MOTIFS DE CETTE DÉMI.'^SIO.X
grec ne cessait de faiiv les [iliis f;lun('ii.\-, les j.lus persévérants efforts pour reconquérir les liliert(''s de l'Église et assurer en même temps à l'État les garanties d'un gouvernement hon, honnête et juste. « Ces luttes, dt-jà presque séculaires, ir('laiiMil pas dcnHMin'es stériles et ce système avait Uni par pri'valoir comme le meilleur de placer aux côtés des héritiers di- la maison de Macédoine, la plupart mineurs ou peu aptes à régner seuls, des co-empereurs qui, de leur cùU'-, s'étaient constamment efforcés de s'appuyer sur le patriarche, chef du clergé. Jamais semblable alliance (le CCS di'iix grands |)ou\(iirs n'avail somtili' jilus indisj)ensai)lc qu'au mois de janvier de l'an ".ITtl, Idcsiju à la mort de Jean Tzimiscès les deux tlls mineurs de Romain II se trouvèrent de fail seuls maîtres de l'empii'c, sous la tutelle officieuse du ]) a r a k i m o m è n e demeuré' dans la coulisse.
« Aussitôt le haut clergé, comme chaque fois auparavant dans les mêmes circonstances, s'occupa de chercher le co-empereur indispensable, et le patriarche, fidèle à ce qu'il estimait son devoir, croyant trouver cet instrument précieux dans la personne de Bardas Skléros, ne dut probablement pas hésiter à prendre énergiquement parti pour celui-ci. Certainement même il n'agit ainsi que })arce qu'il s'y crut légalement autorisé. On retrouve, on le sait, dans les (•lnniii(pn'urs la trace de ce l'ail, i|uc Jean Tzimiscès moura^il a^ait di'signé de son lit de mort son beau-fi'ère Bardas Skh'ros pour le remplacer en (|ualili' <l(> tuteur ou plut('d de co-enipereiuauprès des jeunes basilcis. Je ^ois dans la décision prise par le patriarche d'appuyer Bardas Skléros un nouvel argument en faveur de celle opinion. La longue dun'e de la ré'volte de ce prétendant, la résistance opiniàlre opposi'e pai- lin duraiil Irois années et plus à tous les efforts du gouvernemenl ceniral. s'expliipM'raient-ellcs si l'on n'admettait point qu'il dut com]>l(>r des adl^'i-enis uiuiilireux dans les classes les jdus puis-
SCEAU ou BL'LLE DE PLOMB dan Iwjoumène da crii'bri' rouvenl de Saint Jean de Stoadion à Constantinople. Sceau, da X' ouX[' Siècle. Buste de Saint Jean i Evangéliste oa le Prodrome. — {Musée de la Société Archéologique d Athènes.)
santés de la société ? 11 finit par succomber, et cela en grande partie parce que le clan puissant des Phocas mit du côté de la couronne tout le poids de ses grandes influences d'ordre moral et matériel en Asie. A peine fut-il terrassé que le parti de la cour s'en prit à ses plus considérables alliés. Force fut alors au patriarche Antoine d'abdiquer. Ce prélat mourut du reste presque aussitôt après. Cette victoire complète de la cour fut l'oeuvre, non point encore du jeune empereur Basile, mais bien du parakimomène, tout-puissant à la tète des affaires. Toutefois son triomphe ne fut pas entièrement complet. Les deux chroniqueurs cités plus haut s'accordent sur ce point qu'à partir de l'abdication du patriarche, c'est-à-dire à partir de l'an 980, le siège de Constantinople demeura vacant quatre années et demie. Certes, si l'eunuque, et avec lui le parti de la cour, eussent eu les mains entièrement libres, pareil fait n'eût pu se produire, car l'intérêt évident des basileis aimés de Dieu comme de celui qui gouvernait en leur nom était de placer au plus vite à la tête du clergé de l'empire un homme à leur dévotion. Certainement ce long interrègne se prolongea si étrangement et si déplorablement pour cette cause principale, que les chefs actuels du clergé qui, par suite de l'accord signé dix ans auparavant entre la couronne et le patriarche Polyeucte, avaient conquis le droit de dire le dernier mot dans ces questions capitales, maintinrent inébranlablement leurs privilèges, malgré tous les efforts de l'eunuque, parce que, dis-je, ces hommes demeurés fidèles à la direction politique inaugurée et soutenue par le défunt patriarche, refusèrent leur concours au parti de la cour, en repoussant successivement tous les candidats présentés par le parakimomène, tandis que lui en faisait de même pour ceux présentés par eux.
