‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 50 sur 99 · MONNAIES ET NOVELLES · texte numérisé non relu

MONNAIES ET NOVELLES

grande abondance à Constanlinople et dans tout l'Orient, et qui portent effectivement sur une face l'effigie du Christ en buste ou même en pied avec la légende lésons Christos Emmanuel, et au revers une croix élevée sur trois degrés entourée de la légende semi-grecque et latine lèsotis Christos basileus basiléon, « Jésus-Christ, roi des rois ». Parfois même il n'y a ])as do croix et la dévote légende occupe tout le champ du revers, ou bien encore la croix esl cniitoiun'c |iar les divers mots de la légende. Il est fort possible, probable même, que ces monnaies furent bien frappées pour la première fois sous le règne de Jean Tzimiscès, comme semble l'indiquer le passage cité de Skylitzès, et c'est là ce qu'il y a d'exact dans cette phrase, mais les derniers mots du chroniqueur, puis encore l'extrême abondance de ces monnaies, aussi ce fait curieux qu'on ne connaît pas davantage de monnaies de cuivre aux effigies des deux basileis Basile et Constantin, dont le règne commun fut cependant si long, toutes ces circonstances réunies donnent à penser que la frapjie de ces espèces anonymes, loin de n'avoir duiv (jue sous l'administration de Jean, a certainement été continuée sous ses successeurs immédiats, même plus lard encore. Certainement la frappe de ces espèces si nombreuses se sera poursuivie fort longtemps, et lorsque nous contemplons ces lourdes pièces de cuivre aux types pieux, aux légendes dévotes, encore aujourd'hui si abondantes, nous n'avons ti'es probablement pas autre chose sous les yeux que des exemplaires de la monnaie de cuivre frappée pour les besoins de l'immense empire byzantin à partii' de ravèiiement de Jean Tzimiscès en 970, dui'anl plus de cinquante années au moins jnsipi'à la imirl <lc Basile II, en l'an 102.J. On ne s'étunncra donc [dus de la ii-i'ipicnce extrême de ces étranges follis (1).

Beaucoup de ces pièces de cuivre ont été surfrappées plus lard aux effigies de divers basileis,du xi" siècle : Constantin Ducas, Romain Diogène, Eudoxie Dalassène, même Nicéj)hore Botaniate. Sur ces exemplaires fort recherchés des mmiismatistes, on déchiffre encore sous les noms ou les effigies de ces princes les pieuses légendes des bronzes anonymes de Jean Tzimiscès et de ses jeunes collègues.

D'autres exemplaires encore de ces mêmes émissions présentent une

(1) (l'cHait, on le sait, le iiinii ili' hi iinimi.ui-' ili' cuivre à colle époquo à Byzuncc. — Voy. les représentations de ces uioniiuics annnynns sur les paf.'es 1S4, 3111, 'iii, 323, 326.

JEAN TZIMISCES

particularité curieuse. Ils portcnl m idnlreniarfjue h niôt arabe signifiant /lo/i. profondément eni]iri'int à l'aiilr il'un poinçon. Ce mot a-t-ilété placé sur ces espèces pour autoriser, lurnic pour remlre obligatoire le cours de ces monnaies chrétiennes en territoire arabe soumis à l'empire, dans la principauté d'Alep par exemple, pour empêcher les populations musulmanes sujettes de la rejeter avec horreur à cause des efligies humaines ou des types chrétiens qui y figurent, ou bien a-t-on voulu par ce moveu leur donner libre cours en territoire proprement sarrasin en suite de quelque convention monétaire conclue entre le basileus et les

Khalifes de Bagdad ou du Kaire? C'est ce qu'il est impossible de décider avec certitude en l'absence de tout document contemporain.

MUXXAIE anonyme de cuivre de Jean Tzimiscés ou de ses successeurs inxniédiats.

