LA LACHE DE ^AL\T
A-rUAXAsE par
ciu Mont Atliuif M. G. Millet.)
\PUotoiji'apltit: cuinnianitiai'<
CMAPIÎR
Avènement définitif des deux jeimes basileis Basile et Constantin. — Leur poi-trait pliysiqne et moral. — Il ne parait pas que Basile ait été marié. — Lutte d'iullucnce entre le parakiruouiéne Basile et Bardas Skléros. — Le premier remporte sur son rival et devient premier ministre. — Il rappelle d'exil la l.tasilissa Théophano et envoie Bartlas Skléros eu disgrâce sur la frontière d'Arménie. — Terrible rébellion de Bardas Skléros à la tète de l'armée d'Asie. — Marche constamment victorieuse du prétendant. — 11 bat les impériaux commaudés par Pierre Pliocas d'abord dans le défilé de Boukoulithos, puis surtout devant Lykajidos. — .\ la suite de ce grand désastre des armes impériales, prescpie toute l'.Vnatolie reconnaît l'autorité de Skléros. — La flotte d'.\sie se déclare en sa faveur. — Micliel Bourtzès lui livre le duché d'.\ntiochc. — La forteresse de Tzamandos lui ouvre ses portes. — Le protovestiaire Léon, envoyé conti'e lui, après avoir habilement manœuvré et battu Michel Bourtzès à Oxylithos, est mis en complète déroute à. Rhageas. — Bardas Skléros maître incontesté des thèmes d'.\sie après ce nouveau triomphe, envoie sa flotte sous Michel Courtice aux bouches de l'Hellespont. — Lui-même, précipitant sa marche en avant, assiège et prend Nice.' défendue par Manuel Comnène. — Sa flotte est battue par l'ajniral impérial, qui s'empare d'.\bydos.
SOU DO H (1(1 liasilc II et Constantin.
LORSQUE Jean Tzimiscès cul expiré le 10 janvier 970 de cette mort mystérieuse et rapide que nous savons, Ir pniiviiir (Icincui-a lunl nalurellement (1) aux mains des deux jeunes porphyrogénètes, Basile et Constantin, lils de Romain II et de Théophano, héritiers légitimes de l'empire, descendants directs de la glorieuse dynastie macédonienne. La couronne était leur de droit héréditaire, l'ar leur accession détinitive au trône ils mettaient lin à l'ère des maires du palais inaugurée par Ro-
I) « KaOapû; » suivant l'expression de Psellus.
328 LES JEIWES AXXEES DE BASILE
main L(''capène et rcsliluaient dans son intégrité la filiation légitime de la maison de Macédoine sur le trône d'Orient. De fait, ils régnaient depuis tantôt treize années; seulement leur extrême jeunesse avait été cause qu'ils avaient dû subir successivement la tutelle de leur mère Théophano, puis celle de Xicéphore Phocas, celle enfin de Jean Tzimiscès. Maintenant ils étaient assez âgés ])0ur ijuil ne jiùt y avoir prétexte à aucune régence niiuvelle. Même le plus jeune des deux avait déi)assé l'âge fixé pour la majorité des souverains à Byzance.
Basile, connu dans Thistoire sous le nom de Basile II ou de Basile le Jeune (1), pour le distinguer de son illustre aïeul le premier Basile de la fin du XI' siècle, avait entre dix-sept et dix-huit ans quand il commença à régner seul avec son frère, d'envimn trois ans moins âgé (2). Ce dernier des fils de Bomain est désigné d'ordinaire sous le nom de Conslaiiliii VIII. Ces princes, qui régnaient depuis treize ans, devaient demeurer ensemble sur le trône encore un demi-siècle moins quelques jours et giiuveruer leur immense empire du mois de janvier 07() jusqu'au !.') (locemhre 1(12."), tout le dernier quart du x" siècle, tout le jiremier quart du XI^ Même après ce 15 décembre 102.5, date de la mort de Basile, son frère cadet devait lui survivre trois ans encore, jusqu'au 1 1 no-
(1) 'Ovioç.
(2) Nous ne connaissons cxacleinont ni lanni'c de la naissance de Basile, ni même celle du mariage de ses père et mère. Tout ce que nous savons de certain, c'est qu'il naquit avant la mort de son a'ieul (Constantin Vil, survenue au mois de novembre 959, et qu'il fut couronné le 22 avril 960. Skylilzès dit que les fils de Romain avaient à leur avènement l'un vingt, et l'autre dix-sept ans. Par contre. Yahia dit que Basile avait dix-luiit ans à la mort de Jean Tzimiscès, et Elmacin, qui copie Yahia, donne le même chilTre. Dans un autre passage de sa chronique, le même Yahia, parlant de la mort de Romain 11 en mars 9G3, dit, il est vrai, qu'à ce moment Basile avait sept ans et Constantin cinq: à ce compte en janvier 916 Basile devait avoir un peu moins de vingt ans, ce qui concorderait bien avec les chiffres donnés par les Byzantins. Cherchons à préciser davantage : Théophano s'était mariée probablement seulement vers la fin de 956 (voy. Vn Empereur Byzantin au Dixième Siècle, p. 6 ; voyez aussi la dernière page d'un article de M. K. L'hiirz sur Théophano d'Allemagne, dans le t. IV do la Byzanlinische Zeilschrifl). Basile ne peut donc guère être né que vers la fin de 957, plus probablement seulement vers le commencement de 958. Le « Continuateur de Théophane » donne cette dernière date. En janvier 976 le jeune prince n'avait donc en réalité que dix-huit ans au plus, et son frère, né en 960 ou 961. après l'avènement de leur père, quinze à seize seulement. Le premier chiffre donné par Yahia semble donc être le plus exact. — Voy. encore sur cette question controversée de l'âge des deux jeunes basileis : Krug., op. cit., pp. 278, 295, .305, 306, 328.
M. l'hiirz, dans l'article précité, fait remarquer que (Constantin, né seulement après la mort de son grand-père, fut couronné un an après son frère. Il parait vraisemblable que les deux petits princes furent couronnés au même âge. Basile, dans ce cas, serait né seulement vers la fin de 958. Ainsi se trouveraient vérifiées les indications des chroniqueurs qui lui donnent un an en novembre 959 (Murait, op. cil., 1, 529, n° V.
vembre 1028, et acheverseulement alors ce règne de soixante-six années, le plus long dont fassent nienlion les annales de l'empire byzantin, un des plus longs de l'histoire du nuindc, un drs moins cmmus aussi. Gibbon a eu raison de le dire : le commun règne des deux lîls de Romain est l'époque la plus obscure de l'histoire de l'empire byzantin. Comme pour l'Europe occidentale, c'est la ])ériode de toute pauvreté des sources, la période des lacunes sans fins oii poiu' des années entières il existe à peine quelque misérable information.
.Jusrpi'à la publication toute l'écenle de la chronique de Psellus, nous ne possédions aucun renseignement écrit sur l'aspect extérieur de Basile II et de son frère. Les autres écrivains byzantins n'en avaient rien dit, pas jilus du reste qu'ils ne nous avaient donné le portrait moral des deux princes. Seul Zonaras nous avait dépeint en quelques lignes le caractère de Basile. Mais du portrait physique de ces souverains qui ont régné plus de soixante années, pas un mot. Contraste daulant plus bizarre que Léon Diacre nous a laissé de leurs deux célèbres collègues, plutôt de leurs deux tuteurs successifs, Nicéphore Phocas et Jean Tzimiscès, des descriptions d'une très grande intensité de vie, et que Luitprand nous a parlé de l'aspect extérieur de Nicéphore en termes exagérés mais inoubliables. Le texte de Psellus, dans le trop court chapitre que ce grand écrivain et homme d'État byzantin du xi' siècle a consacré à Basile II, est venu très heureusement combler cette lacune, du moins pour ce qui concerne ce grand souverain, le seul des deux fds de Romain et de Théophano qui soit vi'aiment intéressant ;i connaître. Le scrupuleux historien nous fait au début de son livre un portrait niiiudieux du fuliu' vainipifur dt's Bulgares. Certes il n'avait pu connaître ce grand basileus ipie lors([ue celui-ci était déjà fort avancé en âge, tout à fait au terme de sa vie, puisque lui n'avait que sept ans quand Basile mourut, mais il avait été élevé au milieu de tous les contemporains de l'illustre empereur. Son témoignage est donc infiniment précieux et je ne saurais mieux commencer l'histoire de ce règne i|u'en reproduisant textuellement le paragraphe consacré par cet homme remarquable au saisissant portrait di' indre l>asileus :
« Au seul aspect de Basib', (pi'oiit encore bien connu beauconj» de mes
contemporains, dit Psellus (I), on |iiiu\ai( île suite juger de son âme. Son visaçe était aeréalde. Il avnil Ir trinl clair. Son front n'était ni soucieux ni l)as, pas pins qu'il n'était droit et sans caractère comme celui d'une femme, mais liicn vaste et proéminent comme il convenait à un homme supérieur. Son regard n'était ni faux et cruel, ni tout au contraire liésitant, mais brillant d'un fier et viril éclat, lançant des éclairs. Son visage formait un cercle parfait. Le cou, les épaules étaient admirablement proportionnés. La poitrine n'était ni trop bombée ni au contraire rentrante, mais d'une belle ampleur. Tout le reste du corps était dans les mêmes j)roportiuns excellentes. La taille était bonne, jikiti'd au-dessous de la moyenne.
