‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 57 sur 99 · IV · texte numérisé non relu

IV

(4) Psellus fait dériver le nom des Comnènes du bourg, de Kôiivr„dans une petite contrée non loin d'.\.ndrinople, où Lsaac possédait des biens ^ 'Eyxiiu'.ov -î; KiovrrTïvxîvov A-v/nôr'i, IV, p. 407 . Plus tard seulement la ville de Kastaraon, sur la mer Noire, devint le siège principal de cette puissante maison. Voy. Fischer, Beilrsge zur hist. Kritik des Léon Diakonos und il. Psellus, tir. à p., p. 359.

SIÈGE DE XICÈE 391

par Skviilzès, mais aussi les pouvoirs dictatoriaux de généralissime en Asie il'. Le jeune général avait ain<i hé'rid' à la fois de la succession de l'infortuné slralopédarqiie et (1(! celle du protovestiaire Léon. C'était le troisième généralissime des forces orientales que l'empire opposait en vain en moins de deux ans au |inlciiilaiil Skiéros.

Manuel Cnnuiéne, surniiiMiné Krolikos, é'tait parvenu à sr jeter dans Nicée avant (jue Skiéros, après avoir linrriMenient di'-vasté les riches campagnes environnantes, n'en eût commencé le siège. Celui-ci dut être terrible, par le peu (pie nous en savons. Des deux côtés on semble avoir lutté avec une énergie désespérée. Bientôt les machines du prétendant battirent sur toute la ligne les murailles de la cité asiati(pie, mais .Manuel se révéla un adversaire digne de lui, énergique, actif, infatigable. Il réussit à incendier h l'aide du feu grégeois plusieurs des engins des Skiériens, même à détruire les échelles préparées par eux pour l'assaut. Anne Comnène, racontant le imn ninins fameux siège de cette même i-\U' par les croisés au mois de mai de l'an 1097 (2), parle d'une tour de l'enceinte appelée « (îonates », « ainsi nommée, dit-elle, parce que, lors du siège soutenu dans cette ville par mon illustre aïeul Manuel Comnène contre les troupes du sanguinaire et belliqueux Skiéros, située sur une portion du rempart ruinée par l'elTort des assiégeants et privée de sa base qui s'écroula, elle fif-chit, il est viai, mais demeura pourtant debout comme si elle se fût seulement agenouillée ».

Devant cette résistance opiniâtre, Bardas Skiéros, désespérant d'enlever Nicée de vive force, dut transformer le siège en blocus pour tenter de la vaincre parla famine. Ce parti était, semble-t-il. de beaucoup le meilleur. Bientôt la faim se lit cruellement sentir dans la grande ville, probablement encombrée de fuyards des campagnes environnantes et qu'on n'avait pas pu approvisionner suffisamment. Le blocus établi par l'armée rebelle fut même si rigoureux ipi'il devint impossible au chef impérial, malgré l'immense étendue de l'enceinte, de faire pénétrer le moindre convoi. Réduit ,iux extrémités, il tenta de la ruse pour lidinper son adversaire. C'est du moins le récit de Skylitzès, mais ce même récit

2) T. Il, p. ■;2.

se rotrouve dans les relations de bien d'autres sièges de l'antiquité, et on conviendra qw le stratagème inventé par Manuel était un peu bien grossier pour induire en erreur un homme de la valeur de Skléros. Quoi qu'il en soit, voici le texte de Skylitzès : « Manuel, dit-il, fit secrètement remplir de sable les magasins de blé et sur ce sable on étendit une mince couche de grains. Puis on fit promener en ce lieu des prisonniers qu'on mit ensuite en liberté avec mission de raconter au camp des assiégeants ce qu'ils avaient vu et comment les impériaux étaient munis de vivres pour

deux ans et plus. « Vous devez être persuadé maintenant, faisait dire Manuel Comnène à Bardas Skléros, que vous ne prendrez pas plus

^>%iafr^

i*ft-? ,^-i- ~

:t^ -;pî'î:: -p ,:^, ^-^^ Q^ Q'"^,-7-

^St <^^'^-p^^'^^^^^'-^^''N^^.<y'-.''^--^^^-"i>:

COFiHET BYZANTIN d'ivoire des X"" oa Xi"' Siècles. Face postérieure {voir la vignette de la page 383). — (Masée de Soath-Kensington, à Londres.)

>«icée par la lamine que par la force. Toutefois, comme je vois votre entreprise d'un œil favorable, je demeure disposé à vous rendre la place à la condition que vous vous engagerez par serment à me laisser sortir avec toutes mes troupes pour me rendre où bon me semblera .»

Skléros, trompé par ces rapports ou plus probablement pressé d'en linir. accepta la proposition du chef impérial, qui conservait ainsi aux basileis une petite armée. Il jura les condilions exigées par son adversaire, et Manuel et ses troupes purent se retirer avec armes et bagages à Constantinople, suivis des habitants emportant leurs biens les plus précieux. La bannière du prétendant flotta aux créneaux de la métropole bithynienne. Les équipages des navires voguant vers Constantinople purent voir sur la rive méridionale de Marmara caracoler les batteurs d'estrade de l'armée sklérienne.

Bien que Manuel Comnène n'eût pas réussi à conserver aux empereurs la grande forteresse septentrionale d'Asie, Basile II lui garda constamment le plus reconnaissant souvenir, l'ius lard nous verrons ce même

BASILE II ET LES FILS lŒ .VA.XUEL COMXÊNE

personnage contribuer grandement à amener la soumission de Skiéros. Nicéphore Brvenne (1) raconte encore que, déjà veuf, à son lit de mort, désespéré de laisser sans appui en ce monde ses deux jeunes fds Isaac et Jean, il les recommanda à la l)ienveillance impériale et que Basile, lui ayant promis de veiller sur eux, tint parole avec uniparfaite bonté. « Les mots me manquent.

PORTE DE STAMBOUL à Nicée. Façade extérieur/'.

dit ce chroniqueur de noble maison, pour exprimer avec quelle délicate et sage bienveillance le grand basileus présida à l'éducation de ses pupilles.

11 leur fit donner les maîtres les plus distingués et les fit instruire avec un soin extraordinaire dans toutes les branches de l'art militaire, de manière à en faire d'incomparables chefs d'armée. 11 veilla en personne à leur développement physique et intellectuel. Il leur avait assigné pour le temps de leur éducation un logement au célèbre monastère de Stoudion, pour qu'ils y profitassent des exemples des admirables religieux qui y vivaient en communauté et

PORTE DE STAMBOUL à Nicée. Façade intrrh-ure. — C'est par cette lieille porte byzantine qae l'armée de Bardas Skiéros a dd passer pour marcher sur Consfnntinople.

30i LES JEUNES JX.XEES l>E ll.\SILE

JJOlir qu ils V l'il-M'lit ;i la |ii>l'li' îles cliaiuii- ri |i;is<('Il[ aili>i :iil\ licnirs ilr récréation passer [lar Im iNirli' Dorée dans li' l'liilii|ialiiin d s y li\rrr aux plaisirs de la chasse el des exercices guerriers. Lorstju'IN InriMil arrivi's à l'âge d'homme, il les lil inscrire dans les litanies inipiuialcs >uivaiil la coutume adopter iKuir Ic^ lils des grandes familles cl Irs maria ; l>aac à Catherine, liUe ainée du roi Jean Vladislas de Dulgarie, ca|ilive à (>onstantinople avec ses frères et ses sœurs; le second à la fille d'Alexis, généralissime en Italie, auquel sdu IiaMli'li' à tuer ses adversaires à coups de javelot avait valu le -uciinui di' (lliarmi. Kiilin. lanl ipie le Iiasileus v(''cut. il combla ces jeune-; gens des manpu's de sa sullirilmle. ■> Les iils du défenseur de >iii-éi' ne se montrèrent pi)int indignes de la i"a\eur du basileus. L'un, Isaac, devait monter un jour sur le trùne de t'.unstantinuple ; le second. Jean, exerça les plus hautes charges militaires et, s'il refusa l'empire après l'abdication de ses aînés, il eut du moins une glorieuse lignée de iils. i-levés sous la tutelle dune mère inenni|iarable, parmi lesquels le plus glorii'ux de tuus, Alexis, devait, lui aussi, devenir basileus et fonder la uluire delinilive de eette auguste maison ipii demeura maîtresse de l'emjMie duranl |ilus d un siècle (1^.

La prise de ^»icée. malgré la déceplioii que SkliTo- dni l'in-ouvor de n'y point trouver les approvisionnements de \)\r (|in' lui a\ail fait espérer la ruse de Manuel (lomnène. constituait un éelalant sucrés <le plus ])Our la cause du prétendant, La chute de cette furleresse achevait de lui donner l'empire de tous les thèmes asiatiques, (l'était comme la consécration suprême de celle Inillanle niarrbr <'n avant qui Fax ait mené de Kharpoute, de la lointaine Malatva el des bor<ls de rHupbralr aux rives de Marmara. Plus i[ue jamais le imle prétendant devait rèvrr la fortune de Nicéphore IMiocas dont les débuis, pour avoir été plus rapides, n'avaient certes pas été plus triomphants. Kt cei)endant, vanité éternelle des choses humaines, ce grand succès de Xici'-e devait précisément marquer la fin de la carrière heureuse de Skléros, le premier degré des calamités qui allaient fondre sur lui en le menant à la dé'faili> totale, puis à l'exil.

Laissant dans Nici'r unr l'orlr garnison sous le conunamlement d un

(1) Voy. sur CCS iHoiiiiers Comiicnes connus dans l'hisloiie, H. Ma-dliT, o;». ci/., p. 41.

DESTRUCriON DE LA FLOTTE l)V l' RETEND AXT 393

certain Pégasios, Skléros.sans penlre une heure, avait repris, enseignes (li'ployées, sa marche vers la capitale, qui était maintenant bien proche. C'était dans le courant île l'an 978. Les sources ne fournissent pas de date plus précise. Le prétendant envoya au devant de lui en Thrace son fils Romain pour préparer le siège de la capitale (1).

Durant ce temps, de graves événements s'étaient passés sur mer. La flotte impériale et celle qui tenait pour Skléros sous le commandement de Michel Courtice avaient fini par se rencontrer à la hauteur de Phocée sur la côte asiatique. Lin combat furieux s'était engagé qui se termina par la défaite conij)lète des rebelles. Courtice, ralliant une partie de ses vaisseaux dispersés, tenta alors de se réfugier dans ce port d'Abydos où il avait laissé Romain Skléros avec une division de sa flotte pour continuer le siège de cette place en son absence.

Abydos, cette ville maritime importante si souvent citée dans l'histoire byzantine, est aujounlhui entièrement disparue. La place de son port paraît être exactement marquée par la pointe de Nagara au point le plus étroit des Dardanelles, l'antique llellespont. Il semble qu'elle fût tombée dans l'intervalle aux mains des forces rebelles que commandait le fils de Skléros. En tous cas, l'amiral impérial, Théodore Karanti'nos (2), poursuivit à travers le chenal la flotte de Courtice, qu'il brûla complètement dans le port d'Abydos avec l'escadrille de Romain Skléros au moven de ses bâtiments pyrophores. Léon Diacre ajoute que la ville même avec sa citadelle fut forcée par les impériaux et que la garnison rebelle fnt massacrée.

C'en fui liiii (lu cnup de la puissance maritime de Skléros. La destruction de cette flotte, destruction qui semble avoir eu lieu à peu près au même moment que la prise de xSicée, porta la première atteinte à la fortune jusqu'ici sans cesse grandissante du prétendant. L'empire de la mer, par conséquent la faculté de ravitailler Constantinople, retomba au parti des empereurs. Plus personne ne semble s'être agité en faveïu- de Skléros dans ces thèmes maritimes qui s'étaient naguère si vivement soulevés en safa\(^ur après la victoire de Lapara.

« On ne peut se faire une idée, a fort i)ien dit Lebeau, des maux que

(1) Kinlay, op. cil., t. 11, p. 362.

(2) Pour SkylilzîiS et G6ilrénus. Bardas Paroakoulrmvs pour Li'on Diacre. Voy. p. 388.