En dehors du ehrysobulle de l'an 972 relatif au « typikon » du Mont Athos dont je parlerai tout à l'heure, on ne connaît qu'une seule novelle du basileus Jean Tzimiscès (1). Elle a trait aux esclaves pjris à la guerre (2) et a été attribuée faussement par Du Cange à Jean Comnène. On y trouve déterminés les cas d'exemption de l'imjiôt pour le trafic des esclaves pris à la guerre et ceux oîi cet impôt doit être perçu. Les prisonniers russes de Bulgarie, les prisonniers arabes des campagnes de Sjrie ont dû faire les frais de cette novelle. Les militaires, chefs et soldats, y bénéficient de toutes les indulgences impériales . Remise leur est faite des droits à payer par eux au trésor dans certains cas où ils nnt à disposer d'esclaves qu'ils ont pris à la guerre. Les intérêts des troupes de mer sont de même l'objet de la sollicitude du basileus. Il est question des esclaves pris directement par ces hommes de la flotte ou, au contraire, achetés par eux à des marchands et aussi à des « Bulgares », d'où on a conclu un peu témérairement que cette novelle datait de la signal uic de lu paix avec Sviatoslav en 972.

(1) Mortreuil, op. cit., II, p. 336.— Zachari;e, Jus grœco-romanum, III, p. 301, not. 23. — G. E. Heimbach, 'AvixooTa, II, pp. 276-217 (Novell.T consliluliones imp. hyz. de Ch. Witte).

(2) Neapà voii.o6c<rtâ 'lui'^vo'j pasiXÉw; itsp'i toO xouitspxio'j twv iVwji'iitov 'luxapiuv.

RF.LAT[0.\'S DE JEAX T/HMISCÈS AVEC SAINT ATHANASE

Comme prcsiiuu Ions les basileis IjyzLiiilius, Jeiui Tzimiscès l'ut un prince essentiellement dévot (1). M(Mnc il se distingua par sa piété. Il aima et soutint les ordres religieux, il lui « ]diil()monaque ». Le fameux saint Athanase, si ainn' de .M((''|ili(iii' l'Iim-as (pii 1 aida si puissamment à fonder la grande Laure de 1 Allios, lui aussi lié d'amitié avec lui malgré le chagrin afl'reux qu'avait causé au saint lionnur le meurtre du 10 décembre. Sous son règne, comme il était plus accessible que son prédécesseur, les moines de la Sainte Montagne, laissant éclater leurs ressentiments longtemps comprimés, ne craignirent pas de se plaindre auprès de lui de la sévérité de leur chef (2) et dépêchèrent à Constantinople deux des leurs, le « pndds » Athanase et h; moine Paul. Mais le basileus prit sans hésiter parti pour le saint higoumènc. Un délégué fut envoyé par lui à l'Athos |)our faire une enquête. C'était un religieux du couvent de Stoudion

MOyXAlE anonyme de cuivre de Jean 'î'iimiscès ou de ses successeurs unnukliats.

du nom d'Euthymios. A la suite de

conférences tenues entre celui-ci, saint Athanase et quelques autres dignitaires ecclésiastiques, émus comme leur chef de ce relâchement de la di.scipline, la résolution fut prise par l'higoumène d'assujettir ses compagnons à une règle plus sévère de commune vie régulière. Mandé par le basileus, le saint homme alla le trouver <à cet effet à Constantinople. Dès les premiers mois de l'an 970, Athanase avait rédigé un règlement, un premier « typikon » ou « kanonikon » (3), qui, plus lard, vers 990, devait être suivi d'une « diatyposis » ou « testament » du saint (4). Cette fois, au cours de l'enquête d'Euthymios — on se trouvait en 972, — un chrysobulle fui rédigé, connu sous le nom de <f typikon » de Jean Tzimiscès, presque calqué sur celui préparé deux ans auparavant par Athanase. Ce document impih'iid résumait les dispositions contenues dans

(l)Le passage do Skylilzi.'S ri'lalif àlii iiionnaii^ de cuivre en est une preuve.

(2) Pomalovsky, op. cit., par. 114 si|i|.

