INCURSIONS DES ARABES DE SICILE
traire, copiant Ibn Gheddali, écrivain du xn* siècle, fait débarquer, cette fois, lémir de Sicile aux <.'. Tours » (1). De là, l'armée sarrasine, descendue dans le val du Crali, y fil un immonso butin de bœufs et de moutons. Mais sa marche s'en trouva si embarrassée q n'A bon' 1- Kassem ordonna d'égorger cet iniinnilu'able bétail. i< Le lieu de cette colossale hécatombe, dit le chroniqueur, en a gardé jusqu'à aujourd'hui le nom de Monakh-el-lJakar », comme qui dirait « la Halte du Bétail » (2).
Les Arabes, poussant toujours plus Idin leurs partis à travers la Basilicate, la terre d'Otrante, la Pouille et la Capitanate, osèrent ensuite paraître devant Tarente, la plus puissante forteresse byzantine sur ces rivages.
Les habitants, éperdus, profitèrent de la nuit pour se sauver, laissant les portes fermées pour tromper leurs adversaires et les retenir. Ceux-ci. croyant donner l'assaut, escaladèrent les remparts et seulement alors s'aperçurent que la ville était déserte. Tarente, bien déchue de jadis, fut incendiée et dévastée par ordre de l'émir. Il semble que ce fut là le sort de la ville,
RELIQUAIRE BYZANTIN d'argent en forme dé^jUse, contenant le chef de saint Anastase. — Trésor de la Cathédrale d'Aix-la-Chaoetle.
(1) « Abrûgia. » Il n"est pas possible d'ideiililior colle localitr.
(2) 0 Serail-ce Vaccarizzo dans la Calabro cilérieure, non loin de Rossano? i dil .\niari, op. cit., II, p. 313, note 3. « Mais, ajouli" cet hislorien, il y a aussi Bova, Bovino cl bien d'autres noms encore do signification identique. » — Kr. Lonormant penche pour Vaccarizzo.
462 LES JEL'XES A.yXÉES DE BASILE
mais que la citadelle demeura aux mains des Grecs. Ce n'en fut pas moins un cruel affront pour les armes byzantines.
Poursuivant plus avant sa course dévastatrice, l'armée pillarde, marchant toujours vers l'est, atteignit Otrante. Abou'l-Kassem assaillit encore d'autres cités murées dont nous ignorons les noms. Nous savons seulement qu'Oria, dans la terre d'Otrante, et la lointaine Bovino, dans la Capitanate. furent toutes deux brûlées par ces enragés coureurs de routes. Le menu peuple d'Oria fut envoyé en esclavage en Sicile. La dernière ville attaquée paraît avoir été Gallipoli (1). Elle paya rançon et l'armée victorieuse reprit le chemin du retour, chargée de butin, chassant devant elle un peuple de captifs, se vantant d'avoir entièrement dévasté une étendue de territoire au moins égale à celle qui constitue aujourd hui le royaume de Naples.
Les sources (2) mentioauent encore deux expéditions d' Abou'l-Kassem en terre ferme italienne entre 978 et 981, année où Othon II parut en Calabrc, mais sans nous en donner le détail. Cependant la précieuse C^/'o^/^i/e grecque découverte au Vatican par l'abbé Cozza-Luzi note pour l'année 977-978 la prise par les Sari'asins de Giacca et pour l'année suivante celle de San Xicone. Ce durent être toujours les mêmes razzias, aussi subites que terriblement cruelles pour les misérables habitants exposés sans défense à de telles atrocités.
La ]'ie manuscrite de saint X// vient ici d'une curieuse façon nous apporter son témoignage sur les belles qualités de cet émir Abou'l- Kassem de Sicile dont je viens de raconter les sanglants exploits. Remontons avant tout de quelipie peu dans l'histoire de ces temps douloureux, car c'est le moment de parler avec quelque détail de ce li^re qui, en racontant, avec une très légère pointe de surnaturel, les faits et gestes d'un des plus grands saints byzantins d'Italie au x= siècle, nous initie si curieusement au genre de vie, aux mœurs, aux coutumes de ces pauvres populations chrétieimes et de leurs éternels agresseurs musulmans. J'ai longuement insisté, dans le volume consacré à Xicéphore Phocas, sur l'importance historique de cette biographie du fameux saint italien écrite vers
(1) C'est du moins ainsi quAiuari a lu le dernier nom qui figure dans Ibn cl-Atliir.
(2) Amari. op. cit.. II. p. 316.