DF
Vl'l''iriifoliîilPli'''iiinnt;itl*ttfiiHtH.-.r,uiû:Hiii-JI-iii''.'iin-hi ÏJtlIlî'IlilllIflPCiirfaèlKllii-riL.OfrôW.llfc.Cl'.Rl.'l^.lWlIHPiii.rij.vii
iRlK*iîfii'b'iib\iliira.H+kiiWii^>ilteiii'iirnciiirt:uL>ti'iiii£ti
INSCRIl^TlONS royalfs sur lu parni ilr la i Hthédrali; d'Ani, cajiitalL- lir VArmùnii; sous les rois de la dijniistie pai/ralide conleiiipoeoine dr Basile II. La cathédrale (at arkei/éc en l'an
VU que ses furces comproiiaient ôgalemont d'importants contingents arméniens. Il en recruta d'autres encore et lorsqu'il se mit délinilivemcnt en
362 LES JEUXES AXNEEfi DE BASILE
marche, rhistorien national Acogh'ig nous dit que les puissants dynastes Krikorikos et Pakarat (1), fds d'Aschod (2), le défunt prince de Darôn, dépossédé par les Grecs, avec leur oncle Romanos, frère de leur père, et le prince Afranik de Mogk'h (3) marchaient sous sa bannière à la tète de nombreux corps de cavaliers géorgiens et arméniens qui se battirent durant cette pénible campagne avec une rare intrépidité. Ils l'avaient rejoint du côté de Dchahan (4) et de Malatya, lui apportant également de fortes sommes en numéraire.
Ce n'était pas tout. Tous les mécontents, les déclassés, tous les gens si nombreux dans ces thèmes frontières vivant d'une existence irrégulière, tous les bandits, les outlaics, tous ceux qui espéraient pêcher en eau trouble à la faveur des événements qui se préparaient, attirés par l'espoir de ces bouleversements, par le désir de gagner honneurs et richesses, affluèrent au camp du prétendant, venant grossir encore ses bataillons. La renommée répandait au loin le bruit de ce grand rassemblement. De toutes parts accouraient de hardis compagnons, sauvages aventuriers, pittoresques condottieri de l'Asie du x° siècle.
Qu'on me pardonne de raconter ces faits d'une façon aussi succincte, surtout aussi inégale. Qu'on songe aux indications si laconiques, si rares, qui nous sont fournies par les sources. Je n'en ai négligé aucune, je crois pouvoir l'affirmer. Il semble impossible d'y rien ajouter pour le moment, tant nos connaissances sur cette période de l'histoire byzantine demeurent cruellement imparfaites. Tous ces événements si lointains, dans ces années obscures entre toutes du haut moyen âge oriental, sont plongés dans une immense obscurité, ceux-ci en particulier qui ont eu pour théâtre ces extrêmes provinces d'Anatolie, bien plus perdues alors qu'elles ne le sont même aujourd'hui. Nous ne connaissons ces faits de guerre que par bribes, par lambeaux détachés, sans liens entre eux comme sans preuves à l'appui.
(1) C'est-à-dire « Grégoire et Pagrat».
(2) Ce sont les raôraes probablement que « les deux patrices, fils de Pagrat, seigneur de Khalidiyât », dont parle Yahia, et qui devaient leur titre de patrice déjà à Nicéphorc Phocas (voy. Rosen, 0/). cî7., note 12}.
(3) Province d'Arménie à l'orient du Tigre, dans les montagnes du Kurdistan. Voy. Saint- Martin, op. cil., p. 174.
(4) Ou Djeyhàn, district de la troisième Arménie.
n.\RDAS SKLEROS SE MET EN MARCHE 363
Bardas Skléros commandait, semble-t-il, à une fort belle armée, véritable armée de prétendant asiatique du x" siècle, original mélange des vieilles bandes byzantines régulières, des fortes milices des thèmes asiatiques et de tous ces sauvages et flottants escadrons sarrasins, géorgiens, arméniens, troupes hardies aux chevaux excellents, aux costumes bizarres et multicolores, à l'armement aussi divers qu'imprévu, au parler étrange, compagnons indisciplinés et peu fidèles que guidaient uniquement l'appât du butin et l'amour inné de cette brutale vie d'aventure.
