VII-: DE SAINT XIL
s'empressa d'obéir et, en attendant d'avoir choisi le lieu où il installerait les nouveaux venus, invitn Nil à venir avec ses compagnons se reposer au Mont-Cassin. La petite tunimunauté voyageuse, comprenant plus de soixante religieux, y fut reçue avec honneur par tous les moines, venus en habits de fête à sa rencontre au pied île la montagne, et le vieux Nil, âgé di'jà d'au moins soixante-dix mis, itl'licia suivant le rite grec dans la grande
VUE DE BARl, capitale des possessions byzantines en Italie, résidence du catépano impérial.
église de l'abbaye, chantant des hymnes de sa composition en l'honneur de saint Benoit. Le costume des moines grecs, leurs grandes barbes en éventail, leurs longs cheveux flottants, leurs usages particuliers durent être un sujet d'étonnement pour leurs confrères latins. Il y eut, semble-t-il. au début quelques froissements et Nil soutint des disputes théologiques eu règle pour la défense des pratiques de son Eglise. Enfin sa douceur, su merveilleuse sainteté, ses édifiantes causeries, ses réponses lopiipii's aux questions les plus subtiles finirent par avoir raison de tous les préjugés occidentaux, et les enfants de saint Basile se remirent à vivre dans la meilleure intelligence avec ceux de saint Benoît. On attribua à Nil l'I à .ses
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compagnons le monastère de Saint-^Michel au val de Lucia, où ils demeurèrent {ilusieurs années. Nous retrouverons l'illustre solitaire à une autre page de l'histoire de ce règne.
Revenons aux événements qui se passaient dans la malheureuse Calabre. Le prévoyant Nil avait judicieusement agi en quittant avec ses moines ces contrées infortunées, II ne s'était trompé que sur la source même des calamités pi'ochaines. Un orage bien autrement formidable que tous les précédents se préparait pour les thèmes byzantins d'Italie, dans le nord cette fois, orage formidable qui allait même forcer bientôt Grecs et Arabes, sinon à faire alliance, du moins à faire trêve pour essayer de lui tenir tète. Ce nouvel et tout-puissant adversaire avait nom Othon II d'Allemagne, celui-là même que les Romains allaient, très injustement du reste, surnimimer le Sanguinaire (1).
Les huit premières années du règne du successeur du grand Othon de Germanie, du jeune époux de la princesse byzantine Théophano, s'étaient écoulées de 973 à 980 dans une tranquillité relative pour ses possessions de son royaume d'Italie. Absorbé par les plus graves alTaires intérieures en Allemagne, par des guerres contre des vassaux soulevés ou de turbulents ennemis du nord, placé d'abord sous la tutelle de sa mère Adelhaïde, Othon II était apparu dans l'automne de 978 avec une puissante armée sous les murs de Paris et y avait l'ait chanter un alléluia célèbre par les cent mille voix de ses guerriers massés sur les hauteurs de Montmartre. C'était très justement que, dans un document en date du 13 octobre 980, le jeune empereur pouvait s'écrier fièrement, en jetant un regard en arrière, qu'avec l'aide de Dieu non seulement il avait maintenu dans leur étendue première les vastes possessions de son glorieux père, mais encore qu'il en avait déjà reculé les bornes. Les peuples aussi considéraient comme un signe de la bénédiction céleste qu'après une longue stérilité Théophano, dont l'influence sur son époux, influence sans cesse grandissante, avait d'abord coiitrr-lKilanté, jmis grailucllcmeiit de beaucoup dépassé celle de la mère même de l'empereur (2), venait enfin de lui
(1) Voy. Gregorovius, Geschichle der Sladl Boni. t. 111, p. 377, note 1.
(2) Depuis peu, ceUe induence Je Théophano sur l'esprit de son époux avait pris un déve-
OTllON II EX ITALIE 48"
(liiiincr un fils, frêle espoir de tant de nations et de tant de royaumes, lui aussi appelé Othon comme son aïeul et son père. Hélas, les peuples se trompaient et les temps étaient venus où la jeune et naissante fortune d'Uthon II allait succomber aux champs de celte Italie si ardemment convoitée par sa race, constamment fatale à sa grandeur et à son repos.
