‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 62 sur 99 · VIE DE SAINT XIL · texte numérisé non relu

VIE DE SAINT XIL

les premières années du xi" siècle, peut-être seulement vers 1030 ou 1040, par saint Barthélémy (1), son compagnon et son disciple. Je ne reviendrai pas sur tout ce que j'en ai dit. >'é dans la ville de Rossano, vers les premières années du x' siècle, en 'JIO probablement (2), saint Xil devait atteindre l'âge le plus avancé et mourir seulement le 26 septembre de l'an lOOo. La lecture de cette vie presque centenaire est le plus précieux document pour l'histoire de la Calabre durant le x° siècle. La sainteté, la [liété ardente, les vertus héroïques de Nil furent comme la lumière brillante traversant les ténèbres de cette époque terrible.

« Saint Nil le Jeune (3), dit son biographe, appartenait à une des premières familles grecques de Rossano. Dès son enfance, il montra la plus grande ferveur religieuse. 11 reçut l'éducation la plus soignée. 11 étudia les saints Pères de l'Eglise, saint Antoine, saint Saba, saint llarion, une foule d'autres, et cependant ni les facultés de l'espril ni les livres ne lui eussent fait défaut pour s'instruire plutôt dans la science de la nécromancie s'il l'eût voulu. » Sa jeunesse s'écoula dans sa ville natale, cette forte place de l'abrupte côte de Calabre, alors une des plus importantes cités byzantines d'Italie et un des principaux centres littéraires et intellectuels de la péninsule, qui devait à la protection spéciale de sa patronne, la toute-puissante Théotokos, de n'avoir jamais encore été prise par les Sarrasins. Sitôt, en effet, que ceux-ci, dans leurs incursions de pillage, s'apprêtaient à emporter d'assaut les min-ailles de sa ville privilégiée, on raconte que la divine Panagia, surgissant au plus haut de la cité, lumineuse, vêtue de pourpre, une torche dans chaque main, se précipitait sur les noirs guerriers du Maghreb, et les jetait au bas des l'emparts. Aujourd'hui encore, l'Image miraculeuse de Marie, qui alors protégeait la cité, une de ces Images « non peintes de la main des hommes », mais descendues du ciel, si chères aux Byzantins du x° siècle, fameuse dans l'Italie entière, est demeurée l'objet d'un culte passionné de la part des descendants de ceux qu'elle préserva si souvent jadis de la fuixîur des fils de.MohanHiicil. Elle se trouve conservée dans la cathédrale de Rossano,

tl) Voy. Minasi, op. cit.. p. (j île la Préface et .Innol. 2. p. 21)2.

(2) Minasi, op. cit., p. 127.

(3) .\insi noiiiraé pour le distinguer du pioniiei- suint Nil, ancien préfet de Conslantinople sous Théodose l".

édifice vénérable qui possède dans ses archives le fameux évangéliaire de ce nom, du vi° siècle, écrit en belles lettres d'argent sur vélin de pourpre, orné de douze insignes miniatures d'un dessin encore tout antique.

Devenue noire de vétusté, recouverte d'un revêtement d'argent repoussé à la mode byzantine, la sainte Icône est trop mal exposée pour qu'il soit possible d'affirmer que c'est bien celle qui existait au temps de saint Nil (1). Parfois, presque de nos jours encore, par un prodige étrange, l'Image, au dire des dévots, se détachant du fond de sa niche, est venue se montrer à son peuple à travers le cristal qui la ferme par devant. Le 26 novembre 1841, elle se serait maintenue dans cette posture soixante-douze heures durant.

Saint Nil se fit remarquer dès son enfance pour la sagacité de son esprit, l'exquise urbanité de ses formes. Il mena d'abord auprès de ses parents, puis de sa sceur, la vie la plus calme, étudiant et travaillant, s' abstenant des réunions joyeuses qui se tenaient dans les demeures de primats et d'archontes, « ne se livrant à aucune recherche impie de sortilèges, d'exorcismes ou d'incantations ». Toutefois il ne put échapper complètement aux tentations d'un siècle mauvais et de son ardente nature. 11 eut ses années de jeunesse orageuse, aima une enfant du peuple et en eut une fille naturelle. « Rossano est une ville si pleine de pièges pour la vertu d'un jeune homme ! » s'écrie son pieux biographe. Dieu, pour le faire se repentir, lui envoya une grave maladie qui le fit songer à la mort. Il avait trente ans. Un beau jour, il vendit tous ses biens, quitta ce monde de perversité, et, résolu à se consacrer à Dieu, partit sans prendre congé de sa maîtresse, ni de l'enfant qu'elle avait eue de lui, chantant le psaume : « Viatn mandatorum tuorum cticurri, cum dilatasti cor meum ». Puis il courut prononcer ses vœux et « cacher la fleur de sa jeunesse » dans un des monastères de la région de Mercure.