Fier de tant de forces si rapidement concentrées en sa main, le cœur gonflé d'un orgueilleux espoir, le prétendant se mit en marche. C'est dans les premiers jours de l'été de l'an 976 que le hardi capitaine partit ainsi du fond de l'Asie et des frontières mêmes de l'empire, de ce thème de Mésopotamie, à cheval sur le haut Euphrate, entraînant l'armée orientale tout entière vers les remparts lointains de la Ville gardée de Dieu. Ne prévoyant pas que les jeunes basileis et leur premier ministre pussent opposer une résistance sérieuse à ses bandes éprouvées, il se voyait déjà en rêve assis sur le trône impérial, remplaçant le glorieux Tzimiscès entre les deux fils de Romain. « Il marchait confiant, dit Psellus, avec toute son infanterie et toute sa cavalerie à la conquête de cette proie en apparence assurée. » Un songe qu'avait fait un moine d'Asie, fort vénéré pour ses vertus ascétiques, lui inspirait surtout une invincible confiance. Le saint homme, dans les ténèbres de la nuit, avait vu soudain un personnage de feu enlever dans ses bras Skléros et le conduire dans une grotte vaste et profonde. Là, une forme féminine de taille gigantesque accourant à la rencontre du chef lui avait solennellement remis une verge impériale. Bardas Skléros considérait naïvement cette verge fantastique comme le symbole éclatant de son imminente souveraineté. « Hélas ! s'écrie le pieux Skylitzès, ce symbole ne signifiait autre chose que la colère de Dieu contre le peuple romain. »
Cependant la nouvelle de cette rébellion si grosse d'effroyables périls, née si soudainement aux extrémités de l'empire, était tôt parvenue dans l'immense capitale et y avait jeté la consternation . « Les basileis, dit le chroniqueur, furent en proie au trouble le plus profond. Les bons citoyens se désespéraient. Seuls les méchants se réjouirent. » Mais le parakimo-
364 LES JECXES AXXEES DE BASILE
mène Basile se montra, comme toujours, à la hauteur du Jauger. Sans perdre un jour, il dépêcha courrier sur courrier au patrice Pierre Phocas, le fameux « trapézite », l'al-Atrabasi ou Torbasi des historiens orientaux, le brillant stratopédarque des guerres syriennes, le nouveau généralissime d'Anatolie (1), avec ordre de marcher en toute hâte sur Césarée de Cappadoce pour mettre si possible la main sar cette place centrale d'Asie Mineure avant l'arrivée de Skléros et y concentrer les contingents asiatiques deniem-és fidèles. Surtout Pierre devait s'efforcer de ralentir par tous les moyens la marche de larmée rebelle pour permettre la mise en état de défense de la capitale. La preuve (]ue toutes les forces encore disponibles furent concentrées sous le commandement du stratopédarque, c'est que Michel Bourtzès, qui venait d'être nommé duc à Antioche, eut ordre de le rejoindre avec toutes ses troupes (2).
On allait donc voir aux prises deux des plus illustres capitaines des armées i)yzantines, certainement les deux ]ikis renommés depuis la dispaliliciii ili's (Irnx derniers basileis. Toutefois reunuquc Basile, demeuré fidèle à ses habitudes de temporisation, désirant tenter un suprême effort de conciliation avant de recourir définitivement aux armes, peut-être aussi pour gagner du temps, dépêcha encore un de ses fidèles auprès de Sldéros pour lui jiersuader de renoncer à son entreprise. C'était un prélat de grande vertu, prudent, disert, plein d'un tact admirable, le syncelle Stéphanos, métropolitain de la grande cité asiatique de Nicomédie, « habile, dit le chroniqueur, à pacifier, à adoucir par le charme de sa parole exquise les naturels les |ilus indomptables ».
Le saint homme eut tùt fait de rejoindre dans sa rapide marche en avant l'aventureux capitaine. Longuement il l'entretint, usant de tous les arguments faits pour impressionner cette àme ardente. Mais lui, plus confiant que jamais, la tête uniquement pleine de ses projets ambitieux,
(1) Sur ce parfait homme guerre, voj-. i'n Empereur Byzantin au Dixième Siècle, iKile 1 de la page 710. Voy. encore Koscn, op. cit.. noie 25.
(2) Yahia, op. cit., p. 2, raconte les choses d'une manière un peu dilTérenle. Suivant lui, Michel Bourtzès et le stratopédarque, qu'à l'exemple de tous les chroniqueurs orientaux il désigne constamment sous le nom d'al-.\trabasi, furent invités par le premier ministre à opérer au plus vile leur jonction avec le patrice Eustathios .Muléinos, <. Ihu al-Malaïni », stratigos impérial de Cilicie, en résidence à Tarsous, pour marcher de là tous ensemble contre le prétendant.