396 LES JECNES ANXEES DE BASILE

cette lutte si prolongée faisait soulTiir au pays. La famine était devenue effroyable. Au dire du chroniqueur arménien contemporain Acogh'ig, témoin oculaire de ces événements, elle désola l'Orient, privé de laboureurs durant tout le cours de cette année 978. Cet historien nous en a laissé une description saisissante : cadavres épars dans les champs ; plus malheureux que les morts, les vivants avaient à se défendre des attaques des loups, qui, à défaut de squelettes à ronger, se jetaient sur les passants. » Par ces quelques paroles on peut se rendre compte de l'horrible perturbation que jetait, dans les thèmes asiatiques surtout, cette rébellion opiniâtre qui enlevait depuis des années aux travaux des champs tous les bras valides. Toutes les calamités fondaient à la fois sur ces malheureuses contrées. Le Tigre déborda en inondations terribles (1).

(I) Aboulfaradj, op. cit., t. 11, p. 109, ad an. II. 109.

MO.VNAIE D ARC.E.NT DE B.tS'.LE II ET CONSTANTIN.

COFFHET BYZAXTIN d'ivoivf dn Trrsar do la Cutluklralc de Troyes. I-'ace antérieure, ('liasse impériale au lion. — .Idtnirable iraire des A""' ou XI"" Siècles.

mkfiïm ¥1

Appaxîtion de l'armée de Skléros sur la rivo du Bosphore en face de Constantîuople. — Éuergie du parakiiDomëne. — Il fait appel à Bardas Phocas qui reconstitue uue armée. — Skléros fore; de se retourner contre lui, lui fait éprouver deux défaites daus la plaioe de Pankalia, puis aux Basillka Theruia. — Le patriarche A^apios. — Antioche retombe au pouvoir des basileis. — Par l'entremiss du pieux Toruig, Davith d'ibérie fournit a Bardas Phocas un contingent qui permet à celui-ci de battre Skléros. — Fondation dn couvent d'Ivorôn. — Les saints Tornii;, loanê et Euthyiue. — Skléros devient le prisonnier du Khalife à Bagdad. — Ambassade de Nicéphore Ouranos dans cette ville. — Soumission d*îs derniers partisans de Skléros en Asie. — Le patriarche .Vntoîne est remplacé par Nicolas Chrvsobcrsrios.

N devine la lerretinjui reiiiia dans C.onstantinople i's(iu'iiu y euniiut la chute de Nicée, ce dernier liiiiilêvard en Asie, et l'arrivi'e imminente sous les murs de la capitale des bandes victorieuses de Skléros. Cei'tainement les plus compromis dans leur liostiliti' contre le prétendant durent songer à s'enfuir. On le savait dur à l'excès, terrible dans ses haines, ini|iitoyal)lc dans ses vengeances. Soudain on apprit l'arrivée sur la rive dn Bosphore des tètes de colonnes de son aruK'c. C.umme jadis, lursde la proclamation de Nicéphore, les grands faubourgs asiaticpies de la Ville gardée de Dieu, Clirysopolis cl Clialccilninr, durent fermi'r en li;ile leurs portes pour l'viler de hinibi'r aux mains dn vainqueur. Les troupes de Skléros les investirent aussitôt. Les

-UO.V.V.I/t daiy.nl de Basile II et Constantin.

Constantinopolitains, du liant des remparts, ]iouvaient distinctement apercevoir sur le rivage de Bithynie, les pittoresques courenrs arabes et géorgiens de celui qu'on appelait déjà le basileus d'Asie.

Il semblait que c'en fût fini du pouvoir des jeunes fils de Romain. Toutes les infortunes accablaient leur naissant empire. Et cependant il était écrit que le succès du prétendant n'irait pas au delà ! Nous possédons à peine quelques indications sur ce qui se passa à ce moment ; nous savons seulement que si les soldats de Skléros virent certainement de la côte d'Asie étinceler au soleil les coupoles et les croix dorées de Sainte- Sophie (1), ce ne fut que pour un temps fort court, car il leur fallut bien vite retourner sur leurs pas, pressés par un muiveau et grand jiéril. Skylitzès, Cédrénus et Léon Diacre, qui, seuls à peu ]irès, nous ont laissé la très brève narration de ces luttes terribles, ne donnent aucune date. 11 est bien difficile de raconter exactement d'après eux ces événements, surtout de les classer dans leur ordre de succession vrai. Je crois cependant être arrivé à un résultat assez précis :

La situation de la grande capitale était affreuse. « Il semblait, dit Léon Diacre, qu'aucune force humaine ne fût plus en état de résister par les armes à Skléros, vainqueur de Nicée. » Il possédait toute l'Asie. Il affamait Constantinople. En même temps, comme si ce n'était point assez de tant de calamités, nous le verrons plus loin, la révolte éclatait de foutes parts en Bulgarie, mal pacifiée depuis la mort de Tzimiscès. La partie surtout demeurée indépendante du vieux royaume de Syméon, la partie occidentale, se soulevait résolument pour cette guerre nationale, et le gouvernement des Porphyrogénètes se trouvait ainsi attaqué par le nord comme par le midi. La capitale étail à peu jirès dégarnie de troupes. Probablement les débris de l'armée vaincue à Rhageas n'avaient pu y rentrer, et nous savons qu'on avait expédié à cette armée presque tout ce qui restait de forces disponibles.

Dans celte position en apparence désespérée, l'énergie du parakimomène qui, presque seul, supportait ce poids écrasant de la résistance à soutenir de tant de côtés à la fois, sauva l'empire. En véritable homme

(1) Skylitzès dit expressément que Skléros arriva aux portes mOmes de la capitale.

riAJ;liAS /'//Or.l.S EST XOMMK G EXIiRAtJSS/M !■: liii'.i

(l'KI.-il i|iii s;iil (nit-r lairc ses ininiili('s |icrsniinelles lorsqu'il s'agit du hion

(le tous, rc'uiiini sliiii;i (lu'il ne icsl.iit |ilus (ju'uii seul iniivcn de

salul, iju'uu seul caiiilaiiu; (■tait cucoro eu l'iat du vt'iiir à Itiiul <lc Skith-os. (l'élait l'aiicicu ndjt'llo Bardas Phocas, le prouiicr tadii-ii'ii de l'enipiro à cette (''|in(|ii('. Tous les autres farauds chefs militaires des deux derniers règnes axaient disjiaru par la mort ou étaient devenus les partisans ou les prisonnii'rs du priMen<lanl. Seul Bardas Phocas pouvait peut-èlre arrivera vaincre nn lel ennemi. De plii^, sa grande influence personnelle en Asie contrebalançait celle de Skléros. (le choix dut fort coûter à l'orgueil dé reunu(pie. 11 semble, d'après les paroles de Psellus, que ses intimes le lui conseillèrent à l'unanimiti'. Devant la grandeur du péril, il prit courageusement son parti.

On se rappelle que Bardas Phocas, ce graïul capitaine élevé à l'école de son oncle illustre, lui aussi prétendant en Asie sous le règne pn'-cédent , avait précisément vW' vaincu jiar Skléros après une lutte rapide. Jean Tzimiscès, [un jours humain, lui faisant grâce de la vie, l'avait contraint de [)rendre le froc et relégué dans l'ile de Chio. Il y végétait depuis sept années dans le ])lus misérable exil, lorsque les émissaires du parakimomène vinrent en hâte le chercher pour l'amener au Palais Sacré. Qu'on juge de sa stupeur joyeuse. 11 n'eut garde de refuser un changement de sm't tpiasi miraculeux. On l'investit des pouvoirs militaires les [dus étendus. Il fui, lui aussi, créé magistros, et l'eunuque, lui remettant lis dniiières sommes disponibles, lui conlia solennellement la (barge de tirer l'empire de ce danger suprême. Bardas Phocas était and)ilieux : il en \oulail mortellement à son ancien adversaire, cause directe de sa ruine. Il se mit résolument à l'œuvre pour amener sa perte, (l'était dans la seconde année de la révolte de celui-ci.

Le choix di; Basile se trouva excellent. Bardas Phocas était bien digue d'être opj)Osé à Skléros. (Juel étrange retour des choses d'ici-bas et comme ces faits, hélas, si sèchement, si brièvement racontés par les chroniqueurs, illnsti'enl curieusement cetle histoire de Byzance si fertile en étourdissants changeuu'uts de fortune 1 i'ar un jeu du sort nidiement rare ù cette époque, ces deux illustres personnages avaient, à sept années d(! distance, exaciemeni diangi' de nde. Imi '.171, Bardas Phocas ('tail le

iOO LES JEUNES ANXÉES DE BASILE

rebelle prétendant à l'empire, et Skléros était, au nom dubasileus, chargé (le le réduire. En 978, c'était précisément l'inverse.

Le parakimomène avait eu recours à Bardas Phocas parce qu'il ne pouvait faire autrement. « Au fond, nous dit Psellus, il se défiait presque autant de lui que de Skléros. » Aussi crut-il devoir l'enchaîner par les plus solennels serments. En ces temps de dévotion universelle et profonde, une semblable précaution avait encore sa raison d'être. Le nouveau généralissime de l'armée d'Asie dut s'engager sur son salut à ne plus songer à briguerl'empire (1), à ne plus jamais conspirer contre ses princes légitimes. Il prenait les pouvoirs dictatoriaux dans des circonstances véritablement tragiques. D'une part le prétendant, (pii voyait enfin en face de lui un adversaire digne de son éclatante renommée, menaçait Constantinople avec toutes ses forces incessamment grossies par le bruit même de ses incessants succès. De l'autre il apparaît clairement que l'eunuque n'avait presque plus de troupes à confier au sauveur qu'il venait d'appeler à lui. 11 lui fallait des soldats aussi pour se préserver sur la frontière du nord des incursions des Bulgares soulevés. Probablement tout ce qui demeurait disponible ne suffisait pas à la garde de la capitale. Bardas Phocas, dont Psellus nous a fait à cette occasion le plus beau portrait guerrier, opposant ses qualités militaires à celles de son illustre rival, ses talents que le péril grandissait à l'énergie de Skléros faiblissant sous l'insuccès, ne se laissa pas intimider par un état de choses aussi désastreux.

Il fallait que le nouveau domestique des Scholes orientales trouvât moyen de se procurer quelque part une armée. Du moins, grâce à l'eunuque prévoyant, il avait de l'argent, qui, alors comme aujourd'hui, était le nerf de la guerre. Pour trouver des soldats, pour battre le rebelle, une seule chance lui restait, c'était de s'enfoncer seul en Asie et de chercher à y réunir assez de monde pour prendre position sur les derrières de Sldéros. Voici comment une pareille aventure était devenue possible. Par suite de circonstances dont les sources malheureusement ne disent mot, les débris de l'armée loyaliste vaincue à Rhageas avaient réussi à se rallier quelque

(1) Yahia (Rosen, op. cit., p. 3). — Psellus {op. cit., p. ") semble croire que ce fut à ce moment que Bardas Phocas fut fait moine dans le but de lui ôter tout espoir de briguer à nouveau le trône.

EUSTAJUIOS MAI.ÉIXOS ET MICHEL liOUHTZES

part vers le centre de la péninsule anatolionne et de l'éphémère empire du prétendant. Là ils s'étaient groupés sous le commandenieiil du magistros Kustathios Maléinos {\}. le seul des rhrl's inipéri.uix qui n'ci'il pas été tué ou pris. Même celui-ci était parveini dernièrement à réoccuper Césarée au nom des basileis. Enfin et surtout il y avait été rejoint ]iar un personnage bien autrement considérabir , par un des plus importants acteurs de ce long drame, Michel Bourtzès, ce condottiere extraordinaire (|ui, iidèlc à ses habitudes invétérées, venait niu' fois encore de changer de parti. Peutêtre le duc d'Antioche, comme jadis lorsqu'il n'était eiu'ore que le lieutenant de}\icéphore, estimait-il que Skléros n'avait pas assez chèrement payé ses services, l'cul-èlre aussi avail-il jugé la cause du prétendant gravement compromise aux premières uduvelles qui lui élaiiuit M'nues de la mission confiée par le parakimomène à Bardas IMiocas.

Il est probable que Skléros avait dû emmener avec lui toutes les l'urces dont il puu\ail disposer, d'aiiord | our prenthe Xicée, ensuite pour marcher sur la capitale, et «lu'il avait dû dégarnir les places fortes

MtXIA'iURE d'an des plus beaux manascrits byzantins de Il Bibliuthéqixe Xationale. Croix symhûliijaf d'or sur fond bl:-a. cantonnée de ces mois eu langue greci/ue : h Jésus- Christ est vaimiueur ».