« Apied Basile eût trouvé jteu de rivaux. A cheval, il était incomparable. Tout pareil à une des nombreuses statues qui lui furent élevées durant son règne (2), il se tenait sur son coursier, toujours parfaitement droit et immobile dans sa raideur majestueuse, au pas comme au galop, à la montée comme à la descente. Qu'il montât à cheval ou qu'il en descendît, que ce fût à l'allure la ])Ius calme ou en vive chevauchée, il ne se départait pas un instant de cette attitude superbe, comme soutenu intérieurement par quelque mécanisme invisilde. En vieillissant, sa barbe s'était tout à fait dégarnie sous le menton, mais sur les joues elle était demeurée fort épaisse, les recouvrant entièrement jusque sous les yeux, cachant ainsi presque tout le visage. Il aimait à rouler dans ses doigts cette barbe abondante, surtout dans les heures de colère ou lorsqu'il était plongé dans quelque travail ou quelque méditation. Il avait encore l'habitude, dans ces occasions, de poser les mains sur ses cuisses en écartant les coudes. C'était une de ses attitudes fa\iirili's. Sa parole était brève, abrupte, inculte plutôt que raffinée. Il aimait à rire à gorge déployée et tout son corps était comme secoué des éclats de cette joie bruyante. »
Cette description que nous donne de Basile son presque contemporain Psellus, est bien telle que nous pouvions essayer de nous représenter ce prince alors que ce document capital nous était encore inconnu. Il nous paraissait bien que ce basileus si remarquable, ce parfait homme do
(1) Éd. Salhas, p. 22.
(2) llOlas, aucune ne nous a été conservée. Auciino iiK-rae ne sn trouve déciitc ou même menlionnée dans les sources, tant est grande la pauvreté de celles-ci.
guerre, cet homme de fer qui accomplit en son long règne tant d'actions militaires importantes, avait dû posséder la plus vive énergie physi(|ue, les avantages corporels les plus virils. Le portrait si accusé de Pselhis est bien celui d'un homme qui a dirigé de grandes guerres toute sa vie, qui a, chaque année, méprisant les saisons, mené en personne ses armées en territoire ennemi, au delà du lîalkan comme du Taurus, vers le Daiiulie ciunnii' vers l'Euphrate liiinlain ou la miintai>ncusi' ArnuTiiciiui a passé des années entières en terre bulgare, menant la rude \'w des camps comme le ] il us iiumble de ses soldats. C'est bien là l'image iidèle du conquérant redoutable qui a mérité d'être appelé la terreur des Bulgares, leur « tueur » aussi, le k Bulgaroctone », un des plus grands empereurs de Byzance. Nous pouvions d'avance être assurés que ce prince avait été un homme fort et robuste, aussi éloigné de l'élégance raffinée de son père que de la souple beauté de Théophano sa mère, mais nous n"avions ]ias di' donnée certaine. Aujourd'hui le beau récit de Psellus a fait tomber toutes les hésitations. Le grand Basile nous apparaît birn tel iiuc nous le devinions: énergique, obstiné, plein de patiente vigueur — la longue, l'interminable guerre bulgare le prouvait déjà suffisamment, — • possédant toutes les qualités qui font les grands capitaines. }\ous verrons, dans le cours de ce livre, qu'il possédait non moins celles qui font les grands souverains et les grands administrateurs (1).
Voici maintenant le poi'trait moral également intéressant que Zonaras nous a tracé de notre héros. Je rappelle que ce secrétaire d'Etat des Comnènes, devenu moine plus tard, a écrit sa Chronique dans la première moitié du xu° siècle, un siècle après la mort de Basile IL et que sa description convient donc surtout au Basile de la fin, au souverain vieilli dans les succès, arrivé presque au terme de son existence, non point jeune et encore inexpérimenté, à peine débarrassé de la double et écrasante tutelle des Nicéphore Phocas et des Jean Tzimiscès.
« Basile, dit Zonaras, était devenu présomptueux à force de victoires ; aussi préféra-t-il toujours être craint plutôt qu'aimc', même de ses sujets. Il ne se pliait ni devant les lois ni devant les coutumes, n'en faisant qu'à
(1) Dans un autre passage île son liviv. ISillus ilil ciiiorc i[uo « Basile ftail à la fois vil et réfléchi ».
332 LES JEC.XES AWEES DE BASILE
son plaisir. Il n'avait aucun penchant pour les hommes de science, et dédaignait l'instruction, qu'il considérait comme un bavardage inutile. Il n'emplovait dans le conseil et dans le mouvement des affaires, il ne prenait pour secrétaires que des gens sans naissance et sans instruction, auxquels il ne dictait que des dépêches écrites dans le style le plus rude, sans aucun souci do la forme. Toute sa pensée était concentrée sur un point : grossir son trésor. On raconte qu'il laissa à sa mort deux cent mille livres d'or (I), sans compter une immense quantité d'objets précieux, de perles, de pierreries. II n'employait qu'une portion infime de ces joyaux à l'ornement de ses costumes d'apparat pour les occasions où il devait paraître en public, recevoir des ambassadeurs étrangers, figurer dans quelque panégyrie. Tout le reste de ces richesses avec ces sommes énormes demeurait enfoui dans les cotTres de son trésor et dans les caveaux en forme de labyrinthes qu'il avait fait creuser au-dessous. En temps de guerre il changeait très facilement ses décisions et modifiait ses dispositions suivant les circonstances. En temps de paix, dans le gouvernement de chaque jour il allait droit à son but, ne tolérant pas d'obstacle. Quand il en voulait à quelqu'un, il cachait son ressentiment, attendant l'occasion pour le laisser paraître. Sa volonté était opiniâtre. Il n'oubliait que bien rarement une offense (2). »
On a dit que Basile était cruel ; il ne l'était, comme du reste beaucoup des grands souverains de cette époque, que lorsque la raison politique l'y forçait, témoin le terrible Iraiiement (ju'il infligea aux soldats bulgares du tsar Samuel comme aux sujets du roi d'Aphkasie. Il était sujet à de violents accès de colère. Psellus nous le dit expressément. Nous en avons un exemple fameux dans la réception qu'il fit à Léon Mélissène après la déroute des défilés du Balkan en 986. « Propre artisan de sa grandeur, dit Gfrœrer, il n'avait de considération que pour les actions d'éclat, la force des armes, la valeur de l'argent, triple instrument de sa fortune. »
Les hommes de science, les pédants, les lettrés, qui a\ aient eu tant de
(1; 0 Vingt myriades de talents. »
(2i Mathieu d'Édosse dit textuellement : « Basile se montra toujours plein de clémence envers ses peuples et se rendit ainsi recommandable. Pendant son règne, il ût rentrer dans le devoir une foule de révoltés et s'acquit une réputation de suprême bonté. 11 était miséricordieux pour les veuves et les captifs et rendait justice aux opprimés. » Mais ce témoignage est suspect, car Basile fut un grand protecteur de r.A.rménie. On verra qu'un des principaux souverains de ce pays lui légua ses États révoltés contre lui.
l'C/liTRlIT DU D.iSILEUS BASILE II
succès suus les règnes pnicédeiils, l'urcul enlièreinent négligés par lui. Duué d'un rude mais parfait bon sens, il voulut toujours que ses ordres fussent nettement donnés, clairement interprétés, non point travestis sous les déguisements d'un style élégant. « Je ne puis l'en blâmer, ]ioursuil l'iiistorien allemand, et si l'on considère l'état précaire où se trouvait l'empire quand il prit résolument en mains les rênes du gouvernement, et celui si florissant et si formidable dans lequel il le laissa à sa mort, on ne peut douter qu'il n'ait été un des plus distingués souverains militaires qui aient
LA LACHE DE SAINT ATHAXASE aa mont Athos. Tonv dire de Jean T-Jrnisces. [Photographie commaniqaée par M. G. Millet.)
jamais régné à Byzancc. Sa ferme et vigoureuse administration, si elle ne j)ut sauver l'empire de Roum de la ruine tînale, en retarda notablement la décadence. »
Yahia, écrivain svrien chrétien contemporain, fait, lui aussi, en (pielques lignes, un bel éloge de Basile : « Toute sa vie, dit-il, il ne mangea et ne but (pie le strict nécessaire. De même pour lnut ce qui concernait son existence matérielle, jamais il ne se laissa aller à aucun confort. Toute sa vie il se distingua par son zèle pour la religion. Toute sa vie il dirigea personnellement toutes les affaires de l'Etat grandes et petites. »
Psellus, qui nous a si bien parlé de Basile, de cette figure sévère et majestueuse, ne nous dit presque rien de son frère Constantin, sauf que ce
LES JEUNES ANjSfÉES DE BASILE
prince élait en tout l'opposé de son aîné, encHn aux plaisirs, amoureux d'une existence molle et luxueuse, porté à toutes les élégances. 11 ne nous dit rien non plus de l'apparence extérieure du second des fds de Romain II, mais, par la rareté même de tout document concernant ce prince, de toute mention à son sujet durant le long règne commun des deux frères, nous pouvons nous faire une idée assez précise du peu qu'il devait être. Cet homme de plaisir préféra constamment les courses de l'Hippodrome aux aiYaires de l'Etat, le gynécée à la salle du conseil. Durant ce demi-siècle de pouvoir il ne semble avoir pris que très peu de part à l'administration. Il n'était du reste qu'associé au trône et c'était son aîné qui exerçait officiellement le jiouvoir. l'ius rarement encore on le voit prendre une initiative quelcompie. Il paraît avoir été un soldat courageux. Nous le verrons figurer dans différents combats en qualité de lieutenant de son frère, parfois même prendre une part personnelle à la lutte. Nous verrons qu'il se vanta d'avoir tué de sa main le rebelle Bardas Phocas. Lors de la soumission définitive de Bardas Skléros il semble avoir contribué activement à cet important résultat. Plus tard nous le verrons encore donner à son frère, au sujet de la prise de possession d'Alep, des conseils aussi pratiques que peu édifiants. En dehors de ces rares exceptions, .son iinm demeure constamment plongé dans une obscurité profonde qui ne s'explique que par l'insignifiance de son caractère frivole, insignifiance dont il ne devait fournir que trop de preuves lors des trois années malheureuses durant lesquelles il demeura seul à exercer le pouvoir après la mort de son frère. Jamais de 07(î à 1025 il n'est question d'un acte (juelconque de gouvernement de sa part. C'est son frère qui règne, agit, décrète et fait la guerre, commande et légifère. Lui est un comparse couronné : « vir niillius friKjis ac socordia iiisif/ni », a fort bien dit Du Cange. .Si son effigie ne figurait point à côté de celle de Basile sur les monnaies et les sceaux du règne, si son nom ne Se trouvait constamment placé dans les sources à la suite de celui de son illustre frère dans cette formule quasi obligée : « les deux basileis fidèles en Dieu et aimés du Christ, Basile et Constantin », si ce même nom ne figurait constamment après celui de Basile, parfois suivi de leur commune signature au cinabre, sur les quelques actes de leur administration parvenus jusqu'à nous dans les archives
PORTRAIT DU HAfiULEUS BASILE II 333
lie -\.i|il('s cl (le diverses autres villes d'Italie, on |inurrait |ir('S(|iic ignorer (liiraiil ce ilciiii-siècir rcxisiciiic au'djucre de ce priiiro cllacé.
