‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 64 sur 99 · VIE DE SAIXT NIL · texte numérisé non relu

VIE DE SAIXT NIL

monastère près du Mont Cassin, les moines, durant qu'ils étaient h leui' repas, prenaient plaisir à entendre de la musiipie. î\il appela sur eux les châtiments célestes. Un jour, dans un de leurs voyages, son propre neveu, devenu son disciple, ayant bu de l'eau d'une fontaine dans le calice conventuel qui avait été confié à sa garde, Nil en conçut contre lui une haine si violente qu'il ne lui adressa plus jamais la parole. Le malheureux en tomba malade et mourut sans que le saint se laissât flé-

MINIATURE d'an manuscrit bijianiin du XI"" Siècle de la Bibliothèque Nationale laïuv des champs. Cultiiafears et vignerons.

Tra-

chir. Sur bien des points, ce grand ascète n'était, quant à la moralité, que le fils de son siècle. Que devenait en effet son désintéressement de tout ce qui est terrestre dès qu'il s'agissait des intérêts de sa caste, des intérêts de ses moines? « Il ne faut pas s'occuper de défendre la Calabre », dit-il à Euphraxios, et en même temps lui-même cède à la colère de Dieu et s'enfuit au loin avec ses moines pour éviter tout mal. « Il ne faut pas délivrer les prisonniers », dit-il à l'archevêque Vlattos, et quand trois de ses religieux tombent aux mains des infidèles, il s'empresse de rassembler de l'or et de l'expédier en Sicile pour les racheter. Certains principes mis en pratique par lui sont aussi loin de l'Evangile qu'il était loin luimême d'un chrétien du temps des Apùlres. Il n'échappa pas à la jalousie des intérêts d'ordre moral et à l'exploitation de ces sentiments. Un Longobard surpris en llagrant délit de vol d'un cheval de la communauté est amené devant lui. Il le laisse s'en aller librement malgré les nuirmures

ai LES JECXES AS.XEES DE BASILE

des frères et lui l'ail même cadeau du cheval vnli" avrc la sclir el la hride, uniquement pour exécuter à son tour un des actes des apôtres. Ce n'était donc pas du bien fait par amour du hion on lui-même, mais unicpiement par esprit d'imitation. Parfois, en lisant celle vie par tant de points admirable, on songe involontairement à la casuistique de saint Thomas d'Aquin ou même au catéchisme jéstiitique sur la morale. On demande au saint s'il faut observer le carême et ne jias travailler le samedi; il répond : « Oui et non ; non. pour ne jias imiter les Manichéens et les Juifs; oui, poiu' pouvoir aborder dignement le saini jinir du dimanche «.Pour lui. tout ce qui se fait au nom de Dieu ne saurait être l'objet d'un blâme, serait-ce même un meurtre. Mais où éclate surtout l'influence du milieu et du siècle mauvais sur le saint homme, c'est dans les procédés dont il use pour sauver les âmes. Dans cet ordre d'idées, tout lui est bon. A ses côtés saint Sléphanos travaillait égalenienl à son salul. X'avaiil pas les mêmes connaissances dans la discipline ascéliquc, il suivait en tout les conseils de son illustre compagnon. Saint Nil s'etforça longuement de lui enseigner l'Ecriture Sainte et les prières, mais comme il était mal doué, il ne pouvait saisir cet enseignement et ne faisait aucun progrès. Alors ^>'il crut devoir user de la violence. Il injuria son élève et le battit constamment. Un jour il lui demanda quelles étaient les pensées qui agitaient son àme. « Aucune, répondit l'autre, je veux seulement dormir. » Alors Nil imagina de fabriquer une chaise muuii' d un seul }iied, sur laquelle il fit asseoir Stéphanos avec ordre de ne pas bouger. Lui, s'endormant, tombait et se blessait grièvement. Jusque dans l'extrême vieillesse, Nil, ]>ar amour pour l'âme de ce pauvre diable, ne cessa de le nibler de coups dr })oing. Parfois, dui'ant qu'on célébrait la messe, des ronflements partaient d'un coin de l'église. « Cestpoursùr Stéphanos, disait saint-Nil: jetez-le à la porte. >> Souvent il le chassait de table parce (pi'il avait commis quelque peccadille. Le pauvre moine était le bouc émissaire ducouvenl. On le chargeait de tous les travaux les ]dus pénibles. Toujours c'était lui qui élail tancé, comme si tout élail de ^a i'aule. Il n'eut trêve ni repos sa vie durant. Malgré cela, ou i)lutôl à cause de cela, comme le dit le biographe de saint Nil, Stéphanos réalisa dans son ceuvre d'humilité des prodiges tels, que Nil lui donna le glorieux surnom d'< Athlète ». 11 obéissait à lous les

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