MORT DE JEAN TZIMISCES
administrées en une luis, enipiiisûiinrnl .. Icnleaient et sùremeiil ». Il I'miiI laisser ces légendes aux racontars du [lassé. De tout temps, surtout dans ces époques diHiivci'selle ii>norance, les fins brusijues de ]iersoiina^es rii vue, lins accompagnées de symptômes morbides insolites et violents, furent attribuées par le |i(ipulaire au poison. Comment l'eunuque IJasile aurait-il pu se maintenirau premier rang après la mort de Tzimiscès, comment serait-il demeuré le tout-puissant régent et ministre des deux jeums basileis si on avait pu [)ubliquement laccuser et sérieusement le conxaincre d'un tel crime? Je laisse au lecteur le soin de trancher à son gré cette question obscure et difficile (1 !.
Ainsi mourut, après six ans et un mois de règne (2), ce grand empereur, « ce petit homme île force héroKjiie, audacieux et invincible, courageux dans le im'tII, d'une valeur singulière ». Sa mémoire demeure souillée
1) Mathieu JÉJesse, qui l'crivait Jans la première moitii' du xii' siècle, donne un réei l'orl différent, quelque peu fantastique, de la mort de Jean Tzimiscès. Je le reproduis ii lilnde curiosité. Ou y retrouve certainement l'écho des velléités de vie monastique, non de notrf héros, mais de son prédécesseur, Nicéphore Phocas. Mathieu d'Édessc aura fait confusion entre les deux princes. Voici sa narration :
« Après un L'rand nombre de combats livrés et de victoires remportées, Tzimiscès fut tout à coup saisi de la craintn de la mort et de la frayeur des terribles jugements de Dieu. Il se rappelait dans ses rédexiims la mort injuste du vertueux Nicépliore et son sang innocent versé par lui. Plongé dans une douleur profonde, il pleurait et poussait des soupirs. Alors il résolut d'adopter une vie sainte, pour parvenir, si c'était possible, à racheter, à forci' de repentir, le meurtre qu'il avait commis. Il y avait cinq ans ans seulement qu'il était sur le trùne.
fc Tandis qu'il était dans ces pensées, il lui vint une bonne inspiration, conforme aux volontés de Dieu. Il envoya à Vaçagavan, dans le district de Hantzith, et en fit ramener Basile et Constantin, fils de l'empereur Romain, ces deux princes qu'il avait envoyés précipitamment auprès de Sbramig, à cause de la crainte que lui inspiraient pour eux la perversité et la cruauté de l'impératrice (Théophano}. Lorsque Basile fut arrivé à Constantinople, Tzimiscès rassembla tous les grands de l'empire, et une réunion imposante eut lieu dans son palais, .\yant pris de ses propres mains la couronne qui était sur sa tète, il la plaça sur celle de Basile, le fit asseoir sur le trône et se prosterna la face contre terre devant lui. Après avoir remis à ce prince les rênes du gouvernement, et lui avoir rendu le trùne de ses pères il se retira dans le désert, et embrassa la vie monastique dans un couvent où il établit sa résidence. Celui donc qui hier encore était revêtu de la pourpre .se trouvait maintenant le commensal des pauvres, dont il avait adopté l'humble condition, jaloux de mériter ainsi la béatitude promise par le saint livaugile , et d'acquitter la dette que lui imposait son crime envers l'innocent Nicéphore. ■*
Voyez un autre récit de la mort de Ji-an Tzimiscès dans Ibn el-Athir ,ltosen, op. cil., note a de la note 84). Ici c'est Théophano ipii, exilée avec ses deux fils, fait empoisonner le basileus par un moine dans le pain de la communion. Elle rentre ce même jour avec ses fils à Constantinople et devient régente.
(2) Voy. dans Wassiliewsky, Fragments russo-byzantins, p. 128, l'erreur commise par Skylilzès, après lui par Cédrénus et Zonaras, (|ui disent que Jean demeura six ans et six mois sur le trône. S:;ul Léon Diacre a iloniié la durée exacte du règne.
