VIE DE SAINT NIE
dia pour la giU'iTf' coiilro les Sarrasins de Sicile. La Vie du saint nous donne pour une époque un peu antérieure un autre témoignage de la vénération extraordinaire dans laquelle toutes les classes de la société tenaient à ce moment déjà l'illustre religieux :
Un jour que Nil se trouvait malade, on vit arriver pour le visiter le métropolitain de Reggio , Théophylacte (on sait que ce prélat, le plus
MINIATURE d'un manuscrit by^itntin (lu XI"" oa du XII"" Siècle de la Bibliothcqae Nationale, contenant des discours de saint Grégoire de Nazianze. — Grégoire en habits pontificaux. A sa droite, son père, évéïjue de Nazianze avant lai. A sa gaache, des bourgeois coites la plupart d'un vaste bonnet blanc.
important de l'Italie byzantine, portait le titre officiel de métropolitain de Calabre), et avec lui le domestique Léon, homme prudent et vertueux, le protospathaire Nicolas, d'autres grands personnages enfin très sages et très discrets, des prêtres, des primats, une foule de peuple. Ce Léon et ce Nicolas étaient certainement de hauts officiers de l'armée byzantine en Italie, dont le chef suprême était Nicéphore (1). Ils venaient attirés par le
(1) Voici comiiiiTil l'r. Lenoniiant a reprculuil co ivril .'ii l'ulli-nuit olrangoineiit [Grande Orèce. t. I, p. 353) : « En 976. Basilo II <•( Constanlin, à loin- aviiirment au troiio, envoyèrent le doracstikos Léon et le prolospalUain' Nicolas en mission extraordinaire, pour régler les
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désir (le connaître le fanienx religieux, « moins curieux, remarque son biographe, de s'édifier de ses discours que d'apprendre jusqu'où allait l'étendue de son savoir ». Nil s'en aperçut. Après les politesses d'usage, après que tous ces grands personnages se furent assis autour de lui, il présenta à Léon, pour que celui-ci en donnât lecture, un livre où se trouvaient cités, à propos des faits et gestes de saint Syméon dit du Mont des Miracles, divers passages touchant le petit nombre des élus. Comme on se récriait, trouvant ces maximes infiniment trop sévères, Nil soutint qu'elles étaient conformes aux ]irincipes de l'Évangile et des Pères. « Elles vous paraissent eiTrayantes, dit-il, parce qu'elles sont la condamnation de votre conduite. Si vOus ne vivez saintement, vous ne pourrez échapper aux châtiments éternels. » Ceci ne laissa pas (jue d'impressionner vivement les assistants. Tous répétèrent à la fois : « Malheur à nous, misérables pécheurs », et se mirent à poser des questions à Nil. L'un, pour l'embarrasser, lui demanda si Salomon serait sauvé ou au contraire damné. « La seule chose qu'il importe do savoir, répondit le saint, est que le Christ menace de damnation éternelle tous ceux qui commettent le péché d'impureté. )) Nil faisait de la sorte allusion aux mœurs, paraît-il, fort dissolues de son interlocuteur. Cet étrange entretien, auquel le domestique Léon prit également jiarl, se poursuivit longtemps encore, à la plus grande gloire du saint. Quelques jours plus tard, Léon et Nicolas firent une nouvelle visite au solitaire. Après les avoir à nouveau quelque peu exhortés, il se retira dans son oratoire i>uur prier. Les deux officiers, étendus sur le foin et fort en gaieté, en profitèrent pour se déguiser avec la cuculie d'un moine. Le saint, s'en étant aperçu, leur fit les plus vifs reproches, et la Vie originale n'hésite pas à déclarer que Dieu punit ce sacrilège par la mort de Léon, survenue presque aussitôt après, mais ici nous retombons en plein récit légendaire.
Sur ces entrefaites, le juge impérial des deux thèmes d'Italie et de Calabre, Euphraxios, le fondateur, du moins le protecteur du couvent de femmes de Sainte-Anastasie à Rossano, malade depuis longtemps, se sentit tout à cnu]i perdu. Ce haut l'nnclionnaire avait constamment témoigné
affaires de la Calabre Ils vinivnl à Rossano visiler le saini, elc. " — Sauf le fait de la visite, il n"y a pas un mot de tout cela dans la Vie originale.