MlSSfOX DV MÉTROPOLITAIN DE NICOMEDIE
r—^^^iS^'T
'^^^^^(/ié^::^:^^ uu:
=^i:îirJ
BIBLIOTHÈQUE ARABE. — Miniatarf d'un très ancien manascrit arabe appartenant
d M. Ch. Schcfcr.
daigna ii iieine (•(•(nikT le prèlre vénérable. Sans même réfuter ses arguments, lui inoiiliaul du doigt ses jjieds chaussés des bottes écarlates :
« Evêque, lui dit-il, penses-tu qu'il soit aisé de renoncer à ces brodequins impériaux alors qu'on les a chaussés à la face de l'empire ? Un tel désintéressement serait au-dessus des forces humaines. Va-t'en. Retourne sur tes pas. Va dire à ceux qui t'envoient que je n'ai aucune paix à signer avec eux avant qu'ils ne m'aient reconnu pour leur basileus. Sinon je saurai m'emparer malgré eux du pouvoir par la force des ai-mes. Je veux bien leur accorder quarante jours pour délibérer et me faire leur soumission. Passé ce délai, je briserai tout devant moi. » Puis il congédia le prélat désolé.
Cette réponse hautaine du prétendant nous découvre ses intentions \Taies. Très certainement ce message impérieux ne signifiait point que les jeunes empereurs dussent abdiquer en sa faveur. Skléros exigeait seulement d'être reconnu comme corégent à leurs côtés dans la même situation qu'avaient occupée Jean Tzimiscès et avant lui Nicéphore Phocas. Seulement, au cas où sa demande serait repoussée, il déclarait nettement qu'il serait dans l'obligation d'cmjiloyer la force, d'en arriver peut-être à déposer les princes. Pour parler clairement, il réclamait, appuyé évidemment sur l'expression des dernières volontés de Jean Tzimiscès mourant, la tutelle et le premier rang dans l'empire avec le titre de basileus. C'est certainement là le sens de sa réponse à l'évèque Stéphanos que Skj'litzès nous rapporte assez confusément. Et, à vrai dire, cette solution eût été de tous points excellente. Bardas Skléros était un chef militaire de premier ordre, tout comme Nicéphore Phocas ou Jean Tzimiscès. Il eût certainement suivi leurs illustres exemples et sa place eût été mieux marquée aux côtés des jeunes Porphyrogénètes que celle du parakimomène Basile, habile administrateur, mais eunuque cupide et impopulaire. Le manque de pati'iotisme du vieux régent qui refusa de s'effacer devant le général victorieux fut une des causes pi'incipales de cette lamentable guerre civile.
Le syncelle Stéphanos, de retour au Palais Sacré, fit part au parakimomène de la réponse du prétendant. Il ne pouvait être question d'accepter les propositions de Skléros dans leur forme blessante. L'eunuque ne les repoussa pourtant pas absolument. Une fois encore il écrivit au stratopédarque de s'en tenir à une défensive l'igoureuse. Pierre devait se
COMBAT DE BOUKOUl.ITIIOS 367
borner jusqu'à nouvel ordre à harrcr la route aux rebelles en avant de Césarée, à faire occuper fortement les gués, les défilés, les positions stratégiques importantes. Toutefois ses instructions lui ordonnaient formellement de repousser la force par la force.
.Malgré tant de précautions de la part du jtarakimomène, les hostilités éclatèrent presque aussitôt. Bardas Skléros n'avait accordé ce délai que pour endormir la vigilance des impériaux. Il avait, lui aussi, pour premier objectif la grande Césarée, cette métropole d'Asie qui peu d'années auparavant avait vu la proclamation de Xicéphore Phocas par les contingents orientaux. Pour gagner cette ville, il lui fallait suivre avec son armée la vieille route romaine devenue la grande voie militaire byzantine qui y menait en passant probablement par Arca, puis par Arabissos, Tanadaris, Lapara-Lykandos et les défilés de l'Anti-Taurus (i). C'était un tronçon de la grande voie publique qui d'Ephèse par Césarée, traversant l'Asie Mineure entière, s'en allait aboutir à l'Euphrale.
Le délai des ([uarante jours achevé, le prétendant, quittant enfin Malatya et les rives de l'Euphrate, se mit en marche, précédé par ses nombreux éclaireurs, cavaliers géorgiens ou arabes, chargés de le renseigner et de nettoyer les passages faiblement occupés. Tous ces détachements d'avant-garde étaient sous le commandement de cet Anthès Alyatès qui venait de rendre à Skléros le service de lui ramener de Constantinople son fils Romain.
