NOTRE DAME DES IBERIENS
ibérien (I) sous l'invorafion de Notre Dame Portaïtissa, autrement ilit di' la Porte, ainsi nommée d'une Image miraculeuse de la Vierge [lortant un Enfant Jésus, « au regard doux, à la chevelure bouclée », placée au-dessus de la porte d'entrée, Image de pierre retrouvée, suivant la légende, chez une veuve de Nicée sous le règne du basileus iconoclaste Théophile. Un fonctionnaire impérial, un « courrier », l'ayant frappée d'un coup de sabre, le sang jaillit de celte pierre. La jiauvre veuve effrayée la jeta à la mer. Vu jour, liit'ii pins t.ird, prndige iimiiï, son lils, réfugié, lui aussi, au convciil ibérien de l'Athos, vil arriver l'Image fatidique voguant sur les Ilots, au sein desquels elle avait passé tant d'années. Puis, prodige non moindre, celle-ci vint d'elle-même se placer sur la porte d'entrée du couvent. C'est là la célèbre image de Notre Dame Portaïtissa ou des Ibériens, si populaire dans toute la Russie, si vénérée surtout à Moscou, oîi il en existe de nombreuses copies fameuses, une surtout connue sous le nom de Notre Dame Iverskaya, devant laquelle à toute heure on voit tout un peuple agenouillé (2).
entre Jimii ribriv, (jui n'est autre que saint loani-, le fondalenr du couvent dlvirùn, et les lialiilants d'Iliérissos, à propos d'un terrain appartenant au monastère. L'aceord fut confirmé par Xilvidaos, « libellesios » de Saloniquo [ihid.. n" XVH). En décembre 984, Ind. 1.3, un ehrysobulle de liasile U accordeà loané le droit de posséder un navire (Meyer, op. cit., p.ild . Ce fut Alhanase qui fit don de ce chrysobulle à son ami. Ces trois précieux documents sont conservés à Ivirôn. Le dernier est contresigné par (jeorges d'Iliérissos en caractères glagolitiques. U est fait mention dans ce document, de Slavo-Bulgares à Hiérissos.
(( Skylilzès, dit M. Brossel(op. Ci<.,p.7),noraraant Georges et Barazbatzé, cousins du patrice Thcwdatès, dit que ledit Barazbatzé avait fondé un couvent d'Ibériens au Mont Athos (Cédrénus. Il, p. 488). Le nom de ce personnage, qui peut très bien se rendre en géorgien par Waraz- ■Watclié, ne parait nulle part dans l'histoire géorgienne, mais le métropolite Timothée, dans le Livre de la Vi>!le, dit que ce Waraz-\\'atelié était le frère du général Tornig ; il parait même qu'il vécut avec ce dernier au Mont .\thos. il fut le vrai fondateur, vers 1030, du couvent des Ibériens, qui n'existait jusque-là qu'en petit, sous le nom de cellules de Saint-Clément. Voy. tiédéon, op. cit., p. liJïi. — Voy. encore Neroutsos, o/).Ci/.,p. 5G.
Basile II et Constantin, dès leur avènement, comblèrent de leurs bienfaits non seul<'ment le couvent d'Iviron. mais aussi les autres monastères déjà existants sur la Sainte Montagne. Un chrysobulle d'eux daté du mois de juin 'J78, chrysidiulle inédit récemment publié par M. A. 1-;. Lauriotis dans 1' 'ExxAr.aïaîTixô '.V>,Y,f):ia de 18!t2 (n» du 10 avril), porte donation : 1° de dix talents d'argent à prélever annuellement sur le trésor impérial en faveur d'Atlianase et du monastère delà Laure; 2" d'un l'eliipuiire en or, orné de pierreries, contenant les deux chefs de saint .Michel de Synnada de l'hrygie et de saint Luslratios martyr et le bras recouvert de sa pi'au de saint Jean Cbrysorhemon (Chrysostoraos). C'étaient là vraiment d'insignes reliques. Dans l'exposé de.s motifs il est tait mentioti de donations faites par les prédécesseurs des deux basileis. Il semble ipie ce soit devenu un usage' de faire un don de joyeux avènement à la sainte Laure.
il; Fondé donc après 'J71I cl non en '.HO, comme le disent la Vie de saint Eulhyme vlaumi Brockhaus, op. cit., p. 7.
,2 Viiy. Wassiliewsky, Fragments russo-hi/zanlins. p. 173.
432 LES JEUXES AWEES DE BASILE
]^i^s richosst's du roiivcnt ilK'ririi ilrviiirriil r.ijiiilcnii'al iiniiicnscs. Ses r(>voniis t'taient très considéralilos. Aussi la Ibule des moines des pays du Caucase y aftlua. Tornikios umurut le premier. Puis vint le lourde saint loané, auquel saint Athanase témoignaconstamment d'une vive bienveillance. Son fils Euthyme lui succéda dans le gouvernement du monastère et se livra avec ardeur à ses travaux de traduction. On lui doit entre autres une transcription complète de la Bible en géorgien. Le manuscrit original en est encure aujourd bui conservé, avec d'autres œuvres du saint, dans la bibliothèque du vieux cou\'ent di' l'AUms, it \r calaloLiue manuscrit décrit ainsi ce monument très précieux : « La Bible, traduite par saint Eutliyme; les Machabées manquent ; le reste ij est; le tout sur parchemin, facile à lire comme s'il était neuf, mais déchiré dans le temps des Musulmans y, etc.
La Sainte ^lontagne lui, durant de longues années encore, le rendezvous des laborieux interprètes géorgiens qui, tout en propageant des livres pieux, l'purèrent et fixèrent la langue de leur pavs. On ignore au juste dejiuis i[uelle date et jusiju'à quelle époque saint Euthyme demeura alihi'ilii nimiastère ibérien. (3n sait seulement que, sa sévérité à maintenir la règle ayant mécontenté les moines, dont un grand nombre étaient grecs, il se vit forcé d'aller se justifier àConstantinople et y mourut d'une chute de cheval sous le règne de Constantin Vin, en l'an 1028 probablement. 11 s était précédemment démis de ses hautes fonctions. Son corps, transporté à l'Alhos, fut enterré dans l'église Saint-Jean-Baptiste. Son frère était enseveli dans celle des Saints-Archanges. La Vie de saint Euthyme, dont l'Eglise célèbre la fête le 13' jour de mai, figure parmi celles des saints géorgiens racontées dans un manuscrit du Musée Asiatique de Saint- Pétersbourg (1). Elle est très longue et très intéressante et fut composée par « le pauvre Giorgi, prêtre régulier » (2). Le même (■■tal)lissement possède un « nomocanon » sur M'iin de la main même de saint loané et plusieurs ouvrages copiés sur les manuscrits originaux de saint Euthyme peu d'années après sa mort.