Parmi les congrégations basiliennes qui, à la suite du grand exode en Italie des moines chassés d'Orient par la persécution iconomaque,

(i) M. Diehl [L'Art Byzantin dans l'Italie méridionale, p. 1891 dit qu'il a pu examiner rieone d'assez près et que ce n'est autre chose qu'un fragment de fresque transporté dans la basilique avec la pierre sur laquelle elle avait été tracée. — Dans cette ville de Rossano. qui fut la plus formidable citadelle de l'Italie byzantine, M. Diehl, après une exploration minutieuse, n'a trouvé à signaler qu'un seul monument vraiment intéressant de cette époque, c'est la petite église de San Marco, construite au x' siècle. Ibid., p. 190.

BAS-HELIEF BYXAXTiy sur pierre lilhugnipliiiiuc, ouirage du X"" ou, du XI"" Siècle, conservé au trésor de la Cathédrale de Tolède. — Les douze fêtes de Notre Seigneur.

4G(i LES JEiWES A.XNEES DE BASILE

s't'taieiit l'Il'Vûos de toutes parts dans les thèmes italiens et avaient valu à cette portion méridionale de la péninsule cette éclatante renaissance byzantine des vni' et ix' siècles, un [leu mieux connue aujourd'hui grâce aux l'crits de Zampélios surtout (l!,un des plus fameux à celte époque où >'il allait se vouer à Dieu était la vaste agglomération monacale de la région de Mercure, très voisine des deux antiques cités de Metauria et de Tauriana. Cette région, qui devait certainement son nom à quelque ancien temple du Messager des Dieux, est représentée aujourd'hui encore par le village de San Mercurio. On y aperçoit quelques traces de constructions antiques, mais plus aucun vestige des couvents basiliens du x° siècle (2) .

« Là Ml. (lit son ihr(iiii(iui'iu', vit ces hminnes célestes et admirables qui avaient nom le grand Jean et le très illustre Fantin et Zaccarias l'Angélique (3) et tous les autres moines aussi merveilleux dans l'art de travailler (4) que dans celui de discourir, appliqué's aux saintes lettres autant qu'à la louange de Dieu. Stupéfait de leur aspect et de leur humble attitude, il versa d'abondantes larmes et se sentit enflammé du zèle divin. Les pieux moines le reçurent dans leur congrégation. Mais le gouvernement civil, ijui voyait avec colère cette désertion immense, chaque ji>ur plus grande, de la vie civile active pour la vie plus paisible et plus abritée des cloîtres, résolut de faire un exemple {a). Un malin les moines de Mercure reçurent du gouverneur de la jirovince, certainement le stratigos du thème de (Jalabre, une lettre conçue en termes violents menaçant de faire saisir

(1) Voyez sur l'oxlcnsion du monachismc grec en ludw. |i,irticulii>rement dans la Terre d'Otrante : Gli slitdi slorici in Terra d'Olranto. de E. Aar, pp. 145 sqq. (liste des communautés basiliennes) et notes des pages 174 et 175. Voy. aussi larticle de M. J. Gay, paru dans le t. IV de la B'jzanlinische Zeilschrifl sous le titre : Note sur la conservation du rite grec dans la Cataire et dans ta Terre d'Otrante au xiv= siècle Jlistes de monastères basiliens]. Voy. encore des listes de monastères basiliens de l'Italie méridionale dans BatilTol. op. cit.. pp. 105 sqq., puis l'excellent ouvrage de M. Ch. Diehl sur l'Art bijzanlin dans l'Italie méridionale. Voy. entre autres au chapitre II. p. 112. l'énumération des couvents basiliens établis dans la région de Tarente. parmi lesquels le plus célèbre dès le x» siècle fut le monastère impérial de Saint-Pierre-en-lIle — in insula pana Tarenti. comme disent les documents — objet constant de la sollicitude des stratigoi et des catépa'.os d'Italie.

(2) Minasi. op. cit.. pp. 266, 267.

(3) Certainement les higoumènes des monastères de Mercure.

(4) A l'égal de leurs grands amis occidentaux les Bénédictins, les Basiliens se livraient aux travaux de la terre.

(5) Peut-être bien aussi Nil se trouvait-il poursuivi sur la plainte de la femun' dont il avait eu un enfant.

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