de Bonn, p.446.Les
vicroinES de jean tzimisces en piienicie 2a'j
(( Lorsque Balance et Béryte eurent succonilu'', poursuit le Diacre, Jean arriva devant Tripoli. >i Ce chroniqueur fait en flTct paraître à ce moment pnur la premièi'e l'ois le basileus devant cette \ill(! et en fixe à cette date le blocus par une portion de l'armée d'invasidii tandis que le reste allait arlic\ei' la soumissimi du lilioral. .Mais 'rri|i(di, déreiidue par sa puissante nnu'aille, |irotégée du rôlr de la nirr |>ar la Uni Le d'Egypte, résista si hiiMi (pi'au dire du Diacre un ne put la prendre.
Yahia nous a, de son côté, transmis sur celle niarclie victorieuse de Jean Tzimisces le long des rivages phéniciens quelques précieuses indications inédites : '< Et le roi partit, dit-il 'l\ ayant |)ris la route du bord de la mer, et il occupa Beyrouth et lit prisonnier l'émir de cette ville, l'eunuque Nasr, i^2) et l'envoya en terre grecque. » L'historien orientai mentionne ensuite l'échec des Grecs devant Taràboulos, la prise des places fortes de Balanée et de Djavade, qui est (iabala, la reddition de Borzoua (la Borzo de Léon Diacre) et de Sahiouu ou Seliumi. Celte dernière forteresse, célèbre aujourd'hui par son fameux et cidossal fossé taillé dans le roc vif par les croisés, fut remise au basileus [lar s(in gouverneiu' « Kouleïb le chrétien », le « secrétaire » de Yamk lacli , ancien mami'louk de Seif Eddauléh, possesseur de cette cité au nom du Khalife. *^ Et le basileus, dit Yahia, nomma des gouverneurs à lui dans ces forteresses qui, depuis lors jusqu'à aujourd'hui, uni appartenu aux Grecs (3). Et le rui lit Kuuleïl) palrice et conféra des litres à ses deux lils. 11 le nonmia aussi basilikos, c'est-à-dire gouverneur d'Anlinehe -i), et lui til don de vastes domaines. »
Ce curieux passage est un nouvel exemple de cette habile politique l)yzantine qui n'hésilail jias à combler di' litres et de faveurs, même à
<ltiix manuscnts grecs o21 (foi. 267) et 767 {fol. SS Je la liililiutUèiiiie iialioiiule, iiiaausciUs dont un est précisément cité dans cette noie de Hase, contiennent un récit anonyme du miracle de Béryte. Ce miracle a fait l'objet d'un petit traité de Germain, archevêque de Constantinoplc, qui se trouve dans le manuscrit grec 638 de la même Bibliotbèque. Cette indication manque aune petite bibliographie sur le même sujet insérée au t. X, p. 2ji, de la Biblioteca gr.eca de Fabrieius éd. Ilarless) note comiuuniyuie par M. Oinont .
(1) Voy. Rosen, op. cit., note 21.
(2) C'est le Nacir de la page précédeute, le Xouceïry du la leltrr de .lean Tzimisces.
;:)) On sait qui' Yahia l'crivait vers l'an lOlj. Ni Léon Diacre, ni Jean Tzimisces Uii-mèiiie ne donnent aucun détail sur cette piise de liorzo par les tirées, (f; l'rol);di|i'iiieul en r.'inpIanMui ut de .Michel li.iurtzès.
JEAN TZIMISCES
placer à la tète d'une des plus puissantes forteresses de l'empire un chef ennemi vaincu, pourvu que celui-ci par son adhésion pût être de quelque utilité à la chose publique, alors nitme qu'il se trouvât être, comme ici, un des lieutenants du Fatimite, avec cette circonstance aggravante qu'il était un renégat. >'ous retrouverons ce Kouleïb deux années pluis lard, en l'an 977, à une autre page de ce récit ( I).
(( A ce moment précis^, dit Léon Diacre, c'est-à-dire au premier jour d'août 973, une comète merveilleuse, divine et redoutable, prodige dépassant les conceptions humaines, apparut du côté nord du firmament et brilla au ciel quatre-vingts jours durant. Jamais encore on n'en avait vu île semblable. Jamais aucune n"avail relui d'un éclat au^si vif et aussi prolongé. Droit comme un cyprès, s'élevant graduellement du côté de l'Orient jusqu'à l'extrémité du linnanicnt, sr mnuvant dans la direction du sud (2), légèrement recourbé à son extrémité, brillant d'un éclat merveilleux, projetant de tous côtés des rayons aussi éclatants que terrifiants, cet astre prodigieux qui remplissait d'efiroi les âmes de tous, se levait chaque nuit vers la douzième heure, demeurant chaque matin visible jus- (pi'en pleine clarté du jour. Syméon, logothète et magistros, et Stéphanos, évèque de >'icomédie, deux sages parmi les sages de leur temps, observateurs éclairés des phénomènes célestes, interrogés par le basileus sur la signification de ce météore inouï, préoccupés avant tout d'être agréables au prince, lui répondirent en vrais'' couilisans (]ue c'était là pour lui un présage de victoire et de longue vie. » « Hélas, s'écrie le chroniqueur, écrivant son histoire quinze années apiès cette apparition qui tant épouvanta ses contemporains, en réalité la lenible comète prédisait bien autre chose », et il énumère douloureusement en plusieurs pages et la mort si prochaine de l'infortuné basileus et toutes les calamités qui allaient être la suite de cet événement alîreux : révoltes exécrables, luttes civiles interminables, invasions, guerres étrangères, tremblements de terre, famines, pestes, la ruine enfin presque totale de l'eiupin' nmiain ;3). Skylitzès et Cédrénus tiennent
(1) Voy. p. 376 et la vignelle de la p. 381.
(2) a Vers l'ouest, au pays des Grecs », dit l'iiistorien arménien Açogb'ig.
(3) Cette triste énuniéralion nous a niOme valu, on le verra plus loin, quelques indications très précieuses sur un certain nombre de ces événements, en particulier sur la révolte de Bardas Skléros.