Le premier choc entre cette avant-garde et celle des impériaux eut lieu dans un défilé que Skylitzès nomme Boukoulithos, la Pierre ou la Roche de Boukos. M. Ramsay, qui a consacré un si beau livre à la géographie de l'Asie Mineure au moyen âge, n'a pas encore réussi à identifier ce nom, mais, comme il me l'écrit, ce défilé devait être situé entre Arca (2) ctOsdara, plus probablement encore entre Arabissos et Lapara-Lykandos,
(1) Voy. Uaiiisuy, op. cit., carlo annexée à la page 360. — - Skléros aurait encore pu passer, m'écrit M. Ramsay, par Dcrende, autrefois Dalanda, et par Eurun, ou Gurun, autrefois Gauraina,mais dans ce cas il se serait ensuite dirigé directement à l'ouest sur Azizié-Tzamandos et n'aurait pu passer d'abord par Lykandos, comme il le fit en réalité. La route vid Malalya- Dalanda-Gauraina-Tzainandos-(;é.sarée, qui ne se trouve pas indiquée sur mes caries, est bien tentante, mais il parait prouvé que Lapara-Lykandos était située plus au sud sur la route de Césarée à Kokussos. Voy. Ilist. (leof/r., p. 2'Jl. -
(2) Ou Arga.
aux environs de Tanadaris, aujourd'hui Tanir (1). Anthès et le gros de sa troupe tombèrent eu ce lieu sur les tètes de colonnes du stralopédarque, commandées par le magistros Eustathios Maléinos, de la grande famille asiatique de ce nom, alliée des Phocas, et dont était le vénérable saint Michel Maléinos, ce moine mort en odeur de sainteté qui fut l'oncle du basileus Nicéphore. Grâce à Yahia (2), nous savons qu'Eustathios était jiour lors stratigos de la nouvelle })rovince reconquise de Cilicie et qu'il avait reçu l'ordre d'unir au plus vite ses contingents à ceux du stralopédar(pie et du duc d'Antioche.
Le combat s'engagea aussitôt malgré les dernières recommandations du parakimomène. Gomme la lutte se poursuivait quelque peu mollement, demeurant indécise, Anthès, emporté par son ardeur, voulant précipiter le dénouement, lança son cheval comme un fou en pleine troupe ennemie. Sans avoir pu donner un coup d'épée, il tomba de suite, accablé sous le n<unlire, mortellement frappé. Ses cavaliers, se débandant, s'enfuirent à travers vallons et taillis. Telle fut la première escarmouche entre les impériaux et les soldats du rebelle. Après avoir fait le récit de ce combat d'assez triste augure pour la cause de celui-ci, Skylitzès dit encore que l'hétériarque de Skléros, dont il ne donne pas le nom, c'est-à-dire le chef de ses gardes barbares, probablement le sheik commandant à ses cavaliers sarrasins auxiliaires, fut convaincu d'avoir voulu passer aux impériaux, ce qui tendrait bien à prouver qu'à ce moment les affaires de Bardas Skléros allaient encore assez mal puisqu'un de ses princijiaux ofliciers songeait ainsi à se séparer de lui. Le prétendant adressa les plus vifs reproches au coupable, mandé en sa présence, puis il le laissa s'en aller, paraissant se contenter de cette algarade. Mais secrètement il l'avait dénoncé à ses gardes sarrasins avec ordre de le tuer. Comme le malheureux passait auprès d'eux en se retirant, ces farouches soldats, plus attachés à Skléros qu'à leur chef
(1) « Je demeure toujours, m'écrit le savant archéologue anglais, dans le doute le plus complet sur la question de savoir si dans cette région la grande voie militaire suivait la route plus difficile par Tanadaris ou plus aisée par Kokussos (voy. la carte annexée à la page 2GG de mon livre':. Je pense que Boukoulithos était plutôt située entre Arabissos et Lapara qu'entre Arga et Osdara, car Skléros, qui était encore en arrière quand son avant-garde engagea le combat avec l'ennemi à Boukoulithos, était alors à trois journées de marche de Lykandos et certainement il n'aurait pu en un aussi court espace de temps amener son armée depuis Arga jusqu'à cette ville. »
(2) Voy. la note 2 de la p. 3Gi. »
HESITATIONS DE BARDAS SKLEROS 369
direct, se jetèrent sur lui et le hachèrent à coups de sabre. Quelle étrange épo(|ii(' ul (lui'lli'sétranges armées ! Voilà un |iri'lendant, arménien d'origine, (|ui. après avoir passé sa vie à ciinduirc les troupes byzantines contre les Sarrasins maudits, marche contre ses propres souverains, entouré précisément d'une garde de ces mêmes Sarrasins, si dévoués à sa personne qu'ils lui obéissent aveuglément jusqu'à massacrer pour lui plaire celu'i qui les commande.