Les plus récents événements du règne, dit Giesebrecht (1), surtout la fameuse expédition vers Paris i]ui avait cniultiit li/s guerriers saxons jusqu'aux portes de la capitale de (llilmlDwig, jadis centre de la puissance franque, avaient vivement grandi la situation du jeune empereur parmi ses peuples. Si jusqu'ici la voix publique avait porté des jugements souvent sévères sur son caractère tantôt violent, tantôt trop faible, sur l'inlluence toujours croissante qu'avait prise sur lui son épouse étrangère, à mesure que diminuait celle de l'impératrice mère, sur la venue au pouvoir et au.x affaires de toute une jeune génération dédaigneuse des prudents conseils des anciens, maintenant tout symptôme de mécontentement tendait à disparaître, car on croyait déjà voir revivre dans le flls la grande âme de son illustre père, on estimait le nouvel empereur arrivé à sa parfaite maturité, capable des plus grands exploits, réservé par la Providence pour les plus illustres actions. Et en fait l'àme du jeune héros ne respirait que les plus hautes ambitions, les plus héroïques audaces. Il ne vivait que dans la pensée d'accomplir jusqu'au bout la noble tâche commencée par son père, de porter la gloire de l'empire jusqu'aux limites fixées par celui-ci. Avant tout il voulait mettre à exécution les visées suprêmes d'Othon I""" sur l'Italie, conquérir la dernière parcelle de terre de la péninsule, fondre ce beau royaume avec son vaste empire d'au delà des Alpes pour n'en faire qu'une seule immense monarchie.
A peine eut-il rétabli définitivement l'ordre et la tranquilUté en Germanie, à peine se sentit-il assuré de pouvoir repousser victorieusement toute attaque nouvelle du côté de la France, le jeune empereur résolut de se rendre en Italie, délaissant pour les terres méridionales cet antique héritage paternel du nord, qu'il ne devait, hélas, jamais revoir. Dans le cours
lop|ieineiit extraordinaire, reinpla(;ant absoluineul celle de 1 i-aergique iiupûratrice Adelhaïde. Voy. .Mystakidis, op. cit.. pp. Ij sqi|. U) Op. cit., p. ô8ti.
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du mois de novembre de l'an 980, accompagné de l'impératrice Thcophano, du petit Othon son fils encore au berceau, de sa sœur i'abbesse Matbilde de Quedlinbourg, de son meilleur ami, le duc Othon, suivi d'une nombreuse et brillante chevalerie, de toute une noble jeunesse avide de renouveler les exploits du règne précédent, il quittait la Germanie, et, par Saint-Gall, au monastère dinpn'l il donna divers liiens sur la prière de l'impératrice, il passait les Alpes. Théophano, longuement tenue à l'écart par sa belle-mère, l'impératrice Adelhaïde, semble avoir commencé à prendre un grand pouvoir sur l'esprit de son jeune époux seulement vers les tout premiers mois de l'an 97o, au moment même où Willigis, son plus fidèle ami et conseiller dans l'avenir, devenait archevêque de Mayence et archichapelain impérial (1).
Le 5 décembre, Othon II était à Pavie où, par l'entremise de l'abbé Maïeul de Cluny, il se réconcilia avec sa mère l'impératrice douairière. Celle-ci, voyant son influence sur son fils fort diminuée à la suite d'incidents qui sont sans intérêt pour cette histoire, s'était depuis quelque temps retirée delà cour dans sa patrie bourguignonne. Elle était venue à Pavie pour faire sa paix avec son fils. Othon la fit de même avec le frère de la vieille princesse, son oncle à lui, le roi Conrad de Bourgogne. De là, il gagna Ravenne. Il y fêta la Noël de cette année et y fit long séjour, tout occupé de s'initier aux afTaires de ce royaume d'Italie dont il était décidé à reprendre personnellement, d'une main ferme, le gouvernement. II avait été rejoint dans cette ville par le pape Benoît VII, chassé de Rome par la sédition de nouveau triomphante du parti opposé aux Allemands.
