‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 56 sur 99 · OPÉRATIOXS DE LA FLOTTE REBELLE · texte numérisé non relu

OPÉRATIOXS DE LA FLOTTE REBELLE

Nicée, à Nicomédic, à Abydus et peut-êti-e dans les autres villes maritimes lies cùti's du Pont et de Manuani.

Ainsi la victoire de llhageas avait changé une fois de plus la face des événeiiicnis. Tous, petits et grands, recommencèrent à se déclarer à l'envi pour le prétendant. * Seule, s'écrie le chroniqueur, la puissance divine pouvait encore sauver les jeunes empereurs, dont la situation paraissait désespérée. » Toulefois U- parakimomène iit hnnueur à sa vieille réputation d'énergie et ne laildit puinl sous la tempête. Il lui fallait faire face aux Sklériens à la fois sur terre et sur mer. 11 ne faillit pas à cette œuvre surhumaine. Nous ignorons comment se passa l'hiver de 977 à 978. Probablement les hostilités furent presque suspendues durant la mauvaise saison, chaque parti gardant ses positions. Elles reprirent dès les beau.x jour;-, et le premier printemps vit de toutes parts les vaisseaux et les armées du prétendant se mettre en mouvement dans la direction du nurd pdur rrciunniencei- la Inlle. Tandis ipu' lui reprenait par terre sa mardi' vers la capitale, sa tluili' nombreuse et puissante, entièrement maîtresse de la mer (1), s'apprêta également à menacer Constantinople. Il semble même ([ue ce dernier péril ait été le plus pressant puisque Skviilzès dit expressément que le parakimomène porta d'abord ses efforts de ce côté. Michel Courlice commandait la flotte du prétendant. A la tête de tous les contingents maritimes d'Asie qui avaient fait défection, cet amiral improvisé avait commencé par j)iller et dévaster les grandes îles de la côte, exterminant et brûlant tout ce (pi'il trouvait sur sa route. Il s'était avancé jusqu'aux !)ouclics de l'Hellespont, sans rencontrer de résistance. On s'attendait d'un jour à l'autre aie voir mettre le siège devant l'opulente cité d'Abydos, un des seuls points encore occupés par les impériaux en Asie. En attendant, il coupait tous les convois de subsistances dirigés sur la capitale et bloquait si étroitement l'Hellespont que pas un navire ne pouvait franchir les j)asses. Aussi (Constantinople, privée de bh'-. souffrait-elle déjà de la famine, elle qui nu parvenait jamais à nourrir (jue par les apports maritimes son immense, famélique et toujours besogneuse population pauvre.

L'infatigable parakimomène, avec ses moyens d'action si diminués,

(i) « 0aXaiT(roxpaT(iv », suivant l'cxpressioa énergiiim; de Skylitzès.

l'ut à Ja liauteui' de tous ces dangers. Secrètement il réussit à ('(jnijier une flotte relativement ininilircuse, tlonl il |iril |ir(il)atil('iuenl les éléments dans le pcirl même de Cunstaiitinople, aux arsenaux de Manganes et dans les petits ports de la côte de Thrace, peut-être aussi dans ceux de la côte asiatique de la mer Xoire demeurés lidèles. Il donna le commandement de cette escadre imju-dvisé'e au patrice Théodore Karant('nos, de la famille

P.I.VORI.V.l DE NICEE {,aijoari.rUuil!!nik)

byzantine de ce nom, celui-là même (pii jadis avait pris part à la révolte de Bardas Phocas contre Jean Tzimiscès (1). Théodore, après avoir réussi, nous ne savons par quelle manœuvre audacieuse, à forcer les passes de l'Hellespont, obligea Courtice h le puiirsuivre avec une |)artie de ses vaisseaux tandis que les autres demeuraient devant Abydos. Cependant, l'amiral de Sklécos (jui redi>ulait une rencontri', pi'nhablement à cause de ses

(1) C'est Ir iiciiii ir]ili()iii- piir Slivlitzès. Léuii Diui-re, au conirairn, nomme à ce moment comme amiral de la Hotte impiTiale le maj-'isti-os Bardas Par.sakouténos, autre ancien partisan (Je Bardas l'hocas.

