‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 55 sur 99 · ANTIOCUE EST LIVREE AU PRETENDANT · texte numérisé non relu

ANTIOCUE EST LIVREE AU PRETENDANT

magislros et l'envoya à Antioche et envoya avec lui un de ses esclaves, un eunuque (1), en qualité de basilikos ou gouverneur de cette ville. A l'arrivée de ces deux personnages, Kouieiba leur rendit la ville et alors Antioche et toutes les provinces environnantes : al-Souhour, la Cilicie et la Syrie du nord-ouest, et tous les pays d'Orient devinrent soumis à Skléros. Et le niagistros Oubeïd ^\Jlah envoya le patrice Kouleïba et les notables d' Antioche prisonniers auprès de Skléros en Cappadoce. »

Cet Oubeïd Allah qui occupait dès l'an 961 un poste assez important dans l'armée byzantine, s'était probablement rallié au prétendant lorsque celui-ci, au début de sa révolte, avait pris Malatya. Skléros l'en récompensa, on le voit, par les titres de magistros et de duc d'Antioche. En distribuant ces hautes dignités, cet homme audacieux faisait acte d'empereur. On lira plus loin qu'Oubeïd Allah fut plus tard assez habile pour repasser à temps dans le parti des basileis et réussit même à ce moment à se faire confirmer par eux dans cette haute charge de duc d'Antioche. Un chef sarrasin devenu gouverneur de la grande forteresse chrétienne du sud. (Il' l'illiislre Théoupolis, boulevard de l'empire contre les forces de l'Islam, n'est-ce point un exemple curieux des bizarreries de cette époque étrange?

Immensément enrichi et fortifié par ce complet triomphe, sans perdre un jour, poussant devant lui les débris de l'armée impériale débandée, le prétendant, poursuivant sa rapide marche en avant, s'engagea dans la « clisure » ou défilé redoutable qui s'étendait entre la citadelle de Lykandos et la non moins forte place de Tzamandos du même thème. C'était là la passe fameuse à travers le chaînon de l'Anti-Taurus qui sépare la vallée du Saros de celle de son affluent le Karmalas. Par ce passage célèbre de toute antiquité, la grande ancienne voie romaine franchissait la distance entre Ariarathia-Tzamandos et Coduzabala, laquelle était toute proche de Lapara-Lykan-

8on nom dans aucune autre source, sauf dans Elniacin qui le cile d'après Yaliia et le nomme, nous l'avons vu, Abd .Mlah .Mountasir, bien [irobablement aussi dans Ibn Zalir ([ui, à l'an 351) de l'Kégire (961-962 de l'ère chrétienne), mentionne un certain .\bd Allah le Malalyen, lequel, déjà alors, à la tête de troupes grecques, se battait contre Nadjù, l'esclave de Seif Eddaulèh. C'est bien certainement le même personnage. On sait que Jean Courcouas, en 934, sous le règne du Porphyrogénèle, avait concjuis .Malatya. Depuis cette date, cette ville très importante était constamment demeurée aux mains dos impériau.'c. Abd Allah ou Oubeïd Allali devait Cire un des sheiks de cette cité, passé au christianisme après la conquête. (Il Yahia écrit son nom K-n-t-t-iche.

dos (1). Une armée bien commandée eût pu y l'airr une longue défense. Mais: les impériaux, démoralisés, étaient en déroute. Leurs bandes fuyaient de toutes parts. Les forces rebelles traversèrent sans encombre les passes et arrivèrent sans pertes sensibles devant Tzamandos. C'était le dernier obstacle sur la route de Césarée.

Tzamandos, fondée, plutôt reconstruite sous le règne de Léon VI par le fanioux aventurier arménien Mleh devenu stratigos impérial (2), était encore une très forte et presqui' inaccessible citadi'llr niontagnarde dont le nom reparait souvent dans les chroniques des guerres gi'éco-arabes. Ce nom même est demeuré jusqu'à nos jours celui d'un affluent du Saros, cette grande rivière qui dans l'antiquité s'appelait le Karmalas et au ix' siècle rOncqjuiktès, et que les Turcs nomment encore Zamanti-Sou. Le site de cette forteresse célèbre totalement disparue était demeuré incertain. .M. Ramsay vient avec une grande apparence de certitude de le reconnaître dans celui de la ville turque moderne d'Azizie, l'antique Ariarathia, devenue récemment le siège d'un k.iiniakanat jiour les Circassiens émigrés, el (jui a échangé à cette occasion son premier nom turc de Bounar- Bashi contre celui du défunt sultan Abdul Aziz. Au pied de cette place coide précisément le Zamanti-Sou, « la rivière qui vient de la ville de Zamanti ». C'est au vni" ou au ix' siècle que le nom de Tzamandos dut prévaloir.