Vers les derniers jours de janvier 981, Othon II, quittant Ravenne, prit enfin le chemin de Rome. Les plus vastes projets emplissaient son àme ardente autant que généreuse. Non seulement il voulait restaurer dans la Ville éternelle l'autorité pontificale avec la sienne, tant ébranlée par la tentative de Crescentius, il voulait encore chasser les Sarrasins de toute l'Italie, parfaire l'œuvre de la conquête germanique en s'emparant des dernières possessions grecques dans la péninsule. Reprenant les visées paternelles à l'endroit de ces thèmes tant convoités, il les considérait
(1) Voy. Moltraann, op. cit., p. 42.
OTIIO.X II i:\ IT A LIE
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IVOIRE HYZ.WnX 'lu A'"' Siccli: La Vicrue et l'Enfant Jiisas. Plaijae Je reliure. La Ut<rdare, d' orfèvrerie émailtée et ornée de petites pla<[aes d'ivoire, est de fabrieution allemande du A7/"" Siècle. — {.incienne collection Spitzer.)
certainement (l('.j;i comme le douaire obligé de l'impératrice Théophano sa femme. Voviinl s"s driix l>r;ui\-frères régner obscurémenl à Coiislan-
tinople au milieu de difficultés sans nombre, il estimait leur autorité fort affaiblie dans leurs possessions d'Italie, la considérant presque comme une quantité négligeable.
Je passe rapidement sur les débuts de cette première campagne italienne du jeune empereur. Ils n'intéressent qu'indirectement ce récit. L'armée allemande fit son entrée dans Rome sans se heurter à aucune résistance. On sait les graves événements dont cette ville avait été le tbéàtre peu après la mort d'Othon I". Une partie de la noblesse romaine, le parti dit national, hostile au pape Benoit VI, créature du défunt empereur et successeur de Jean XIII, mort, on se le rappelle, en septembre 972, s'était groupée sous la direction de la puissante famille des Grescentius, de vieille race romaine. Un des principaux représentants actuels de cette illustre maison portait, suivant la coutume du temps, un surnom emprunté à sa demeure, probablement élevée dans les ruines des Thermes de Constantin. Il s'appelait «a cavallo marmoreo», des deux chevaux colossaux avec leurs dompteurs aujourd'hui placés devant le palais du Quirinal, alors encore disposés en face des Thermes de Constantin sur le mont de ce nom, qui en a gardé jusqu'à maintenant l'appellation de Monte Cavallo. Il courait en ces temps sur ces chevaux et leurs cavaliers les légendes les plus mystérieuses (1). Mais le véritable chef des événements d'alors fut un autre membre de cette même famille, Crescentius « de Theodora », ainsi désigné du nom de sa mère (2). Lui, fut le grand meneur du parti national contre le pape Benoit VI. La jeunesse d'Othon II, son absence si prolongée en Allemagne pour y établir son autorité sur des bases incontestées, certainement aussi les encouragements plus ou moins directs de la part des chefs militaires byzantins dans l'Italie méridionale avaient donné courage aux adversaires des Allemands à Rome. Ils avaient cru le moment venu de reconquérir, eux aussi, leurs anciens droits, peut-être de se débarrasser à jamais du (hu- joug de l'étranger. Excités i)ar Crescentius, le fils de Tliéodora, les Romains soulevés
(1) Gregorovius, op. cit., 111, p. 363.
(2) 11 n'existe aucun document, dit Gregorovius, disant que cette Tliéodora ait été la célèbre sénatrice romaine de ce nom, ce qui lerait de Crescentius le lils du pape Jean X. Cette opinion est une simple fantaisie.