‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 54 sur 99 · DÉFAITE DES IMPERIAUX A I.YKAXDOS · texte numérisé non relu

DÉFAITE DES IMPERIAUX A I.YKAXDOS

mosaïque IsyZAXTIXE lia XI'"' Siècle de la coupole de la Cathédrale de Sainle-Sophie, à Kiev. — Les Archanges et le Christ Panlocrator.

diiiteiiii'iil siihsi''i[iii'nt!; de (juel ciHé pencluuL'nt cii réalilL' les prélérences (lu célèlire coiuloUièrc.

Gfrœrcr (1) a eu torl Je plaider à la seconde moitié di' l'an '.177 celle grande défaite des impériaux à Lykandos, défaite dont aucun chroniqueur n'a indiqué la date précise, ti'était, on se le rapitelle, dans le courant de l'été de l'année précédente que Bardas Skléros était ]tarli de .Mésopotamie

(1) Op. cit., t. II, p. -168.

se dirigeant sur Césarée, mais certes un an tout entier ne s'était pas écoulé dans les lenteurs et les hésitations dont je viens de donner le récit, hésitations imposées au prétendant par les nécessités de sa situation, au stratopédarijue par les ordres exprès du cauteleux parakimomène. La défaite de Lykandos dut avoir lieu encore dans l'automne de l'année 976.

Jusqu'au coucher du soleil les soldats de Skléros poursuivirent les impériaux. Le camp du stratopédarque tomba aux mains du vainqueur avec les bagages, le trésor, un immense bnlin. Yahia raconte qu'Eustathios Maléinos s'enfuit auprès des membres de sa famille dans son pays de Cappadoce (1) et que Michel Bourtzès courut jusque dans le sien, au thème des Anatoliques.

Ce fut comme un coup de foudre à travers toute l'Asie byzantine. En un seul jiiur Bardas Skléros, décuplant sa puissance, devenait le maître de toute cette immense régiiin, une sorte de basileus de l'Anatolie centrale. Nous ne savons malheureusement rien de ces événements en dehors de la sèche énumération des faits de guerre. Seulement les chroniqueurs nous disent que cette grande victoire, ces prises de villes — car la garnison de Lykandos se rendit aussitôt aux Sklériens — valurent au prétendant un nombre considérable d'adhésions nouvelles. D'innombrables gens de peu, mais aussi beaucoup de hauts personnages, grands propriétaires, membres des familles d'archontes de Gappadoce, demeurés jusque-là fidèles aux basileis, embrassèrent .sa cause. Il y eut aussi là certainement le contre-couj) des haines violentes suscitées par le gouvernement cupide de l'eunuque. Ce mouvement de premier enthousiasme en faveur de Skléros parait avoir été très important. Un des premiers à se rallier au prétendant fut, ainsi que je l'ai laissé entrevoir, le duc d'Antioche, Miche! Bourtzès, qui, depuis l'ouverture des hostilités, combattait contre son gré sous la bannière des basileis. Yahia donne ce détail nouveau que Skléros alla le poursuivre jusque dans le luinlain kaslron où il s'était réfugié dans le thème des Anatoliques et l'obligea à se rendre à lui lnul en lui promettant la vie sauve. Le duc d'Antioche embrassa dès lors avec ardeur sa cause. Lui, en récompense, le créa magistros. Après celui-là, Skylitzès et Cédrénus citent encore parmi les nouveaux partisans de Skléros « le

(1) Rrisen, op. cit., p. 2.

LA FLOTTE D'ASfE SE RALLIE AU PRETEXDAXT 375

pati'icc et duc Antoine Lydos avec ses fils ». Les chroniqueurs ne désii;iiciit [IMS aulroniciit ces personnages. Antuiiie Lydos devait être queli|iir haut thclinilitairi', dui- d'un îles territoires frontières de l'empire, chef de (juelque grand clan aristocratique d'AnatoIie. Proliablement il fit adhésion au prétendant avec tout son contingent.