i'Iiis lard, (|iiand la iiKirl de son frère l'eiil mis pour Iruis ans sur le trùuc, il liil un hasileus faible et lamentable. L'éducation qu'il fit donner à ses filles Zoé et Théodura, la manière extraordinaii'c dont à son lit de mort il maria la ])remièr(;, nuus dunnenl la plus triste idi'c de sa valeur morale. Ce[)endant, le baron Hosen (1) a fait cette remarque qu'autant les historiens byzantins représenlenl d'ordinaire ce prince sous un aspect désavantageux, autant l'écrivain syrien Yahia et les liistuiiens arméniens témoignent pour lui de certaines sympathies (2). Mathieu d'Edesse parle de lui dans les termes les })lus chaleureux. Psellus lui-même, racontant son eifacemcnt volontaire, semble considérer comme une chose digne de louange qu'il ait ainsi su abandonner à son frère plus capable toute prélentidu à une [lart de la puissance royale.
En dehors des effigies si réduites et si imparfaites qui figurent sur les sceaux et les monnaies, je ne connais qu'un seul portrait contemporain de Basile II. (l'est la miniature du fameux et magnififjue psautier de la I{il)li()lhèque Marciane de Venise exécuté dans les premières années du xr siècle, miniature que j'ai eu le tort, ne prévoyant ])as alors que j'écrirais la y'ïc de Basile II, de faire déjà reproduire dans mon histoire de Nicéphore Phocas (3). Le psautier de Venise est un manuscrit grand in-folio, un des joyaux de l'art byzantin (4), qui a été expressément écrit et illustré j)our notre empereur. La splendide miniature en pleine page que j'ai donnée Aivn^ mon Nice phore Phocas comme la meilleure représentation connue d'un empereur byzantin du x" ou du xi" siècle en grand costume d'apparat, peut, à juste titre, passer pour un excellent portrait contemporain de l'empereur Basile. Il y est figuré, dans sa gloire, comme dans une apothéose, en brillant ajipareil militaire, couronné et armé par les archanges, en |)résence du (Ihrisl qui lui ndi-e la couronne céleste, entouré des bustes
(l) Op. cit., i\nb' 411.
(21 Voy. Malliirii il'Kdfssi' V.l. Dulaiirior. pp. 4-4, 4"i) Pt Arisdaguès de Lasdivcrd, op. cil., XVI, 31.
(3) Un Empereur Bf/zantiit nu Dixième Sii^cle, planche on chroniolitliograpliie annexée à la p. 304.
(4) Marciane, nis. gi-., n» -WII.
336 LES JEUNES ANNEES DE B.iSILE
des plus illustres saints guerriers dont il avait sans doute coutume d'invoquer l'assistance dans les combats. C'est liien là le portrait qu'on pouvait se faire de cet homme d'après celui ijue nous a tracé Psellus. C'est un superbe et vigoureux guerrier, au lier regard, bien membre, à la taille droite et fière, à la tête un peu forte, au visage plein, très arrondi, tel exactement que le dépeint Psellus. Bien que les traits de l'empereur annoncent encore la force de l'âge, sa barbe a. déjà blanchi, ce qui i-eporte la date de la miniature pour le moins aux premières années du xi" siècle, entre 1005 et 1010 environ, si l'on admet que Basile, sous le faix des rudes travaux de la guerre qui ont constamment occupé sa vie, ait commencé à grisonner vers quarante-cinq ans. La tète de l'empereur est modelée avec beaucoup d'art; ce doit être un porirait ressemblant.
Basile est couronné du diadème en forme de cercle d'or de huit à dix centimètres de hauteur, rehaussé de rangs de perles et d'un gros rubis, enrichi de « kalaseista » ou lils de perles. Ceux-ci retombent sur ses joues qu'ils caressent. La poitrine du jirince est enfermée dans une brigandine dor à écailles, telle que devaient en porter ses fameux cavaliers cataphraclaires, sauf que pour ceux-là elle était simjilement dorée. Un manteau léger de couleur bleue, attaché sur la poitrine par une petite llbule ornée d'un rubis, est rejeté sur le dos. Sous la brigandine, l'aulocrator est vêtu d'une tunique violette à large boi'dure dorée flottant sur les genoux. II porte des brassards et des poignets d'or. Ses jambes sont guêtrées de bleu. Ses pieds sont chaussés des fameuses bottes écarlales brodées de perles, les « campagia », insignes de la suprême puissance. La hampe de la lance et le fouri'eau de l'épée sont de couleur également écarlate. Le collet du manteau est brodé de perles. Une inscription en caractères cursifs superposés à droite et à gauche est ainsi conçue : « Basile le Jeune, fidèle en Christ, basileus des Bomains ». On commença par désigner Basile par cette épi- Ihète pour le distinguer de son illustre aïeul Basile le ]\Iacédonien, fondateur de la dynastie. IMus tard, lorsqu'à la suite de vingt campagnes il eut à peu près détruit la nationalité bulgare, il ne fut plus connu dans l'histoire que sous le nom redouté du Bulgaroctone, « le tueur de Bulgares ».
Je viens de décrire tant bien que mal les deux nouveaux empereurs. Ce serait le moment de parler des impératrices leurs femmes. Je ne puis le
POHTRAir DU li.\.'^H.EU.< BASILE II
faire (|ii(' |iiMir une d'elles et il ciinviciit d'aborder dès le déhul de l'histoire de ce rèj^ne cette |)ai-ticiilarité de la vie de Basile II. Par une exception à jien près uniipie dans l'histoire des basileis byzantins, celui-ci ne semble pas avoir été marii'. Du moins, dans aucune des sources contemporaines
INTÉRIEUR DE SAINTE-SOPHIE. [Photographi,: empruntée â lUistoiro t/t-s Munumunls religisiuv byzantins il; Constantinoitli: de N. Kondahov.)
(jui nous parlent de lui, il n'est t'ait la moindre allusion à une l'enime qu'il aurait eue (I;. Comment ce souverain rpii a vécu une vie aussi longue, qui était d'une santé, d'une vigueur corjiurelle remarquables puisqu'il passa cinquante années dans les camps à travers les plus dures campagnes, cam-
(1) Du (i^nge, Fam. aug. byz., ùd. de Vonise di' 17211, p. 122, cite une bulle suspecte du pape Adrien en date de l'an 1014, bulle publiée par Chrislophore Gcwold (t. II, Metrop. Salisb., p. f)i , où il est question d'u:ie inip'ralrice des Grecs nommée Marie, lille d'un comte Olhon.
pagnes d'hiver en Bnlgarie, campagnes d'été en Syrie, comment ce soiiverainqui avait nn si grand intérêt dynastique à se créer une postérité masculine puisque même son frère et unique héritier n'avait que des filles, comment, dis-je, ne s'est-il point marié, le seul peut-être entre tous les souverains do Bvzance, certainement un des seuls parmi les souverains européens de son siècle ? C'est là un mystère qui demeure inexpliqué, à tel point que la première pensée serait d'admettre que Basile avait épousé quelque princesse trop elTacée pour que l'histoire ait daigné en parler et qui de plus serait demeurée stérile. Il est telles impératrices byzantines, à commencer par celle qui fut la femme de Jean Tzimiscès et la propre tante de Basile II, dont le rùle politique fut à tel point nul qu'on ne les trouve nommées dans les sources qu'à l'unique occasion de leur mariage. (Jn pourrait estimer qu'il en fut ainsi de l'épouse ignorée de Basile II si dans les très rares occasions où, à propos de quelque fête ou réception, une impératrice se trouve mentionnée dans ce long l'ègne d'un demi-siècle, il n'était alors uniquement question de la femme de Constantin, preuve presque irréfutable que Basile n'a jamais été marié, la femme du second empereur se trouvant ainsi amenée à jouer un rôle officiel en l'absence de celle du premier. Nous sommes forcés jusqu'à plus ample informé d'accepter la réalité de ce fait extraordinaire si complètement en contradiction avec les usages, la manière de voir, les idées, la vie de la cour des basileis à cette époque.
Quant à Constantin, nous savons seulement qu'il épousa, à une époque que nous ignorons, une fille de l'aristocratie byzantine, Hélène, fille du très riche et très puissant patrice Alypios dont il eut successivement trois filles : Eudoxie, Zoé et Théodora. Suivant une source occidentale (1) il aurait auparavant demandé sans succès la main d'Hedvige, fille du duc Henri de Bavière, frère d'Othon le Grand d'Allemagne, mais c'est là une affirmation entièrement erronée (2). L'impératrice Hélène, probablement confinée toute sa vie dans l'existence du gynécée, semble n'avoir joué aucun rôle dans l'Etat. Nous ne savons rien d'elle. C'est à peine si on la trouve citée deux ou trois fois.