(1) Voy. p 38r,

(le riiitén'cur et laisser diverses portions de son naissant empire pros([ue dé|ioiirviies de défenseurs , vraiment à la i;arde de Dieu , toutes circonstances (jui avaient dû singulièrement faciliter la concentration à Césarée des forces impériales battues l'an d'auparavant à Rhageas. Quoi qu'il en soit, ces masses ainsi ralliées dans la métropole de Cappadoce sous le commandement de Maléinos et de Bourtzès paraissent avoir formé à ce moment une agglomération imposante, même la seule véritable force disponible de l'empire aux abois. Ce qui le prouve, c'est que les conseils du Palais décidèrent que la seule chose à faire pour Bardas Phocas était de rejoindre à tout jirix cette armée reconstituée pour marcher avec elle contre le prétendant (pii, pris ainsi en (jueue, serait bien forcé de rétrograder pour faire tète à ce nouvel ennemi et éviter d'être jeté dans le Bosphore. L'entreprise était audacieuse, car les troupes de Sklcros occupaient toutes les routes allant de Constantinople vers l'intérieur.

Bardas Phocas, qui avait ('té rajipelé de (^hio vers le mois de mars de cette année 978 (1), comblé des faveurs du parakimomène, créé par lui magistros et nommé à son tour à ce haut commandement de domestique des Scholes Orientales qui avait si mal réussi à Pierre Phocas et au protovestiaire Léon, partit résolument de Constantinople pour ce périlleux trajet. Il avait au préalable prêté les serments que l'on sait. Comme les voies directes de la capitale à Césarée étaient imjiraticables, couvertes de troupes rebelles, il se fit secrètement transporter en barque à Abydos, d'où il pensait pouvoir gagner par des chemins détournés la capitale de la Cappadoce en laissant sur la gauche les divers échelons des forces du prétendant. Cet espoir fut cruellement déçu. L'Hellespont et par suite le port d'Abydos se trouvaient encore à ce moment, on l'a vu, l'un barré, l'autre assiégé jiar un détachement de la flotte rebelle sous les ordres du lils de Skléros. C'était juste le temps où Théodore Karanténos luttait dans les parages de l'Archipel à la tète de la flotte impériale contre Michel Courtice, l'amiral du prétendant. Après la défaite de ce dernier à la hauteur de Phocée, mais après cette défaite seulement, les impériaux brûlèrent, on

(1) Elmaein nous fournit celte date appruxiniative en disant (juc l'exil de Bardas Phocas à Chic avait duré sept anné-es.

r.Aitii.is l'nocAS a cesaree 403

l'a vu, iliuis la nuli' d'AbyJo.s les derniers vaisseaux ndieiles, mais au moment de la leiitalive du Bardas Pliocas, ce poii était eneure aux mains dti^ Sklériens. Abydos ne dut même bien probablement tomber au pouvoir di's impi'riaux ([u'apri-^ la |prcinit''re défaite de Bardas Phocas dans la plaine dr l'aiikalia aupi'ès ilAnKirinn, liiMailc ijuc je vais raconter.

Force lut à l'iiocas de rentrer à Constantinople. Le courageux chef en rejiarlil du reste aussitôt, résolu cette fois à tenter le passage à travers les lignes mêmes de l'armée ennemie. Ce devait être vers le milieu du printemps de l'an 978. Nous n'avons aucun détail sur cette tentative d'une audace inouïe, qui réussit du reste pleinement. Skylitzès dit seulement i[ue Phocas parvint à franchir en barque le Bosphore sans être aperçu de l'eunenii inobservation (pil, par parenthèse, confirme ce fait que la rive asiatique du Bosphore, peut-être avec Chrysopolis et Chalcédoine, était entièrement occupée par les troupes rebelles) et que de là, ne marchant que la nuit, pi'oliabii'nient sous un déguisement, il réussit à gagner la Idintaine Césarée. 11 y trouva Michel Bourtzès et Eustathios Maléinos à la tète des forces impériales en voie de réorganisation.

C'était, après tant de revers, un grand succès pour la cause des basileis. Sans perdre une heure, le magistros, ranimant par des paroles enflammées ses soldats découragés ou débandés, reformant ses bataillons, rappelant de toutes parts les détachements dispersés, les petites garnisons qui tenaient encore çà et là, recrutant du monde de tous côtés, grâce certainement à la Inute-puissante intluencede sa famille dans cette Cappadoce dont il était originaire (1), se jeta résolument sur les derrières de l'armée du prétendant, qui, pour lors, continuait à occuper la côte asiatique du Bosphore, menaçant Constantinople sans oser toutefois l'assaillir <lirectement.

Ce ipt'on eût estimé impossible était arrivé. Dans le dos des rebelles jus(pi'ici constamment vicluricux, au centre de l'Asie Mineure, coupé de la capitale par la masse des forces du prétendant. Bardas Phocas avait, en un court espace de temps, reformé une véritable armée. Parla

(1) Gfrœrcr [np. cil., t. III, \t. i'S ivni;iri(iiiî avec graiuli' raison iiiio cotio rorniiilinii si rapiJe par IJ inlas Phocas iriiiu; nouvelle armée en plein cicuv de IWnatolie sur les dcM'rières de celle du prétendant serait un l'ait inexpliealile si l'on n'admettait pas cette toute-puissante influence de la famille des l'iiocas dans ces contrées de la (iappadocc.

404 LES JEUXES A.WEES DE BASILE

route militaire (|ui va à Constantinople, franchissant avec rapidité des espaces immenses, il s'avança d'abord de Césarée jusqu'à Amorion, grande ville de la Phrygie orientale et du thème des Anatoliques près des confins de la Galatie, berceau d'un empereur usurpateur du ix° siècle, Michel le Bègue. Il iit halte en ce lieu, probablement pour donner du repos aux troupes.

Cependant Bardas Skléros, à ces nouvelles, avait été saisi d'inquiétude. « 11 comprit aussitôt, dit Skylitzès, que tout était à recommencer, alors qu'il croyait toucher au but.» Bardas Phocas,par sa valeur militaire, par les relations de sa famille, une des plus puissantes en Asie, par le souvenir de toute une série d'aïeux illustres, par celui surtout de son oncle >sicéphore. mort il y avait si peu d'années, était un adversaire autrement redoutable que les généraux qui lui avaient été opposés jusqu'ici. Ce n'était plus là un capitaine déjà vieilli, ou bien un simple protovestiaire, un de ces favoris de cour, incapable autant qu'infatué, c'était le chef le plus intrépide, le plus consommé dans l'art de la guerre. Les deux premiers capitaines de l'empire allaient se trouver en présence, deux des plus nobles représentants aussi de cette aristocratie byzantine du x° siècle, à l'éducation élégante et raffinée, à l'âme pourtant si rudement trempée.

La situation de Skléros, pris entre deux dangers, devenait subitement fort périlleuse. Il se rendait compte que, dès qu'il aurait tourné le dos à la capitale, il serait poursuivi par tout ce que Constantinople comptait encore de troupes, y compris les corps d'élite de la garde. Cependant il n'avait d'autre parti à prendre que de rétrograder, pour tenter d'écraser aussitôt cette néfaste armée si malheureusement reformée derrière lui.

Quittant, la mort dans l'âme, ses cantonnements du Bosphore vers la fin du printemps de 078, il repassa par Xicée. 11 fallut se résigner à évacuer cette place si chèrement acquise. Puis on luarcha sur Amorion, à la rencontre de Phocas. C'était, à cette époque de l'histoire byzantine, une place importante, ceinte de fortes murailles. Son site a été identifié au voisinage du village actuel de Haniza Hadji (1). Les deux adversaires,

(1) Ramsay, op. cil., p. 230.

BMMLLE DI-: /'.I.V/i.lZ./ I

auj(jiird'liiii comme jadis, ennemis acharnés, allaient se retrouver l'ace à face, comme sept années auparavant. Psellus dit expressément que l'armée de Bardas Phocas était inférieure en nombre, mais que ce capitaine rachetait ce défaut [lar ses qualités illiuiinne de guerre, supérieures à

aUAIlii; DE SAINT VICTOR. TUsa (h- ^uu- ilc [obriquc hy^antine ihi A""" ficela environ. Daniel dans la fosse aux lions. — {Trésor de la Cathédrale de Sens.)

celles de son rival. Un combat violent s'engagea sur lequel nous n'avons que peu de détails. Nous savons seulement, par Léon Diacre et Yahia, qu'il eut pour théâtre la vaste plaine de Pankalia, très propice aux évolutions d'une nombreuse cavalerie, sur les rives du grand fleuve Sangarios. Bardas Phocas, malgré son courage, malgré ses talents guerriers, éprouva une complète défaite ! Ses troupes, sous l'impression de tant de revers successifs, n'avaient pas encore retrouvé leur assiette sous sa main puissante. Lui-même, raconte Léon Diacre, faillit périr. Frappé d'un coup de lance à la tète, il tomba de sa monture. Etendu à terre, il fût certainement

106 Li:s jp:u.ves axxees de dasile

demeuré aux mains tles rebelles si, confondu dans la foule des blessés, il n'axait réussi, par une sorte de miracle, à ne pas être reconnu. La nuit vint (jui le sauva.

Le succès demeurait une fois de plus aux mains de Skléros ! Ce ne fut plus toutefois, dit Skylitzès, une folle déroute des impériaux comme aux temps du stratopédarque et du protovesliaire. Les soldats de Pliocas, fortement tenus en main par leur nouveau chef, vite remis de sa chute, loin di' fuir en désordre, opérèrent leur retraite dans un ordre parfait, avec lenteur et précision, « comme si tel était le bon plaisir de leur général, dit le chroniqueur, et non point parce qu'elles s'y trouvaient forcées ». Yahia est seul avec Elmaciii à nous donner la très importante date de cette bataille de Pankalia, qu'il fixe au mercredi dixième jour du mois de dsoulkaddah (I) de l'an 367 de l'Hégire, c'est-à-dire au 19 juin 978.

Bardas Phocas, prenant en personne le commandement de l'arrièregarde, protégea admirablement la retraite de ses troupes vers l'est, livrant d'incessantes escarmouches aux Sklériens ardents à sa poursuite, les empêchant de jeter le troulilr dans le gros de l'armée. Dans un de ces combats, cet homme intrépide courut de nouveau le plus grand danger. Constantin Gabras, un des chefs l'ebelles, avait formé le projet de s'emjiarer de sa personne et de l'amener àSkléros enchaîné. Au plus fortde la mêlée, pressant son cheval de l'éperon, il fondit, l'arme haute, sur le domestique des forces orientales. Mais Bardas Phocas l'avait vu venir. Sans attendre le choc, d'un bond il enleva, lui aussi, son cheval et le jeta avec violence à la renconlri" dr i assaillant, (ju'il abattit d'un coup de sa masse de fer sur la tête, Constantin Gabras demeura gisant sans connaissance. Ses soldats épouvantés, cessant la poursuite, ne songèrent qu'à sauver leur chef. Bardas Phocas put, dans le plus grand cahne, reprendre sa marche à la tête des siens, modérant à chaque instant l'allure de sa bête pour ne i)as sembler fin'r.

La retraite des impériaux fut longue d'Amorion vers l'est, et Bardas Phocas ne s'estima en sûreté que lorsqu'il eut franchi les deux grands fleuves Sangarios et Ilalys. Il suivit bien probablement la route mili-

(i) Elinaciii «lit If 11. Voy. Hnsen, op. cit., noie 32.

UL-yniMTE DE BAUDA^ PIIOCAS 407

taire byzantine si souvent iiari<iunir |inr les armées impériales allant combattre en Orient, (|ni de Dorylée allait à Pessinus, puis frandiissait le Sangarios au pont de Zonipos, traversait la Galatic au sud d'Ancyrc. franebissait l'Halys au pont actuellement désigné sous le nom de Tcbesbmé Keupreu, alors sur le territoire de la turma Saniana, et bifurquait ensuite à droite et au sud vers Césarée, à gauche et à l'est vers Sébastia et Tépbrice par Myriokephaloï et Basilika Therma. Ce i'ut celte dernière voie que le généralissime dut clmisir, dans l'intention certainement, après avuir atteint Basilika Therma, de remonter droit vers le nord et de se ménager, au besoin, une route de retraite sur Amisos et la mer Noire. Bardas Phocas mit même à exécution la première partie de ce plan, car nous le voyons, tournant court dans la direction du nord, remonter jusqu'à la forte place de Charsianon ou Charsian, capitale du thème du même nom, sur le territoire de l'ancienne Galatie. C'est dans ce district montagneux, au nord de l'Ak Dagh actuel, qu'il arrêta enfin sa retraite et prit ses cantonnements. Son premier soin fut d'occuper Charsianon. C'était encore là une des plus formidables citadelles d'Anatolie. M. Ramsay a récemment identifié cette place, non sans les plus grandes apparences de raison, avec la Garsi de la Table de Peutingcr, la Karissa de Ptolémée, et en a fixé l'emplacement à deux ou trois milles au nord-ouest du village actuel d'Alaja. La situation centrale de cette forteresse, point de départ de routes nombreuses, était très importante. Elle avait constamment joué un rôle capital dans les guerres de frontières gréco-sarrasines. Elle avait été maintes fois attaquée, même prise par les Infidèles.