(3) Tumxôv r,TCi xr/ovixov to'j ônto'j xï'i Bîoyopo'j nïTpb; ri(iù(v 'ABavaiio'j ToO èv tw "A9w (voy. Meyer, op. cil., doc. I, pp. loi, 270 et 273].

(4) Ibid., doc. Il, pp. 123, 271 el 273.

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les chartes de franchise délivrées au fameux monaslère tant par Xicéphore Phocas que par Jean Tzimiscès et proclamait son autocéphalie sous l'unique autorité de son higoumène. Revêtu de l'approbation de Jean Tzimiscès, ce chrvsobulle est demeuré jusqu'à nos jours la loi pour les religieux de la Sainte Montagne. C'est leur diplôme par excellence (1).

Après Nicéphore, Jean passa toujours \»mv le protecteur le plus célèbi'e de la grande Laure. Non seulement il prit parti pour Athanase contre ses moines indisciplinés, mais il contribua de ses deniers à l'agrandissement du monastère en remettant au saint, lors de la visite de celui-ci à Constantinople, un don ou (c solemnion » de deux cent quarante-quatre sous d'or, libéralité affirmée par un chrysobulle qui permit à Athanase de porter le nombre de ses moines de quatre-vingts à cent vingt. Aujourd'hui encore, le saint monastère possède dans son mystérieux trésor si mal connu, à côté du beau reliquaire de la Vraie Croix qui lui a été donné par Nicéphore Phocas, à côté de la cotte de mailles et du casque de ce basileus, un médaillon en mosaïque représentant saint Jean Théologue. Ce médaillon, connu sous le nom de Jean Tzimiscès, passe pour avoir été donné au couvent par ce prince (2). Le pavé en mosaïque de l'église date peut-être du temps d'Athanase. Le pittoresque vieux donjon du monastère, bien qu'entièrement reconstruit en 1C88, s'appelle toujours encore la Tour de Jean Tzimiscès. C'était originairement le plus ancien des donjons de la Sainte Montagne (3).

Alhanase vivait encore en 997.11 mourut avanl 1011, puisque son successeur Eustratios est cité comme tel à cette date. Le saint périt écrasé avec six de ses moines sous une voûte dont il achevait la construction (4). Un portrait de lui, peut-être contemporain, existe encore à la Laure (5).

Deux exemplaires peut-être originaux du * typikon » de 970 et de la

(1) Meyer, op. cit., doc. IV, pp. 140 et 273.

(2) Voy. Brockhaus, op. cit., pp. 45 et 46.

(3) Il)id., p. 36. — Voy. la vignette de la page 333.

(4) Sur saint Athanase, voy. Pincius, Sylloge historica de sancto Aihunasio, dans les Acta Sanclorum, t. II, p. 246. La Vie 7namiscrile de saint Athanase l'Alhotiite, manuscrit de la Bibl. nat., fonds Coislin, n" 223, a été publiée en 1893 à Saint-Pétersbourg par M. J. Pomalovsky. — Voy. encore Ph. Meyer, Die Uauplurkunden fur die Gesc/t. der Athosklccster, pp. 21 sqq., et un article d'A.-E. Lauriolis, intitulé Aoy'ot 'AyioopeîToci inséré dans le journal 'Exx).T,(jia<7-tXïi 'A/.r|fjEia pour 1893, p. 229.

(5) Voy. Brockhaus, op. cit., pp. 91 et 92.

RELATIONS DE JEAN TZIMISCES AVEC L'ATIIOS 325

« diatvposis » de 'J90 de saint Athanase, l'un surtont, qui est peut-être liicn de la main du fameux religieux, qui, en tous cas, remonte aux premières années du xi° siècle, sont conservés dans le trésor ou « skévophylakion » de la Laure (Ij. On ne les montre pas aux voyageurs. Au premier de ces documents se trouve jointe une Vie du saint avec un portrait de lui en couleur. Des copies plus modernes de ces vénérables [larchemins ont permis aux érudits d'en prendre connaissance et de les publier (2).

