‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 67 sur 99 · VII-: DE .*.!/. Y y .Y/ A · texte numérisé non relu

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liYi-or à la communauté israélito pour en tirer tel châtiment (ju'il lui |ilairait, c'est-à-dire le crucifier. Les Israélites étaient alors nombreux et |)uissants dans toute cette région. Ils y comptaient des hommes savants et très considérés, comme le médecin Sciabtaï Domnulo(l) dont j'ai parlé plus haut, qvii professait une si grande admiration pour Nil, qui le fréquenta toute sa vie durant et disputa publiquement avec lui sur les matières religieuses. Un jour que le Juif voulait reprendre cette éternelle controverse, le saint lui cria : « Va d'abord passer quarante jours dans le désert, nous discuterons après. »

Lors de l'émeute de Rossano, le saint avait prophétisé que la guerre qu'on entreprenait se terminerait par un désastre et deviendrait le point de départ d'une nouvelle longue suite de misères. Il avait été jusqu'à déconseiller à Basile, pour lors, parait-il, stratigos du thème de Calabre, de bâtir une église à Rossano, affirmant que celle-ci serait aussitôt détruite par les Sarrasins, tant il prévoyait que ceux-ci seraient bientôt maîtres de toute l'Italie byzantine. Il est vrai que les événements parurent d'abord donner tort àces sinistres prédictions. La guerre, on l'a vu, sembla débuter heureusement et Messine fut surprise par les chrétiens dans les premiers mois de l'année \)76. Mais il fallut l'évacuer presque aussitôt devant l'arrivée de l'émir de Sicile et de ses troupes qui

MINIATURE BYZANTINE da fameax Menologion basilien de la Bibliolhèqae da Vatican, exécuté sur le commandement du basileas Basile II. — Le Baptême du Christ.

(1) Doranulo ou Doranolo ou encore Donolo avait été fait prisonnier en 923 par les Sarrasins lors de l'effroyable sac ilOria et nous possédons do lui un curieux récit de ces événements et de son odyssée à ce raonieiit. Voy. Araari, op. cit., II, p. 171.

durant deux campagnes successives, dont la seconde eut lieu au printemps de 977, ravagèrent horriblement, je l'ai raconté plus haut, tous ces pauvres rivages de Calabre et d'Apulie. Ce fut seulement à l'automne de cette année que l'émir se décida à reprendre la route de la Sicile, emmenant un immense butin et des milliers d'esclaves.

A l'approche des hordes musulmanes, Nil s'était réfugié avec ses moines dans le kastron même de Rossano, que l'émir dut renoncer à assiéger, tant étaient fortes les murailles de lacitadellebyzantine, tant était grande aussi la réputation de la protection accordée par la divine Théotokos. Trois frères seulement étaient demeurés à la garde du couvent, qui fut pillé. Eux furent emmenés en Sicile avec la masse des captifs. Le saint, qui n'abandonnait jamais ses fils spirituels, voulut les racheter. Il rassembla à grand'peine cent sous d'or, qu'il confia, avec une lettre pour l'émir, à un frère en qui il avait pleine confiance, lui enjoignant d'aller les porter à Palerme, lui donnant pour la route un cheval qu'il avait reçu en don du stratigos Basile (1). Le pauvre caloyer de Rossano, recommandé par Nil à un notable palermitain. chrétien très zélé, fut admis à l'audience du puissant émir, qu'il trouva de fort belle humeur, disposée écouter favorablement sa prière. Abou'l-Kassem s'étant fait traduire la lettre du saint, en admira les termes et trouva qu'elle émanait d'un véritable serviteur de Dieu. Il rendit sans rançon leur liberté aux trois frères prisonniers, gardant seulement le cheval en souvenir du saint. Il leur donna de l'argent, des peaux de cerf pour Nil, « pour qu'il s'en fit des vêtements », enfin une lettre où il lui disait : « C'est ta faute si ton monastère a souffert. Tu n'avais qu à l'adresser à moi: je t'aurais envoyé aussitôt une lettre de sauvegarde (2) que tu n'aurais eu qu'à placarder à la porte de ton couvent. Celui-ci aurait

1 Au sujet de ce personnage, la Vie raconte un duluil inliressant qui m'avait échappi* lorsiiue j'écrivais la vie de Xicéphore Phocas. Voici ce passage : <■ Le très sage et courageux Basile, stratigos du thème de Calabre, plein d'amour pour le saint, lui fit don de cinq cents sous d'or, lui disant : « Celte somme est bien à moi. car je l'ai gagnée à la pointe de l'épée. Lorsque nous reconquîmes Crète. sOus la conduite de Xicéphore. de bienheureuse mémoire, alors qu'il n'était pas encore basileus. nous trouvâmes chez un prêtre la véritable tunique de saint Jean-Baptiste, tissue de poil de chameau et portant encore des traces de sang aux environs du col. Xicéphore déclara qu'il ne voulait pour lui que cette sainte relique et me laissa à moi tout l'or que nous avions conquis en même temps. » — Le saint refusa ce don superbe pour son couvent et conseilla au stratigos d'en disposer en faveur de l'église cathédrale de Rossano.

(2) LiUéralement : « mon emblème », -o f7r,5i£îo-..