(1) Du Cange, Fam. aurj. byz., p. 122.
(2) Voy. Mystakidis, op. cit., noie 4 de la p. 56.
Les portraits si virils du Basile II (jui nous ont été tracés par Psollus et Zonaras se rapportent à l'homme fait. A l'époque de son avènement, ce [)rince était encore fort dilTérent de ce qu'il devait devenir. Lui et son frère, teiuis jalousement à l'écart |iar Jean Tzimiscès — du vivant de ^sicéphore Phocas, ils étaient de tout jeunes enfants, — avaient grandi dans l'ignorance du pouvoir, dont ils ne remplissaient que les charges insignifiantes lorsque les exigences du cérémonial forçaient leur tout-puissant maître et collègue à les exhiber à ses côtés dans les multiples fonctions officielles dont sa vie était remplie. Non seulement on avait systématiquement négligé leur éducation, les laissant végéter sans connaissances pratiques avec les seules qualités qui leur venaient de la nature, mais certains chroniqueurs vont jusqu'à dire qu'on avait tout aussi systématiquement cherché k altérer ces qualités en ce qu'elles pouvaient avoir de favorable. On peut se figurer ce qu'avait dû produire un tel traitement moral. Lorsque Jean Tzimiscès mourut, Basile, malgré ses beaux dons naturels, son intelligence si vive, son àme active, énergique et courageuse, n'était encore, semble-t-il, au dire des Skylitzès, des Cédrénus, des Zonaras, qu'un adolescent fantasque et volontaire, violemment adonné au plaisir, sans frein comme sans morale, uniquement occupé des distractions coupables ou désordonnées de son âge. Rien de ce qui devait être le grand basileus de plus lard ne s'était encore révélé. Le chambellan Basile, cet ambitieux sans scrupules, loujnurs d'après ces chroniqueurs, aurait profité, nous allons le voir, de ce triste état de choses pour le rendre pire et accaparer un long temps encore la toute-puissance. Il aurait été ainsi, dans le gouvernement, le continuateur direct de Jean Tzimiscès. Pour servir la soif de pouvoir qui le dévorait, il n'aurait pas hésité, affirment ces historiens, à tenter de corrompre à jamais Basile, « à enchaîner, dit naïvement Lebeau, ce jeune lion par la volupté », à le plonger dans toutes les débauches. Plus tard seulement, au moment de l'explosion de la grande guerre bulgare, Basile II, comme subitement éclairé sur ses devoirs de souverain, se serait révélé soudain, jetant par-dessus bord le premier ministre, déconcerté par ce brusque réveil.
Au moment où luie mort foudroyante venait de les priver du Ijrus vigoureux qui gouvernait en leur nom l'empire depuis tantôt six années,
les deux fils de Romain se trouvaient donc, du fait même de leur éducation, encore bien incapables d'assumer seuls les efîrayantes responsabilités d'un pouvoir absolu. Rien n'annonçait encore dansl'ainé le souverain sage, plein d'énergie qu'il serait un jour. Son frère, par contre, était déjà l'homme indolent et mou qu'il demeurerait toute sa vie. S'ils n'étaient plus mineurs de fait, ils l'étaient par les circonstances qui avaient présidé à leur jeunesse. Personne de leur famille ne restait auprès d'eux. Leurs grandsparents étaient morts. Privés de leur père, séparés depuis des années de leur mère exilée, qui était du reste, semble-t-il, bien peu capable de les diriger, ce n'était pas Jean Tzimiscès qui avait pu leur apprendre à gouverner. Il avait été trop de son intérêt qu'ils demeurassent le plus possible éloignés du pouvoir. Ils ne possédaient pas non plus d'oncle paternel. Nous ignorons s'ils en avaient du côté de leur mère. Des sœurs de leur père, la plupart s'étaient enfermées dans les cloîtres sans laisser un souvenir. Une seule, Théodora, avait fait son chemin. Elle était devenue la femme de Jean Tzimiscès, mais son l'c'ile avait été si effacé qu il n'est pas une fois question d'elle durant le règne de son époux. Dès la mort de celui-ci, elle avait dû devenir suspecte. En tous cas elle retomba dès ce moment dans une obscurité si absolue qu'il n'est plus jamais parlé d'elle. Il fallait pourtant à l'empire un nouveau bras vigoureux puisque les jeunes princes n'étaient pas encore aptes à gouverner et que l'empire ne pouvait attendre. Bien qu'il n'y eût jias minorité dans le sens strict du mot, tous les dangers de cette forme de gouvernement à Byzance se dressaient menaianls aux yeux des contemporains effrayés.
A ce jour, il y avait dans l'empire deux honuues plus en vue que tous les autres : un grand ministre et un grand capitaine : le parakimomène et proèdre Basile, cet eunuque fameux, bâtard de Romain Lécapène et d'une captive scythe, et le magistros Bardas Skléros, propre beau-frère de l'empereur défunt, devenu par le fait de cette mort de Jean Tzimiscès la principale épée du règne. Le premier de ces personnages, modèle accompli de ces intrigants de haute lignée dont Gonstantinople fut toujours fertile, avec des intervalles de mauvaise fortune, avait joué sous quatre basileis déjà un rôle très souvent prépondérant. Il avait mis >'icéphore Phocas sur le
LE PARAKIMOMÈNE BASILE ET BARDAS SKLEROS
MOSAÏQUE BYZANTINE de la fm cla A""" Siècle, de léglise da Couvent de Saint-Lac. en Phocide. — La Nativité. {Photographie communiquée par M. G. Millet.)
trône et puissamment contribué à l'élévation de son successeur. Enfin, il avait été, nous l'avons vu, durant les sept années du court règne de Jean, son bras droit, administrant l'empire pendant ses fréquentes absences d'une
342 LES JEUXES A^'^XEES DE BASILE
main rude autant que vigoureuse, gouvernant et légiférant durant que son maître détruisait les Russes ou contenait les Sarrasins. Un appétit insatiable du pouvoir doublait la vigueur morale particulière à cet homme remarquable. Il était toutefois, semble-t-il, tombé tout récemment en disgrâce auprès de Jean Tzimiscès, irrité de sa trop grande puissance, inquiet de ses immenses richesses, et l'on a vu comme la voix publique l'avait aussitôt soupçonné de s'être terriblement vengé en empoisonnant l'empereur. Il jouissait encore, malgré cette éclipse, d'une influence très considérable.
Le second des personnages qui se disputaient le premier rang auprès des basileis, Bardas Sldéros (1), s'était couvert de gloire sous les précédents règnes. Sous le dernier il avait contribué à toutes les campagnes heureuses, il avait renipiirlé sur les Russes la victoire d'Arkadiopolis, liallii cl jn-is le rebelle Bardas Phocas et mérité la reconnaissance publique en étouffant rapidciiii'iil (l'Ile rébellion grosse de périls. Enfin, dans la brillante campagne de Bulgarie contre Sviatoslav jusqu'au dernier jour sous les murs de Dorvstolon, il avait été le meilleur lieutenant de Jean Tzimiscès, constamment chargé par celui-ci des opérations les plus délicates comme les plus dangereuses. Il n'est pas nommé dans les deux campagnes d'Asie de 974 et 97.t, mais certainement il avait dû y prendre une part considérable. D'une ambition au moins égale à celle du parakimomène, il ne rêvait ipie dr jnuer. lui aussi, le premier rùle auprès du trône. « Il élail, nous dit Psellus, aussi capable d'organiser une action que prompt et énergique à l'exécuter. » Il avait même, nous dit quelque peu mystérieusement Skylitzès, sous le règne de Tzimiscès, été convaincu d'aspirer au trône et condamné de ce chef à avoir les yeux crevés. Peut-être bien était-ce lui auquel le patriarche Basile avait été accusé d'avoir promis l'empire (2). Mais Jean, toujours généreux, avait arraché au supplice son ancien frère d'armes, en lui faisant grâce entière. J'ignore si ce récit de Skylitzès est exact, et cette circonstance ne se trouve mentionnée nulle autre part (3). En tous cas Bardas Skléros avait hiculi'it pleinement regagné la faveur de son
(1) Il y avait déjà eu un Skléros slratigos du thème du Péloponèse sous le règne du basileus Michel I.
(2) Voy. p. 264.
(3) Skylitzès a peut-èlrc hien fait confusion avec Bardas Phocas.
LE PARAKIMOMÈXE BASILF-: ET BARDAi? SKLÉROS 343
impérial beau-frère ; peut-être même avait-il réussi à lui rendre de nouveaux et importants services, car Skylitzès nous apprend qu'au moment de la mort du basileus, il se trouvait placé à la tête de toutes les forces d'Asie, qu'il était domestique des Scholes d'Orient, ce qui ne pouvait être que parce que Jean lui avait conféré cette dignité militaire, la plus haute de l'empire, très peu de temps avant sa fin. Dans la pensée du prince moribond, une semblable nomination ne pouvait avoir qu'une signification : le désir de voir son énergique beau-frère lui succéder dans la tutelle plus ou moins officielle des jeunes princes. « Skléros, dit encore Psellus, avait amassé des trésors dignes d'un souverain ; il possédait ainsi le nerf de la toute-puissance. Dans ses nombreuses campagnes il avait gagné le cœur des soldais, qui ne demandaient qu'à le suivre partout et toujours. »
Au moment de la mort de Tzimiscès, Bardas Skléros se trouvait donc à l'armée d'Asie. Basile, lui, était à Constantinople, ce qui lui donnait l'avantage. Il était encore très puissant au Palais, où depuis si longtemps il exerçait les plus hautes fonctions. Toutes les chances étaient pour lui. Il n'y eut pas conflit immédiat entre lui et son rival. Tout natiu'cllement ce fut l'eunuque qui, pour l'heure, se trouva maître de la situation. Ce qui rendait particulièrement dramatique celte lutte d'influence, que nous ne faisons que soupçonner à travers les indications rares et vagues des chroniqueurs, c'est que ces deux hommes se haïssaient de toute leur âme. Skléros avait de tout temps exécré l'eunuque. Celui-ci, de son côté, avait toujours redouté l'ambition du brutal homme de guerre, le sachant aimé de Tzimiscès qui avait épousé en premières noces sa sœur et venait encore peut-être de lui pardonner sa rébellion.