L'importance de celte place de guerre était grande à l'époque où nous sommes, parce qu'elle commandait la voie qui de Komana conduisait à Sébaste, à Komana du Pont, à Amiens enfin sur la mer Xoire. Sa situation sur un muni très élevé, qui attire de t<iutes parts l'attention, était admirable. A cet endroit, d'immenses et magnifiques sources s'écoulent de la montagne qui borde la rivière. Se jetant en cascade dans celle-ci, elles font plus qu'en doubler l'importance. Le Porphyrogénète dit que cette forteresse était sise sur la frontière du thème de Lykandos. Skylitzès parle avec admiration de ce haut rocher sur lequel elle était placée et dit qu'elle était riche et peuplée (3).

(1) Ramsay, op. cit., pp. 212 et 310.

(2) Voyez ce que j'ai dit de ce personnage aux pages 272 et suivantes de ma Sigillographie de l'Empire Byzantin, Paris, 1884.

(3) Sur Tzamandos, voyez encore Ramsay, op. cit., pp. 288 sqq.

LE l'UOrnVi:.<TIA[liE LÉOS 379

Tdulc cflli' Inrlc ih'l'cnsc nt' fui il'iiuriiii secours à la citadelle caiiiiadocicnnc. Probal)lriii(iil sa garnison cuininr' celle de Lykaiulus lit luissilùl défection. Les chroniqueurs disent seulement qu'elle ouvrit de suite ses portes au prétendant et (|ne celni-ei y recueillit encore un fructueux

butin.

Ces terribles ntiuvelles, la lutale (lénuite du stratopédarque el de ses lieutenants, la prise des grandes forteresses du thème de Lykandos, rarrivi'e imminente du pndendant ilevaiit Césarée, jetèrent un trouble alTreux au Palais Sacré. Un conseil fut tenu (|iii (b'cida le départ immédiat d'un haut fonctionnaire nuiiii de pouvoirs dictatoriaux, « pouvoirs tels, dit Zonaras, que l'étaient ceux des anciens dictateurs romains ». On lui donna carte blanche pour agir suivant ses impressions et les nécessités du moment. Il eut à sa disposition les sommes nécessaires pour amener des défections dans l'armée du prétendant, aussi des brevets en blanc pour nommer à tous les emplois. Il eut permission d'attirer à lui par telles récompenses, grâces et dignités qu'il jugerait à propos, les oftîciers et les soldats rebelles qu'il parviendrait à ramener. Pour cette mission infiniment délicate, le choix du jiarakimomène tomba sur un des plus intimes consedlers de la couronne, le protovestiaire impérial Léon, encore un eunuque (1), certainement une de ses créatures. Il lui donna pour collègue le patrice Jean, personnage d'une haute illustration, d'une éio(juence courageuse, dont nous ne savons du reste pas autre chose. Cette décision de la cour d'expédier en hâte en Asie un envoyé revêtu de pouvoirs aussi considérables prouve qu'en haut lieu on était plus que jamais décidé à procéder contre Bardas Skléros surtout par la corruption, parce qu'on savait que c'était le moyen le plus sûr de diMacbiT de lui ses adhérents.

Le prutovestiaire partit précipitamment. Mais le Palais avait eu beau mettre à sa nomination toute la hâte possible, ces mesures nouvelles et la levée d'autres contingents n'en avaient pas moins fait perdre encore un temps précieux, probablement tous les mois de l'hiver de 976 à 977. Pour cette période, nous ne trouvons, hélas! dans Skylitzès et Cédrénus comme

(1) Yahia (Ilosen, op. cit., p. 2) i|ui, dans la pniiiicro partie Ue la campagne, n'a parlé que de Michel Bourtzés et d'Eiistathios .MaléiEios, place seulement à ce moment l'envoi à la tCle de l'armée du stratopédaniue l'ierre et no dit par contre pas un mot de ce prolovesliaire Léon.

dans Zonaras, aucun renseignement sur la marche en avant des Skiériens victorieux. Seulement, par la suite du récit, nous pouvons nous faire une idée de l'importance des progrès réalisés par eux durant ce temps en Asie Mineure.