En quelques semaines la rébellion semble s'être propagée à travers la plus grande partie de l'Asie Mineure. « La guerre, dit l'historien arménien contemporain Acogh'ig, se répandit dans tout le territoire de l'empire en Asie, tellement qu'on se battait de ville à ville, de village à village, et que le sang coulait partout. » Des provinces entières faisaient défection. Bien plus, le désastre de Lapara valut à Skléros ce dont il avait le plus besoin : l'appui inappréciable d'une flotte de guerre. En quelipies lignes, hélas ! trop courtes et surtout fort peu claires, les chroniqueurs byzantins que j'ai déjà tant de fuis cités racontent que les équipages des navires en station à Attalia de Cilicie, une des cités maritimes les plus considérables de l'Asie byzantine, port d'attache d'un détachement de la tlotle impériale, se révoltèrent, jetèrent dans les fers le navarque impi'rial nu commandant en chef de l'escadre et proclamèrent Skléros. Certainement tous les ports de Cilicie durent suivre l'exemple des marins attaliotes. En même temps qu'eux, poursuivent les chronicjueurs, toute l'importante division de la flotte connue sous le nom d'escadre des Cibyrrha^otes, qui avait la garde du rivage méridional et occidental de l'Asie Mineure, passa au prétendant avec les contingents du thème de ce nom et fit soumission au nouveau stratigos envoyé par lui. Cet officier avait nom Michel Courtice (i). Le navarque d' Attalia lui fut livré.

Grâce à ces indications pourtant si imparfaites, il devient possible de réaliser à quel point fut complète la victoire de Lykandos, à quel point elle amena par toute l'Anatolie une révolution aussi facile que prompte. De tous côtés les défections se multiplièrent. Une immense anarchie rempla(;a la tranquillité de jadis. Partout on se battait pour ou contre le prétendant. Toutes les calamités de la guerre civile furent en un moment déchaînées sur ces belles et nialinureuses contrées. Une famine affreuse se répandit à travers les campagnes en friche.

(I) l'ar un liasanl hmiivux, jo possède le sceau de ce personnage. Voy. p. 380.

'à'iG

LES JEUXES AXXEES DE BASILE

Un nouveau coup de fortune venait encore déchoir au prétendant. -Michel Bourtzès, satisfait de sa nouvelle dignité de magistros, mit le comble à sa trahison en livrant à Skiéros son commandement d'Antioche avec la puissante forteresse qui en était le fleuron. Le prétendant, qui semble décidément avoir été un des hommes de son temps les plus affranchis de tout préjugé de race sinon de religion, ne rougit pas d'envoyer pour le représenter dans cette nouvelle province de son naissant empire un chef sarrasin renégat de la vallée de l'Euphrate. Oubeid Allah (I . surnommé Mcuntasir (2), ijiii s'ilait donné à lui et sur la fidélité duquel il croyait [jùuvoir compter. Comme il s'agit d'événements ayant eu la Syrie pour théâtre, le récit de Yahia (3) devient ici, bien heureusement pour nous, plus détaillé et par conséquent fort précieux. Le voici reproduit presque textuellement :

« Michel al-Bourdgi. dit le chroniqueur antioehi- SCEiU ou BULLE t'iin- t'U partant \u>uv le théâtre de la guerre, avait laissé DE PLOMB d'an ^q^ fjg n-\ comme son lieutenant à Antioche. Avant

fonctionnaire impérial cla thème de d'être devenu le prisonnier de Bardas Skiéros il avait

Lultandos aa X"' , . - t ■ ^ m . i • i

ou Y/"' Siècle La depeche a ce hls un messager secret pour lui ordonner légende signifie : jg ]g l'ejoiudre et de remettre le gouvernement d'Antio-

David, protouo- ''

taire du thème de che au basilikos impérial, le patrice Kouleïba 'p'\ Et le fils d'al-Bourdgi fit ce que lui ordonnait son père et partit jiuur le rejoindre. Et Bardas Skiéros gagna avec son armée la Cappadoce et attaqua llm al-Malaïni (6 . Et il y avait auprès de Skiéros un sheik devenu chrétien, le patrice Oubeïd Allah de Malatya (7). Et il le créa

(1) Ou Abd Allah.

(2' Yahia, on va le voir, nomme ce chef Oubeïd Allah tout court. Elmacin l'appelle Abd . .\llah Mountasir. C'est toujours le même personnage. Mountasir signifie : « celui qui a embrassé le christianisme ».

^3) Voy. Rosen, op. cil., pp. 1 sqq.

[4' Nous ignorons !e prénom de celui-ci.

(5) Ou Koulo'ib. Ce personnage, d'origine arabe, ignoré des auteurs bjzantins et arméniens, même des autres auteurs arabes, figure une première fois dans le récit de Yahia à propos de la dernière expédition de Tziraiscès en Syrie. Voy. p. 299. Je possède son sceau. Voy. p. 381.

(6) Eustathios Maléinos. Il s'agit ici de la victoire du prétendant à Lykandos. On se rappelle que dans le récit de Yahia c'est Eustathios Maléinos et non Pierre l'hocas qui sembleavoir commandé en chef l'armée loyaliste.

Ci) Oube'id Allah n'est mentionné par Yahia que dans cet unique passage. On ne trouve

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