D'une ferme étreinte, Basile l'eunuque saisit donc le pouvoir qui venait de tomber de la main défaillante de Jean Tzimiscès. Nous ignorons comment les choses se passèrent, mais on peut bien se figurer la marche rapide des événements qui, sitôt après le trépas du glorieux Arménien, firent du bâtard de Lccapène l'arbitre tout-puissant de la situation, le nouveau régent en un mot. Certes le jeune basileus Basile devait se considérer comme tout à fait d'âge à régner. Mais à ses côtés se dressait la taille géante du terrible eunuque qui venait peut-être de faire disparaître Tzimiscès, sûrement au bénéfice des héritiers naturels de l'empire. Le jeune fils de
Romain II n'était pas encore de force à secouer une pareille tutelle qui venait de se signaler si tragiquement à sa gratitude. Bref, qu'il le voulût ou non, il dut accepter ce protecteur gênant, mais encore plus puissant (1).
L'eunuque rusé, pour détourner le plus longtemps les jeunes basileis, Basile surtout, de songer à se passer de lui, aurait à ce moment, aflirment la plupart des chroniqueurs, usé des moyens classiques pratiqués avant lui comme depuis, par tous les régents en quête du pouvoir absolu. Constanlinople aurait assisté une fois de plus au sjiectaele peu édiiianf, si fréquent en pays d'Orient, d'un promit r ministre s'efforçant pour mieux régner d'endormir le prince légitime, son pujiille, dans tous les plaisirs et toutes les mollesses. Zonaras, le plus catégorique de ceux qui ont contribué à propager ce récit, le termine par ces mots : « Ce ne fut qu'à la chute du parakimomène que le basileus Basile renonça pour toujours à ses dissipations et commença à mener une vie toute d'austérité. Jusque-là, à l'égal de son frère Constantin, il avait vécu dans le péché, la luxure, le commerce des femmes de mauvaise vie. »
Psellus, qui est seul à nous parler avec quelque détail de ces événements, suite immédiate de la mort de Jean Tzimiscès, a sur la manière dont ces faits se sont passés une opinion fort différente de celle exprimée par Skylitzès, Cédrénus et Zonaras et qui est bien probablement plus véridique. Préoccupé de faire l'éloge du basileus Basile, l'excellent historien afflrme que ce fut tout à fait d'accord avec son jeune souverain que l'eunuque prit le pouvoir. Il affirme que l'héritier du trône, celui qui devait être dans la suite ce basileus si sage et si avisé, avait conscience que ses ans étaient trop peu nomlu-eux encore et (jue son éducation politique était tout entière à faire. Il ne faut jamais oublier non plus que le parakimomène avait été l'oncle de Romain II. étant le frère naturel de sa mère, qu'il se trouvait en conséquence le propre grand-oncle des jeunes empereurs.
Dans ce même paragraphe, Psellus, cet écrivain si exact, si bien informé, nous trace du célèbre eunuque un bien curieux portrait. C'est le seul que Miius possédions de cet homme remarquable. Seul Psellus nous a révélé ccllr laillc géante et majestueuse qui, affirmant à la fois sa nais-
(1) d Basile, dit Yaliia (Roson, op. cit., p. 1), s'appuya pour ri'gner sur son parakimomène. »
sance sur les marches du trône et le fort sang de Scythie qui coulait dans ses veines, avait dû tant contribuer à communiquer à cet homme cette autorité, cette influence si considérables, si prolongées, dont ont |iarlé tous ses contemporains.
Voici le texte même de ce passage de Psellus qui nous révèle bien, il me semble, le véritable état des choses : le prince Basile règne positivement et il n'y a plus de régence ; il est bien vraiment déjà le basileus ; il ne consent même pas à partager le pouvoir avec son frère Constantin, mais, en même temps, se rendant compte de son inexpérience, il accepte, pour ces premiers temps du moins, de demeurer le pupille docile de son premier ministre qui gouverne en réalité l'empire, qui le gouverne durement et rudement, mais sagement et virilement. « Dès que Basile, dit l'écrivain byzantin, fut devenu le maître de l'empire romain, son intention fut de n'accepter aucun partage ni du pouvoir ni des décisions à prendre. Toutefois il ne pouvait se fier en son jugement, n'ayantencore aucune expérience ni des choses militaires, ni des questions civiles. C'est pourquoi il résolut de suivre les conseils du parakimomène Basile. La présence de cet homme au pouvoir éclairait le tr(~>ni' il'un liisire suprême, à la fois par la grandeur de son intelligence et par sa taille gigantesque, véritablement royale. Cette apparence superbe compensait amplement pour lui, qui était issu du même grand-père que le père de ses deux pupilles, la basse extraction de sa mère. On avait fait mutiler dès l'enfance ce fils de la concubine pour lui enlever à jamais toute velléité de disputer aux héritiers légitimes le pouvoir suprême. Satisfait de tout ce que la fortune avait, d'autre part, fait pour lui. il était demeuré fort attaché, entièrement dévoué à son impériale famille. Il voulait surtout du bien à son neveu Basile, qu'il entoura constamment de la plus vive affection et sur l'éducation duquel il veilla avec la plus vive sollicitude, n'ayant vraiment qu'un but, celui de dresser peu à peu l'impérial enfant à l'exercice du pouvoir. Dans cette noble poursuite, le parakimomène fut l'athlète courant la course, tandis que le jeune prince jouait le rôle du spectateur qui ne se borne pas à couronner le vainqueur, mais se prépare à descendre lui aussi dans l'arène pour y courir la course à l'exemple de son ancien. Le parakimomène fut donc à ce moment chef absolu du pouvoir. 11 commanda à l'empire comme à l'armée ;
seul il décréta les impôts; seul il veillait au maintien de la chose publique. Mais le jeune souverain n'en prenait pas moins part à ses côtés à toute l'administration, tenant avec lui les rênes de l'Etat, participant à toutes les délibérations comme à toutes les décisions. »
Si l'on accepte cette version de Psellus qui me semble la bonne, il faut du même coup faire litièrede tous ces racontars de Skylitzès,deGédrénus, de Zonaras afiirmant àipii mieux mieux que Basile, pour régner seul, s'efforça d'abrutir son pupille et de le maintenir dans une vie dégradante. « Beaucoup de ceux qui ont vu de nos jours l'empereur Basile, poursuit le sobre historien, l'ont connu sévère et dur, enclin à la colère, opiniâtre dans ses desseins, de vie austère, détestant toute mollesse. Mais les plus anciens narrateurs de ses premières actions nous apprennent qu'il n'avait point été tel au début de ses ans, mais, tout au contraire, de vie molle autant que dissipée. A mesure que les circonstances modifièrent son existence, elles modifièrent aussi ses dispositions, affinant son âme, fortifiant son cœur, donnant à son esprit le tour sévère et grave qu'on lui a connu dans sa maturité, transformant en un mot du tout au tout sa nature première. Dans son jeune temps, on l'avait vu s'adonner ouvertement à la débauche, aux plaisirs de l'amour, aux gais festins en joyeuse et fâcheuse compagnie, prompt à toutes les légèretés, usant sans retenue des privilèges de la jeunesse comme de la toute-puissance, mais à partir du moment où Bardas Skiéros d'abord, ]mis Bardas Phocas, puis Skléros derechef, puis d'autres à la suite s'efforcèrent de lui enlever l'empire, il se transforma soudain. Disant un adieu définitif à sa vie de plaisir, il mit toute son âme, tous ses etîorts à lutter contre ces redoutables adversaires et à amener leur écrasement définitif. »
11 n'y eut pas, je le pense, de couronnement nouveau. C'était seulement un régent, un co-empereur qui venait de disparaître. Le règne déjà long de Basile et de Constantin se poursuivait simplement (1). Rien ne saurait donner une idée dr la pauxrelé d'inrormation, de l'inexactitude des sources pimr tous ces di'liuls du pninoir des fils de Romain.
(1) Je rappollo que Mathieu d'Édesso a <lnnné un récit quelque peu fantastique d'un prétendu exil de Basile et de Constantin à Vaçagavan en Arménie et du rappel des jeunes princes par Jean Tzimiscès moribond. Voy. p. 313, note 1.
LES .lEUXES AX.XEES DE BASILE
Le premier actr du niiiiislro redevenu tout-puissant lui fui eertainemenl dicté plutôt par tles considérations politiques que par les sentiments du cœur. Théophano fui rappelée de son lointain exil. Personne n'avait plus contribué que l'eunuque à l'éloignement de la basilissa lors de l'avènement de Jean Tzimiscès six ans auparavant. Redoutant, sans doute, l'ascendant que cette femme intelligente avait pu, malgré la distance, conserver sur l'esprit de ses fds, il sut se faire auprès d'eux un mérite de la faii-e revenir aussitôt après la disparition de son ancien amant, devenu
son ennemi le plus acharné.