Probablement aux premiers jours du printemps de l'an 977, le commissaire impérial Léon et son collègue le patrice Jean se trouvèrent rendus à leur poste. C'est à Kotiaion de Phrjgie (1), la Cotiseum antique, la Kutayeh turque d'aujourd'hui, à près de quatre cents kilomètres de la capitale, qu'ils rencontrèrent et purent rallier enfin les débris dispersés de l'armée du stratopédarque. Au delà, toute la terre d'Asie appartenait au prétendant. Ils constatèrent en même temps que Skléros et ses forces, qui avaient depuis longtemps dépassé Césarée et suivaient pas à pas le stratopédarque dans sa retraite, ne se trouvaient plus à une grande distance de la vieille citi- phrygienne. Les troupes sklériennes campaient pour l'heure au delà de Tyriaion, sur le territoire du vaste et fertile domaine impérial de Mesanakta, également connu sous le nom de Dipotamon, situé le long de la route impériale de Constantinople à Césarée, entre Polybotos et Philomélion, sur la rive du lac des Quarante Martyrs, l'Ak Cheher Gueuli des Turcs d'aujourd'hui. Cette immense ferme du domaine des basileis devait certainement comprendre, (lit M. Ramsay (2), la riche et superbe contrée qui borne l'extrémité nord-ouest de ce lac, dans cette région où l'on voit sourdre la magnifique fontaine naturelle de Midas. Peut-être allait-elle jusqu'à l'extrémité méridionale du lac, jusqu'à Philomélion.

On voit quel chemin le prétendant avait parcouru depuis la victoire de Lap;un-Lykandos et la chute des forteresses du thème de ce nom. Depuis bien des semaines il était entré dans Césarée, pi'obablement sans coup lérir. et. par la grande route centrale qui conduit à Constantinople,

SCEAU ou BULLE DE PLOMB da stratigos Michel Courtice, amiral de la flotte de Bardas Skléros — Ma collection. — Voy.

(1) Voy. la vignette delà p. 345.

(2) Op. cit., p. 141. « Peut-être, dit M. Ramsay, la rivière formée par celte fontaine étaitelle le Aiô; 7toTa[iô;, d"où viendrait le second nom de Dipotamos ou Dipotamon fréquemment donné à ce do.naine impérial.

MARCHE DE M'IT DU l> ROTOVESTI AIRE

par Soandos (1), l'extrémité sud du grand lac Tata et Laodicée, il était parvenu tn l'Icin inur de la Phrygio. Les deux tiers au moins do la portion asiatique do l'empire obéissaient d'ores et déjà à ses lieutenants. Qu'on jette les yeux sur la carte. On v.^rra combien il était proche de Constantinople. Nieéphore Phocas, lui aussi, était parti de Césarée pour sa course victorieuse. Tout semblait prédire au nouveau prétendant un aussi rapide succès. Qu'on juge des angoisses patriotiques des malheureux commissaires impériaux.

Les débuts du protovestiaire Léon furent piu avantageux. Los deux armées se trouvaient on jirésence. Il est probable que Léon avait amené quelques troupes fraîches. Fidèle à sa consigne, au lieu d'attaquer aussitôt, le plénipotentiaire impérial eut d'abord recours à l'intrigue et s'cfTorça de détacher les principaux adhérents du prétendant par toutes sortes de sollicitations et de promesses, perdant son temps et son prestige en ces vaines démarches. Ces tentatives do corruption furent considérées comme un symptôme de son impuissance. La jactance des rebelles s'en accrut démesurément.

Alors le protovestiaire changea subitement do tactique. Sa première inspiration dans cette vdio nouvelle fut même heureuse et devait amener quelques bons résultats. Décampant de nuit avec le stratopédarque, abandonnant ses cantonnements de Koliaion, tournant en secret par une rapide marche de flanc les positions des Sklériens, il s'avança résolument dansla direction de l'est, laissant en arrière l'armée du prétondant, qui se trouvait du coup placée en l'air entre lui et la capitale. A marches forcées, il entraîna ses troupes vers Césarée, sans plus paraître se soucier des Sklériens. Certainement cette pointehardieavaitpour but dans l'esprit du protovestiaire de lui permettre de s'emparer de cette grande cité et des magasins des rebelles qui s'y trouvaient accumulés et en même temps

SCEAU oa BULLE DE PLOMB du chef sarrasin renégat A'ou- Icïh, qui joua un rôle dans 1rs guerres de la rébellion de Bardas Shléros. — Voy.

pp. 2!)',!, 300,3";6et38C.