(l'une grande hostilité contre Nil. ari^uant ilr diverses malversations injustement attribuées au saint, mais, en réalité, jiarce que celui-ci avait refusé de lui envoyer des présents, comme faisaient d'ordinaire les autres higoumènes pour se concilier sa faveur (1). Voyant sa fin approcher, il se re[ienlit, fit appeler Nil, implora avec grande humilité son pardon et !•■ supplia de lui imposer de ses mains la vèlure monasticpie. « Les V(eu\ du baptême suffisent ■, lui dit cet homme si éclairé pour son temps. IoucIk' juscpi'aux larmes par son désespuir : ■< la p('nitence n'en exige point de nouveaux. Aie seulement un cœur contrit avec le désir sincère de changer de y'w. » Euphraxios, ayant encore insisté pour recevoir l'habit, finit par l'obtenir. Nil, par humilité, voulut se faire remplacer pour cette i>ieus(' cérémonie par le métropolitain de Santa Severina, Stéphanos, alors de passage à Rossano, mais finalement ce fut lui cpii imposa l'habit. Il le (il en présencedu métropolitain, derévêque de Rossano, debeaucoup d'higoumènes, d'archimandrites et de prêtres, enfin du célèbre médecin juif Domtuilo Sciabtaï, aussi appelé Sabbathaï Donolo (2), grand admirateur du saint, son émule dans l'art de guérii-. mais par des moyens plus terrestres. Aussitôt après cette cérémonie, Euphraxios fut comme un, homme nouveau. 11 affranchit ses esclaves, distribua ses biens aux églises et aux pauvres. Trois jours après il mourut dans les sentiments de la plus haute piété. On l'ensevelit dans son couvent, dédié à la très pieuse vierge Anastasie.
Vers ce même temps, l'évèque de Rossano étant mort, Nil dut se soustraire par la fuite aux obsessions des habitants, qui voulaient faire de lui son successeur. En compagnie d'un seul frère, il demeura caché dans la montagne jusqu'à ce qu'on eût renoncé à lui faire cette violence. Vers ce même temps encore, le saint étant déjà âgé de soixante ans environ, donc vers 970 ou 971, on vit passer à Rossano un certain archevêque Vlattos, que la Vie originale ne qualifie pas autrement (3) et qui s'en revenait d'Afrique, ramenant de très nombreux esclaves calabrais.
(1) 11 est pi'U pi'ûliaMi^ (|iii\ comme le dit la Vie th saint S'il, les accusateurs du saini aient été relancer Euphraxios jusqu'à Constantinople. •2) Voy. Araari. op. cit.. 11. note 7 de la page 171.
(3} V(iy. dans Minasi. op. cit.. note 2j, pp. :i2.S-:t:!l. l.'s raisons pour lesiiiull.'s il parail lort prohalile ipie ci: Vlattos ou Vlatton élail arihevêi|iie d'Olranle. vrai^cmblaMemenl
Il avait pu les racheter, grâce à l'influence d'une sœur à lui qui, tombée elle aussi en captivité, était devenue une des favorites du Khalife fatimite Mouizz, lequel ne mourut, on le sait, qu'en 975. Ayant demandé et obtenu une entrevue du saint sous prétexte de lui exposer quelques-uns de ses doutes et de profiter de ses prières, il lui lit aussitôt part de ses plans. Il ne songeait en effet qu'à retourner en Afrique pour y poursuivre son œuvre de rachat. IVil essaya de détourner le fougueux prélat, lui prédisant qu'il y laisserait sa vie. <( Ne t'en retourne pas parmi cette race de vipères qui te tueront après t' avoir fait mille grâces, lui dit-il. Dieu ne le verrait point de bon œil. » Et le neveu de l'archevêque ayant demandé au saint s'il se doutait combien d'âmes son oncle avait déjà ainsi rachetées, Nil répondit rudement : « Il n'a pas racheté des âmes, il n'a racheté que des corps. Si Dieu ne voyait pas le bien des pécheurs dans les calamités de ces captivités, il ne les tolérerait pas. Donc il ne faut pas chercher à les empêcher. » L'archevêque, dit le chroniqueur, ayant refusé de se laisser persuader par ces motifs d'un ordre si élevé, repartit pour l'Afrique. II y périt bientôt, ainsi que Nil le lui avait prédit.
Les hostilités venaient en effet de recommencer entre Byzantins et Arabes, et me voici tout naturellement ramené au point d'oii j'étais parti pour raconter la vie du saint.
Le domestique Léon et le protospathaire Nicolas étaient probablement deux des officiers de l'armée réunie par le magistros Nicéphore pour lutter avec laide des Pisans contre les forces de l'émir Abou'I-Kassem. Probablement ils assistèrent au massacre des capitaines de navires par les révoltés de Hossano, massacre qui amena la courageuse intervention de Nil auprès du magistros. L'influence du saint était vraiment, dès cette époque, sans rivale. Il faisait ce qu'il voulait des autorités byzantines tant civiles qu'ecclésiastiques. Il obtint ainsi la grâce d'un jeune homme de Bisignano qui avait tué et volé un Juif et que les magistrats voulaient
même le premier métropolitain de cette église, une des nouvelles métropoles érigées par Nicéphore Phocas en 968. Les deux seules métropoles à ce moment existantes en Calabre étaient Reggio et Santa Severina. Cosenza ne semble avoir été élevée au rang de métropole que vers la seconde moitié du xi" siècle. En 984, lors de l'élévation de Salerne au rang d'archevêché, une grande partie de la Calabre septentrionale se trouvant à ce moment sous l'autorité des Longobards. les églises de Cosenza, de Bisignano et de Malveto avaient été données comme sièges sufïraganls à ce nouvel archidiocèse.