OTIIOX II EX ITALIE
s'étaient emjiart's ilii |ia]K', ijiii avait été jeté au chàleau Saiiil-Aiit;e. Il y avait péri d'une mort liorrible en juillet 'J7i, et ilurant i|u'il vivait encore, le parti vainqueur lui avait tlonné pour successeur le cardinal diacre Franco ou Francon, iils de Kerrucius, de famille romaine inconnue (1).
Franco avait jiris le nom de lionilace \'ll. Ses contemporains nous l'ont représenté sous les traits d'un monstre horrible couvert du sang de ses victimes. Ilélas, nos renseignements sur ce personnage sont si peu de chose que nous sommes réduits à nous demander s'il n'y a pas là quelque exagération colossale. A peine du reste ce nouveau pape avait-il été proclamé qu'on l'avait vu disparaître à son tour. Après un mois et douze jours de règne on nous dit seulement qu'il avait dû fuir de Rome et s'était sauvé à Constantinople avec le trésor pontifical enlevé par lui. Nous ne savons malheureusement rien sur sa venue et sur son séjour dans la Ville gardée de Dieu, où il dut arriver vers l'automne de 974, sauf qu'il y trouva un asile auprès de Jean Tzimiscès en compagnie d'autres prétendants, parmi lesquels Landolfe de Conza chassé de Salerne par Pandolfe Tète de Fer (2), et cette réception amicale de ce personnage par la cour de Constantinople laisserait croire que son élévation au trône pontifical avait bien été due en partie aux intrigues de la politique byzantine cherchant à faire nommer à nouveau un pape à sa dévotion, comme dans ce même temps elle s'ell'orçait de faire succomber à Salerne l'influence germanique. De même encore l'expulsion si rapide de Franco ne peut qu'avoir été l'œuvre de la faction allemande en Italie, faction redevenue maîtresse pour un temps de la situation à Rome et dont le chef dans le sud était toujours encore l'andolfe Tète de Fer. — Chose curieuse, Crescentius, qui avait joué le premier rôle dans la fin tragique de Benoît VI, disparaît à ce moment de l'histoire et celle-ci n'en parle plus que pour nous dire sa fin. A partir de la chute si rapide de son protégé, il semblej vraisemblablement par crainte des vengeances germaniques, s'être tenu constamment à l'écart jusqu'au moment de sa mort, survenue certainement après 977. C'est très probablement lui qui mourut moine au couvent des Saints Boniface et
(1) Peut-être ce surnom ilc ■• Franco i> indique-t-il uue orifîiiio frannue.
(2) Voy. p. 216.
Alexis sur l'Avi/ntiii lo 7 juillet 984, ainsi que nous l'apprend une pompeuse inscription aujourdhui encore existante.
Après la fuite ])récipitée de Boniface VII, l'élection de son successeur avait été fort difficile. Un saint homme, Maïeul, abbé de Cluny, avait refusé la tiare que lui offrait Othon II. Finalement, le parti vainqueur avait porté au pouvoir on octobre 974, avec l'assentiment de l'empereur germanique, l'évêque de Sutri, de la famille d'Albéric et de Jean XII, qui prit le nom de Benoit VII. Le premier soin du nouveau pontife avait été d'excommunier son prédécesseur dans un concile réuni à cet effet. Ce pape courageux devait à force d'énergie se maintenir neuf années au pouvoir dans ces circonstances terribles, à travers mille agitations et mille périls. Maintenant, après avoir attendu vainement la visite qu'Othon II lui promettait depuis tantôt cinq années, après avoir durant tout ce temps maintenu la suprématie du parti allemand dans des circonstances difficiles demeurées pour nous fort obscures, il venait de succomber momentanément, lui aussi, aux attaques de la faction adverse et avait dû s'enfuir de Rome. Nous venons de voir qu'il était allé rejoindre l'empereur d'Allemagne à Ravenne. Ses instantes prières pour que celui-ci le délivrât de ses ennemis acharnés avaient été une des raisons déterminantes de la descente du jeune souverain en Italie. Entre autres événements notables de ce règne pontifical si agité, je ne puis passer sous silence la reconstruction de l'église et du couvent des Saints Boniface et Alexis sur l'Aventin, le plus célèbre monastère de Rome à cette époque, celui-là même où Crescentius avait cherché un asile. Benoit VII en avait fait don dès 977 au métropolite grec Sergios de Damas, chassé de son évêché par les troupes africaines du Fatimite d'Egypte (i) et réfugié à Rome. Sergios releva le beau couvent confié à ses soins et en fut le premier abbé. Bien que ses moines suivissent la règle de saint Benoit, cependant des religieux basiliens y vivaient à côté des Latins et certainement Sergios en arrivant dans la Ville éternelle dut aller à cette congrégation parce que c'était une communauté grecque. Le doux et pacifique prélat resta jusqu'en 981 à la tète de son monastère, qui devait demeurer dans Rome, en ces temps si durs et si barbares, comme une véritable pépinière d'esprits distingués et cultivés.
(1) Voy. p. 270, note 2.