(i; Pp. 1S2 h 21.3.
(2: Saint (iiorgi .Mlliatsiuidel, cOlèbre interprète ou Iraducloiir géorgien. Précisément le biographe de saint Euthyme.
431 LES JEUNES AiX.XEES DE BASILE
Dans le Livi'e de la Visite où lo métropolite Timothée Gabacliwiili, à l'occasion du \ovag'C fait jiar lui à I Atlms. ilaiis l'iiiver (le ITo.j, a raconté la vie (le saint Euthyme, on lit encore ces quelques renseignements très curieux ;^1) : « L'église si belle de ce couvent des Ibériens, dit Timothée, a été construite par le moine géorgien Giorgi Mthatsmidel 2) aux frais du roi Bagrat III curopalate. Dans la cour même de l'église se trouve la chambre sépulcrale de nos dignes pères Euthyme et loané et de Giorgi Mthatsmidel, ornée par honneur de grilles avec des flambeaux allumés. Le dnuiile portique extérieur, la muraille d'enceinte et les autres constructions sont dus à l'éristhav Tornig, illustre général géorgien, guerrier renommé. Il y a dans le couvent une autre église de Saint-Jean-Baptiste, construite par Euthyme. Elle fut bâtie lorsque nos pères sortirent de la Laure de saint Athanase. » « Dans le trésor, ajoute Timothée, on nous a montré l'armure de Tornig, son casque, sa cotte de mailles, son équipement et le cimeterre qu'il portait lorsqu'étant moine il fit la guerre aux Persans et les mit en fuite. » Pour le dévot et ignorant métropolite du siècle dernier, le slratigos byzantin Sklénis, allié des Infidèles, n'était autre qu'un « Persan ». Les armes très précieuses jadis portées par le pieux vainqueur du [in'tendant d'Asie existent encore, me dit-on, au trésor du fameux couvent de la Sainte Montagne. Elles y seraient conservées sans aucun soin.
« Ivirôn (3) est actuellement un amas confus de constructions dans un vallon encaissé près de la mer. Sa tour massive, les dômes de ses églises, quelques bâtiments en pierre de taille, font un vif contraste avec les autres parties du couvent faites de bois et de pierres, avec des étages en surplomb, portés par des madriers, le tmit peint de diverses couleurs. Sur une hauteur voisine il y a un hospice où les moines prennent soin des fous et des lépreux. Le monastère où les moines grecs ont, au xvi° siècle. défi- Ci) Brosset, Hist. de la Géorgie (.\dd. X), p. 189.
(2) Ce Georges, déjà mentionné dans la note 2, est cité dans la <> Diatyposis «du «Typikon » de 970 de saint Athanase, comme ayant été un des contemporains de ce célèbre religieux. Il a écrit ou du moins on lui attribue de nombreux manuscrits des Évangiles en langue géorgienne encore existants en Iméréthie et en Mingrélie. Il était le cousin de saint Euthyme et fut son successeur dans le gouvernement du couvent d'Ivirôn de l'Athos. Voy. Brosset, Explication de quelques inxcriplions photogr. par M. Séraslianor au Monl Alhos ^Mél. asiat. du Bulletin de l'Acad. des Se. de Sl-I'élersbourg, t. IV, pp. 369, 379J.
(3) Guide Joanne, Turquie d'Europe.
/•7.V Uli LA REVOLTE DE BARDAS SKLÉROS 433
nitivement remplacé les moines géorgiens comprend vingt-deux églises ou chapelles. C'est un des plus importants de la Sainte Montagne, le second comme antiquité ; il n'y a de plus anciens que le fameux « Prolaton » ou église de Karyès (1), la Laure de saint Athanase et peut-être le couvent de Vatopédi (2). Mais, hàtons-nous de le dire, ce qui reste des bâtiments primitifs est aujourd'hui bien peu de chose (3). Dans l'église conventuelle dont parle Timothée, une inscription circulaire de bronze incrustée autour d'une dalle centrale de porphyre du pavement tout en mosaïque de l'époque de la fondation, célèbre aujourd'hui encore le nom de son constructeur. Voici cette fière devise : k J'ai consolidé les colonnes (de cette église) et jusque dans l'éternité elle ne vacillera point. Le moine Georges, l'Ibère et le fondateur. » La bibliothèque du couvent est très riche en manuscrits grecs et géorgiens. Ses archives renferment des chrysobulles impériaux, des actes de patriarches et de plusieurs princes.
La révolte terrible, interminable qui, depuis tantôt quatre années, ensanglantait et ruinait les thèmes d'Asie, paralysait ce vaste empire, arrêtait toute transaction, toute vie nationale, était enfin vaincue après avoir mis la dynastie macédonienne à un doigt de sa perte. Les jeunes basileis, l'obstiné parakimomène, le Palais Sacré qui avait tant tremblé, pouvaient respirer enfin. Quel soulagement indicible de savoir ce formidable Skiéros, cauchemar de tant de nuits, abandonné de tous, fugitif chez les Infidèles. 11 dut y avoir dans l'immense capitale une explosion d'enthousiasme. « L'heureux Bardas Phocas, raconte Psellus, retourna à Con-
(1) Agrandie déjà par saint Athanase en personne. Brockhaus, op. cil., p. 24.