Donc, arrivé en cette région tourmentée qui lui offrait une excellente base de défense. Bardas Phocas dispersa son armée dans ses cantonnements pour qu'elle pût prendre quelque repos après cette belle mais pénible retraite. Sans perdre courage, avec une activité infatigable, il continuait entre temps à s'occuper de détacher du parti de Skléros tous ceux qui, prévoyant bien que le succès de rusur|ialeur ne saurait durer toujours, cherchaient secrètement à rentrer en grâce auprès des jeunes empereurs. Ces démarches furent cournnnées de succès. Beaucoup de personnages importants passèrent à ce moment à Bardas Phocas, (]ui leur

conféra titres, subsides ol dignités au nnni des basileis. Entre temps il n'oubliait point ses troupes fidèles. Il lit de nombreuses promotions, distribua de non moins luimbroux bienfaits, stimulant de hi sorte le zèle dynastique des soldats.

Cependant Bardas Skléros, qui semble avoir suivi une route plus au sud et franchi l'IIalys en un point plus élevé du cours de ce fleuve, poursuivant sans relâche les iin]iériaux en retraite, venait à son tour de pénétrer dans le

^^^fm^^mmmmmmm^gBtli^ C h a r S i a H .

(^^SSSjBBB

■am^naMUâk^

Ébloui par

BA TOX D HIGOUilÈNE. Œuvre da A™' ou A7"« Siècle. — (Af usée delà p p f t e

Société d'Archéologie Chrétienne o Athènes.)

velle victoire si complète, orgueilleux de tant de succès, il semblait l'image du capitaine invincible auquel plus rien ne saurait résister. Ses troupes le suivaient pareilles à un torrent dévastateur. Pour l'instant, il installa son camp aux Basilika Therma, les anciennes Aqiise Sarveiice (1) des Romains, évèché de Cappadoce première, déjà sur le territoire du thème de Charsian. Ces « thermes impériaux » ont été récemment identifiés par M. Ramsay avec ceux du village actuel de Terzili-Hammam où on retrouve encore les ruines importantes de bains de l'époque d'Hadrien. Les belles eaux chaudes sulfureuses qui sourdent en ce lieu sont demeurées en grand renom parmi les habitants chrétiens de Césarée, située à une vingtaine d'heures jilus an sud (2).

Aussitôt après avoir étabh son camp, Skléros offrit la bataille à son adversaire. Une fois encore, une lutte terriblement sanglante s'engagea en ces régions lointaines. Une fois encore, comme si la Providence voulait épuiser pour les jeunes souverains la coupe de l'adversité, les troupes impériales furent battues. Elles tinrent cependant pied quelque temps. Phocas, la masse de fer au pniug. parril au dieu des combats, volant d'une extrémité à l'autre du champ de bataille, jetait la terreur parmi les cavaliers ennemis, semant la mort autour de lui des coups de son arme. Malgré tant d'héroïsme, ses troupes, écrasées sous le nombre, lâchèrent pied.

(1" Ou Sarai-e>i,T.

{■2' Ramsay, op. cit., p. 2C5. et Bull, de Cji-r. helién., 1883, p. 304.

BARDAS l'llorA.< ET LE CUHOPALATE lilBElUE

Désolô (le ImiiI ilr ilt'-sastros répélés, ne perdant pas courage cependant, comme gramli j)ar 1 adversité. Bardas Pliocas dut précipiter encore pins avant sa retraite vers l'est. Nous ignorons presque complèlement ici la suite de ces événements. Après qu'il eut établi ses troupes dans des

SUAIRE DE SAINT GERMAIN. Tissu de soU de fabrique byzantine du A'"" Siècle environ. — {Trésor de l'Eglise Saint-Easèbc d'.lu.\vrre.)

cantonnements nouveaux, à Sébastia probablement, qui est aujourd'hui la lointaine Sivas, nous savons seuli'iiiciil qur le domestique d'Asie cniirut en grande liàlc jusqu'aux extrémités de la mer Noire demander des soldats et des subsides à l'allié fidèle des jeunes basileis, au puissant curopalate d'Ibérie ou plulùt de DaïU'Ii. ic beau pays très montagneux, béni de la nature, qui s'étend au nonl de l.i (îrande Arménie et forme la plus imlaldr portion de la Géorgie acluelle. Le Kour, l'aiilique Cyrus, qui sort de la basse chaîne bordant l'extrémité orientale de la mer Noire, le traverse avant de s'écouler dans la Caspienne. Il en est de même du Djorokb au cours torrentueux, qui va se jeter dans la mer Noire et r<umr aujnur- (l'iiui la Iroulière entre la Itussie et la Tur(|uie.

Il (lut y a\iiir iluiaiil ii'lte ahsoncc du généralissime inipi'rial comme une accalmie forcée entre les belligérants. Nous ignorons jusqu'où Skléros vainqueur poursuivit son adversaire, même ce qu'il fit durant l'absence de celui-ci en Géorgie. C'était à l'époque précisément où dans l'automne de l'an !)~8 l'empereur Othon II d'Allemagne ravageait la France « avec une armée telle, qu'aucun homme de ce temps n'en avait vu auparavant ou n'en a vu clijmis de semblable », faisait chanter sur Montmartre à ses soixante mille guerriers un alléluia gigantesque et enfonçait sa lance en guise de défi dans la porte de la capitale du roi Lother.

C'est à cette même année 1)78 qu il faut, suivant liuilc vraisemblance, jjlacer des événements fort curieux qui se rapportent à celle nièine terrible guerre civile et dont le récit nous a été conservé par le chroniqueur Yahia (1). II s'agit de la liiUe aussi longue qu'infructueuse entreprise à ce mnnieiit par les lieutenants de Skléros pour tenter de reprendre Antioche dans laquelle Oubeïd Allah avait réussi à faire rentrer les troupes impériales. Voici la narraliiin même de Yahia : mais a\nnl il nous faut revenir ijue|(jne peu en arrière.

On a \\i (2i qu'Antioche et son territoire avaient été livrés à Skléros sur l'indre de Michel Bourlzès ]>ar le lieutenant de ce dernier, le patrice Abd Allah on Oubeïd Allah Monnlasir. Celui-ci avait continué quelque temps à maintenir dans le jiarli du prélendanl la puissante forteresse du sud. Même, après les premières défaites de Sklénjs, il avait persisté à lui demeurer fidèle et un reduitail Imt au l'abus Sacre que, plulùl que de icsliluer Antioche à ses maîli-es légitimes, il ne la livrait aux Sarrasins, ce qui eût (■lé un désastre irréjtarable. D'autre part, Yahia raconte que, dès les premiers triomphes de Skléros, le gouvernement impérial avait mandé à Constantinople le patriarche d'Antioche. Théodore de Colonée, celui-là même qui avait été nommé par Jean Tzimiscès tout au début de son règne, au mois de janvier 970. Les basileis et le paraldmomène. désirant s'entretenir avei- ce |inlal des intérêts de celte grande cib', lui

,lj Uoscn, Oj). cit., pp. ;i sii'i., niitos 33 ii 70. 2) P. 316.

Lr.VhlQVE AiiM'lns IiALEi- 411

avaient dépôclK' un ri;i vire (Filial . un « ciichindion », pour quil put ('viti-i' la route de terre, rendue iinpratieajjie par l'état de guerre dans toute l'Asie .Mineure. Le saint homme. Itien (pie fort malade, n'avait pas hésité à ohéir aux ordres de ses souverains. Mais, terrassé par la fièvre, il avait dû presque aussitôt se faire débar(pi( r ci avait ex[)iréàTarse le 28 mai de l'an 'J7(j, après six ans ipialre mois et rini| jours de pontificat. Or, conlinui' le clunni(pirur. i'('vècii(' d'.VIrp ilait al(ii-s aux mains d'iiii certain Agapios (l)(iui sn|ppiirlail mal ilc \i\i'c, lui |in''(rc <-hn''licn, snus la di'pendancc des Sarrasins. Apprenant i|iie 1rs lialiilanls (['.Vulinclic cnvdvaieut une di'pulatinn aux basileis pour les prier de leur choisir un nouveau patriarche sur une liste qu'ils avaient drcss('M'. il n'ussit à se faire désigner pour porter cette communication au l'alais Sacré. 11 obtint même de faire ajouter son nom sur la liste des candidats. C'était au commencement de l'an 977. Admis en préscmcdu basileus Basile, Agapios lui affirma que les habitants d'Antioche, hii'u ipi'actuellement aux mains du lieutenant de Skléros, Oubeïd Allah, tenaient toujours fidèlement pour leur prince légitime et ne demandaient qu'à lui revenir, mais «pie, [)our rendre cette chose possible, il fallait qu'un le nommât, lui, patriarche. Il promit de !i\rer Antioche si on lui donnait la succession de Théodore. Le basileus et son conseil exprimèrent leur reconnaissance à l'astucieux évèque et lui accordèrent ce qu'il demandait à condition qu'il réussît dans son entreprise.

Agapios, di'guisi' en moine, arriva ;'i Antioche où il comptait beaucoup d'amis, porteur pour (hibcid .Vllali d'uiu' lettre autographe du basileus Uasile, par laquelle celui-ci oH'rait au renégat sa confirmation à vie dans le poste de duc d'Antioche s'il c(uiscntail à rétablir dans son gouvernement rautorit(' im[iériab'. On lui mandait en outre de s'en rapporter pour tout à ré'vè(pie, ipii revenait avec les pleins pouvoirs du basileus, et de proccdci' aussitôt, s'il acceptait les propositions du l'alais Sacré, à l'installatiiui de celui-ci connue patriarche. Agapios avait caché la lettre impé'riale «lans la couverture d'un évangéliaire <pi il portait con-

(1] Sur 11 bioLM-apliir ilo ce personnage, voyez ; Porpliyrios Ouspensky, L'Orient chrétien, Sijiie, Kiov, IS'ÏG, p. 7i. Li'S sources byzantines disent, probablement à tort, qu'il était évCque di! Sélcucic de Piéride.

412 LES JEUSES AXXEES DE BASILE

stammenl sur lui. A son arrivée à la ]iurl(' df la ville, on le fouilla, mais on ne découvi-it rien de -u-|irct. il \ it secrètement ((uImïiI Allah ri lui remit les lettres impériales. OubeïJ, aussitôt gagné, proclama sans tarder le gouvernement impérial dans Antioche et la déchéance du prétendant. En même temps il procédait à l'installation il'Agapios. dette ('trange instauration sur un des jilus importants sièges de I Eglise chrétienne d'un prélat catholique jiar un aventurier sarrasin renégat eut lieu dans les derniers jours de cette anné-e 'JTT. le dimanchi' 23 décembre 'II. La chronique de Michel le Syriiui 2 ilil i|u'Agapios fut un graiiil pi r^i'cutcur des Monophysites. D'après les sources d'Assemani. au cuutraire,ce prélat n'aurait nullement poursuivi les Jacobites.

Lorsque Skléros, à nouveau victorieux, eut été avisé de ces événements si fâcheux pour sa cause, il dépêcha en Syrie à la tète de forces importantes un de ses partisans, Isaac Vrachamios, cet Arménien dont il a été question déjà '3\ Ce capitaine, on se le rappelle, avait aussi pris part à la prise dAulinchr par b's Byzantins à la lin du règne de >>icéphore Phocas (4). Depuis on le retrouve constamment aux côtés de Michel Bourtzès, (liiul il l'tait ili'uii'ui'é un des plus dévoués lieutenants. C'était lui que le duc (1 Antioche avait détaché auprès de Skléros au début de la révolte de celui-ci, jiour traiter des conditions de sa défection. Cette fois, Vrachamios avait missiun de décider la mobile population d Antioche à se donner nur (<<\< Ac ]ilu> à SUb-ros. Coninir nu lui rrfusa obstinément l'entrée di; la ville, il Icula de' la prendre de l'urce. Vm<. voyant bien qu'il n'y pourrait réussir avec le peu de Iroupes dont il disposait, il fit seulenii'ul razzier le ln^tail et les chevaux en grand iiunibre des campagnes antiochitaines, puis il opéra sa retraite. ( »n vit alors dans ces régions tourmentées surgir un personnage nouveau, dont Yahia est seul à nous parler dans cet unique passage de sa Chronique. Mahfouz

(Il Rosen, op. cit., noie 40.