(I) M. Ramsay ni'écril : c pur Colonia, Archeluis et la l'hrygic Parorcios, puis Tyriaion ».

382 LES JEV.XES .IXXEES DE BJ.^ILE

lie couper la retraite à ceux-ci en soulevant derrière eux une cnn tir-révolution iiaiiiii les éléments demeurés fidèles au pouvoir légitime.

L'armée du prétendant, apprenant soudain cpie les impériaux se trouvaient sur ses derrières, fut saisie d'un grand trouble. « Ce n'étaient plus seulement, dit Skylitzès, les fortunes et les biens des Sklériens qui se trouvaient en péril, c'étaient bien maintenant les existences de tous les leurs. » Tous ces Asiatiques, la plupart archontes ou paysans des thèmes de Cappadoce et de la frontière d'Arménie ou des territoires de la vallée de l'Euphrate, avaient laissé leurs familles dans leurs lointaines patries. La course audacieuse de Léon qui, sans se soucier de leur marche vers la capitale, s'enfonçait vers l'est, les mit au désespoir. Ils commencèrent à déserter en foule. Des bandes de Sklériens repentants suivant h la course le protovestiaire qui s'éloignait vers l'orient, vinrent faire leur soumission dans son camp. Le mouvement de défection s'accentua à tel point que déjà Skléros comparait son sort à celui de l'infortuné Bai-das Phocas que lui-même, si peu d'années auparavant, avait été chargé de combattre. Il tremblait de voir son armée s'évanouir à rien comme jadis celle de ce prétendant. Pour porter remède à une situation devenue subitement si grave, il ne put que jeter à la poursuite des impériaux un corps nombreux de troupes légères sous le commandement du nouveau magistros Michel Bourtzès, et du prince arménien Romanos de Darôn, également magistros (1). Les deux chefs avaient ordre de s'opposer par tous les moyens à la marche de Léon vers l'est, de le harceler par une guerre d'escarmouches et de surprises, de lui disputer tous les passages, de donner la chasse à ses fourrageurs, mais aussi d'éviter toute action générale, probablement parce que leurs troupes étaient trop [leu nombreuses.

Certainement, et cela ressort de la suite du récit. Bardas Skléros, avec le gros de son armée qui avait également fait volte-face, suivait de loin et plus lentement le mouvement en arrière de ce corps rapide détaché en éclaireurs.

Michel Bourtzès et le Daronite, lancés sur la trace des impériaux, les eurent bientôt rejoints. Linlidèle duc d'Antioche jouait de malheur, car,

(1) Il t-lait le frère du prince Aschoil. Vny. p. 362.

COMIIAT OOXi LITIIOS 38Î

malgré les ordres si Idi-incls dr SklcTos, il iliit firesque aussitôt accepter le combat, voici dans quelles circonstances singulières. On se rappelle que, depuis le traité signé en décembre 901) ou dans les premiers jours de l'an 070 à Alep entre Kargouyah et le stratopédarque Pierre Phocas (1), le gouvernement de cette principauté devenue vassale de l'empire était tenu de reniellre cbaque année aux ;iiilciriir's impériales suzeraines la somme considérabli' dr srpl cciil niillr dirhems (2). Depuis, ce ti'iluil immiliant avait été réduit dans des ju-dpdi'linns notables. II n'en était pas moins ex|iéilié annuellement à (l(instantino[)le j)ar convoi spécial. Précisément, cette année, l'arrivée imminente des envoyés alépitains qui l'escortaient venait d'être signalée dans le voisinage des deux belligérants. On annonçait leur passage à jour fixe entre l'armée du protovestiaire et les troupes de l'ex-duc d'Antiocheau pied du kastron d'Oxylithos (3) qui, d'après son nom, devait s'élever sur queli]ue pic aigu. Par inie subite communion de pensée tout à fait édifiante, l'une et l'autre armée s'apprêta à tomber sur le malheureux convoi sarrasin pour s'approprier ce gros butin. Les rebelles désiraient ardemment conquérir cette riche proie. De son côté, le protovesliaire qui, à la première nouvelle de la poursuite de Michel Bourtzès, avait rebroussé chemin, ne voulait point lui laisser prendre tout ce bel argent syrien. (Chaque parti résolut, coûte que coûte, de s'emparer du trésor. Un combat violent s'engagea entre ces forces si disproportionnées. Michel Bourtzès, probajjlement accablé par le nombre, car il avait affaire au gros de l'armée fidèle, fut cruellement battu. II subit des pertes très considérables; principalement le contingent arménien du prince de Dan'm fut fort maltraité. Les impériaux tuèrent un grand nombre de ces soldats étrangers, qu'ils iiaïssaient affreusement. On ne leur lit aucun (piartier. Ceux qu'on fit prisonniers furent égorgés sans pitié. On leur en voulait surtout d'avoir été les prenu'crs parmi les alliés à faii'e di'fi'ction pour passer au iinHciidaut.