(2) Le monastère de Vatopédi a été fondé au temps de saint Athanase, mais postérieurement à la Laure, après 972, sur la demande du saint, par trois habitants d'Andrinople, Athanase. Nicolas et Antoine. Le pavement de l'église est également contemporain de l'époque de la fondation. Ces trois grands couvents de la Laure, d'iviron et de Vatopédi sont situés sur le rivage oriental de la Sainte Montagne, tout proche de la mer. Les couvents d'Esphiirniénous et de Dochiarion datent des premières années du .\i' siècle. Celui de Philolhéos, plus ancien, a été fondé sous -Vthanase, avant l'an mille.
(3) Voyez ce cpi'en dit Brockhaus, op. cit., pp. 40 sqq. Les restes d'architecture les plus importants des pieux édiûces du xt^ siècle qu'on rencontre à l'Athos, consistent, outre des colonnes, des chapiteaux et des pavements, en un certain nombre de plaques de marbre sculptées ayant d'ordinaire fait partie ou faisant encore partie de la décoration intérieure des églises et sur lesquelles la croix ligure souvent comme motif principal. Voy. Brockhaus, op. cit., planches ■; et 8. Voy. la vignette de la page 425 du présent ouvrage. — Il n'existe plus à l'Athos ni fresques ni mosa'iques murales de l'époque de Basile IL
stantinople. 11 v obtint les honneurs du triomiihe. » Les basileis firent au vainqueur un accueil qui se devins. 11 ilevint le familier, le conseiller favori (le reniiiercur Basile qui, en le confirmant dans son titre de domestique des Scholes d'Anatolie, lui confiait le jilus haut commandement militaire de rempire.
Quant à rinlurtuné jirétendant, si longtemps le maître dans tous ces thèmes d'Asie Mineure, aujourd'hui simple aventurier fugitif en terre sarrasine, il avait trouvé un premier asile dans cette ville de .Mayyafarikîn qui appartenait précisément au Ilanidanide Abou Taglib, son allié infidèle, comme lui fnrl maltraité parle sort {[\ L'émir, en ce moment réfugié lui-nième, un l'a ^u 2 , à Ilizn-Zîad, où il attendait anxieusement le dénouement de tout ce drame, apprit dans ce séjour la déroute définitive du prétendant. Désespéré de cet événement qui ruinait ses dernières espérances, il se hàla de rentrer, lui aussi, en terre musulmane et courut d'abord s'enfermer dans Amida. Comme ce personnage ne doit plus figurer dans la suite de cette histoire, je dirai seulement ici qu'au bout de peu de temps i! l'ut chassé de nouveau de cette ville par les contingents de son opiniâtre adversaire Adhoud Eddaulèh et n eut ijue le temj)S de se jeter dans la forteresse de Rabbah, sur l'Euphrate, tandis que le général d'Ad- Imuil Eddaulèh, Abou'1-Wéfa, toujours acharné à sa perte, prenait, outre Amida, son autre ville de Mayyafarikîn et soumettait tout le Diarbekir avec les autres forteresses de cette région, jadis portion principale du domaine si florissant des Ilamdanides. Qu'eût dit le brillant et chevaleresque Seif Eddaulèh si! eût vu la pitoyable condition, la chute si rapide de son neveu Abou ïaglil) '.' De Rabbah celui-ci se réfugia enfin à Damas avec les débris de son armée autrefois si belle 11 y tenta vainement, comme l'avait fai'avant lui Allrkiii avci- plus de succès, de se faire octroyer par le Fatimite la seigneurie de cette ville (3).
(1) Le récit que nuus devons à Yahia, aussi à Elmacin, mais à Yahia surtout, de la fuite de Skléros en pays sarrasin, de son séjour à Bagdad, de tous les événements enfin qui en furent la suite, est infiniment plus détaillé, plus vraisemblable, plus exact en un mot que celui qui nous est fourni par Skylitzès et Cédrénus. C"est donc Yahia que je suivrai pas à pas. Le récit de la fi:i de l'insurrection se trouve très abrégé dans lîlmacin.
(2) Voy. p. 422.
(3) Retiré auprès de la puissante tribu des Benou 'Okaïl et lâchement trahi par eux, il fut peu après fait [irisonnier par les troupes du Khalife d'Egypte et décapité par ordre de Daghfal
BAllDAS SKLEROS SIC RÉFUGIE A AMIDA 437
Revenons à Bardas Skléros, le glorieux vaincu. Acogh'ig (1) nous dil qu'il s'était d'abord arrêté à Bechbach, bourg près de Mayyafarikin, où il avait encore été rejoint par un message du basileus Basile, lui demandant de rebrousser chemin pour faire sa paix avec lui. Mais il n'avait pas cru devoir écouter ces propositions et avait couru jusqu'à cette dernière cité. Là seulement il apprit le brusque départ d'Abou Taglib pour Amida. Aussitôt il se dirigea de ce côté jiour tenter de rejoindre l'émir. Mais ([uand il arriva sous les murs de celte ville avec son frère Constatilin Skléros, son lils Romain et ses derniers fidèles, il trouva le Ilamdanide parti et la forteresse déjà aux mains des troupes du Bouiide. Fort troublé par cet événement si malheureux pour lui, craignant pour sa vie, il se hâta d'expédier à Bagdad, auprès du Khalife et d'Adhoud Eddaulèh, son frère Constantin pour leur demander aide et protection contre les basileis, promettant en échange de devenir l'allié, même, si on le dé.sirait, le vassal et le tributaire très soumis du Khalife (2). Ce grand seigneur byzantin, ce prétendant d'Asie si arrogant, savait se faire humble à l'occasion et n'é- [irou\ail aucune honte à réclamer contre sa patrie, contre ses souverains légitimes, l'appui des pires ennemis de son pays et de sa religion.
Adhoud Eddaulèh, fidèle aux traditions de temporisation de sa race, hésita quelque temps dans la réponse qu'il ferait à Skléros et retint indéfiniment Constantin sans lui donner les instructions que celui-ci réclamait. Probablement il voulait voir venir les événements. Le séjour forcé du prétendant dans Amida se prolongea donc assez pour qu'à Byzance on fût informé de la position très périlleuse oii il se trouvait en jdein pays ennemi. En réalité il était le prisonnier d'Adhoud Eddaulèh dont les lieutenants étaient les vrais maîtres dans toute cette région, depuis qu'Abou Taglib n'était plus, lui aussi, qu'un malheureux fugitif dépouillé de tout pouvoir. La joie fut grande au Palais Sacré, où on redoutait chaque jour un retour offensif de l'enragé Skléros. Mais on y comprit en même temps que tout danger n'avait pas disparu, car Skléros pourrait bien tenter de
ibn el-Mouff;indj ben el-Djerrah Ertliay, f.'Ouvfriii-iir de RainlOli, le 2 du luois dt- safar de l'an 3B9 de l'Hégire (29 août 979). Yoy. \viil, op. cil.. 111, p. 29.