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d'un grand crime. Sans cela il passerait à bon droit pour un des plus grands basileis d'Orient. Son bras valeureux restitua à l'empire les plus beaux jours de l'iiistoire romaine. Vainqueur des Russes, des Bulgares, des Khalifes de Bagdad et du Kaire, conquérant de la Syrie, de la Palestine, de la Mésopotamie, en paix avec les Othon d '^Ulemagne, aussi bon administrateur que brillant capitaine, magnanime, généreux, chevaleresque, il sut donner un regain de gloire à l'histoire de Byzance au moment même où en France la dynastie carolingienne s'éteignait dans l'indolence du long et misérable règne de Lothaire. Aboulfaradj, un adversaire pourtant, parlant de la mort de cet illustre prince, s'écrie : « 11 se montra toujours grand et magnanime, donnant la Uberté aux captifs. Grands et petits le pleurèrent. »
Jean ne laissait pas d'enfants de l'impératrice Théodora. Du moins les sources n'en nomment aucun. Théodura n'est plus jamais depuis mentionnée dans les chroniques. Elle dut se retirer dans quelque monastère ou bien disparaître à toujnuij dans la paix silencieuse du gynécée impérial pour continuer à y vivre de la vie insignifiante et nulli' qu'elle semble avoir menée sur le Irùnc.
Mouizz, le grand Khalife Fatimite, le conquérant du Ivaire, de l'Egypte et de la Syrie méridionale, l'allié, puis en dernier lieu l'adversaire de Jean Tzimiscès, était mort ijuelques semaines à peine avant celui-ci (1), dans le palais qu'il s'était fait constriiirr dans sa nouvelle capitale. Il y avait vmgt-trois ans qu'il régnait, deux années sept mois et quelques jours qu'il avait fait son entrée au Kaire. Il était âgé de quarante-cinq ans et six mois. Il avait eu pour successeur son lils Al-Azis (2).
?sous n avons aucun détail sur ce que furent les funérailles de Jean Tzimiscès. Seulement nous savons que, par une exception xuiique parmi les basileis qui tous, sauf celui-là, furent ensevelis en dehors du Palais Sacré (3:, on 1 enterra dans smi cIht oratoire de la Chalcé consacré au
(1) Weil, op. cit., III, 28: la 26 novembre. — Murait, op. cit., 1, p. o60, i : le 20 décembre. — Amari, op. cit., II, p. 313: le 2t décembre. — Voy. encore Quatremérc, op. cit., p. 130.
(2; Yahia Rosen, op. cil., p. 630) dit qu'on cacha sa mort durant huit mois et qu'elle fut proclamée seulement au commencement de l'an 365 de l'Hégire.
(3) Paspati, Le Grand Palais de Constanlinople, éd. anglaise, pp. 253 et 263.
ELOGE FUNEBRE DE JEAX TZIMISCÈS 317
Christ Evergète, où il s'ùUiil l'ail construire ce magnilicjue tombeau dont j'ai parlé à deux reprises déjà et dont nous ne savons malheureusement rien, sautqu'il était d'une somptuosité extraordinaire. Les marbres sculptés, les émaux chanlevés, les incrustations de métal précieux, l'or et l'argent sous toutes les formes, peut-être l'ivoire, devaient y confondre leurs splendeurs dans un ensemble éblouissant. Les conquérants francs de 1204 se chargèrent certainement de détruire cette merveille de l'art byzantin du x' siècle, comme ils le firent pour tant d'autres monuments admirables de la capitale des basileis tombée en leurs mains grossières et violentes.
La vie glorieuse du basileus Jean a,commecelle de }sicéphore Phocas, inspiré les poètes (1). Le célèbre Jean Géomètre, ce poète contemporain dont j'ai souvent parlé, a écrit pour ce basileus un éloge funèbre qui s'est retrouvé dans un des manuscrits venus du Vatican à la Bibliothèque Nationale (2). Ce poème, intitulé : « Éloge funèbre (3) de Kyr Jean le basileus », ne saurait être ici reproduit en entier à cause de sa longueur. Un souffle puissant l'inspire. C'est le basileus défunt qui parle en personne. En un langage d'une ardente éloquence il conjure le passant de s'arrêter quelques instants devant son tombeau, de verser une larme amère sur son sort malheureux. Il raconte ses nobles origines, ses glorieux exploits depuis sa jeunesse, par delà l'Euphrate jusqu'aux rives du Tigre, et comment il a fait fuir de terreur l'impie Chambdas et l'Arabe sur son coursier. Mais soudain tout change. Du moment où, cédant à la soif du pouvoir, Jean a assassiné Nicéphore, il n'y a plus de place dans sa vie que pour le remords. L'auteur ne cache pas sa préférence pour le héros mas-
(1) Jean Tzimiscès est le promiiM- basileus byzantin qui soit mentionné par son nom dans les Sagas. Voy. Wassiliewsky, La droujina i;enngo-russe, etc., premier article, p. 112; second article, pp. 411 et 413.