(1) Voy. In Empereur lli/zantin au Dixit^me Siècle, p. "SU.

(2) Deniers d'argent surrasins.

(3) Cr.lW localilén'a point encore été identiliéi; par M. Ranisay. «J'imagine, m'écrit celui-ci, que ces envoyés sarrasins ont dil prendre la route la plus courte par Araorion (voy. Htsl. ijeogr. of Asia minor, p. 198), cl je suis actuellement convaincu que cette route passait par llyde cl lléraclée et que c'est cette voie qui se trouve décrite dans Ibn Khordadlibeli (éd. de Uœje, p. 80). Dans ce cas Oxylithos devait Cire quelque kastron situé près de l'enlre-croisenient des routes Amorion-llyde ri Tyriaion-Césarée, à peu de distance de Laodicaja Combusta. »

381 LES JEUNES ANNEES pE BASILE

Le désastre de Michel Bourtzès et de son corps d'avant-garde était complet. Aussitôt après sa victoire, le protovestiaire avait repris sa course menaçante vers l'est. Mais Skléros, à l'ouïe du grave échec subi par son lieutenant, précipitant sa marche avec toutes les forces qui lui restaient, eut vite fait de rejoindre à son tour son adversaire. Bientôt les deux armées eurent pris contact.

Le protovestiaire établit son camp en un lieu que Skylitzès nomme Rhageas (1) et attendit une occasion favorable. Les impériaux, de leur côté, avaient tout intérêt à temporiser, aussi se gardèrent-ils d'attaquer. Chaque jour leur amenait des transfuges nouveaux qui, ébranlés encore davantage par le désastre de l'e.x-duc d'Antioche, abandonnaient à l'envi la cause du prétendant. C'était la plus sûre manière d'en finir avec lui, et les plus avisés conseillaicnl à Li'im du différer à tout prix toute action nouvelle. Malheureusement les circonstances furent [dus fortes que les conseils de la prudence. L'armée impériale contenait des éléments mauvais, des chefs turbulents. Enorgueillis par leur récent succès, ceux-ci traitaient de lâcheté ce système de temporisation à outrance, réclamant une action immédiate. Léon eut le tort de les écouter, « tant ce proverbe est toujours vrai, dit Skylitzès, que les hommes sont de suite disposés à accepter de préférence les plus funestes conseils ».

Une nouvelle grande bataille s'engagea. Nous en ignorons la date précise, que les chroniqueurs ne donnent point, pas plus d'ailleurs que celles des autres principales journées de cette formidable rébellion. Ce fut, semble-t-il, une lutte acharnée, qui se termina une fois de plus par la complète victoire du prétendant. Nous n'avons presque aucun détail. Seulement nous savons que Skléros avait divisé ses forces en trois corps. Lui commandait l'infanterie placée au centre. Constantin Skléros, son frère, avait l'aile droite. Celle de gauche était sous les ordres de Constantin Gabras, encore un fort haut personnage, chef mihtaire renommé, qui avait passé à son parti. Comme le combat était déjà vivement engagé, les deux Constantin poussèrent chacun leurs lignes de cavalerie sur les impériaux