(1) Op. cit.. p. 136.
(2) Yaliia dit iju'il promit « soiuiiissioii ■). Uni rl-Atliir dit qu'il promit «. aide, obéissance ci tribut annuel ».
438 LES JEU.XES AyXEES DE BASILE
se servir du Khalife ou de son maire du palais pour reprendre ses funestes entreprises. Bien plus encore, les hommes qui dirigeaient les affaires à Bagdad pourraient bien songer à se faire du prétendant fugitif le plus précieux des instruments contre la sécurité de l'empire. Il fallait à lout prix empêcher une alliance entre lui et le gouvernement du Khalife. Le vestis (1) Nicéphore Ouranos, un grand personnage qui devait être plus tard magistros, duc d'Antioche, et jouer un rôle fort important, fut expédié en hâte (2) en qualité d'ambassadeur à Bagdad.
On attachait au Palais Sacré un prix tel à mettre la main sur ce prétendant fugitif, demeuré si dangereux, qu'on remit à Xicéphore Ouranos des sommes considérables pour acheter au besoin le vizir Adhoud. L'ambassadeur était porteur de deux lettres impériales. L'une, certainement bullée d'or, était adressée au Khalife. Les basileis y représentaient au prince des croyants de quel mauvais exemple pour la cause des souverains serait la protection accordée par lui à un rebelle. Ils ajoutaient que cette cause des princes était commune, que ce serait agir contre eux tous que de se montrer favorable à ceux qui manquaient de foi à leur maître légitime. L'autre lettre, celle-ci jirobablement bullée seulement d'argent, était adressée par les basileis à Skléros et à ceux de ses partisans qui l'avaient suivi dans sa fuite. Les autocrators aimés de Dieu offraient à tous, chefs et soldats, grâce entière à la comlition qu'ils rentrassent en hâte en terre chrétienne, chacun se retirant dans sa demeure. Les basileis s'engageaient formellement à ce qu'il ne fût fait de mal à aucun.
[N'icéphore Ouranos avait ordre formel de se concilier Adhoud Eddaulèh, de le combler de dons et de marques de considération, de lui oifrir même la mise en liberté en masse des prisonniers sarrasins, si nombreux par toutes les provinces de l'empire. En revanche, l'ambassadeur devait également à tout prix olilenir qu'on lui livrât Skléros, dùt-il le racheter comme prisonnier de guerre, c'est-à-dire fort cher, lui et tous les siens.
Adhoud Eddaulèh était le maître véritable à Bagdad. En ces circon-
(1) Chambellan.
(2) Probablement seulement ilans le courant de l'année 980. Voy. Gfrœrer, oy. cit.. Il, p. 583.
ISARDAS SKLEROS IXTEUXE A BAGDAD 439
stances délicates, il se conduisit en parfait diplomate, sachant à merveille ménager les deux partis. D'abord l'ambassade de Nicéphore Ouranos sembla porter ses fruits. On vit en effet Skléros arrivera Bagdad avec tous les siens. Skylitzès, qui raconte fort exactement cette phase dernière de la rébellion du fameux capitaine, affirme que ce fut de sa propi-e volonté que le pnUendant fugitif se transyxirla de Mayyafarikin (1) dans la capitale des Khalifes. « Skléros, dit-il. dmil la jiosition à Maj-yafarikîn n'était rien moins que sûre, craignant d'être surpris par ses ennemis de toute espèce, acculé à une situation désespérée, a'eut bientôt plus d'autre parti que de se rendre à Bagdad. Sans attendre la permission du Khalife, il se mit en route avec environ trois cents cavaliers, tout ce qui lui restait de j)artisans. » Tel est le récit des Byzantins. Celui de Yabia, d'Ibn el-Athir, d'Elmacin, est plus détaillé et plus vraisemblable. Il en ressort avec évidence que ce ne fut point volontairement que Skléros vint à Bagdad. Vn ordre secret du Khalife ou plutôt de son vizir enjoignit au nouveau goviverneur d'Aniida, qu'Ibn el-Atbîr nomme Abou Aly Temimy ou le Temîmien, d'expédier le pn'tcndant et les siens dans la capitale, vraisemblablement sous escorte, comme de simples prisonniers. Il y avait longtemps qu'un [lersonnage grec de cette importance n'avait visité la mystérieuse cité des Khalifes, et celui-ci y arrivait en captif bien plus qu'en suppliant. Ceci se passait encore dans la quatrième année de la sédition de Skléros, donc encore dans le courant de l'an 979. Qu'il serait curieux de pou\(iir restituer cette étrange scène du x° siècle oriental : l'entrée du caj>itaine byzantin qui avait failli être basileus et de ses compagnons poudrnix dans la ville des 3Iillf' et une Nuits (2) !
Voici le récit d'Ibn el-Athir : « Et dans son àme, Adhoud Eddaulèh s'inclina vers les deux rois (3) et s'éloigna de la pensL'e de secourir Vard (4) et il écrivit à Abou Ali Temimy, alors son lieutenant dans le Diarbékir, lui urdunnant de saisir par ruse Vard et ses gens, ce qu'Abou
(1) Skylitzès imliiiiii' cette ville comme ayant servi de demeure provisoire au prétendant après son passage sur territoire sarrasin. Nous avons vu dans Yahia que ce séjour se lit surtout à Amida.
[il Etienne de Darùn, surnommé Acogli'ig, raconte tous ces faits d'une manière un peu différente. Voy. aussi Gfrœrer, op. cil.. II, pp. 380 sqq.
(3) Les deux basiieis.
[i) Bardas Skléros.