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('lé rt'SiiectL' de Ions mes soldais cl lu n'aurais pas (■t('' nhli^i'' de le ([uitter un seul jour. A[aiuti'nant, si lu veux venir nie visiter, je l'y iiivile. Tu (•irculeras et séjourneras librement dans les pays de mon obéissance, et tu V seras respecté et honoré de tous. « (le serait une grave erreur d'avancer qu'il n'y avait à cette époque d'autres relations entre chrétiens et Sarrasins (jue guerres et violences de toute sorte. Ces récits de la Vie de saint Nil ne nous en fournissent-ils pas la preuve éclatante ? Petit à petit, sauf dans les moments de crise aigué, il s'('tablissait entre ces ennemis mortels des relations tout à fait paisibles, même amicales, relations amenées presque forcément par les intérêts mutuels des deux peuples; c'est pourquoi elles ne jiouvaient être complètement supprimées même par les hostilités si fréquentes entre eux. Les rapports commerciaux, les alliances politiques occupaient le premier plan dans ces relations plus pacifiques. Mais en dehors de ces faits capitaux, il existe beaucoup de données pour prouver qu'il se faisait par moments un véritable rapprochement entre les deux partis. Et, malgré leur fanatisme religieux, ce furent constamment les Arabes qui lirent les premiers pas dans cette voie d'apaisement et qui montrèrent le plus de tolérance. Voyez ce souverain (rAfri(jue permettant à l'archevêque Vlattos de mettre à j)rofit ses liens de parenté avec une de ses femmes pour opérer le rachat de ses coreligionnaires captifs. Voyez ce notable chrétien de Palerme au service de l'émir Abou'l-Kassem, assez considéré de lui pour ne pas hésiter à lui présenter les religieux envoyés par saint Nil. Voyez encore cet émir en personne tenant Nil en si grande estime qu'il lui propose de faire placer ses insignes souverains sur son couvent pour sauvegarder cet édifice contre toute violence delà part de ses guerriers, et qu'il l'iuvile à venir habiter son île de Sicile, lui promettant respect universel, sécurité complète. Tout cela ne nous prouve-t-il pas clairement qu'on aurait tort d'attribuer aux Arabes de ces temps reculés des sentiments de haine aveugle, constante, implacable contre les chrétiens ?

Il est impossible de ne pas remarquer encore <iue le fanatisme de ces guerriers sarrasins était d'essence bien moins étroite que celui précisément de ces chrétiens (jui les accablaient ib' leur constant mi'pris. La vie de sainl Nil nous fournil des preuves nombreuses do cet esjirit d'inlnli'rauce des sectateurs du Christ. A jirojiosdu meurtre du juif de Uisignami, no voyons-

nous pas le grand saint Nil, un des hommes les plus éclairés de son siècle, s'écrier qu'il n'était pas juste d'exécuter un chrétien pour avoir tué un juif « parce que le sang d'un chrétien valait celui de sept juifs ». Lui, qui avait été si bien traité par l'émir Abou'l-Kassem, ne craignait pas d'appeler les Sarrasins « fils de serpents ». « Evitez-les à tout prix, disait-il aux siens, ils vous entraîneront dans leurs filets pour sucer ensuite votre sang chrétien 1 »

Tout en entretenant cette curieuse correspondance avec l'émir de Sicile, Nil ne se faisait donc aucune illusion sur les intentions véritables de ce prince qui continuait à organiser ses expéditions annuelles de déprédations au delà du détroit. (( Le saint, dit son biographe, voyait l'avenir très en noir. » « Les Sarrasins impies détruiront tout chez nous, avait-il coutume de dire, et la Calabre entière tombera en leur pouvoir. » 11 prit en conséquence la grave résolution de quitter avec ses moines ces contrées maudites où il ne leur était plus possible de prier en paix. Un moment il fut question pour les pieux cénobites de s'en aller vers l'Orient, à Constantinople probablement, à Salonique peut-être, comme jadis le vieil higoumène Fantin. Mais Nil, averti que sa réputation de sainteté avait pris là-bas des proportions extraordinaires, craignit le piège du démon. « Redoutant les honneurs dont on l'accablerait en Grèce, il préféra, par humilité, s'en aller auprès des Latins, parmi lesquels il était ignoré et qui ne le tenaient encore en aucune estime. Mais plus il s'efforçait d'éviter la gloire, plus au contraire sa célébrité augmentait partout par la grâce de Dieu, et tous lui faisaient accueil comme à un apôtre vénérable entre tous. » Donc l'higoumèneNil, las d'habiter un pays si incessamment ravagé, émigra avec ses humbles moines vers un séjour plus paisible. Prenant la route du nord, la pieuse théorie gagna d'abord Capoue où le fameux Pandolfe Tète de Fer, l'ancien adversaire de Nicéphore Phocas et des Byzantins, reçut le saint avec les marques du plus profond l'espect. Même il voulut le faire nommer évêque. Nil, en retour, lui prédit la mort qui devait, nous le verrons, le frapper bientôt.

Pandolfe enjoignit aux moines du célèbre monastère de Saint-Benoît du Mont-Cassin, alors compris dans ses États, d'attribuer aux cénobites basiliens un des petits couvents dépendant de l'abbaye. L'abbé Aligerne

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