(2) Wassilicwsky, Fragments russo-byzanlins, p. 27.

,3) Voy. p. 369. Voy. aussi Rosen, op. cit., note 41. Skylitzès le nomme constamment Vrachamios. Yabia rappelle Ibn Bachram ou plus exactement : Ishak, fils de Bahrâm. Il est peut-être question de ce personnage sous le nom de ÎL:i/ix'.o; dans la Vie manuscrite de saint Nicéphore (voy. Delehaye. op. cit.. p. 144, et aussi Haase, notes à Léon Diacre, éd. de Bonn, p. 436). 11 fut le compagnon inséparable de Michel Bourtzès. (4) Un Empereur Byzantin au Dijième .S(cc/e, p. 720.

M.UIFOUZ ET LES BEXI-IIABIB 413

iiHi-lIabib-ibii-al-Bahil étiiil un émir de celle étrange tribu des Boni- Ilabib, aux guerriers fameux, aux cavaliers magnifiques, si longtemps la terreur des Grecs, qui, à la suite de la conquête de rs'isibe parles Ilamdanides, en l'an 330 de l'Hégire (1), avait émigré avec tous ses biens sur les terres de rem[iire pour y embrasser la religion chrétienne. Le baron Rosen, dans une des notes si intéressantes (loiit il a enrichi son édition d'une jiurlioii de la Chronique de Yahia (2), a rapporté, d'après l'écrivain arabe Ibn llaukal, l'exode si curieux de celle splendide tribu, qui nous est décrite forte de douze mille cavaliers, tous montés sur des chevaux de race noble, tous complètement équipés, avec leurs cuirasses dorées, leur coitTure de mailles et de brocart d'or, leurs glaives élincelants, leurs lances parfaites (3). « Devant eux marchaient les chevaux de réserve en nombre égal el les mulets de choix portant les serviteurs el les clients. » Ces renégats de l'Islam étaient devenus les meilleurs mercenaires des armées impériales, les pires ennemis de leurs anciens coreligionnaires, pillards annuels et acharnés des terres sarrasines.

Mahfouz était un chef important de celle tribu puissante entrée tout entière au service de Roum. II avait embrassé avec chaleur le parti de Skléros et s'était emparé pour lui de la forteresse alors byzantine d'Artah (4), sur la route d'AIep à Anlioche, sur le versant septentrional du Djebel al-AIa. Ce fut a|irès l'échec de Vrachamios qu'il se présenta à son t(jur devant Anlioche à la tète de nombreuses bandes, recrutées en majorité parmi Irs pires vagabonds d'Arménie (5). Le magistros Oubeid Allah, demeuré le lieutenant des basileis en ces contrées, sortit à sa rencontre et le battit. Lutte curieuse où se battaient avec fureur

(1) 941-912 Je l'ère chrétienne.

(2) Note 42. Voyez dans cette très longue note l'histoire de la conversion au christianisme el de l'entrée au service de Roum de celte tribu sarrasine fameuse et les considérations sur le rùle considérable joué par tous ces renégats musulmans, bédouins el autres, danslesarmées byzantines de cette é|ioque.

(3) Littéralement : « lances di' llalta v, ré|uitées les meilleures.

(4) Klle avait été prise sur les Ilamdanides par Nicéphore dans sa fameuse expi'dition syricmie de l'an yiJG i^lin de l'an 3.'ij de l'Hégire). Voy. Vn Empereur Injzanlin au Dixième Siècle, p. 525.

(5) De tout cet ordre de faits il ressort clairement que la presque totalité des Arméniens se montra, dans cette interminable guerre civile, très favorable à Skléros, fort hostile au contraire au parakimoniène qui avait été l'adversaire secret de Jean Tziniiscès.

414 LES JEUXES AXXÉES DE BASILE

l'un c-diUfc l'aulrr en lavrnr de ilriix compétilt'iu's au trône de Bvzance lieux chefs sarrasins.

ALahfouz, n'-fuiiù' à Alcp, dut faire sa soumission au gouvernement des empereui's, mais Antioclie n"en fut pas plus trampiilie pour cela. Les Arméniens, fort nombreux, habitant cette cité populeuse, soulevés sans doute par des émissaires secrets du prétendant, guidés par un des leurs unninic Sanuiel (1), provoquèrent encore une fois une révolte dans la ville et ses alentours. Le palais du inagistros fut envahi, luimême menacé de ninrt. Sans perdre la ti'lr, il commença par s'informer, dit Yaliia, auprès de ses serviteurs et de ses partisans des sentiments vrais de la masse de la population, voulant savoir si elle tenait en réalité pour ou contre lui. « Pour toi », lui ri'pondirent-ils sans hésiter. Encouragé par cette déclaration, il attaqua les envahisseurs. La majorité des Antiochitains étant accourue à son secours, les Arméniens furent battus. Beaucoup furent massacrés. Les su^vi^■anls durent s'enfuir avec leur chef, et Anlioche demeura définitivement aux mains du lieutenant inipci'ial.

De tous ces faits ipii, au témoignage delà Icltri; du [latriarche Agapios dont je vais parler, durent se passer dans le courant de l'année 978 (2), les Byzantins ne nous ont pas dit un nud. him ipi'ils soient entrés dans dos détails relativement assez minutieux sur la révolte de Skléros. Le récit que nous a laissé Yahia de toutes ces luttes pour la possession d'Antioche témoigne de l'importance qu'avait cette place pour les deux partis belligérants, et de la grandeur des efforts qu'ils n'hésitaient pas à s'imposer pour s'en rendre maîtres.

J'achève de raconter ce que Yahia mius dil ilu jindat Agapios, qui a\ait joui' à l'occasinn de la prise d'Antioche un iv'ile si actif. Lorsque le nouveau |ialriarche se sentit affermi sur son trône, il écrivit à son collègue Klie d'Alexandrie pour lui demander que son nom fût, selon l'usage, inscrit oftîciellement sur les dijitvques de ce diocèse (3}.L^u moine nommé Jean

(t) « S'moul », 6 Cli'iiiuul ■! diiiis Yaliia.

(2) An 367 de l'Ilogiiv noùl 977-août «78). Il en est du moins cerlainenuMit ainsi [lour l'agression de Mahfouz et la sédition des Arméniens dAntiochc.

(3) Yahia est seul à nous révéler cette correspondance entre les deux patriarches. Encon' ces faits ne se Irouvent-ils consignés que dans un seul des manuscrits aujourd'hui connus de sa Chronique.

LA CUROI'ALATE DAVITII DIBERIE i\:\

porta cette missive, ;i l.'ujucllc Agapios avait joinl un cxlrail de la pivifcssioii (le foi que chaijue uouveau patriarche est teuu de l'aire « aliu que cliacuu sache qu'il confesse la même T-cligion ipie les saints pcres îles six conciles ». Elie répondit à Agapios en le hlànianl avec sévérili' pour la manière irrégulière dont il avait ahandonné son siège d'Alep et brigué celui d'Antiochc. 11 refusait de le reconnaître juiur son collègue et de faire inscrire son iiuni aux diptyques des patriaiches. 11 exigeait du moins pour niddilier sa résolutinn qu'on lui présentât un nu^moire certitii' par le clergé et les notables d'Antioche où serait clairement exposée la procédure suivie dans l'élection d'Agapios. Ce dernier répondit par une lettre fort digne et fort détaillée dont Yahia nous a conservé le texte, exposant sur un ton attristé qu'il ne pouvait se faire délivrer un pareil document sans que sa dignité en souffrît grandement. Il citait de nombreux exemples de son cas. Il affirmait que ses ouailles étaient en parfaite communion avec lui, ijue les autorités civiles l'avaient approuvé, connue aussi tout ce (in'Antioche contenait de gens capables et instruits. Il ajoutait (pie létal de trouble était si profond dans tout le pays, que les oiseaux du ciel eux-m(''mes ne |iarvieiidraient pas à se transporter d'Antioche en Egypte. Le patriarche Klie finit par se contenter de ces raisons et consentit enfin à proclamer son collègue Agapios. La seconde lettre de celui-ci est datée du 7 décembre de l'an 978.

Revenons au récit de la lutte acharn('(^ qui se iioursuivail dans l'Analolie orientale entre les deux Bardas. Le plus important prince d'Ihéric sous la lointaine suzerainet('' bvzantine était alors l'illustre curopalate Davitli de Daïk'h, surnonuué le Grand, ]irince d'origine anni'nienne. Le véritable nom de sa souveraineté originelle était le Daïk'h, mais, comme il n'y avait pas en ce moment de prince en Géorgie dont la puissance pût être comparée à la sienne, pas même le propre roi du Karthli, on le désignait souvent sous le simple nom de curopalate dlbérie (1). Les Hyzaniins l'appellent toujours ainsi. plut("it encorer«archôn des Ibères» (2). Les historiens arméniens semblent ignorer sa \raie condition. Il en est

it) On .sait (|u'ù lrpiii)iii; Ijyzuiiliin' la (jùorgio lUail (.'iKinui^ sous le iiuiii d'ibùric.

(2) ".Xp/tov Twv 'I6r|Pti)V.

lie même des liistoriens géorgiens. En réalité cet homme qui fut, à la fin (lu x' siècle. Il' plus puissant dynaste pagratido du Tao, le plus considéra lili' des princes de cette région, l'arbitre suprême de la Géorgie et qui joua un si grand rôle dans ce pays et en Arménie jusqu'à la première année du xi° siècle, était un arrière-petit-fils du roi Adarnasé II, un petitfils de Sempad, ex-roi curoj)alate dont le règne n'est mentionné que pour mémoire dans les annales géorgiennes.

Le titre alors si prisé de curopalate accordé par le basileus de Constantinople était héréditaire dans la famille de Davith. Ce prince s'était,

paraît-il, lié d'amitié avec Bardas Phocas dès le temps encore peu éloigné où, à la mort de >'icéphore, son oncle, celui-ci avait exercé les fonctions de stratigos du thème de Chaldée, province impériale limitrophe de l'ibérie. 11 reçut donc à merveille le généralissime impérial.

Ici, pour la première fois dans cette histoire encore si obscure de la rébellion de Skléros, des historiens étrangers autres que les historiens arabes, des historiens arméniens et géorgiens, nous viennent en aide pour ajouter quelques renseignements précieux aux si maigres indications des annalistes byzantins.

« Ce Davith, disent les Chroniques nationales, était pieux, miséricordieux aux pauvres, compatissant, humble, modeste, sans ressentiment, doux, généreux, grand ami des moines (1), grand constructeur d'églises, bienfaisant pour tous, rempli de vertus. » Toutes ces qualités peuvent avoir été exagérées par quelque historien national ecclésiastique, pour cette raison que Davith favorisa constamment le clergé. Une chose cependant est certaine, c'est que ce fut un grand et puissant prince, le plus puissant de cette région reculée de l'Asie à cette époque. Il avait des troupes nombreuses et excellentes, troupes de pied et de cheval. Il accueillit fort bien lademandc de son ancien ami Bardas Phocas.

MONNAIE D ARGENT d'une ijramU rareté au curopalate Davith d'ibérie frappéi' à l'imitation des monnaies byzantines impériales. La légende signifie : Clu'ist, aie pitki de Davith curopalate.

(1) <ï Pliilomonaqiie ».

SAINT lOANE

Ici les récits l)yzaiiliiis diUrrcnl des récits géorgiens. Tandis i|uc les premiers font aller Bardas jiis(|ii(' clie/. le ciiniiialalc de Daïk'h, les antres racontent les chûses anirenient et mettent snrtont en scène denx sainis moines

E'GLISE principale da monastère de Lavra {la Laare) an Mont Athos, (onde par saint Athanase aux temps de Nicéphore Phocas et de Jean Tiimiscès. — {Photoyraplùe communiijuée par M. G. Millet.)

géorgiens d'un couvent de l'Athos. Voici à peu près le récit de ces derniers, complété par celui d'un beau manuscrit grec anonyme de la IiiLiliothèque patriarcale de Moscou dont je parlerai plus loin (1), récit qui nous fait d'abord remonter à un certain nombre d'années en arrière (2) : Saint loané, un des plus puissants seigneurs de la cour de Davilh le Grand, était natif de la Meskliie (3). Sa femme était fdle d'éristliav, c'est-à-dire fille de noble. S'étant retiré du monde, il alla en Macédoine, entra dans un premier monastère

1) Manuscrit n» 4:iii.