OTIIU.X II i.V IIALŒ
Benoît VII rentra tlonc en vainquenr dans Rome, dans son palais du Latran, aux côtés de son tout-puissant protecteur. Toutes les résistances cessèrent dans la grande ville et Othon II trioni|)hant, installé dans la cité « Léonine », « au palais près de l'église de saint Pierre », y tint sa cour et y célébra solennellement les fêtes île Pàipics au milieu d'une immense ei lirillante assistance de seigneurs laïques et eeclésiasti- (pies, de hauts barons et d'évèques, non seulement d'Allemagne et d'Italie, mais aussi de F'rance et de Bourgogne, entre sa mère et sa femme, les deux impératrices, son oncle, le roi Conrad de Bourgogne, et le duc Hugues de France, le futur chef de la dynastie royale des Capétiens, accouru à Rome pour gagner, lui aussi, ia faveur du jeune césar réconcilié avec le roi Lother.
Mais, pour l'àme haute de ce fier empereur Othon, c'était peu que d'avoir rétabli son autorité dans Rome. De bien plus amples projets occupaient son esprit. Il lui fallait la possession incontestée de toute l'Italie. Or, depuis la chute du roi Bérengeretde ses fils, depuis l'installation
dans les principaux comtés et évêchés du nord de la péninsule des plus chauds partisans de la maison de Saxe, la seule Italie du sud demeurait vraiment encore à conquérir pour les Allemands. Seule encore elle offrait un ample champ d'activité aux fougueux appétits d'aventure et de gloire du jeune prince. Sur elle seule, il tenait constamment ses yeux dirigés. Et véritablement l'entreprise était digne de ce vaillant esprit. Certes, dans ces régions lointaines, le parti allemand, toujours sous la conduite du valeureux Pandolfe et de sa maison, avait conservé toutes ses positions, remporté même la victoire dans maintes luttes secondaires, mais la situation
DENlEliS D'ARGEXT da pape B,-noit VII, dont les trois premiers portent le nom de l'emperi-ar Othon II d'Allemagne. Sur trois d'entre eax figure l'effigie de saint Pierre nimbé ou nûtré.
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de ce côté n'en demeurait pas moins fort grave, ne fût-ce qu'en raison de l'éternelle agression sarrasine. Chaque année, Rome, toute l'Italie du sud, tremblaient sous l'incessante terreur d'une invasion arabe plus formidable encore que les précédentes. Il fallait à tout prix, pour pouvoir régner paisiblement et glorieusement sur la péninsule, commencer par extirper dans sa racine ce mortel péril. La puiss:irite forteresse provençale des Sarrasins du Fraxinet venait, il est vrai, d'être détruite de fond en comble |iar Guillaume de Provence, mais leurs coreligionnaires de Sicile, sous la conduite de cet intrépide émir Abou'l-Kassem, véritable champion de la fui musulmane à cette époque dans la Méditerranée, n'en continuaient pas moins, à chaque printemps renaissant, d'épouvanter de leurs déprédations les populations de la Calabre et de l'Apulie. Enfin et surtout il y avait encore en ces régions les Byzantins à combattre, qui ne se laisseraient pas déposséder sans une résistance acharnée. Bien que les jeunes basileis de Constantinople fussent les propres beaux-frères du césar germanique, ils n'en maintenaient pas moins leurs droits illégitimes sur Bénévent, sur Capoue, sur tous les territoires appartenant aux vassaux longobards de l'empire allemand. Il y avait à en finir d'abord avec ces prétentions des empereurs ; puis il y avait l'Apulie et la Calabre à enlever à leurs stratigoi, comme il y avait la Sicile à conquérir sur son émir. On le voit, la partie était belle à courir, belle à gagner surtout et Othon II, ardent à se couvrir de gloire, ne tarda guère à se mettre en campagne. Le but officiellement proclamé était la pacification du royaume italien, partie intégrante de l'empire germanique. Le but véritable était de se tailler gloireet conquêtes aux dépens de l'ennemi sarrasin comme de l'ennemi byzantin.
Ces brillants projets à peine formés n'étaient pas sans rencontrer déjà de sérieuses résistances. De même que le pape fugitif Boniface avait de suite tourné ses regards vers Constantinople, de même tous ceux en Italie qui redoutaient exclusivement l'affermissement de la puissance allemande dans la péninsule jetaient les yeux de ce côté. Il en était ainsi surtout dans les malheureuses contrées du sud, à la fois déchirées par des querelles de partis et par la guerre étrangère. Toujours en effet la balance y demeurait hésitante entre les deux grands empires d'Orient et d'Occident qui y avaient leurs frontières. Toujours aussi la guerre sarrasine y faisait
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rage. Les trois grandes puissances du monde à celte époque, par une coïncidence effroyable, semblaient s'être donné rendez-vous sur cette étroite bande de terre pour se la disputer constamment. Seule, la victoire éclatante d'un des partis pouvait mettre un terme à cette situation abominable.