Par cette mesure de démener (|ui n'était pas sans offrir quelque danger, le bâtard semblait témoigner de son entier dévouement à la dynastie régnante, à la veuve et] aux fils de l'empereur Romain. .Mais, liieii que nous ne possédions aucun détail sur ces événements, nous jiouvons être assurés qu'il prit les mesures nécessaires pour que l'ex-basilissa demeurât écartée du ]iouvoir. Chose curieuse, après la brève mention de son retour au Palais, un silence de mort se fait dès lors immédiat et complet sur le compte de cette princesse jadis si célèbre. C'est à peine si quelques récits arméniens et géorgiens la présentent comme ayant gouverné en ce moment l'empire au nom de ses fils '!}. Les historiens byzantins ne prononcent plus son nom. Nous ignorons la date de sa Gn, qui eut lieu certainement parmi l'indifTérence générale. Cette femme si séduisante qui, durant quelques années, avait rempli le
COFFRET BYZANTIN dhoiv,- da A'™' Siècle [Musée de l'Ermitaye à Saint -Pétersboarg).
(1) D'après quelques phrases de la Chronique de Géorgie, il semblerait que Théophano, à son retour au Palais, ait pris une certaine part à l'exercice du pouvoir, part peut-être toute nominale. Racontant les démarches du gouvernement impérial pour s'assurer l'alliance du curopalate de Géorgie, Davilh, contre le rebelle Bardas Skléros. cette chronique désigne constamment comme dirigeant les négociations avec Tornig. non point l'eunuque Basile, mais bien l'impératrice Théophano et son fils le basileus Basile. 11 est difficile de décider du degré d'exactitude de cette affirmation.
rUÈOPlIAXO EST RAPPELEE DE L'EXIL
monde oriental (lu liriiil <l(3 sa beautt', de ses amoureuses intrigues, de sa lutte pour le pouvoir, ipii avait été aimée de trois enipereui"s et qui était la mère de deux autres, les chroniqueurs dédaigneux ne lui accordent plus une ligne. « Le bâtard Basile rappela au Palais Théophano mère des deux empereurs régnants » : et c'est là tout ! Les six années d'exil au loin tain monastère d'Arménie, six années d'une vie désolée, durant lesquelles pas m\ bruit du dehors n'était venu distraire la recluse de son farouche
COEFHET BYZANTIN d'ivuire ilfs -V" uii XI"" Siècles, pfoivnant de la ville de l'olterra et ayant fait partie de la Collection Spii:ier. — Les feuilles des médaillons s'enlèvent sur un fond de bois doré.
désesiîoir, avaient probablement eu raison de l'énergie de cette femme jeune encore. Probablement après tant d'aventures tragiques, tant d'émotions violentes, sa beauté étrange avait en partie disparu. Quoi (pi'il en soit, elle semble bien être devenue une créature inoffensive aux mains du bâtard et n'avoir plus demandé qu'à terminer obscurément sa vie au fond du Palais Sacré.
Le second acte de l'eunuque « rusé et méchant » fut dirigé contre Skléros, ce plus haut personnage de l'empire, qu'il avait, du reste, toutes les raisons de redouter. J'ai dit quelle était à ce jour la grande situation de ce capitaine et comment Jean Tzimiscès l'avait récompensé de tant de services rendus en le nommant domestique ou stratilate (1) des forces d'Ana-
(I) C'est-à-dire « g/'in-iMlissiiiir ■>.
350 LES JEUXES AN.XEES DE BASILE
tolie. Probablement le basileus songeait pour l'heure de sa fin à faire de cet homme le soutien des jeunes empereurs. Il en fut empêché par son trépas si rapide.
Aussitôt après la mort de l'Arménien couronné, Bardas Skléros avait dû chercher, lui aussi, à s'emparer auprès des fils de Romain, sinon de la place prépondérante et du rang d'autocrator qu'avait eus son beau-frère, du moins de ceux de premier ministre et de régent que Basile le parakimomène, plus habile, réussit à monopoliser à son profit. J'ai dit que nous ignorions tout ta fait dans quelles circonstances l'eunuque triompha si rapidement des prétentions de son rival, mais toute la suite de ce récit, l'exil immédiat du domestique, sa fureur, sa révolte tout aussi immédiate, tolis ces faits démontrent avec la dernière évidence que Bardas Skléros dut, à la mort de Tzimiscès, rêver le pouvoir suprême aux côtés des fils de Romain, que la faction du bâtard fut la jdus forte et que Skléros, violemment irrité, prit les armes pour chasser du Palais Sacré son adversaire et s'y installer à sa place dans son poste de premier ministre. Plus tard et très rapidement ses ambitions grandirent. L'exemple de Mcéphore Phocas et de Jean Tzimiscès lui fit perdre la tête. Il n'hésita plus, lui aussi, à chau.sser les bottines rouges des basileis. Le récit si court, si incomplet, de ces événements qui nous est fait par les chroniqueurs byzantins, vient confirmer de point on |inint cette manière de voir en nous expliquant l'attitude prise de suite par le Ijùlanl contre son rival d'influence. D'ailleurs, dans ces avènements de minorités à Byzance, tout homme très en vue éveillait aussitôt, niènii' s'il ne songeait [las à la pourpre, le soupçon d'y aspirer. Souvent l'unique salut contre le péril terrible créé par de telles suspicions ne fut autre ipie la recherche du trône même. Depuis que le patriarche Polyeucte, en couronnant Jean Tzimiscès, avait semblé proclamer le dangereux principe que le couronnement, à l'égal d'un baptême, lavait de tout crime, quelque grand qu'il fût, il n'y avait rien qui put arrêter un homme résolu ou cherchant à sauver sa tète.
(( Le parakimomène, dit en substance Skylitzès, redoutait par-dessus tout Bardas Skléros et craignait qu'il ne voulût s'emparer du pouvoir (qu'il avait constamment désiré avec passion) parce qu'ayant sous la main toutes les meilleures forces militaires de l'empire en sa qualité de stratilate
DISGRACE DE BARDAS SKLÉROS 351
des Scholes d'Anatolie, il pouvait très facilement les entraîner à n'importe quelle aventure. » Il se hâta donc de lui retirer ses hautes fonctions et le nomma en place, ce qui constituait une éclatante disgrâce, duc du thème frontière de Mésopotamie, c'est-à-dire des territoires des grandes forteresses de Kamaka (1), de Keltzène, de Kharpote (2), toute la rive gauche de la branche septentrionale de l'Euphrate avec toute la vallée de sa branche méridionale, aujourd'hui le Mourad-Tschaï. Certes c'était un des plus importants commandements militaires sur la frontière arabe, suilont un des plus exposés en raison de l'éternelle lutte sarrasine; mais quelle chutr (pu' cet exil aux extrémités asiatiques de l'empire, en place des toutes-puissantes fonctions que Bardas Skléros se voyait enlever I 11 ne fut, du reste, point seul à être ainsi déplacé par le méfiant eunuque. Basile agit de même avec un autre grand chef militaire, Michel Bourtzès, le Michel al-Bourdgi (3) des Arabes, un des glorieux vainqueurs d'Antioche sous le règne de ]N'icéphore, un des meurtriers aussi de ce prince. Michel Bourtzès était pour lors le partisan déclaré de Skléros et, paraît-il, un de ses lieutenants à l'armée d'Anatolie, par cela même suspect au parakiniomène. Pour le séparer de son chef, l'eunu(pie le nomma à nouveau duc d'Antioche, à l'autre extrémité de la frontière d'Asie. Il l'éleva, en outre, à la dignité de magistros. Ce duché d'Antioche était le second grand commandement sur les confins du sud. Le duc d'Antioche était là-bas comme une sorte de vice-roi. Toutes les places, toutes les forteresses des marches de Syrie relevaient de lui, toutes les garnisons de cette vaste région, sentinelle avancée de l'empire. A lui incombait le soin de soutenir la lutte toujours renaissante contre les divers ennemis sarrasins de ce côté, de représenter directement le basileus dans les négociations avec tous les princes musulmans de la région, même avec le Khalife d'Egypte. Michel
(1) Ou TliéoJosiopolis d'Arniénie.
(2; Vuliia, op. cit., p. 1, dit n gouverninir dp lu province de Hanizith et d'al-Klialidiyàt ». « Hanlzitli, dit .M. Kosen, ibid., note 12, laXxvv:^ duPorpliyrogénète, était un district de la ((uatrième Arménie, faisant partie du tlièuie de Mésopotamie.» — Sur la localité nommée al-Klialidiyàl voyez cette même note de M. Ilosen et encore Freytag, op. cit., 2' art., p. 193. — Kharpote, aussi appelée par les Arabes Hisn-Ziad, aujourd'hui Kharpout, n'est autre que la forteresse franque de Kharpert, la Quartapiert ou Catapiert de Guillaume de Tyr, ville du district de Ozoph'k (Sophene;, également dans la quatrième .\nnénie, au sud de la branche méridionale de l'Euphrate (Dulaurier, Hitl. arinén. des Croisades, t. I, p. 94, note).
(3) Ou -Mbordgi. Voy. Un Empereur lii/zanlin au Dixième Siècle, p. 108.
332 LES JEU.XES AXXÈES DE BASILE
Bourtzès qui avait une lois déjà occupé ce poste dès le di'lmt ilu règne de Jean Tzimiscès, ot ipii venait à peine, semble-l-il , de le cpiitter, devait surtout, dans la pensée de l'eunuque, y tenir tète aux entreprises des troupes de ce souverain, comme Bardas Skiéros devait, de son com-
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MlllAILLE BYZANTIXE d'Antioche, partie ouest avec un aqueduc au premier plan. (Photographie conijiiuniipiée par M. M. van Bercltem.)
mandement du haut Euphrate, parer aux attaques possibles des contingents du Ivhalilat de Bagdad.