440 LES JEU. y ES ANNEES DE BASILE
Ali s'apprôla à faire, et les gens de Vard, assemblés autour de lui. lui dirent : « Les deux empereurs ont envoyé des ambassadeurs à Adhoud à notre sujet. Certainement à force d'argent et de promesses ils feront c|u'il nous livrera à eux. 11 vaut donc mieux pour nous de tenter de rentrer en terre chrétienne et de faire notre paix avec les empereurs, sinon d'y combattre un combat suprême et de vaincre ou mourir glorieusement. » Lui, aveuglé, leur répondit : k Nous n'avons reçu que du bien d' Adhoud. Nous ne pouvons le quitter sans nous être au préalable assurés de ses intentions. » Alors, beaucoup de ses gens le quittèrent. Et Abou Ali Teminiy lui demanda une entrevue, à laquelle il se rendit sans défiance. Là il les fit saisir, lui, son fils, son frère et tous ses nombreux serviteurs, et il les enferma à Mayyafarikin, d'oii il les expédia à Bagdad. Et ils restèrent en prison jusqu'à ce que Dieu les délivrât. Et Vard fut saisi en l'an 370 de l'Hégire (1). »
Quand le vizir fut assuré qu'Abnu Ali tenait en sa main son précieux prisonnier, fidèle à sa politique de bascule, il fit comme si les choses se fussent passées en dehors de lui, contre sa volonté. Il désavoua officiellement son lieutenant et lui fit en public les plus vifs reproches, lui exprimant même sa colère. Toutefois, sous prétexte d'éclairer sa religion et d'entendre les doléances des deux partis, il se fit, comme on l'a vu, expédier à Bagdad tous les prisonniers, au nombre de trois cents environ. A leur arrivée, il les logea dans un vaste palais qu'il avait fait évacuer et somptueusement aménager à l'orientale. Il assigna au prétendant une rente mensuelle considérable. D'autre part, il le faisait garder à vue. On lui interdisait toute sortie. Cependant Elmacin dit qu'il eut la liberté de se promener dans l'Ile du Tigre où il était relégué. Des gai'des veillaient jour et nuit à sa porte. Ce qui n'empêchait point Adhoud de lui affirmer à tout instant qu'il allait le faire mettre en liberté, même lui donner des troupes pour lui permettre de reprendre la lutte.
Cependant les mois s'écoulaient. Déjà l'an 980 et la première moitié de 981 s'étaient passés dans ces intrigues. Tandis qu'il endormait delà sorte les a|ipréhensions du prétendant, le rusé Bouiide expédiait aux
(1) 17 juillet 980 au 7 juillet 981.
COUVERTURE d'un superbe Evanijéludre dit Evangeliaire d'Echternach, consfrvè au Musée ducal de Gotha. — Les bas- reliefs d'or repoussé d'une fjrande finesse d'e^récution^ certainement sortis de la main d'un artiste byzantin, nous donnent aa-dessous d'eff}.gies de saints, celles fort curieuses de l'empereur d' Allematjne Othon ïll et de sa mère, l'impératrice régente Th''Opbano^ p.Ue de Romain // et de l'héophano.
KOlMIiClCTHC
HANAFIACAec
NCD AAAOVN .
MINIATURE d'un Evangéliaire Byzantin du XI"" Siècle conseri'é an couvent des Ibériens du AJont Athos. La Mort de la Vierge. Scène d'un grand caractère.
4t2 LES JEUX ES A.WEES DE BASILE
basileis (1) un de ses hommes de confiance, le cadi Abou Bekr Mohammed ibn el-Thayyb ol-Arbary, surnonuné anssi el-Baqalany (2). Ceci se passait dans le cours de l'année 371, qui correspond à la seconde moitié de l'année 981 et à la première moitié de l'année suivante. Le cadi devait faire savoir au Palais Sacré que Skiéros offrait au Khalife, en échange de l'aide que celui-ci lui prêterait pour rentrer en campagne, de lui restituer, aussitôt quil aiuail triomphé, toutes les forteresses si nombreuses enlevées depuis piu aux Arabes par les chrétiens, ce qui signifiait vraisemblablement lentes les belles conquêtes de >sicéphore Phocas et de Jean Tziraiscès en Cilicie, en Syrie et sur l'Euphrate. Skiéros estimait que l'empire d'Orient valait liien une concession aussi considérable et aussi impie.
L'envoyé du Khalife était, en conséquence, chargé de réclamer directement du Palais Sacré la restitution immédiate de toutes ces places de guerre avec tous leurs territoires. En échange, Skiéros, qui devait vraiment constituer un bien terrible épouvantait pour qu'à Bagdad on put l'estimer si cher, serait livré aux empereurs. Sinon Adhoud Eddaulèh annonçait son intention d'aider le jirélendant de toutes ses forces dans la lutte nouvelle qu'il engagerait pour s'emparer du trône. « Je l'enverrai avec de l'argent et une puissante armée contre toi », mandait le vizir au basilens Basile. Le cadi parvint sans trop de peine, semble-t-il, dans la Ville gardée de Dieu. Ibn el-Athir donne quelques détails curieux sur l'audience qui lui fut accordée au Palais Sacré. On lui intima l'ordre de baiser la terre en se prosternant devant les basileis. Il s'y refusa. On insista, affirmant (pi'il n'aurait d'audience qu'à cette condition. Rien ne put vaincre son obstination. Alors, par un subterfuge qui peint cette cour byzantine avant tnut désireuse de ménager les apparences, on disposa de telle sorte la porte de la salle de réception, on la fit si basse que l'envoyé du Khalife ne pouvait entrer qu'en courbant profondément la tête devant les basileis. Que fit le subtil ambassadeur? Compre-
(1) Yaliia ne mentionne jamais que le seul basileus Basile.
(2) « Fils de marchand d'huile ». Voy. Rosen, op. cit., note SO. Yuhia donne à ce personnage le nom dlbn Sakhr ou Ibn Sabra. Le baron Rosen n'hésite pas à voir dans ces deux noms une seule et même personne, malgré la très grande dillérencc entre Ibn Sahra et Ibn el- Raqalanj'. Pour lui, Ibn Sabra est un nom probablement mutilé.