Outre l'Apulie et la Calabre, qui faisaient partie intégrante de l'empire d'Orient, Naples et la puissante Amalfi étaient alors encore sous l'iulluence byzantine. Même, on le sait, depuis les victoires des capitaines de Nicéphore Phocas, le prince de Salerne avait dû prêter à nouveau hommage au basileus. La puissance grecque en Italie n'était donc nullement à dédaigner et l'on était plus décidé que jamais à Constantinople à ne pas céder sans combat un pouce de terre italienne. La haine pour les Allemands, ces Occidentaux barbares, qui avait été jadis jusqu'à décider le Palais Sacré à contracter une alliance impie avec le Khalife Mouizz pour résister en commun aux attaques d'Othon le Grand, avait bien fait place pour un temps à des sentiments moins hostiles à la suite de l'accord intervenu entre le vieil empereur et Jean Tzimiscès, accord qui avait donné à l'héritier du trône de Germanie une fiancée byzantine. Mais cette accalmie n'avait que peu duré. A peine Othon I" avait-il quitté triomphalement l'Italie, emmenant avec lui son fds et son impériale bru, que les vieilles animosités, suite d'un état de choses auquel aucune diplomatie ne pouvait porter un remède efficace, avaient repris de plus belle. Depuis huit années déjà qu'Othon le Grand était mort et que régnait son successeur, le mari de la Grecque, bien qu'il n'y eût pas eu guerre déclarée, l'hostilité la plus vive régnait de nouveau, prête à s'embraser au moindre choc, entre le parti allemand et le parti grec, tout du long de cette mouvante et instable frontière qui séparait les deux thèmes Ityzantins d'Italie des possessions des princes longobards, sentinelles avancées de l'influence germanique en ces parages, marches extrêmes vers le sud de l'empire d'Occident.
Le chef du parti allemand était toujours encore le fameux Pandolfe Tète de Fer, auquel Othon le Grand, outre ses principautés héréditaires de Capoue et de Bénévent, avait aussi concédé, en qualité de fiefs de la couronne d'Italie, le duché de Sjtolète et la marche de Camerino. Nous avons vu que dès le mois de mai 974 (1), à peine de retour de sa dure cap-
(1) Voy. p. 21j.
tivité à Conslantinople, Pandolfe avait tent(5 d'arracher de force le vacillant Gisiilfe de Salerne à l'alliance (pii lui avait été imposée par les Grecs. Il avait échoué cette fois dans sa tentative de s'emparer de Salerne. Mais dès le 4 juillet il avait, on le sait, repris cette ville sur Landolfe de Conza qui venait d'en chasser Gisulfe, son neveu, et n'avait consenti à réinstaller ce dernier dans sa principauté qu'à la condition que celui-ci adoptât et prît pour corégent à ses côtés son propre second fils à lui, nommé comme lui Pandolfe. En mai 978 enfin nous le trouvons définitivement seigneur de cette ville par son association avec ce même second fils Pandolfe. Gisulfe, auquel on 974 il avait imposé ce fils comme collègue et fils d'adoption, était mort dès la fin de 977 après un règne agité, et Pandolfe le jeune avait ainsi passé de l'adoption de Gisulfe et de celle de Landolfe de Conza à celle de son propre père Tète de Fer (1). Dès lors Salerne, comme Capoue, comme Bénévent, avait reconnu, elle aussi, la suzeraineté de l'empereur germanique. (Juant à Landolfe de Conza, l'oncle de Gisulfe, il s'était, je le rappelle, réfugié, lui aussi, à Byzance auprès de Jean Tzimiscès, réclamant son appui à l'exenijile du pape Boniface (2;. Il revint plus tard de là-bas, dit-on, à la tète de vaisseaux byzantins. H avait fallu tnusles terribles embarras do la guerre contre les Russes, de la conquête de la Bulgarie et des grandes expéditions de Syrie pour empêcher le belliqueux Tzimiscès d'écouter les voix de ces suppliants et d'aller châtier de sa main ces indociles princes longobards toujours prêts à secouer toute dépendance. Puis, après la mort si iniprc'vue de l'Arménien couronné, le gouvernement des jeunes fils de Romain, sous la direction de l'eunuque Basile, avait eu bien trop à faire à soutenir contre Bardas Sldéros cette lutte pour la vie qui devait durer (piatre années, pour qu'il pût songer un instant à envoyer au magistros Nicéphore des forces capables de ramener à l'obéissance Pandolfe de Capoue comme aussi Gisulfe et Pandolfe de Salerne. Tout au plus parvenait-on à lui expédier de temps à autre quelque faible renfort annuel pour protéger les grandes cités de la côte contre les agressions des corsaires sarrasins.
Précisément en 97(), comme venait d'éclater la révolte do Skléros et
(1) Voy. Schipa, Storia (tel principiUo longobardo in Salerno, pp. 248, 249.
(2) Voy. pp. :!16 et 491.
ABOUL-K.lSàEM liAVACE L' ITALIE
iin
comme les attaques de l'émir de Sicile x\.bou'l-Kassem avaient eu mruie temps recommencé, on avait fait, on l'a vu, quelque effort dans ces villes italo-byzantines pouramener une flotte capable de tenir tète à cet adversaire si redoutable. Mais cet effort avait été insuffisant et en 976 comme en 977 les bandes innombrables de l'émir avaient presque impunément porté le