Ce choc imprévu des éclaireurs de Skléros avec l'avant-garde impériale d'Eustathios Maléinos fut un précirux indice jiour le stratopédarque. Estimant que cette marche en avant du ]irétendant était des plus sérieuses, comprenant que Skléros devait suivre de près les cavaliers d'Anthès avec le gros de son armée, il donna l'ordre général de la marche en avant. L'époque des temporisations était passée. Une action décisive allait s'engager dont l'enjeu serait le trône impérial. Se portant rapidement à l'orient de Césarée, dans ces régions accidentées d'une défense facile, (jui, de ce côté, barrent le passage à une armée venant dv l'Orient, Pierre Phocas fit occuper de suite par ses troupes les points stratégiques du thème de Lykandos, toutes les routes menant à la caidtale de la Capjiadoce, les défilés principaux de l'Anli-Taurus. Puis il attendit l'ennemi.
Skléros, averti par ses éclaireurs de la forte position prise par les impériaux, rendu défiant par la déroute de son avant-garde et par les défections qui avaient suivi cet insuccès, semble avoir hésité quelque temps avant de s'engager dans la vaste contrée montagneuse qui le séparait de Césarée. Ici les indications de Skylitzès, reproduites par Cédrénus, nos seuls guides avec Yahia, deviennent d'une pauvreté désespérante. Les chrnniqueurs se bornent à nous raconter comment, après quelque temps d'inaction durant lequel cluKpie chef s'était efforcé de débaucher les troupes de son adversaire, un des lieutenants du prétendant, un certain Sachakios (1) Vrachamios, un slratigos, certainement d'origine arménienne, ainsi que l'indique son nom, qui avait déserté la cause des basileis pour celle du prétendant, réussit, par ses discours, à rendre à ce dernier (iuei(|U(' confiance. Skylitzès n'en dit pas davantage sur les ori gines de ce personnage. Ce devait èlre quelque gouverneur de thème, peut
(1) « Saliag », nom aniu riicii.
370 LES JEUXES AXXEES DE BASILE
tMre \c stratigos iiiPiiif ilc Lykandus (|iu. aluimlunnant l'nrnK'p impériale, avait |ias<('' au parti iln rclicllo et ipii iliit lui ilminer à celle occasion des renseignements précieux sur les positions occupées par ses adversaires. En tons cas, ce hardi partisan réussit à relever le moral quelque peu abattu, semble-t-il, de Skiéros. 11 lui représenta combien son inaction allait devenir funeste en lui attirant le mépris de ses soldats improvisés. (( II n'est pas de moyen meilleur de rendre le succès impossible, lui ditil, que de se figurer que tout est perdu. Il est trop lard jiour reculer. Xe perds plus un jnur. Va dr l'avant. »
Sldéros, convaincu [lar l'Arménien, reprit sa marche en avant. Même, au dire de Skylitzès, il s'en remit à ce chef pour la route à suivre, preuve que Vrachamios était bien de ce pays et le connaissait à merveille. En trois journées, l'armée du prétendant, refoulant devant elle les éclaireurs et les corps détachés de l'armée impériale, arriva sous les murs de la fameuse Lapara, que les Byzantins nommaient Lykandos, la plus forte place de toute la c(pnlrée. Skléros l'investit aussitcM.
C'était une forteresse célèbre dans les annales delà guerre sarrasine. Le thème de ce nom. ce thème de Lykandos di ml la uKMition revient à chacjue page de la belliqueuse histoire de Byzance, avait été constitué aux temps anxieux de Léon VI (1) ou de son fds le Porphyrogénète (2:, au moyen de certains territoires de l'Anti-Taurus, situés dans l'ancienne Cappadoce, ou plus exactement dans l'antique et montagneuse province de (lataonie. Ces territoires, constamment ravagés, presque entièrement réduits à l'état de désert par l'incessante et séculaire guerre de frontière arabe, avaient été à ce moment repeuplés par l'envoi de nombreuses colonies militaires. Ils s'étendaient à l'orient du Karmalas, cet affluent du Saros que les Turcs appellent aujourd'hui Zamanti Sou, nom bien voisin de Tzamandos qui était la seconde place forte du nouveau thème. Peutêtre les territoires situés à l'ouest de cette rivière et au sud du mont Argée se trouvaient-ils également compris dans cette province.
C'était un vrai thème frontière (jue ce thème de Lykandos, région essentiellement montagneuse, coupée de hautes chaînes et de profondes
(1) Vers 892 ou 901.
(2) Après 913.