AMBASSADE D' EL- UAQALANY 443
nantaussilôt à-Ia vue de cette porte le tour ([u'oului voulait jouer, conservant sa présence d'esprit, il m iliMui-tdur, entra à reculons et, seulement après avoir passé la porte, se releva et se retourna pour saluer les empereurs. « Le respect des Grecs envers lui, dit le chroniqueur sarrasin, s'en augmenta d'autant. » Ibn el-Athir, à supposer que ce récit quelque peu suspect soit exact (1), eût mieux fait de nous dire encore quelle l'ut la réponse du Palais Sacré aux nu\rrlures d'Adhoud Eddaulèh. 11 n'en souffle mot. Léon l'Africain (2) dit que Basile fit à l'envoyé sarrasin un accueil admirable et le pria de discuter publiquement avec ses théologiens. Quant à Yahia, il dit simplcinciil ipio le l)asileus répondit au cadi « qu'il ne tenait pas tant que cela à la jiossession de Skiéros et n'avait point peur de lui ». C'était la réponse la plus sage. En somme, l'ambassade d'El-Baqalany échoua complètement, semble-t-il.
Tout cela fit que les choses se gâtèrent vite à Bagdad. Nicéphore Ouranos, qui était venu avec l'ordre exprès de débarrasser l'empire de Skiéros, désespérant de se le faire livrer par Adhoud Eddaulèh, aurait cherché, paraît-il, à le faire empoisonner. Adhoud, mis au fait de ses intrigues (3), ne vnulaiit à aucun ]irix perdre un otage aussi précieux, furieux contre l'ambassadeur byzantin, le lit jeter à son tour dans les fers après l'avoir dépouillé de tout son argent, de ses bagages et l'avoir séparé de sa suite (4), ce qui n'empêcha pas le Musulman perfide de continuer à maintenir Skiéros dans la plus étroite captivité (o). Disons de suite, en anticipant sur les événements, que l'inlnrluiii'
(1) La nn'rae scène est racontée comme s'étant passée à la cour ilii Khalife de Cordoue Voy. Roseu, op. cit., note 80.
(2) Vita .Irabum. p. 255.
(3) Elmacin dit que ce fut Skiéros en personne qui dénonça Ouranos.
(i) Yahia (Rosen, op. cit.. p. 22) dit que l'infortuné Nicéphore Ouranos réussit plus tard, grâce à la connivence d'un Bédouin, à s'évader do sa prison et à regagner Constanlinople, où il put expliquer sa conduite et rentrer l'u grâce auprès de ses souverains.
51 La version d'Elmacin, quoli|ue peu dilTérente. semble moins acceptable. Suivant cet historien, le Khalife, accablé de toutes sortes de difficultés dans sa capitale comme dans les provinces, aurait été assez disposé à traiter avec les basileis et à leur livrer Skiéros. Mais celui-ci, ([ui n'ignorait pas quel serait son sort dès qu'il aurait remis le pied sur la terre romaine, et qui avait pris un certain empire sur l'esprit du faible souverain musulman, aurait eu l'adresse de lui persuader que Nicéphore Ouranos était venu surtout dans le but de le faire périr par le poison. L'ambassadeur grec aurait été en conséquence arrêté avant même son arrivée à Bagdad. Ou se saisit de ses dépêches et on y trouva la lettre impériale adressée au prétendant I Kn suite de quoi le malheureux envoyé aurait été enfermé dans une prison où il serait demeuré huit années. Elmacin raconte qu'on se défia alors aussi de Skiéros. On craignit
44i LES JEUNES ANNEES DE BASILE
prétendant et ses compagnons demeiirei-ent dans cette lamentable captivité plusieurs années encore, jusqu'au mois de décembre 986, donc plus de sept années en tout (1).
Nous retrouverons Bardas Skléros à ce moment et nous aurons à parler de lui longuement encore. Quant à son geôlier Adhoud Eddaulèh, après avoir guerroyé à Hamadan contre son propre frère Fakhr, il tomba malade et mourut le mardi 10 du mois de schoual de l'an 372 de l'Hégire (28 mars 983) (2 . Abou Taglib, d'autre part, avait été tué dès l'automne de 979, après diverses péripéties qui nous sont racontées par Yahia (3). Sa tète fut poi'tée au Khalife d'Egypte. .Michel Bourtzès, lui, après avoir abandonné la cnuse des empereurs pour celle de Skléros, puis trahi la confiance de celui-ci, avait fini par rentrer définitivement en grâce auprès des basileis. — En Asie Mineure, malgré le grand et immédiat apaisement qui avait été dans ces malheureuses provinces la conséquence delà défaite et de la fuite du prétendant, quelques résistances locales persistèrent, semble-t-il, un jiêu de temps encore, entretenues par des partisans du rebelle, trop compromis pour pouvoir rentrer en grâce. Xous sommes informés de ces faits jiar quelques lignes de Skylitzès qui disent exactement ceci : « Parmi les rebelles qui ne s'étaient point sauvés en terre musulmane avec Skléros, Léon le captif (probablement le protovestiaire, l'ancien généralissime impérial qui, pour racheter sa liberté, s'était vu, comme tant
à la cour du Khalife qu'il n'acceptât la grâce que lui offrait l'empereur et qu'il ne fit usage de sa liberté contre les Sarrasins. Il fut donc également rais en prison avec tous ses compagnons. Le Khalife, tout en tenant Nicéphore Ouranos dans les fers, ne voulut pas rompre une négociation qui se présentait avec tant d'avantages. Il envoya un ambassadeur à Constantinople pour se justifier de la détention de l'émissaire impérial et pour traiter de l'affaire du prétendant. Suit le récit de l'ambassade du cadi .Vbou Bekr el-Baqalany à Constantinople.
