‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 53 sur 99 · LA FORTERESSE DE L.U'A RA- LY KAXDOS · texte numérisé non relu

LA FORTERESSE DE L.U'A RA- LY KAXDOS

vallées, hérissée do vastes et imprenables forteresses, nids d'aii;lc dont les garnisons, soigneusenuMit choisies, devaient soutenir le premier choc des invasions sarrasines qui auraient réussi à forcer les passes du Taurus. Parmi toutes ces citadelles cappadocicnnes, la plus puissante était certainement Lapara (i), dans la haute et très fertile vallée du Saros, près de l'actuelle bourgade de Keui Yere. On n'a point encore retrouvé l'emplacement de cette forteresse célèbre. Toute trace même semble en avoir disparu, mais ces sauvages régions sont demeurées encore à [leu près inexplorées. Les Byzantins avaient changé le nom anti(jue en celui de Lykandos (2). C'était là le nom administratif, parce que c'était la capitale du thème du même nom, la résidence du stratigos et des cadres. La position stratégique était de toute importance, commandant les deux grandes routes qui, partant de là, allaient, l'une à Malatya et dans la vallée de l'Euphrate, l'autre à Kokussos où elle bifurquait à droite dans la direction de Sis et d'Anazarbe, à gauche, dans la direction de Germanicia. Trois autres routes unissaient Lykandos à Césarée et au centre de la jinrliini asiatique de l'empire.

Ce thème de Lykandos, avec ses montagnes sauvages et ses nombreuses places fortes, constituait contre un envahisseur, qui, comme Skléros, marchait sur Césarée, en arrivant de l'est, une défense formidable. On sait que l'Anti-Taurus est situé à l'orient de cette cité et lui forme comme un gigantesque boulevard défensif de ce côté, étendu du sud-ouest au nord-est. Pour atteindre Césarée, preniirr liut de ses efforts, il fallait que le i)r(''tendant formât tous ces défdés, qu'il s'emparât avant tout de cette forteresse de Lapara, réputée imprenalde, assise sur des sommets aux pentes presque inaccessibles.

Bardas Skiéros enserra de son armée cette furniidahle ciladcilc. Le stratopédaniue, de son côté, instruit de cette fougueuse marche en avant, s'était mis en route avec toutes ses forci's pour tenter de s'emparer de quelque position favorable où il attenihail 1 ennemi. Par une rapide et longue étape de nuit il obtint ce résultat. Les deux armées campèrent en pré-

(1) Ou Lipara. .\insi nonimi'O, ilil SkylilziVs, ;\ cause do sun toniloiro si niiil(> vl si gras (Xtnxp'j;, gras). Zonaras, l'ci. Oindorf, t. IV, p. 10(>, l'crit Amipa.

(2) M. Uamsay idenlifw Lykandos avec la Coduzabala des Tables de l'eutinger.

372 LES JEUXES A^'^'EES DE BASILE

sence l'une de l'autre dans la plaine qui s'étend au pied de Lvkandos. C'est la vallée du Djeyhàn, l'ancien Pyrame (1). Plusieurs jours durant, ces deux chefs éprouvés conservèrent une attitude expectante, hésitant à engager la bataille, cherchant, suivant l'expression de Skylitzès, à se voler l'un à l'autre la victoire, à triompher par la ruse plutôt que par la force. Dans cette hitte dramatique, ce fut Skléros qui réussit à jouer le stratopédarque. Un jiiur il lit faire dans son camp des apprêts considérables comme s'il offrait un banquet à ses soldats. Les impériaux, bien aisément ce me semble, donnèrent dans cette ruse grossière. Persuadés qu'on ne se battrait pas de la journée, ils se mirent, eux aussi, à festoyer sous la tente. Alors Skiéros, instruit par ses espions de ce qui se passait au camji impérial, fit sonner l'attaque et lança ses troupes sur l'ennemi surpris à tal)le.

Les impériaux, conservant tout leur sang-froid, sautèrent sur leurs armes. Se défendant avec ce qui leur tombait sous la main, ils combattirent en désespérés. L'n moment même ils réussirent à repousser le centre des assaillants. Mais Skiéros para le coup en les faisant envelopper par ses deux ailes vivement poussées en avant. En même temps il lançait sur les derrières du camp impérial ses rapides cavaliers géorgiens et sarrasins.

Pressés en tète et sur les fiancs, menacés de se voir coupés de leur ligne de retraite, les impériaux, pris de paniipie, se mettent à fuir. Les Skiériens, se jetant sur leurs pas, en frmt un affreux massacre (2). Le premier qui tcnuiia les talnns, dit Skylitzès, fut Michel Bourtzès, le valeureux duc de ce duché d'Anliuche (pi'il avait jadis si glorieusement conquis, le héros fameux des guerres syriennes où il avait maintes fois combattu aux côtés du stratopédarque. Le chroniqueur ajoute que l'opinion publique demeura partagée sur les motifs de cette fuite précipitée. On accusa Bourtzès d'être demeuré secrètement attaché à Skiéros dont il avait été si longtemps l'ami dévoué. Peut-être aussi, voyant la tournure que prenaient les événements, se rappelant la fortune des Phocas et des Tzimiscès, songeait-il déjà à se réserver. Xous verrons du reste par son attitude immé-

(1) Voy. Uosen, op. cit., nolo, 17.

(2) C'est par erreur que Lùon Diacre place clans ce premier grand combat la mort du stratopédarque.

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