(2) Brosset, Hisl. de la Géoryie, l'" parlio, pp. 2'.i:i à ;!n">, et Additions, udd. IX,

pp. nr. sqq.

(3) Partie iiiéridioiiale de ribéiie ou Géorgie. Sainl-.Muilin, op. cit., U, p. 223.

418 LES JEIWES AXXfES DE BASILE

de caloyer?s. puis dans celui des Quatre Eglises au nmiil Kiiul|ia, (Inù i! passa dans eilui de Krania de l'Olympe de Thessalie (1). Fatigué des hommages que lui attirail sa grande réputation de sainteté, le pieux Géorgien abanduima hienlùt c-ette iiiMivelie retraite et, avee i|urlijues disciples, s'en vint, en "J72, à la Sainte Muntagne de l'Allin^, à la Laure déjà célèbre qui venait d y être fondée par son coni[)atri<de le fameux tliaumaturge Athanase, l'ami et le confesseur de >»ic('|iIiore Phoc^s (2). Saint loané avait entendu parler des admirables vertus du saint : il é])rou\ a le désir de venir vivre et |irier à ses côtés. Un autre Géorgien, Jean Tornikios ou Tornig, son lirau-iVèro. guerrier renommé, génih'al (•élèi)re, \int également l'y joindre piiui' selixrer avec lui à la jiralicjiic delà piété dans ce couvent où déjà al'Huairnl les pieux religieux de la lointaine Ibérie. ]N'e pouvant y demeurer aussi carlu's qu'ils le voulaient, tous deux, poursuivis par ce besoin de ilévote solitude si général à cette époque, s'éloignèrent encore à un mille de là et fondèrent dans un endroit retiré une église de Saint Jean l'Evangéliste. Ils y vivaient tranquilles, lorsque soudain les bruits du dehors vinrent les troubler à nouveau, (l'était le moment le plus terrible de la lutte des basileis, fds de Romain II, contre le rebelle Bardas Skléros. L'Asie était en feu. Bardas Pliocas venait de se l'aire battre pour la seconde l'ois par le prélendant et se voyait acculé' par lui aux extrêmes frontières orientales de l'empire. Là régnait un prince chrétien puissant, commandant à de nombreux guerriers. C'était le curopalate Davith. l'allié et le vassal de l'emiiire. Skylitzès et Cédrénus disent, nous l'avons vu, que Bardas Pliocas alla en personne le trouver pour implorer de lui un secours de troupes, espoir suprême du parti des empereurs. La Chronique de la Géorgie raconte au contraire que le basileus Basile et sa mère l'impératrice Théophano (3), ayanl appris (jue l'ex-général du curopalate

(1) Néi'oulsos, np. cit., pp. 54 sqq.

\i) Vie de saint Eulhijme. — Livre de la Visite, |i:u' Ir im-lnipulilo TimnllK-e Gabachwili (en gt'orgien). Voy. Un Empereur Grec au Diiiéme Siècle, pp. 314 sqq.

(3) Ou bien plutôt l'eunuque Basile. La Chronique de la Géorgie iail ici probablement erreur, car Théophano, bien que de retour depuis peu à Constantinople, n'avait certainement repris aucune autorité au Palais après son rappel de l'exil. Cependant cette Chronique la désigne à diverses reprises dans ce rôle de négociatrice avec le roi curopalate d'ibérie. C'est, je l'ai dit à la p. 349, note 1, à peu près l'unique source qui mentionne le nom de cette princesse à partir du moment où elle eut été rappelée auprès de ses fils. Ibn el-.\thir, dans le même récit où il affiriiir- qur- Ji\in Tzimiscès fut empoisonné par ordre de Théophano, après avoir raconté

COXVEXTIOX AVKC LE CUROl'ALATE DAVITII 419

D;ivith (l'Ibéric était dovoim moiiir au A[unt Allms, songèi'ciit à lui pour l'envoyer en grande hâte en ambassade auprès de son ancien maître. L'empereur Basile, raconte la Chronique, en proie à de cruelles angoisses, dit ; « Excepté le curopalate Davith, nous n'avons pas d'autre auxiliaire ». On dépêcha au moine un courrier impérial, un sébastophore, avec des leltrt's pressantes.

Jean Tornikios se décida à (piitterle «. monastère du grand Alliaiiase » et à aller à Constantinnjile, d où nu l'expiMlia au curopalate d lli(''i'ie avec les plus instants messages. Il s'était fait précéder par nue lettre impériale à Davith contenant ces mots : « Nous savons que Dieu vous protège. Ne manquez pas à la loyauté, et Dieu vous fera prospérer. Si nous faisons captifs tous nos ennemis, le butin, en entier, sera pour vous. » -Davilii rei^ut à merveille le pieux envoyé et sur sa prière consentit à fournir à Bardas Phocas un corjis auxiiiaii-e de douze mille soldats géorgiens et arméniens d'élite, bien ]ir(d)alilemerit des cavaliers. Tornikios annonça au curopalate que le basileus lui accordait en échange la souveraineté sur diverses villes et districts du voisinage alors encore dépendant de l'empire. L'historien Acogh'ig (1) en donne l'énum^Tation, que voici : la clisure de Kagh' d<i' Ar'idj (2) dans le district de Garin, Kgh'éçoun (3), Zormaïri (4), place forte du même district de Garin, la place de Garin, tout le pays de Pacen ou Basian, la jjetite forteresse de Sévoug, dans le district de Martagh'i (3) delà province de Douroupéran, enfin les importants districts de Hark' et d'Apahounik' dans la même province. Ce sont ces territoires que l'auteur géorgien se contente d'appeler sans autre désignalinu « les contrées supérieures de la Grèce ». « Le curopalate, ajoute-l-il. devint de ce fait un des dynastes les ]iius |iuissauts de la Haute AniKuiie ilans le

1p rptriur il lloiisleuitinoplc de lu liasilissii. le joui' iin-iiio tle ki mort de son uncioii amaul, poursuit en ces termes : « Son lils Basile étant monté sur le trône, elle prit la régence à cause de ce qu'il était encore mineur. Kt ([uand Basile lut grand, il alla dans le pays .des Bulgares. Et elle mourut pondant qu'il s'}- trouvait. Et ayant appris sa mort, il ordonna à un de ses serviteurs d'administrer les afliures durant son abseiice. >i Suivant l'historien arabe, Tliéopliano aurait donc vécu au moins jusqu'à la seconde guerre bulgare, en 991, pui.sque, la lu-emière, en 9S6, ne consista qu'en une très courte et malheureuse expédition.

(1) Op. cit., t. III, ch. l.'i.

(2) Ou Khaghtoïarliinteh.

(3) Emin dit ici ù tort : la Cielésyrie.

(4) Ou Thormaïri.

(5) Ou Mardahi.

voisinage do Icmpirc. » Il dut proinottrc du reste de restituer h sa mort ces territoires aux basileis et l(Hir livra des otages garants de ses serments.

Que de faits curieux dans ce court récit ! Comme il jette un jour bizarre sur ces vies moitié guerrières, moitié monastiques de cette étrange époque. Cet empire en détresse qui ne trouve d'autre envoyé pour se concilier l'alliance d'un voisin puissant que ce pauvre moine de l'Athos, jadis lui-même guerrier illustre, et cette missiim du pauvre moine qui réussit pleinement et qui, nous allons le voir, va être la cause du salut de l'empire!

Que ce soit à la suite de démarches directes auprès du curopalate Davith ou par l'entremise du pieux Tornikios, Bardas Phocas se trouva donc en C(^tle année 978, après ses deux grandes défaites d'Amorion et des Basilika ïherma, à la tète de contingents nouveaux formés de soldats excellents. (Tétait Tornikios en personne qui, quittant momentanément la robe de bure pour la cotte de mailles, commandait les douze mille Géorgiens (1). Le grand curopalate lui avait donné comme lieutenant « le prince des princes Dchodchic », dont la généalogie ne nous est pas autrement connue (2).

Les opérations militaires recommencèrent. II semble d'après le récit si imparfait de ^lathieu d'Édesse que Skléros se soit avancé à la poursuite des im[iériaux jusque sur le territoire arménien et géorgien, en y commettant des ravages affreux qui auraient violemment excité la fureur des soldats

(1) L'hislorien Acogh'ig dit que ce fut Davilh on personne qui prit le commandement. — Il Alors seulement, dit Jlurult (op. cit., I, 56i\ et non pas dès 'JTIj, un traité d'union a pu être conclu avec les Arméniens peu avant la mort du patriarche ter-Valian survenue en 432 de l'ère arménienne (mars 983 à mars 984 de l'ère chrétienne) » (voy. Mulhieu d'Édesse, éd. Dulaurier, p. 36). Voy. aussi Tchamtchian, t II, pp. 843 et 848. Mais en 977, au témoignage d'Acogh'ig, saint Grégoire de Marec fut persécuté par ses propres coreligionnaires pour avoir été soupçonné de tendre à une réconciliation avec les Grecs.

(2) La fie de saint Eulhijme semble dire que Tornig, entre sa mission en Géorgie et sa campagne à la tète des forces géorgiennes, soit venu à Constanlinnple présenter aux empereurs les lettres du curopalate. — Le nom du « prince des princes Dchodchic » figure sur une inscription de la belle église d'Eochk, près du village de Qizil-Kilisa, à quelques heures au nord d'Krzerouni. Cette église, fondée au x= siècle, fut reconstruite par ce personnage en l'an 1036 au dire de cette inscription qui le désigne ainsi : « le très béni patrice Dchodchic ». Voy. Brosset, In.':cripUons ijéorgiennes et autres, pp. 9 sqq. M. Brossct croit encore trouver une trace de ce Dchodchic dansSkylitzès, lequel, à l'année 6524 du monde, 1016 de J.-C, parle d'un certain patrice « Tzitzikios » qui était fils du patrice ibérien Thewdat, et qui fut nommé à cette date gouverneur à Dorystolon par Basile 11 lors de la guerre de Bulgarie.

SECONDE BATAILLE DE l'AXKALIA 421

(lu curopalato. A la tète de ces contingents étrangers qui allaient combattre des chefs et des soldats de même nation à la solde du rebelle, à la tète de ses propres troupes une fois encore reconstituées, le persév(''raiit domestique rentra en campagne dès le printemps de l'an 979. Une rapidi; marche en avant vers l'ouest ramena les impériaux, pillant et brûlant les contrées soumises au prétendant, depuis le pays de Darôn (1) jusque sur la rive dmile ilii fleuve Sangarios, le Kizil Irmak d'aujnurd'hui, dans celte immense |ilMine de Pankalia située à l'est d'Amorion où, une ftiis déjà, les deux a(l\ei'saires en étaient si tragiquement venus aux mains (2). C'est dans cette étendue superbe qu'eut lieu le nouveau choc des deux armées aux jiremiers jours du printemps. Si Bardas Phocas entraînait à sa suite des alliés nouveaux, Skléros avait bien tenté d'en avoir aussi. De tous côtés il avait df'pèché aux émirs sarrasins limitrophes des ambassades chargées de présents pour les di'cider à accouHr à son secours. Il en avait i-nvuvi' à l'émir d'Alep comme à AI)ou Taglib, l'émir d'Amida, comme aussi au bouiide Adhoud Eddaulèh, le tmil-puissant Emir el- Omerà du Khalife Et-Ta'yi à Bagdad. Yahia (3) donne sur les faits concernant plus partii-ulièrement Abou Taglib des renseignements très précis, reproduits en partie par Ibn el-Athh- (4) : Abou'l Wefa Taher ibn ^lohammed, secrétaire d' Adhoud Eddaulèh, s'était mis à la poursuite du j)rince hamdanide, qui avait épousé contre ce dernier la cause de l'autre bouiide Bakhtyàr cherchant à reconquérir la suprématie à Bagdad contre son cousin. Abou Taglib et Bakhtyàr venaient même de se faire battre par les troujjcs d'Adhoud près de Qasr el-Djass entre Samarra et Tekrit sur le Tibre, dan-i la journée du 27 mai 978, et Abou Taglib (5), après cette défaite, où Bakhtyàr avait été tait prisonnier (6), s'était enfui d'abord à Mossoul, d'où Adhoud l'avait chassé le 21 juin avec ses femmes

(1) Voy. Aoogli'ig, op. cit., p. 13"i.