(Il Yahia (Rosen, op. cit., p. 141 dit à tort que leur captivité dura huit ans, « jusqu'au moment où Samsam Eddaulèh délivra son ordonnance les concernant ». « L'écrivain syrien se contredit ici, dit le baron Rosen (op. cit., note S21. Certes les pourparlers de Skléros avec Adhoud Eddaulèh et de ce dernier avec les empereurs durèrent longtemps, mais notre chroniqueur dit lui-même autre part (ibid., p. 21) que le prétendant fut mis en liberté dans le mois de cha'bàn de l'an 376 de l'Hégire, qui correspond au mois de décembre 986. Il y avait alors précisément huit années lunaires que Skléros avait été défait à Pankalia (24 mars 979), mais non point qu'il était devenu le prisonnier du Khalife. i>
Voyez sur Elraaoin la note 83 de l'ouvrage du baron Rosen. C'est ce chroniqueur qu'ont suivi Lebeau et Gfrœrer dans leurs récits de ces événements. Gfrœrer aussi admet deux ambassades byzantines successives.
^2; Voyez Rosen, op. cit., note 81.
(3) Ibid., pp. 14 et 13. — Voy. p. 436, note 3.
SOLMISSION DES D EHMEIiS l'AHTlSAXS DE SKLEROS 445
d'autres, forcé d'embrasser la cause du prétendant) et les deux fds du tVu duc Andronic Lydos (1), l'épiktès (2) Cliristophore et Bardas Moggos (3), s'étant saisis d'Armakourion, de Platia Petra (4) et d'autres châteaux fortifiés du tlième des Tliracésiens, tinrent bon dans ces places jusqu'à 1 Indiction huitième et ravagèrent les terres de l'empire en faisant de là de tous côtés des incursions. Ils ne cessèrent de se livrer à ces déjtrédations qu'ils n'eussent enfin obtenu du basilous une amnistie complète par l'entremise du patrice Nicéphore Parsakouténos. » C'était celui-là même qui jadis avait été un des partisans de Bardas Phocas révolté contre Jean Tzimiscès. Ce devait être un des hauts personnages du thème (5).
L'Indiction huitième va du 1" septembre 979 au 31 août 980, période qui correspond à la première partie de la captivité de Bardas Skléros à Bagdad, d'après les dates données par Elmacin. Le bouleversement causé par l'aifreuse révolte de Bardas Skléros avait donc duré largement quatre années, depuis le printemps de l'an 976 jusqu'à l'été de l'an 980. Pendant toute cette longue période, les malheureux thèmes d'Asie avaient été presque constamment en proie à la plus affreuse anarchie (6).
Les sources d'origine tant byzantine qu'arabe, i|ui imus fournissent des indications relativement assez nombreuses sur la première révolte de Bardas Skléros, durant les quatre pi'emières années du règne commun de Basile II et de Constantin IX, deviennent d'une pauvreté véritablement désespérante pour les années immédiatement consécutives, depuis la fin de l'an 980 jusqu'au printemps de l'an 986, époque de la première grande
(1) Andronic, ce fidèle partisan du prétendant, avait donc succombé.
(2) 'E-adv-tT,:, dit Du Cange, « qui urget opéras ».
(3) « L'enroué ».
(4) Littéralement : « La Roche Platea », ID.aT-îa -hpa, Latiim saj:us. M. Rarasay m'écrit qu'il n'est pas encore parvenu à identifier ces deux places fortes du thème des Tliracésiens, probablement situées vers l'extrémité orientale du thème.
(-.) Voy. p. 60.
(G) Une pièce de vers du poète contemporain Jean Géomètre, intitulée : Eï; tt,v twv "Po)- (lattiiv \ii/r,i : Sur la guerre (civile ) des Bomains (c'est-à-dire des Grecs), bien que le sujet n'en soit pas très clair, se rapporte certainement à la lutte terrible entre les deux Bardas. Voy. Wussiliewsky, Fragments russo-bi/zanliiis, p. 170. Voy. cette pièce de vers dans f'ramer, op. cit., t. IV, p. 274, et dans Miijne, op. cit., col. 910. La guerre fratricide des deux Bardas y est comparée à la lutte dos géants.
campagne contre les Bulgares. De ce qui se passa durant cette période de près de six années dans la capitale et dans les thèmes tant d'Occident que d'Orient, de la manière dont les jeunes basileis, leur ministre le parakimomène et leurs peuples vécurent, des éviMiements grands ou petits qui survinrent, nous ne savons rien ou pres(pu^ rien 1 Pour la partie européenne de l'empire, nous devinons toutefois, ainsi que nous le verrons plus loin, que la lutte contre les Bulgares et la dynastie nationale des Schischmanides avait commencé déjà et qu'elle se poursuivit obscurément durant ce long espace de temps, ensanglantant les provinces frontières de Thraceet de Macédoine, jusqu'à la Thessalie et la Grèce propre. Mais de ce qui se passa dans ces presque six années dans les thèmes d'Asie, nous ne savons pas un mot! L'histoire de l'empire de Roum est bien plus pauvre encore en documents ipie celle des monarchies de l'Europe occidentale pour cette époque déshéritée, encore si inconnue de la fin du x'^ siècle. Pour la capitale, pour toute cette période qui va de 980 à 986, nous n'avons connaissance que d'un unique fait de quelque importance, qui fut la démission forcée du patriarche Antoine, et encore ignorons-nous quelle fut la vraie raison de cet événement. Pour tout ce temps, Skylitzès, Cédrénus, Zonaras n'indiquent pas autre chose. Pour l'extérieur, nous n'avons uniquement, outre le conflit obscur avec la Bulgarie de l'ouest, que quelques incidents de la lutte qui se poursuivait en Italie entre les Byzantins et l'empereur Othon II et l'expédition de ce prince dans le sud de la Péninsule, expédition que nous connaissons par les seuls chroniqueurs occidentaux. Pour la Syrie enfin, nous avons par les historiens arabes quelques menus faits de l'éternelle guerre de frontière entre chrétiens et Sarrasins. Force nous est de nous contenter de ce maigre butin.
Je parlerai d'abonl dr la démission du patriarche, du moins du peu que nous en savons. Skylitzès et Cédrénus (1), immédiatement après avoir raconté les péripéties dernières de la sédition de Bardas Skléros, poursuivent en ces termes leur bref récit : « Le patriarche Antoine (III) de Stoudion 2^, qui s'était démis de sa charge à ri''poquc de la révolte du pré-
[1} II, p. 434.
(2) Autrement dit : « le Stoudite ».