« >»'ous arriverons à plus de lumière encore en examinant ce qui se passa durant ces quatre années et demie, et aussi ce qui survint après. Malheureusement, nos guides ordinaires, Skylitzès, Cédrénus et Zonaras, nous font ici défaut. Tous trois, aussitôt après avoir raconté la démission du patriarche en l'an 980, passent au récit de la première expédition du basileus en Bulgarie, puis à celui de la révolte de Bardas Phocas. Or Skylitzès dit expressément que celle-ci éclata le lo août 987. D'autre part, nous venonsque cette sédition nouvelle se rattache intime-
lyTEliHEGNH AU l'AT Hl AHCAT Al'RÈS LA DÉMISSIOX DA.XTOl\E 451
ment par ses origines à la première guerre bulgare, qui en précéda immédiatement l'expldsion. Cette première guerre ne peut donc certainement se placer que peu avant cette année 987 et il est encore d'autres arguments décisifs qui viendront confirmer l'exactitude de cette date. Il résulte de tout ceci que les trois annalistes cités plus haut ont purement et simplement passé sous silence une période de six années de l'histoire de l'empire byzantin.
« Du moment que nous acceptons les dates de Zonaras, nous devons admettre que Nicolas Chrysobergios n'a pu être élu patriarche avant le mois d'août 984 au plus tôt. Or, nous allons le voir en faisant le récit des événements survenus en Italie durant cette période, cette date concorde exactement avec celle du retour victorieux à Rome du pape Boniface, le protégé de Byzance, après dix ans d'exil. Appuyé sur le parti grec dans la Ville éternelle, celui-ci triompha de Jean XIV, qu'il fit emprisonner au château Saint-Ange et tuer le 20 août 984. Ces événements furent la suite de la terrible anarchie dans laquelle était tombé l'empire allemand après la mort d'Othon II, survenue le 7 décembre 983, anarchie dont l'empire d'Orient profita pour reprendre l'offensive en Italie. Certainement Boniface, qui, grâce à l'impossibilité où l'Allemagne se trouvait de l'attaquer, parvint à se maintenir sur le trône jusqu'au milieu de l'an suivant, dut être reconnu et ouvertement soutenu par la cour de Constantinople. Il n'aurait pu subsister sans cet appui. Mais comment se fait-il que les partis à Constantinople, la cour d'une part, les évêques de l'autre, n'aient ])u se mettre d'accord sur le choix d'un nouveau patriarche qu'alors que le trône de saint Pierre se trouva de nouveau occupé par un pape dévoué au basileus ? Il est à cette question une seule réponse plausible. Les chefs du clergé et du parti catholique dans l'empire d'Orient, ceux-là mêmes qui avaient jusque-là contre-balancé le pouvoir de la cour, durent dire à peu près ceci : « Que le basileus propose tel candidat qui lui plaira, nous sommes décidés à ne reconnaître pour patriarche que celui des candidats (jui reconnaîtra la suprématie du pape de Rome. » La cour, de son côté, qui jusque-là avait repoussé ces prétentions, cessa de leur opposer son veto du moment que le pape fut devenu une simple créature de l'empire de Constantinople et que le basileus
put croire qu'il avait rélahli son entière autorité sur la papauté. Je me sers avec intention de cette ibrmule, car toute cette aventure de Boniface à Rome ne fut en réalité qu'une vainc illnsinn, que les événements se chargèrent bien vite de détruire à nouveau.
« Depuis les temps déjà lointains de Théodore le Stoudite, tous ceux qui avaient combattu à Constantinople pour les libertés de l'Eglise orthodoxe avaient compris la nécessité de reconnaître la suprématie religieuse des successeurs de saint Pierre. C'était, pour ces pieux lutteurs, la seule arme à opposer à l'omnipotence civile des successeurs de Justinien. Qui donc admettra que dans ces circonstances présentes si périlleuses pour l'Eglise, alors que de nouveaux plans redoutables se forgeaient chaque jour contre ses libertés, les chefs du clergé oriental aient pu négliger à ce point cette ancre de salut? D'autres événements postérieurs, qui vont être bientôt racontés, témoignent d'une manière irréfutable que les tils spirituels de Théodore le Stoudite demeurèrent, cette fois comme jadis, dignes de leurs illustres devanciers, fidèles à leurs vieilles traditions d'inébranlable énergie. »
Ainsi donc, ce vertueux patriarche Antoine, ce prélat plein de douceur, dont l'avènement avait été salué par tant de joie et d'espérances, se vit forcé d'abdiquer, pour des raisons que nous ne pouvons que deviner, et mourut en disgrâce. L'éloge de son beau caractère nous a été transmis par Léon Diacre (1). Nous possédons un autre panégyrique de lui, dû à la plume d'un de ses contemporains les plus remarquables, l'éloquent évêque de Chona-. Ce texte nous a été conservé dans un fragment de manuscrit retrouvé à la bibliothèque du couvent de Patmos, une des seules bibliothèques conventuelles byzantines qui aient partiellement échappé aux malheurs des temps (2).
Des actes de l'administration religieuse de ce saint prélat durant ses six années de pontificat nous ne savons presque rien. Nous avons vu que son syncelle, le métropolite Stéphanos de Nicomédie, prêtre érudit et sage (3), envoyé en ambassade auprès de Bardas Skiéros, ne réussit pas à pacifier
(1) Voy. p. 263.
(2) Gédéon, op. cit., p. 313.
(3) Même versé dans la science astronomique. Ibid., p. 311, note 342.