(1) Ou Rageai. M. Rarasay n'a pas encore identifié celle localilé. 11 n'en dil rien dans son beau livre. « Tout ce qu'on en peut dire, m'écrit-il, c'est qu'elle devait se trouver entre Dipolamon et 0.xylithos. Mais de celte dernière localité je ne sais rien. Nous ne sommes donc as plus avancés, m

iiATMi.i.i-: ni-: nuAGEAf^

d'iiii mouvomrnl si l'ininiN iin'iin i;imiiiI (h'sunliv se mil dans los raii^s J(; ceux-ci. IncapaMes de sinilciiir uiic Mlla(|iir aussi iiu|)élucusi', ils se didiau- (lèreut. Ce l'ut encniv uu inunciisc désastiv. Li's impériaux périreul eu graud nciuiliiv. l'aiini eux lnruli;i niurirllcuicnl frappé le patrice Jeau, le

COFt'UEl' lj\ ZA.\ l'I^ d' Lftjirc <Aei< X" ua XI" nicdiju. — / aco aiUcricurc (Musée de Soutli-

Kcnsintjlon a Londres.)

secoud comuiissaire impérial. Calauiité autrement fâcheuse, le fameux stratopédarquc l'iene l'Iiocas, pr('ci|)ité de sou cheval d'un coup de javelot (1), mourut ('■ii'alemeiilel ce fut de ce trépas misérable que succomba le glorieux vairKpuur d'Autioche et d'Alep. Beaucoup d'autres officiers jtarmi les plus cuiisiib'M-ablrs de l'armée impéi'iale l'ureul égorgés. Une foule furciil pris avec leur cln'l' le prolovrstiaire et amenés devant Bardas Skléros qui, exaspéré par le récent désastre de .Michel Bourtzès, les lit

(1) C'est par n-rrui' qui! Léon Diacre a placù cclli» mort au combat de Lapara. Ce chroniqueur semble n'avoir connu que celle première victoire de Bardas Skléros; pour lui, elle ne lait qu'une avec celle de Uhageas qu'il parait avoir iynorée.

386 t-ES JEUX ES AWEES DE BASILE

charger de chaînes. Chose horrible, il lit, ilivant le front Je l'armée, crever les yeux aux deux frères Théodore et Xicétas, les deux Hagiozacharites, qui avaient trahi sa cause pour passer au protovestiaire. Dans cette fatale déroute tous les chefs de l'armée impériale en Asie avaient été tués ou pris ! Seul, suivant Yahia, Eustatliios Maléinos aurait réussi à fuir cette fois encore (1).

L'heureux Bardas Skléros put vraiment croire à cette date, ipii doit correspondre environ à la fin de l'anni'e !I77, que sesrêves les plus aml)itieux allaient se réaliser. Il put presque se croire assis déjà sur le trône des basileis. Tout ce qui ne lui appartenait pas encore en Asie tomba en son pouvoir, sauf quelques places fortes très voisines de la capitale. II reprit incontinent sa marche sur Constantinople. La flotte des Cibyrrha^otes lui donnait l'empire de la mer. Combien il serait intéressant de savoir quel usage il fit de sa toute-puissance et s'il montra à ce moment quelques solides qualités de gouvernement 1 Malheureusement les indications fournies par Skylitzès et Cédrénus, par Zonai'as, par Léon Diacre, par Psellus, sont tellement insuffisantes qu'il devient impossible de reconsti- Inrr mr'me brièvement ces événements sous leur vrai jnur. Il faut se contenter de reproduire les quelques faits rapportés par ces auteurs en les plaçant tant bien que mal dans leur ordre probable. Une seule chose demeure établie avec certitude, c'est que Skléros fut vraiment, durant ces quelques mois, le maître à peu près incontesté de toute la partie asiatique de l'empire, de tout ce que les Byzantins appelaient l'Orient, r« Anafiilie « en style administratif, par opposition à la partie européenne, le (jOuchant, la « Dusis ». Il tenait les provinces du centre et les thèmes maritimes qui, on l'a vu, s'étaient déclarés en sa faveur. Il tenait de même par ses lieutenants le iluclu' <rAiilioche et le liièmr de Mésopotamie. Kouleïba, le vaincu d'Antioche, trop heureux de se rallier à sa cause, lUait devenu son basilikos à Malatya (2). Partout du reste il usait de cette politique de clémence largement conciliatrice. L'autorité des jeunes basileis n'était plus guère reconnue, en dehors des thèmes d'Europe, qu'à

(1) Rosen, op. cit., p. 2.

(2) Rosen, op. cit., pp. 2 et 3. (. Dardas Skléros, dit Yahia dans ce même paragraphe, avait renvoyé à Aniioche les notables rjuAbd Allah lui avait expédiés prisonniers en Cappadoce avec Kouleïba. »

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