DEMISSIO.X DU l'ATtllMiCIIE ANTOINE 447
Iciidant, vint à mourir. Nicolas Chrysobei'gios fut élu à sa place après que l'Eglise fui demeurée quatre ans et demi sans chef. » Une expression de la première de ces phrases prête du reste à quelque ambiguïté, et ces mots y.aTi -r^') -fyj l-/./.r,pjO 7.r.zz-y.-:iri |i('u\('nl signifier tout aussi bien : « à l'occasion " (pi' « à l'époque » de la sédition de Skléros. Certainement Skylitzès a ilù avoir ses raisons pour s'exprimer d'une manière aussi vague. Zonaras, de s<in côté, n'est pas ])Ius explicite et emploie les mêmes expressions mystéi'ieuses. « Après, dit-il, que le patriarche Antoine eut donné sa démission de sa charge, qu'il avait occupée durant six années, et après qu'il fut mort au bout de peu de temps et qu'en suite de cela le siège de Constantinople fut demeuré quatre ans et demi sans pasteur, Nicolas Chrysobergios fut élu patriarche. » On a vu qu'Antoine avait succédé à Basile le Scamandrien, déposé en 074. Si donc Zonaras dit vrai, comme cela paraît probable, sa démission a dû être donnée en 980 (1), vers l'époque même où Unit la révolte de Skléros, et Nicolas Chrysobergios n'aurait en conséquence été élevé qu'en 983 sur le trône patriarcal, demeuré si longtemps vacant. Mais pourquoi cette démission d'Antoine? La réponse à cette question se trouve très facilitée par l'examen des dates données par Zonaras. De même, elle dépend de la manière dont on interprétera l'expression de Skylitzès citée plus haut. La préposition grecque /.atâ signitîel-elle que le patriarche démissionna « à l'époque » ou seulement « à propos » de la sédition de Bardas Skléros? Disons de suite que, mènie si la
(1) Mais d'aulres sources nous disent que Nicolas Chrysobergios, élu après quatre ans et demi d'inli'nvgne, gouverna l'Eglise durant treize années et deux tiers (douze ans et huit mois, disent Skylitzès et Cédrénus.ll, p. 448) et qu'il mourut en l'an 385 de l'Hégire (5 février 9'jjau 2o janvier !t!16'i. Cela nous reporterait seulement à 982 ou 983 pour l'élection de Nicolas et à yîS au plus tard pour l'abdication et la mort d'Antoine. Ce sont les dates admises parLebeau. Je ne puis mieux faire que de résumer ici les diverses autres opinions. Si on suit Skylitzès, Cédrénus et Zonaras, ce que j'ai fait, on doit fixer la date de l'abdication et de la mort d'Antoine à 980. Gfrœrer suit Zonaras. Murait (pp. 563, 6, et 566, 3) indique août 978 avec un point d'interrogation (« pendant la sédition de .Skléros ») pour la date de l'abdication, et 982 pour celle de la mort et de l'élection de Nicolas Chrysobergios. Yahia, d'ordinaire si précis dans ses indications chronologiques, l'est beaucoup moins pour celles concernant les patriarches de Constantinople de cette époque. Voyez à ce sujet Rosen, op. cit., note 217, où sont longuement discutées ces questions obscures. Pour Yahia, Antoine, nommé patriarche dans la cinquième année du règne de Jean Tzimiscès (21 déc. 973 au 21 déc. 974), aurait régné seulement quatre ans et un mois. Nicolas (Miry.sobergios lui aurait succédé dès la quatrième année du règne de Basile, c'est-à-dire entre le 1 1 janvier 979 et le 11 janvier 980. Voy. encore Pagi cul Bar., et Oricns clirislianus, t. 1, p. 256. Le patriarche Cédéon, op. cit., p. 310, place l'abdication d'Antoine en l'an 980, l'élection de son successmir Nicolas en 984.
première de ces interprétations venait à être seule admise, il n'en demeurerait pas moins à peu près acquis que la révolte du prétendant d'Asie a dû être, d'une manière ou d'une autre, la cause vraie de la chute du patriarche Antoine.
Gfrœrer (1), avec son imagination ingénieuse et ardente, n'a pas hésité à interpréter dans ce sens la phrase, semble-t-il, volontairement ambiguë de Skylitzès. Il a échafaudé sur ces quatre mots une théorie assez séduisante, que je vais brièvement exposer, lui en laissant toute la responsabilité : « Les termes singuliers, dit-il, dans lesquels Skylitzès, immédiatement après avoir raconté les dernières péripéties de la révolte de Bardas Skléros, note l'abdication et la mort d'Antoine le Stoudite et l'élection tardive de son successeur, nirrileiit toute l'aUentinn de l'historien. L'écrivain byzantin prend ici un Ion d'oracle étrange, déguisant de propos délibéré sa pensée. On se rend bien compte qu'il place aux environs immédiats de l'an 980 la mort d'Antoine. Mais sur l'importante question de l'époque précise de son abdication, il ne dit rien. Enfin, pour ce qui concerne les circonstances de cette abdication, sa phrase à double entente, qui peut signifier aussi bien que cette décision du patriarche fut prise « à l'époque de la révolte de Skléros », ou au contraire qu'elle eut lieu « à propos de cet événement ». demeure un chef-d'œuvre d'obscurité byzantine voulue. Zonaras n'est pas plus explicite sur les motifs de cet acte. Mais au moins "cet historien fait faire un grand pas à la question en nous fournissant des dates précises qui, pour moi, sont la clé de ce mystère. ?sous apprenons par lui d'une manière formelle que les six ans de patriarcat d'Antoine prirent fin par son abdication dans cette même année 1180 qui vit également sa mort et l'écrasement de Skléros.
II. Il ressort en même temps avec évidence des révélations presque involontaires de Skylitzès que cette démission d'Antoine a dû se rattacher par un lien commun quelconque à l'entreprise de Skléros et à la fin malheureuse de cette guerre civile. Quel fut ce lien? Je crois (jn'ou peut l'épondre à cette question presque avec certitude. Il y avait bien pour lors, en effet, trois ou quatre âges d'homme que le haut clergé de l'cnqiire
(1") 0/>. cit.. Il, pp. 584-588 et 590-592.