Quant au « typikon » même du l>asileus Jean Tzimiscès qui est daté de 972, ce « typikon » nécessité par l'état de rébellion des moines athonites contre leur higoumène et ({ui fut la conséquence de l'enquête du moine de Stoudion Euthymios, il représente la loi d'organisation et d'existence même du monastère et règle son administration. C'est la loi constitutionnelle véritable de la Sainte Montagne, de ce Vatican de l'Orient, ainsi qu'on l'a appelée. Plusieurs copies de ce document existent à l'Athos. L'original porte le nom de ■:pdysç , « bouc », parce qu'il est écrit sur une peau de cet animal (3).

La fameuse Laure d' Athanase, le plus ancien monastère de la Sainte Montagne, inaugurée en 961 par le saint religieux sous le vocable de la Dormition de la Théotokos, fondée véritablement sous le règne de j\icéphore Phocas, qui lui lit don des portes de bronze du narthex encore existantes aujourd'hui, fut une première fois définitivement achevée sous Jean Tzimiscès, lequel peut véritablement passer pour son second fondateur (4).

La « Vie manuscrite » récemment publiée du saint évèque Xicéphore de Milet (S), contemporain de notre héros, raconte que le pieux prélat,

(1) l'ii. Meyer. op. cil., pp. 212 sqq.

(2) Voy Giidéon, L'.ithos, pp. 243 sqq. — Zacharite, Jus grxco-rom . , t. 111, novv., p. XVI. — Meyer, op. cit.. pp. lui et 122.

(3) Meyer, pp. 141 et 273.

(i) Gédéon, L'Athos, pp. 138 sqq. — Voy. les vignettes des pages 327 et 333.

(3) Le père II. Delehaye, Vila sancti Nicephori episcopi milesii Sieculo X, extr., Bru.xelles, 1893, pp. 132, 134-144. — Dans mon liistoire de Nicéphore Phocas, j'ai confondu, ra'étantbien à tort lié au témoignage de Kr. Leuormant, le saint évéque de ililet avec son homonyme et contemporain le magistros Nicéphore, gouverneur des thèmes itaUens à cette époque. J'ai fait un seul et même personnage de ces deux Nicéphore qui sont en réalité fort distincts l'un de l'autre. Saint Nicéphore accompagna bien en Sicile l'expédition qui y fut envoyée par Nicéphore Phocas en 9G4, mais ce ne fut pas lui qui, avec le titre de magistros, gouverna les thèmes italiens sous ce basileus et ses successeurs.

JEA.y TZIMISCÈS

trouvant injuste l'impôt établi sur les saintes huiles, qui rapportait gros au trésor et dont les agents du fisc (I) pressaient àprement le paiement, n'avait pas craint de s'adresser directement à Nicéphore Phocas pour en obtenir le retrait. Il avait prié le basileus avec tant de persévérance, il lui avait parlé avec une telle liberté, que celui-ci, vaincu, lui avait accordé tout ce quil demandait. Aussitôt après la mort de ^sicéphore, les agents du fisc avaient recommencé à faire montre des mêmes exigences. Alors l'évèque de Milet alla s'adresser au successeur do l'empereur défunt. Mais un bomme mécliaiit, du nom de Sacbakio-, le combattit vivement auprès du prince et eliereba même à le faire empoisonner. D'abondants vomissements sauvèrent le saint. L'auteur anonyme dit que celui-ci se concilia la faveur de Tzimiscès par la dignité de ses mceurs et lexcellence de ses discours. Xous le retrouverons toujours encore évèque de Milet sous le règne suivant, puis moine dans un monastèi'e du Mont Latron.

(1) O't ÈîiKTTavoJvTïîTojMjpôAïi'rj. Vov. H. Dolcliavo, op. cil., note 3 de la p. 144. C'est Hase qui donne à ces mots cette signiricalion. Je croirais plutôt, avec le père Delehaye, qu'il s'agit ici des « épistates » (directeurs ou intendants; du monastère de Myrelœon ou encore de ceux du palais do ce nom.

.MONNAIE DE CfIVRE ANONY.ME DE JEAN TZIMISCES.

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