(i) Skylitzès dit ccrtainiMiiont par errour : « Pankalia, près éo l'IIalys ». Lron Diacre dit bien mieux ; « Pankalia, plaiiio favorable aux évolutions de la cavalerie, près d'.\morion ».

[3) Voy. Rosen, op. cit., p. 12.

(t) Ce dernier cbroniqueur, dit le baron Rosen {op. cit., note 72', a emprunté beaucoup d'indications à la clironiipie encore inédite d'.Vbou Aly Ahmed ben Mohammed ben Miskavaïli, mort en 1030, chronique qui se termine à l'année 3C',) de l'Hégire (979>.

(5) L".\7toTàr>,e des Byzantins (l.'édr., II, 411)). Voy. Kreytag, op. cit., X, 493; \Veil, op. cit.,

(6) Adhoud Eddaiiléli le lil aussitôt décapiter.

ot ses parents. Il avait alors pris la route Je l'al-Djezirah (I), passant à Nisibe d'abord, puis à Mayyafarikîn, à Bidlis ou Bitlis, à Erzen (2), à Hassanièh, à Ka^Yachi. forteresse importante jadis nommée Ardoniduchl, dans la montagne à l'est de Mossoul.

Toujours serré de près parles soldats de son persécuteur, qui s'emparèrent de la plus grande partie de l'al-Djezirah, peu à peu abandonné de presque tous les siens, le malheureux Ilamdanide finit par retourner à Ilisn-Zîad, d'où il se dirigea vers le pays des Grecs (3). Il voulait y rejoindre Bardas Skléros avec lequel il entretenait un très ancien commerce d amitié (4) et qui réclamait dcjiuis longtemps son aide contre les troupes des basileis. 11 lui écrivit pour implorer son secours contre ceux qui le i>oursuivaient, mais malheureusement c'était ir moment où les alîaires du rebelle commençaient à prendre définitivement mauvaise tournure, et sa lettre supplianfi^ n'arriva à Skléros que lorsque celui-ci se trouvait de nouveau vivement pressé par Bardas Pliocas. Trop préoccupé de ses affaires pour pouvoir s'intéresser activement à celles de son allié sarrasin, le prétendant ne put qui; lui envoyer quelques vivres, l'engageant une dernière fois à venir le rejoindre pour combattre ensemble les impériaux. « Après cela, lui mandait-il, nous en finirons de même ensemble avec tes ennemis. » AbouTaglib, ne pouvant se résoudre à suivre ce conseil, expédia seulement à Skléros une partie de ses guerriers. Comme il avait enfin réussi à repousser ceux (jui le poursuivaient et obtenu quelque répit, il se décida à rester pour le moment à Ilisn-Zîad et à attendre dans cette retraite discrète le dénouement de ces grands événements qui, bien malheureusement pour lui, se déroulaient à une si faible distance de ses Etats.

Pour ce (pii concerne le bouiide Adlioud et l'émir Saad d'Alep, tous deux avaient fait aux envoyés du prétendant l'accueil favorable qu'ils réservaient à tout ennemi des basileis. Ils s'étaient même hâtés de lui envoyer leurs contingents, qui devaient être importants, du moins ceux

(1) Ou Mésopolamip.

{2) Ou Ai-zèiie.

(3) Voy. Rosen, op. cil., note 72.

(4) Ibn el-Alhir va jusqu'à dire que Bardas Skléros enlra par un mariage dans la famille d'Abou Taglib.

COMBAT SI.\GU[.IL:R DES DEiW DARDAS 423

d'Adhoud, d'après ce qiio nous dit Elinacin, mais ces reiirorls n'arrivèrciit qu'après la dr'l'ailc du rebelle, tant les événements se i)récipitèrenl. Trouvant la lutte terminée, les guerriers sarrasins s'en retournèrenl en terre musulmane sans avoir combattu.

Revenons à celle seconde bataille de Pankalia. Ce fut cette fois la bataille décisive dans cette guerre formidable, vieille déjà de plus de trois années. EIniacin fixe la date de cette lutte épiipie au dinianrhe vingt et unième jour du mois de cha'bàn de l'an 368 de l'ilégire, qui correspond au 24 mars '.'TU '!). Les deux armées se chargèrent furieusement. De nouveau Bardas l'hocas vil ses escadrons plier sous l'effort des troupes rebelles. Déjà les impériaux commençaient de toutes parts à lâcher pied. Alors leur chef, préférant la mort à une nouvelle humiliation, prit une rcsohition suprême. Comme en proie à quelque crise de folie furieuse, il courut provoquer .Skléros en combat singulier. Ce fut un combat digne des héros d'Homère!

Se frayant un passage à travers la foule des combattants, Bardas Phocas, sous les yeux des deux armées, pousse droit au chef rebelle. Soudain la bataille s'arrête et ces innombrables soldats deviennent les spectateurs haletants de ce grand drame. Skléros, voyant accourir son adversaire, accepte la lutte qu'il lui propose et l'attend de pied ferme. Chacun s'écarte devant les apprêts de ce duel mortel. Chacun comprend que l'avenir de l'empire va dépendre de cet effrayant corps à corps, et admire en silence ces deux vaillants qui vont s'entre-tuer. Ils fondent l'un sur l'autre avec rage, chacun frappant à la fois. D'un j)remier coup de son épée, Skléros (2) tranche l'oreille droite du cheval de Phocas avec le mors cl la bride. Mais instantanément le domestique, bien que chancelant sous le choc et ayant un instant lâché les rênes, assène de sa masse d'armes un coup si formida!)le sur la tète du rebelle, que celui-ci tombe lourdement

(1) C'ùtait un lumli. Viiliia pluri' la iviiccuitiv dos doux années au veudredi 19, et la bataille au dimanche 21 de cha'bàn de l'an 368, 24 mars 979. — Brosset (Hist. de la Géorr/ie, Addil., p. 176) fixe à tort à l'année 97G la date de la campagne à laquelle prit part Tornii;. — M. Wassiliewsky {Fragments russo-byzantins, p. 29) donne la date du samedi 22 février.

[2) Psellus, qui raconte assez longuement ce duol fameux, dit que Bardas Skléros, Iransgri'ssant les lois du combat singulier, entraîné par son ardeur, se jeta lo premier sur son adversaire et le frappa ;\ la tète.

sur lo COU tlo sa moiiUirc abattue. Puis, sans perdre une seconde, laissant là son ennemi gisant à terre, il bondit à travers les rangs ronipus de 1 rnnenii et gagne au galop une éniinencc autour de laquelle il rallie ses bandes dispersées (1).

Ceux qui entourent Skléros, le voyant si gravement atteint, saignant abondamment, presque rendant l'àmo, ne songent plus qu'à lui prêter secours, lis le portent à une source voisine pour laver sa blessure. Ils n'avaient pas vu Bardas Phocas s'éloigner après avoir abattu son adversaire et le croyaient mort. Soutlain le cheval do Skléros, un arabe dont les chronii|U(urs nnus ont conservé le nom — il s'appelait « Aigyptios », peut-être bien un dun du Khalife du Kaire, — pris de peur dans cet alTreux tumulte, échappe àccbiiqni le tenait, et, couvert du sang de son maître, bondit effaré à travers les rangs des rebelles. Aussitôt les soldats reconnaissent la noble bêle. Ils croient leur chef massacré et fuient éperdus. Ainsi ce combat singulier des deux liardas sauva l'armée impériale et du même coup l'empire. Ainsi les délnits de celte seconde journée d'Amorion, débuts d un si funeste augure pdurla cause des basileis, hrent place vers le tard à une complète \ ictoiri\ La déroute des rebelles, jinursuivis sans relâche |iar les légers cavaliers auxiliaires du eurnpalate Davith, fut complète. Une foule, pour échappera renuemi, se jetèrent dans les eaux du Sangarios, où ils périrent.

Bardas Phocas, de son poste élevé, voyait avec ivresse se précipiter la défaite des Sklériens. Reconnaissant dans ce désastre imprévu la main de Dieu, il choisit l'instant propice et se jette à son tour sur les fuyards avec ceux qu'il avait ralliés (2). L'armée rebelle fut entièrement détruite, en partie prise, en partie massacrée. Les cavaliers géorgiens furent les

(1) « Il est curieux de voir, m'écrit M. Krunibachcr, l'émincnt byzantiniste allemand, comment se transmettent les récits historiques dans les chroniques populaires en langue grecque vulgaire. Voici, par exemple, dans le récit de Manuel Malaxas sur le règne de Basile 11, l'épisode du combat de Bardas Phocas et de Skléros : "O oï ï;x).r,po; w; t'o e'ixaSs ÈiTTpàj-^ xa'i o 'i>(Dxà; tôv Èôi'mxs xxtÔticv xoc'i à'ïdjuîv tov. Kct'i k'^iiiÇav oî S'jo o|xo0 xal ÈTt'j>,l|Jir|<7av. TÔtï E^toXiV ô i^xÀrjprj; |jLè xo duafiiTov to aXoyov toO <l>o)xà. Kat exo^Év to-j -o Oî^iôv a^Ti [A£ tô <7a).ioâpt. *0 6È 'Pwxâî EOwxï tou 2x).Y)poO (j-à xo KsXaTtXï] ôuva-rà 7io).Xà xat o'aov tô pâpo^ToO Tt5r,pou f,),6£v t\i TÔv Xain'ov Toù àXoyo'j. Aïo-ct el; tïiv axpxv tri; x^yot'Ari; xbv é'owxî xa'i 5ià toOto Sèv ÏTZtnvi £i; TÔv TÔiTov à7:£9a[j.Évo;, 'O ûà SxXyjpb; to; £).ao£ vryi xoitavlav laxoTtit)/, xat £0{ox: toO àXoyoy xat àvégi] £•.; £-/a po-jvù) xa'i ÈyjXâ/^/), etc. » Ifiod. Paris, gr. 1700, fol. 751''.)

(2) Acogh'ig parle de deux corps de troupes lancés successivement par Phocas; le premier fut mis en fuite; le second rétablit et transforma le combat.

DEFAITE DE DARDAS SKLÉROS

premiers à piller le camp de Skléros (1). Celui-ci, enfin revenu de son long évanouissement, voyant ses soldats en fuite, toute sa puissance écroulée en un jour, accablé par un iinirihle désespoii-, j)arvint toutefois à sauvcrsa vie. La déroute des siens était telle, (pie toute prolongation de résistance était dcvcnui' iiii|in<sili|i'. Avec (piehpies hardis compagnons, cavaliers

DALLE SCULPTÉE cla parapet da Baptistùiv tfe la Laar.i de Saint Athanase. Ces dalles sont parmi les seules portions sahsistantes de l'édifice primitif contemporain de Jean Tzimiscès et de [iiisile II {II. Brockhaas, Die Kuust iji deii Atlios-Kla-stai-ii).

iidr('|)ides, au galop de son coursier, par une course échevelée, il réussit <à francliir la moitié de l'Asie Mineure, el par delà le Sangarios, ]iar di'là rilalys. par delà l'Euphrate, à travers des populations instantanemiMit soulevées contr.' lui |iarce qu'il était vaincu, il put par miracle gagner encore au delà de la fronlicre di' l'empire la cité sarrasine de Mayyal'.il'ikîn, ranti(pie Marlyroj)olis !

De ce désastre suprême rpii mil fin à tant de succès répétés, à ipiatre ans de pouvoir, à t<inte l'é'phi'mère jinissance du prétendant, de la part surtout (pie prirent à la victoire de Pankalia les contingents du grand

(1) Maniisi-rit i:ri'0 aminyiiu' ili' la liililinllu'-iiui' |ialri:ir,-alo Ac Musi-ui]. Vov. p. 41"

426 LES JEVXES .\N\EES DE BAfilLE

curopalate Davith, un soiiveiiir contemporain précieux nous est resté, un de ces si rares, presque introuvables souvonirs de ces grandes luttes du x° siècle byzantin (1). Sur le mur d'une humble et jolie petite chapelle sépulcrale attenant au clocher de la grande et magnifique église épiscopale en ruines de Zarzma, dans lo canton de Koblian du district d'Akhal-Tzikhé (2), à l'ouest de cette ville, sur la rive droite de la Koblianka ou Djagis-Tsgal, sur la porte d'entrée, aux deux côtés d'une croix de pierre, M. Brosset a relevé une Itclle inscription géorgienne en très beaux et très nets caractères lapidaires khoutzouri avec des abréviations. Cette inseriplidii, malheureusement incomplète, a été gravée en l'an lOio, au nom du fiMidatrur de cette petite chapelle, lequel fut, il nous le raconte, un des guerriers du contingent prêté à Bardas Phocas, soixante-six années auparavant, ])ar le grand curopalate de Daïk'h. Voici ce qu'on en peut encore déchitTrer : « Au m un de Dieu et par l'intercession de la sainte Mère de Dieu, moi, loané, fils de Sonia, j'ai construit cette chapelle. Dans le temps où Skléros se révtdta en Grèce, Da^-ith, curopalate. Dieu l'exalte, porta secours aux saints basileis et nous envoya tous à l'armée. Nous battîmes Skléros : et miji. au pays nommé Charsianon,

au liru udinnii' Sarwénis, j'ai construit un siège et ,3) »

Certainement cette chapelle avec cette inscription ont été exécutées aux frais de ce guerrier géorgien loané, fils de Soula, reconnaissant à Dieu de 1 avoir préservé au milieu des dangers de la seconde bataille de Pankalia, au mois d'avril de l'an 979. Bien malheureusement le mauvais état de la dernière partie de ce texte précieux qui rappelle le souvenir d'un fait glorieux pour l'histoire de la nation géorgienne ne nous permet pas de saisir pour (juelle cause les noms du thème de Charsian et des Aquee

(1) Mathieu d Édesse, p. 29 de l'éd. Dulaurier, mentionne celte victoire des contingents arméniens sur Skléros. Zonaras confirme le fait et dit que la bataille eut lieu près d'Aniorion.