Sans aller aussi loin <jue Gfrœrer, qui voit dans ces nominations le désir secret du parakimomène de se débarrasser, par les accidents de la guerre, de ces deux chefs qui le gênaient, sans aller comme cet historien jusqu'à accuser l'eunuque de méditer froidement leur perte en se promettant de ne leur envoyer aucun renfort dans ces postes lointains si exposés, on peut bien dire qu'en les éloignant ainsi de la capitale, le premier ministre prenait le jilus sûr moyen de les mettre en grand péril. Quant au commandement suprême des forces d'Asie retiré à Bardas Skléros, l'eunuque le confia à l'autre vainqueur d'Antioche en octobre •))>!», au vaillant slra-
•"'^•M^f^ i- ', 'iR % '<>yS»^ifKi^iKK^m#;e:^^
IC0.\E da .«■"■ Siedi: ivprcsenttint l'Archange Gabriel, jadis conservée au '/nonastére de Djou,na(i,cn Géoruie. Vleonc, de travail géorgien, nexiste plus aujourd'hui. Les médaillons emaUles. admirable échantillon de fart byzantin de la première moitié da XI"" Siècle, ont seuls été conservés et sont Vorn:ment de la collertion Zu-énijorodskuï, à Aix-la-Chapelle.
topédarque, le patrice Pierre Phocas. Ce iiuerrier illustre, lucn qu'eunuque lui aussi, cet ancien lieutenant favori de son oncle le basileus Xicéphore, était pour lors un des familiers du parakimomène, jouissant de sa confiance. Nous allons voir l'accueil que fit Bardas Skléros aux mauvais procédés du régent. Michel Bourtzès, au contraire, s'il faut en croire Yahia (1), semble avoir conservé, au début du moins, une attitude plus disciplinée, uniquement préoccupé d'exécuter les instructions qui lui avaient été délivrées pour son nouveau commandement. « Basile, dit Yahia, envoya son armée avec Michel al-Bourdgi en expédition dans les terres d'Islam, et al-Bourdgi envahit le territoire de Tripoli et saisit beaucoup de butin. Après quoi, il revint à Antioche où il se mit à rassembler de nombreux contingents pour une nouvelle expédition qu'il préparait. «
Il (Il fut autrement de Bardas Skléros. L'eunuque avait compté sans la colère de l'orgueilleux stratilate. Ces mesures prises en défiance de lui, cette complète et subite disgrâce, irritèrent à l'excès ce soldat hautain, violent, qui n'avait pas l'humeur souple d'un homme de cour. Ce n'était point non plus un grand caractère. Il ne sut maîtriser son amer regret, ses rancunes à ce point vives qu'elles n'en témoignèrent que davantage de l'intensité de ses rêves ambitieux. Il était probablement accouru dans la capitale pour assister aux funérailles de son illustre beau-frère. De suite, il se répandit en f)laintes injurieuses contre le parakimomène. Il eut des paroles de la dernière violence. « Voici comment on me récompense de tant de victoires. J'étais un noble cheval de guerre, on veut faire de moi un roussin lamentable ! » Toutes ces plaintes de ce grand enfant terrible troublèrent peu le froid parakimomène, qui, malgré sa perspicacité, se trompait cette fois sur les conséquences terribles que devait avoir cette affaire. Il se borna à faire prévenir Bardas Skléros qu'il eût à se déclarer satisfait et à gagner au plus vite son nouveau commandement : sinon rien ne serait plus aisé que de le mettre en disponibilité et de l'envoyer vivre sur ses terres d'Asie, en simple particulier.
Bardas Skléros ne se le fit pas dire deux fois. Sur-le-champ son parti fut pris. Il releva le gant que lui jetait l'eunuque, pour la première fois
(1) Rosen, op. cit., p. 1 rt note 8.
REVOLTE DE DARDAS SKLEROS 355
iin|iruilciil. Sitôt averti du suri i|ui le menacjail. il qiiilla on hâte la cajiitale et courut gagner à travers l'Anatolie son commandeinent des bords de l'Euphrate. Hélas ! ce n'était point pour y combattre les Sarrasins, pour y mener, comme le croyait encore le parakimomène, la vie dévouée d'un bon stratigos à la frontière. Ses projets étaient tout autres ! 11 allait briguer la couronne des basileis. L'emj)ire était à la veille de voir éclater la plus formidable sédition militaire qui, par la faute du premier ministre, allait mettre à deux doigts de sa perte le trône des basileis fils de Romain II.
Le nouveau duc du thème de Mésopotamie était infiniment populaire dans l'armée d'Asie. Gomme Nicéphore Phocas, comme Jean Tzimiscès, comme tous les grands chefs militaires byzantins de cette seconde moitié du x° siècle, Bardas Skiéros était passé maître dans l'art de parler aux soldats, de s'en faire aimer et obéir. Voyant l'empire aux mains de deux adolescents et d'un eunuque tyrannique et impopulaire, il résolut de profiter de cette influence qu'il avait sur les troupes pour s'emparer du pouvoir. Disons de suite qu'à l'exemple de Xicéphore, il ne fut point au début usurjiateur dans le sens strict du mot. D'abord il en voulut, non aux deux petits empereurs, mais au seul parakimomène, qu'il s'efforça de renverser et de remplacer en qualité de régent. Toute la suite du récit prouve qu'au début, même plus tard lorsque la lutte se fut envenimée, son but fut non de détrôner les basileis légitimes, mais de partager le pouvoir avec eux, de ceindre le diadème à leur côté, de remplir auj)rès d'eux, après avoir chassé le parakimomène détesté, ce même rôle de tuteur et (le bras droit de l'empire qu'avaient exercé si glorieusement avant lui ses deux anciens frères d'armes, Nicéphore et Tzimiscès. Il faillit réussir, n'eùt-ce été pour la résistance opiniâtre que lui opposa le vieil eunuque. Sa première rébellion devait, durant quatre années, ébranler l'empire jusque dans ses fondements.
Le récit de cette lutte civile terrible qui si longtemps ensanglanta l'Asie nous a été transmis surtout par Skylitzès et, d'après celui-ci, parCédrénus, puis par Psellus et Zonaras, enfin par quelques chroniqueurs arabes, en jiarticulier par Yahia dont les indications sont fort importantes. Nous possédons encore sur ces événements un très précieux récit incident de Léon Diacre. On sait que la portion retrouvée de la chronique relative-
ment si vériJique de cet écrivain, qui fut le contemporain de ces grands faits historiques, s'arrête malheureusement à la mort de Jean Tzimiscès; mais, à propos de la comète de l'an 975 qui épouvanta tout l'Orient un peu avant cet événement, Léon Diacre, qui rédigea son livre bien plus tard, énumérant toutes les calamités qui dans sa pensée avaient été prédites par ce phénomène redoutable, a été naturellement amené à nous parler aussi de la rébellion de Skléros. Il nous en a donné à cette occasion une très substantielle narnitinn. comme une illustration de tous les malheurs ainsi présagés, anticipant de la sorte sur des événements qui ne devaient en réalité éclater que quelques mois après l'époque où sa chronique est demeurée pour nous accidentellement interrompue.
Donc Bardas Skléros gagna en hâte ce thème lointain de Mésopotamie. Jadis, au début de son épique carrière, il y avait remj)li des fonctions diverses. Il y était demeuré très aimé. Puis, je l'ai dit, dans cette multitude de compagnons qui composaient l'armée d'Asie, il en était liirii |i('u qui ne le portassent au premier rang de leurs affections. Tous, ou presque tous, avaient combattu à maintes reprises sous son commandement l'ennemi natiiinal. le Sarrasin maudit. ]\ul chef n'était plus populaire dans l'immense empire. Il avait constamment vécu parmi les troupes, dans les camps. Il ne lui fut que trop aisé de soulever ces âmes soldatesques contre l'àpre et dur gouvernement de l'eunuque, de leur inspirer le vif désir de voir celui-ci remplacé au pouvoir par leur chef tant aimé.
Bardas Skléros « ayant ainsi, suivant les expressions de Léon Diacre, facilement surexcité les passions île celte vaine et turbulente multitude », n'eut ])as de peine à organiser rapidement un de ces soulèvements niHitaires pareil à criiii (|ui, lirize ans auparavant, avait si bien réussi à Nicé- ]diore l'hocas. Toutefois, avant de lever délinitivement le masque, le chef rebelle voulut soustraire à la cruauté du parakimomène son fds Romain Skléros qu'il avait dû laisser à Constantinople, probablement comme gage de sa fidélité. Anlliès Alyatès, un de ses plus dévoués lieutenants, fut expédié par lui dans la capitale. Chargé de lui ramener son fds, celui-ci s'ac(piilla à merveille de celte mission. Aussitôt arrivé à Constantinople, tandis (pi il prenait en cachette les mesures nécessaires, il ne cessa de se montrer partout, affectant de mal parler de Bardas Skléros, répandant
BARDAS SKLEROS SE FAIT PROCLAMER BASILEVS
sur lui les l)ruils les plus fâcheux. Tous au l'alais l'ureul pris h ce langage et ( Turcul Alyalès devenu l'adversaire acharné du chef disgracié (jui les faisait déjà trembler. Quand il cul bien di'lourné les soupçons, le fidèle messager disparut un lieau jour, enlevant Romain (pi'il amena à son père tout joyeux.
Rassuré sur le sort de celui qui lui était cher, Skléros n'hésita plus à découvrir ses projets ambitieux. Dès longtemps il s'en était ouvert secrètement à (pielques-uns de ses lieutenants en qui il se fiait plus particulièrement. Mettant à exécution le plan qu'il méditait depuis bien des semaines, il se fit solennellement proclamer basileus à la face de son camp.