(2) Bibl. N'at., Supplément, n' .'Î.J2. — Voy. Notice de Vhistoire composée par Léon Diacre, etc., par M. C. li. Hase, dans Sotices et Extraits des Manuscrits de la Bibl. imp., elc, VIII, 1810, note de la p. 265, et p. 1 do la Préface de l'éd. de Bonn du même Léon Diacre. Une des deux pièces de vers attribuées par erreur par Hase à Jean Tzimiscès (Cramer, op. cit., p. 388) concerne en réalité son prédécesseur Xicéphore. C'est celle qui est reproduite sous le n° 41. col. 927, dans Mii;ne. op. cit. — Voy. aussi Cramer, op. cit., IV, pp. 267 sqq. L'éditeur, de même celui dos poèmes de Jean Géomètre dans Migne (op. cit., col. 903 à 905), ont tous deux commis la lourde erreur de croire que le souverain auquel fut dédiée cette pièce de vers était le basileus Jean Staurakios, mort en 803. — Voy. encore le mémoire sur Jean tiéomètre du Père Tacchi-Venturi, Rome, 1893, pp. 4 et 5.
(3) 'Eiï'.T-JaSia.
.lEAX rZIMISCES
sncré : il ne veut pas celer la voie se(M('raie par hujuelle Jean, en assassinant r-(in héros favori, est parvenu au liùiie. « L'amour d'un pouvoir criminel, lui fait-il ilire, m'a possédé durant ma vie. Horreur, j'ai rougi mes mains dans le sang et ilérolu' par la violence le sceptre de l'enijure I Dès lors le liiinhcui', la gloire des premiers jours ont disparu. » La description des remords allVciix rjui ont empoisonné la vie du meurtrier est d'une poignante éloquence. Le poème se ternîiiic par les lamentations du héros descendu si prématurément dans la tombe. Toute sa gloire s'est évanouie. II n'y a plus (pi'un cadavre misérable attendant, tremblant, le jugement ■divin, supjiliant Dieu davoir [dtié de sa créature n malgré ses crimes plus nombreux que les étoiles du ciel et les grains de sable de la mer ».
Jean Géomètre aimait Nicéphore Phocas.
Il se rappelle son règne avec joie. Il a dédié à ce prince ])lusieurs de ses poésies, tandis qu'il n a chanté Jean son meurtrier (pie dans deux d'entre elles. Pleine la premièi'e que je viens de citer n'est jias entièrement hienveillante, on le voit, [larce que le poète ne peut pardonner au basileus l'acte impie qui l'a mis sur le trône. La seconde n'a que trois lignes. Dans luiilc l'ieuvre de Jean Géomètre, ce sont les seuls vers qui intéressent •l'ncdre ce Jean Tzimiscès pour Iccpiel le jioèlc imurrissait si jieu de tendresse. Ceux-ci sont inlilulés : Des coiu'onnes impériales passées au bras de l'aKtocralur Jean ( i). Il est certainement (juestion ici des couronnes que le premier magistrat de Constantinople avait offertes sous la Porte Dorée au basileus dans un de ses triomphes et que celui-ci passait à .son bras avant de poursuivre sa route par la Mésa vers Sainte-Sophie. Le sens des vers est celui-ci : « Ta droite, ô mon Christ, a mis en déroute l'ennemi. Ta droite se Innuanl couronnée de ton Christ, tous te rendent grâces jiour les victoires. »
MONNAIE iJe bron ze clf Jean T^iniiscés, frappée pour le thème criinéen de Cherson.
Les deiuv monogrammes sont <:eiuv du nom de Jean et du /titre de despote.
(1) Migne, op. cit., u» 3o, col. 922. Cramer, op. cil., IV, p. 286 : EÎçtoÙç paaiJ-ixoù; ateçàvouî -r,i "/ôipô; Toû aOTOxpÔTopo; 'Iwâv/ou. — Une autre pièce de vers du même poète est une épitaplu- liinéraire dédiée au moine Michel Maléinos, le célèbre saint, oncle de Nicéphore Phocas (Cramer, op. cit., p. 299, .Migue, op. cit., n» 72, col. 936).