(2'i Brosset, Géographie de la Géorgie, p. 89.

(3) Brosset, Voyage archéologique dnns la Géorgie et dans l'Arménie {2' rapport), p. 134. — Le reste de l'inscription manque. M. Brosset ne parait pas avoir reconnu dans ces deux noms géographiques les noms cependant bien faciles à identifier du thème de Charsian (qu'il écrit Kh.arsanon' et de ces Aqua; Sarvenic, les Basilika Therma des Byzantins, où avait eu lieu la dernière défaite de Phocas. « Très probablement, dit M. Brosset, la date de la construction de la chapelle se trouvait sur la pierre angulaire qui manque et aura été s'engloutir dans l'âlre de quelque misérable cabane du hameau de Zarzma. ■>

SAINT EL'TIIYME 427

Sarvense s'y liouvcnl inscrits. C'est peut-être bien là la seule inscription histoi'ii|iir ilii ri'gne de Basile H (pii snil parvenue jusqu'à nous.

(iliose curieuse, un autre souvenir Je cette grande lutte nous a été conservé. Il existe encore au monastère de Chio-Mghwinié, près de Mtskéta, à une petite distance de Tiflis, un Coynmentaire manuscrit de l'Apocalypse, traduit du grec par saint Euthyuie l'iulerprète, le propre fils de ce loané du mont Athos dont j'ai parlé plus haut. Or ce volume, écrit sur parchemin également en caractères khoutzouri, porte la suscriptioa suivante : « Ecrit à la Latire Je Kra/iia, an mont Olympe, sous les basileis Basile et Constantin et sous le patriarcat cV Antoine, au temps de la révolte de Bardas [Skléros), en l'ari du monde G.j82, 198 du cycle pascal,... par les copistes loané et Saha Dzmosel. »

11 est temps de dire quelques mots de ce saint Euthyme, dont j'ai parlé déjà, qui fut le compagnon de couvent de saint Tornilcios et le traducteur du Commentaire de l'AjJOcalypse que je viens de mentionner. Ce célèbre saint géorgien a été le contemporain de tous les événements que je viens de raconter. Il existe de sa vie une relation manuscrite en langue géorgienne, conservée au Musée asiatique de Saint-Pétersbourg, et une autre en grec, rédigée par un anonyme, parvenue jusqu'à nous dans le beau manuscrit de la bibliothèque patriarcale de Moscou, dont j'ai parlé plus haut (1). Dans ces deux relations un peu différentes de la v'ie de ce saint on retrouve encore quelques indications intéressantes sur la participation des contingents géorgiens à la défaite de Skléros à Pankalia.

Saint Euthyme était fds de ce saint loané dont j'ai parlé plus haut (2), un des grands de la cour du cin-opalate Davith. A une époque diflicile à préciser, alors que saint loané avait déjà ipiilli' sa patrie et s'en était allé rejoindre dans un premier couvent fondé au mont Olympe de Thessalie par son compatriote saint Athanase, non seulement ce grand saint, mais aussi saint Tornikios, frère de sa femme à lui, aux temps probablement de Romain Lécapène, ce basileus, ayant fait cession au curopalate des importants territoires du Haut Karlhli, c'est-à-dire de la Haute Géorgie, avait exigé que Davith lui remit comme otages garants de sa fidélité quelques-uns parmi

(1) Voy. pp. 417 et 420.

(2) Vi.y p. 417.

les jiriiicii)aux piTsiniiiayrs de sa cour. Parmi ceux-ci lurent compris les heaux-frères d'Ioané, son beau-père Abougharb, enfin son propre fils Euthvme avec d'autres aznaours ou seigneurs. Tous ceux qui liaient jeunes furent destinés à être élevés à la grecque. Euthvme l'ut ainsi livré aux Bj'zantins sans que son père eût été consulté, sans qu'on l'eût même informé de cet événement. Dès que loané eut appris la nouvelle, « soit qu'il fût consentant ou non, il quitta en hâte son couvent de Krania du mont Olympe et monta vers la Ville impériale pour réclamer son 111s ». Le basileus, qui connaissait fort bien Abougharb, le beau-père de loané, accueillit avec une extrême bienveillance la demande du saint et lui rendit Euthynie. l'ère et fds rcjiartirent aussitôt ensemble pour les solitudes du mont Olympe (l).Peu après, en 1 an "J72, tous deux, abandonnant les cellules ou « skythes » thessaliennes, se rendirent au nnint Athris, m'i saiiil loané continua à éleverle jeune Euthyme dans la connaissance delaphiloso[)hie.

Auparavant, dit la Vie manuscrite, loané avait eu la plus vive discussion avec son beau-père Abougharb, auquel il ne pardonnait pas d'avoir laissé emmener son fds par les Grecs. « Qu'est-ce cela".' lui disait-il. n'avezvous donc pas eu d'enfants? On sait pourtant ipie vous aimiez les vôtres comme un viai père. Conunent donc avez-vous jni donner mon fils en otage, comme s'il eût été orphelin ? Dieu vous pardonne. » (le fut ainsi, dit la pieuse C/ironi(jue, par un eflet de la Providence divine et la décision des rois, qu'il emmena son lils, après quoi il retourna à ses solitudes ».

Aussitôt après la défaite de Skléros, les vaincjueurs procédèrent au pillage du camp rebelle, opération dans laquelle les auxiliaires géorgiens semblent s'être pai'ticulièrement distingués ; puis commença la poursuite sans merci des fuyards. Tous, Géorgiens qui venaient de combattre avec autant de bravoure que d'habileté, soldats des bataillons impériaux ou miliciens des corps auxiliaires, menèrent battant les derniers fidèles du

(1) Le manuscrit grec anonynie Je Moscou place ces faits à l'époque îles négociations entre le gouvernement de Constautinople et le curopalate Davilh, au moment de la révolte de Skléros. 11 raconte que saint E.ithyme fut un des otages garants du traité passé à ce moment entre les deux puissances, et que ce fut de la Laurc de l'Athos que saint loané partit pour réclamer son fds; mais la date inscrite sur le manuscrit du couvent de Chio-JIglnvimé dont je viens de parler, montre clairement que saint Euthvme dut être donné en otage bien auparavant, puisqu'à cette date de 978 il avait déjà traduit du grec un livre aussi considérable. — On voit par cet exemple que l'auteur grec anonyme ajoute et modifie quelques détails de la Vie manuscrite du saint écrite en géorgien, sans cependant en altérer le fond.

LES S.l/.Vr.s TORXIG, lÛAXE ET EUTIIYME

prétendant fugitif jusqu'en terre sarrasine. Ensuite on procéda au [lartage des dépouilles. « Tornikios, dit la Vie de saint Euthynie, suivant l'ordre impérial, mit au pillage les biens de tous les seigneurs grecs (évidemment les archontes asiatiques partisans de Skléros), en distribua une [lartie aux

MONASTÈRE DES IBERIENS ou Géorgiens, dit Ivirôn, fondé avec le batin remporte sar Dardas Shléros par les saints géorgiens Tornig et loané. — (Photographie communiijuée par .V. G. MUl,-t.)

soldats et garda le reste, qui formait un riche et immense butin, tant en or qu'en argent, en étoffes précieuses et autres choses semblables. A son retour en Géorgie, il salua le curopalate Davitli et lui rendit de grandes actions de grâces. » C'est certainement avec sa part de ce merveilleux butin fait sur les partisans de Skléros que loané, fdsde Soula, fit construire la petite chapelle de l'église de Zarzma dont il a été question plus haut.

bisons de suite, pour n'avoir plus à y revenir, ce que devinniil le jiieux Tornikios et ses saints compagnons, loané et Euthynie. Apres la brillante victoire qu'il avait tant contribué à remporter, d'autres plus andiitieux eussent pciit-étre songé à reprendre cette carrière des armes ipii lui avait valu tant de gliiiiv. Lui, tii vrai mystique de son éjioque, n'eut rien de

430 LES JEi'XES AXNEES DE BASILE

l)lus pressé que de s'en relouriier dans sa dévote solitu<l(\ auprès de ses humbles compagnons, et de faire servir les trésors ipi'il avait conquis à la plus grande gloire de Dieu il. 11 rentra en liàte dans sa chère cellule du mont Athos, auprès de saint loané, de saint Euthyme et des autres moines ses compatriotes, et jdus jamais dès iurs il ne (piitta la Sainte Montagne.

Alors l'ut entreprise l'œuvre qui a surtout rendu ces religieux célèbres en Orient. Avec le butin ])ris dans le camp de Skléros ou enlevé à ses partisans, avec les libéralités que les basileis (2) , comme le dit à plusieurs reprises le manuscrit grec anonyme de Moscou, avaient remises à Tornikios en reconnaissance de son aide si efficace, ces pieux cénobites, les saints moines guerriers Jean Tornikios et loané, entreprirent sur l'Athos la construction <lu fameux couvent consacré à la Dormition de la Vierge qui a pris le imni de leur nation, de cette magnifique Laure ibérienne plus connue sous le nom de monastère d'Ivirôn (3), qui, aujourd'hui encore, est un des plus illustres et certainement un des plus beaux parmi les établissements pieux d.' la Sainte Montagne. Ils élevèrent en mènii' Irnips une église à saint Jean-Baptiste. Les empereurs (4) auxquels Tornikios avait demandé l'autorisation de bâtir ainsi un pieux asile pour les religieux de sa nation, s'y prêtèrent volontiers, et fournirent pour leur part les artisans, les artistes, et aussi les vases sacrés nécessaires pour le culte. Us dotèrent également le couvent de fermes et de métochies nombreuses (o). Les vénérables cénobites mirent le nouveau monastère

(1) Voy. Brosset, Hist. de la Géorgie (Add. X, pp. 189 sqq.\

(2) Ou plutôt Théophano, comme le dit constamment le manuscrit grec anonyme, qui ne nomme jamais les basileis, mais bien toujours leur mère, quand il s'agit des munificences accordées au monastère d'Iviron par le gouvernement impérial. 11 faut bien probablement admettre, non pas que la veuve de Romain ait pris au retour de son exil une part considérable à la direction des alldires, ce qui serait en contradiction avec les indications de tous les autres chroniqueurs, mais que ses lils l'aient autorisée à s'occuper, à l'exemple de tant d'autres princesses de ce temps vivant dans la retraite, de fondations et de dotations pieuses destinées à racheter ses fautes et à amener sur elle et les siens la bénédiction céleste. La tradition qui considère Théophano coiume la véritable fondatrice du monastère d'Iviron est encore très vivante à l'Athos.

(3) Mrjvr, Tôjv 'Ior,piov. Voy. Gédéon, op. cit., p. 169.

(t) Toujours encore l'impératrice Théophano pour le manuscrit grec anonyme.

{."é Dès aSu Basile 11. par chrysobulle daté de cette année, fit don au couvent d'Iviron, pour son entretien, des inonaslères de Léontias à Thessalonique, de Saint-Jean de Kolobos près d'iliérissos, et d.' Saiiu-i:iénient sur la Sainte Montagne. Voy. Zacliarite v. Lingenlhal, Jus gr.Tco-romanum, t. 111, p. xvi, n" XVI. En 982, au mois de juin, Ind. 10, un accord intervint

Page 1