Revêtant le diadème, les brodequins de couleur sanglante, les autres ornements impériaux, il fut salué autocrator par les troupes de l'armée d'Orient, qui }iassa aussitôt presque tout entière de son côté. Nous n'avons aucun détail sur cet événement. Nous ne savons pas quelle localité en fut le théâtre, très probablement Kharpote. De même nous ignorons la date précise de cette révolution dans le courant de l'année 976. Ce dut être une de ces grandes scènes militaires telles que celle du mois de juillet 963 que j'ai racontée dans mon livre sur Nicéphore Phocas et qui vil à Césarée de Cappadoce l'élévation de cet illustre homme de guerre. A l'égal de celui-ci, Bardas Skléros dut être pioclniné dans sa tente par ses principaux fidèles, [luis présenté par eux aux trou|ics revêtu des insignes impériaux, porté sur un bouclier devant le front de l'armée et, entouré de ses lieutenants l'épée haute, salué des cris de : « Longue vie à l'autocrator Bardas aimé de Dieu ».
Skylitzès et ajjrès lui Cédrénus rapportent cet unicpie délail que
COFFRET BYZANTIN d'ivoire des A'"" ou XI-' Siècles. Un des panneaux latéraux. — Ce coffre f, provenant da, Trésor de la Cathédrale de Vcroli, est aajourd'hni conservé an Musée de Soutli-Kensingfon, â Londres.
ce fun'iil les contingents arméniens qui donnèrent le premier signal des acclamations. Ceci n'était que bien naturel, puisque, à l'égal de Nicéphore Phocas et de Jean Tzimiscès, Bardas Skléros était d'origine arménienne. Nous allons voir bientôt de nombreux dynastes de cette contrée marcher sous ses drapeaux. En 966, au dire du chroniqueur arménien Etienne de Darôn, dit Acogh'ig, les Grecs, après la mort d'Aschod, prince de Darôn, s'étaient emparés de sa principauté. Il n'était donc point étonnant que les premiers alliés de la révolte de Skléros fussent des soldats arméniens. Yahiii de son côté dit qu'aussitôt après la proclamation du prétendant une foule de partisans non seulement arméniens, mais aussi musulmans, accoururent le rejoindre. De même Acogh'ig dit aussi que Skléros sut attirer à lui la cavalerie arménienne de l'armée impériale « qui se trouvait en Grèce » et oppose dans son récit ces troupes aux « contingents thraciens et macédoniens demeurés fidèles au basileus avec tous les peuples d'Occident », c'est-à-dire toutes les forces européennes de l'empire. Skléros, lui, commandait aux troupes et aux alliés d'Asie. Il ne faut pas oublier non plus que Jean Tzimiscès était Arménien de naissance, qu'il avait entretenu les meilleures relations jusqu'à la fin de sa vie avec ses anciens compatriotes, signé un traiti' d'alliance avec leur souverain Aschod III et vécu avec ce prince sur un pied de j)arfaite intimité puisque, peu avant sa mort, il lui écrivait encore pour lui rendre compte de ses succès contre les Sarrasins. Bardas Skléros avait dû se poser auprès des Arméniens en vengeur de Jean Tzimiscès, leur commun concitoyen, que reunu(iue Basile était presque universellement accusé d'avoir fait empoisonner.
Le nouveau prétendant d'Asie, le nouvel autocrator des camps, semble avoir été un homme d'une rare énergie, très courageux, très pratique, de décision i-apide et brutale. Avant tout, maintenant qu'il avait des soldats en grand nombre, il lui fallait beaucoup d'argent. « Il connaissait bien, dit Skylitzès, le mot fameux du rhéteur (1) : « Sans argent on n'arrive à rien. » Pour se procurer le nerf de la guerre, il usa d'un moyen violent, mais sûr. Il se saisit en une fois, partout où cela fut possible, des personnes (les collecteurs impériaux et autres officiers de l'impôt et confisqua leurs
(1', Dt-mosthène.
DARDAS SKLEROS S'EMPARE DE MALATYA 359
caisses. De même il mit à coiilriluilion Idus les grands propriélaircs (ju'il put afteinilre, tous les riches. (Chacun lut taxé proportionnellement à ses revenus probables. Ceux ipii ne purent dU ne voulurent payer furent jetés en prison, et ce devait être un terrible séjour qu'un cachot dans ces thèmes byzantins d'Asie, dans un thème frontière surtout, à cette époque du x° siècle. Ordre fut donné de ne relâcher ces infortunés (praj)rès payement complet de la taxe qui leur avait été appliquée.
Yahia parle de ces débuts de cette grande révolte avec quelque détail. On se rappelle que Bardas Skléros, lorsqu'il avait dû sur l'ordre du parakimomène gagner son commandement d'Asie, était d'abord venu à Kharpote. Quittant cette ville de la vallée del'Euphrate aussitôt après s'être fait proclamer, il fondit à l'improviste, dit l'historien syrien, sur Malatya, la future Mélitènc des Croisés, cette puissante forteresse bâtie sur la rive droite du grand fleuve dont elle dominait le cours. Il est probable qu'il avait di'jà beaucoup de monde avec lui. Malatya, qui était depuis jilus de (juarante années aux mains des chrétiens et tenait garnison impériale, surprise, ne se défendit point. C'était pour le rebelle une excellente base d'opérations. Il se saisit du straligos (1) qui y gouvernait au nom du basileus, et lui prit sa caisse qui contenait la grosse somme de six « khintares», « quatre cent vingt mille deniers », ditElmacin (2), tout le tribut de l'année pour cette [jortion de la vallée de 1 Euphrate probablement.
Ce ne furent pas là les seules circonstances qui permirent à Bardas Skléros d'entrer rapidement en campagne. Beaucoup de particuliers, de grands propriétaires terriens, ses partisans, pleins de confiance en son étoile, lui apportèrent, disentles chroniqueurs, tout ce qu'ils possédaient, persuadés qu'ils en seraient largement récompensés plus tard. Le prétendant en arriva en fort peu de temps à réunir des sommes très considérables. Pour mettre il l'abri ce trésor de guerre, il lui fallait une forteresse quasi imprenable. Il choisit à cet effet cette ville de Kharpote dont je viens de parler, la Kharpout tunjue d'aujourd'hui (3), à l'est de l'Euphrate, un peu au sud du
(1) Yahia désigne ce fonctionnaire sous le simple titre de « basilikos ».
(2) Voy. Uosen, op. cil., p. 14.
(3) Ilanisay, op. cit. « C'est un des rares exemples d'un nom de ville turc adopté par les (jrecs. »
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cours (le sa liranrhc nu'i'idionale, l'Arsin (1), le Mourad-Tschaï actuel. Il s'occupa aussitôt d'en l'aire relever et augmenter considérablement les défenses et y concentra, avec ses ressources pécuniaires, dévastes magasins de vivres et d'équipements. Ce puissant kastron devait constituer son refuge suprême en cas de défaite. Protégé par le cours de l'Euphrate contre les agressions des troupes impériales venant de l'ouest, il semblait devoir être d'une défense facile. Non content d'assurer ainsi sa retraite, non content de remplir ses caisses, Skléros s'occupait avec une activité fébrile de recruli'i' de nouveaux partisans, de grossir encore les rangs de son armée composée d'éléments presque exclusivement asiatiques. Il chercha (le tous c(Jtés des alliés et signa des traités d'amitié avec divers émire musulmans du voisinage (2). Skylitzès et Gédrénus citent parmi ceux-ci Apotoulf, émir de la grande cité sarrasine d'Amida, et Aljou Taglib (3), le fils de Nasser Eddaulèh, le neveu de Seîf Eddaulèh d'Alep. Skylitzès désigne simplement ici ce prince comme émir de Mayyafarikin, parce que le Bouiide de Bagdad venait précisément de le dépouiller de la plus grande [lartie de ses Etats. C'est même cette circonstance qui avait dû décider ce fils et neveu des deux fameux Hamdanides à contracter avec un chef chrétien une aussi criminelle alliance.
Outre des subsides considérables en numéraire, ces émirs fournirent à Skléros un précieux renfort de plusieurs centaines (4) de ces merveilleux cavaliers légers, élite de leurs armées, qui lui rendirent de grands services dans les péripéties de ces guerres orientales si particulières. Nous avons
(1) L'Ai-'adziiii des Aniiéiiions, l'Arsanias de Pline.
(2) Môr' a'jîwv x^o;J7x; xï't ôii to-j y.r,5'j'j; ri t?,; çtXt'x; àT^ïXtiiasvo;. dit Cédrénus, fii. de Bonn, II, p. 419.
(3) .\bou Taglib, que les Byzantins nomment Apotaglè, venait, en effet, d'être battu par le tout-puissant Bouiide .Vdhond Eddaulèh qui lui avait enlevé Mossoul et l'avait fait poursuivre par ses troupes, maîtresses de la plus grande partie de la Mésopotamie, jusque dans les cités frontières de Mayyafarikin et de Bedlis iWeil, op. cit., III, pp. 2j, 30). Le Hamdanide avait du se réfugier en territoire chrétien, précisément à Hisn-Zyad, c'est-à-dire Kharpout (voy. Rosen, op. cil., noie 12\ et c'est là qu'il contracla alliance avec Skléros. Mais, n'ayant obtenu, ainsi qu'on va le voir, aucun bon résultat de cette union impie, il dut s'enfuir encore jusqu'à .'Vmida, d'où, chassé par les troupes du Bouiide, il gagna finalement Damas. Là il chercha vainement à obtenir du Khalife fatimite al-Azis la seigneurie de celte ville. Fait prisonnier parles troupes africaines de celui-ci, il fut exécuté le 29 août 979. .\insi périt misérablement le dernier émir hamdanide de Mossoul. Sa principauté devint la proie du Bouiide.
(l) Skylitzès et Cédrénus donnent le cliilTre de trois cents.
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VOI.Er i-lit iiani'hif d'an Trijilyiiuc hyzi.intin d'ivoire du XI"" Siéilc, conserve un Mascii du Palais Dacal à Venise. — Saint Paul et saint Jean l'Eiamjélisle. — Vny. l'aatre volet conservé à Vienne fif/uré sur la planche préréihnfe.
CO;l/P0.9/770.V DE I/AIIMF.E DE BARDAS SKLEROS
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