ARRIVEE DU P RET EXPAXT I>EV.\.\T NICEh

équiiiages iiisul'lisaninu'iil cxcrcc'.s, [>iil (jucltuiu leiups rucorc oviU-r le combat. Nous alK)iis voir qii il no S'^S'i'i P»"i"l à attondro.

Du iiMo (le Icrrc li' |ii'ril l'tail ('lialrincnt inimciisc |iiiiii- les jciiiics eniperi'iirs, fl les rajiidcs prourrs de Hardas SkliMns clainil laits pour iiispiriTau Palais Sacn'' li's iilariiii'sdciiiii'rcs. |{r|irriiaiil drs la lin des frimas sa marrlir en avaiil, Ir |iri'|i'iidant a\ail à nnu\raii di'passé Kotiaioii et

ENCE/i\TEil,s Marailles by^aniirnv .sur la rtie du, Lac. — Partie intérù-ii

pénétré jusqu'au cœur de la iJitliyiiic Tautés les })laces fortes comme les villes ouvertes se rendaient à lui. Bientôt il fut sous les murs de Nicée, la grandi' nirtin|,ulr liilliynicnne, capitale du thème de l'Opsikion. C'était une des |ilu> fiulis, une des ]iiin(i]ialcs citi's iiyzantines d'Asie, chère à Idus les cœurs urlJiuddM's par le cunciie célèbre (|ui s'y était réuni en l'an iîi.'i. Assise dans une silualjnn nier\ cilh use, dans une campagne adniiralile, sur les rives du lac d '•i\ir luini par lri|url elle CdUl-

muniipic avic .Marmara, au |iicd drs ondn-euses collines, premiers échelons de I Olympe, elle avait ('li' au iv° sièide enfunn'e d'une immense

enceinte de hautes et puissantes murailles de plus de quinze mille pieds de tour. Ces jnurailles qui devaient arrêter si longtemps en 1007 les premiers croisés, et qui, debout encore aujourd'hui avec leurs deux cent quarante tours et leurs portes majestueuses, masquent la misérable bourgade turque actuelle d'isnik, perdue dans cette aire colossale parmi ce vaste espace de jardins et de cultures (1), pouvaient devenir pour l'armée improvisée du prétendant un ob lacle presque insurmontable. Mais la panique régnait ici comme part^mt en Asie et le iirunipt succès des Sklériens était à prévoir, succès définitif, car s'ils jiarviiiaii'nt à s'emparer de Xicée, c'en serait fait du dernier lambeau du [nnivoir des empereurs en Asie, et Constantinople, toute voisine, se timufrait direclemenl menacée. Quelques heures de marche séparaient les deux cités.

L'eunuque avait confié la défense de rsicée à un soldat d une admirable bravoure, déjà connu par des combats heureux, le ])alrice Manuel Erotikos, tige de cette famille des (lomnènes qui devait atteindre au xu" siècle une si hautf illu-traliun. Skylitzès et après lui Gédrénus ne donnent à ce capitaine (jue ce seul nom d'Erotikos, qui lui venait peutêtre de la famille de sa mère, mais, par des écrivains postérieurs, par Nicéphore Bryenne (2) et Anne Comnène (3), nous savons qu'il n'était autre que -Manuel Comnène, le propre frère de cet Isaac qui, le premier de cette famille célèbre, devait devenir basileus d'Orient. Anne Comnène, comme aussi les historiens plus anciens quj je viens de citer, font le plus grand éloge de ce personnage, le premier des Comnènes connu dans l'histoire (4). Ce parfait homme de guerre unissait à la fouou ■ de la jeunesse la prudence de l'âge mur. Anne Comnène ajoute ce d.'lail que Basile II, par l'intermédiaire certainement du parakimomène, avait à ce moment confié à Manuel non seulement la défeuse de Nicée. comme nous le savons déjà

(1) Voy. lesvignettesdes pp. .388, 389 el 393. - Vov. Jaus le t I de la Byzantinische Zeilschrift rintéressant article de M. Ch. Diehl sur la pelile église de la Dormition de la Vierge, unique reste subsistant" des édifices de la Nicée byzantine. Ce temple, avec les débris importants de sa décoration en mosaïque, est attribué, par M. Diehl, à la seconde moitié du xi« siècle.

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