‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 70 sur 99 · u*fi»«-'*''/T · texte numérisé non relu

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MINIATURES d'an rnantiscrit byzantin des Iloinclics de saint Grégoire de Nazianze da A'/"" Siècle conservé an Monastère de saint Pantrléimon de Ronssihon aa Mont Atlios. — Dtisileus byzantin. Idoles païennes. — Photographie conuminiquée par M. G. Millet.

pillage et l'incendie à travers les deux thèmes. Depuis lors chaque nouvelle année, sans que nous possédions le détail de ces expéditions, avait vu les flottes et les soldats de Sicile et du Maghreb traverser le détroit et pénétrer presque sans résistance sur territoire italien. Voyant que nul n'était en état de le repousser sérieusement, Abou'l-Kassem, enivré de ses faciles triomphes, songeait déjà à conquérir l'Italie entière. Seul, Pandolfe semblait pouvoir lui opposer quelque résistance; mais les forces respectives des deux princes étaient par trop inégales, aussi le courageux prince de Béné-

vent, se sentant, lui aussi, gravement menacé, appelait-il de tous ses vœux la venue tant désirée, tant attendue du jeune empereur d'Occident.

On en était donc arrivé à cette année 980 où l'armée impériale de Germanie venait enfin, après un si long intervalle, de reparaître sur le versant méridional des Alpes. Jamais moment n'eût pu être plus heureusement choisi pour permettre à un jeune et puissant souverain tout enfiévré de désirs de gloire et de conquêtes, de se distinguer dans ces belles campagnes de l'Italie du Sud. Tandis que sous l'énergique impulsion d'Abou'l-Kassem la constante agression arabe avait repris les proportions les plus menaçantes, la cour de Gonstantinople, bien que délivrée pour un temps du danger mortel de la sédition de Bardas Skléros,se trouvait, tant du côté de la Bulgarie que de celui de ses frontières méridionales en Asie, chargée encore de tant d'embarras redoutables, qu'elle ne pouvait songer à s'opposer sérieusement aux furieuses attaques de l'émir de Sicile contre les rivages de la péninsule. Donc en cette année 980, dans cette malheureuse Italie, des millions de bras se tendaient anxieusement vers lejeune héros couronné quiavait conçu cette entreprise glorieuse de marcher avec tous ses guerriers contre l'ennemi héréditaire de la foi.

Othon II, dans sa maturité précoce, se rendait parfaitement compte que jamais il ne réussirait à empêcher les Sarrasins de venir chaque année menacer l'Italie, s'il ne les délogeait définitivement de cette île magnifique d'oii chaque printemps, comme d'une forteresse avancée, leurs flottes n'avaient que quelques milliers de pas à franchir pour déposer sur la terre de Calabre les noirs guerriers de l'Islam. Et comme ses deux beaux-frères de Gonstantinople paraissaient pour le moment incapables de veiller à la sûreté de leurs possessions d'au delà de l'Adriatique, il fallait bien que lui, Othon, annexât ces provinces extrêmes à sa couronne d'Italie, pour les conserver à la chrétienté (1).

(1) Voy, Jiias Giesebrechl. Jakrbuch des Deiitschen Reiches uiiler d. Herrsch. K. Ottos II, pp. 114, 599, VExcurs IX sur les véritables raisons qui poussèrent Othon II à entreprendre ceUe expédition fameuse et sur les prétendus droits de ce prince sur les provinces grecques de l'Italie méridionale. Voy. encore dans Moltmann, op. cit., pp. 51 à 56, un autre exposé de CCS mêmes motifs qui déterminèrent la campagne d'Olbon II dans les provinces grecques d'Italie. M. Moltmann estime que le jeune empereur y fut surtout poussé parles sollicitations do l'impératrice Théophano et de l'évêque Dietrich de Metz, son conseiller.

OTIION II DANS LE PAYS DES MAIiSES 499

Bien ijiie nous soyons à iirinc renseignés sur ces faits, nous savons avec certitude que les vastes projets d'Othon n'étaient jioinl demeurés ignorés à Constantinojdc. Ils y avaient excité la [dus vive irritation. Si on ne s'était trouvé si impuissant, si on n'avait eu tant d'affaires sur les bras, on s'y serait aussitôt opposé par la force. On dut se contenter, au dire du moine de Saint-Gall, d'envoyer à Othon des ambassadeurs, lesquels, on le verra, n'eurent aucun succès auprès de lui. Alors, quand toutes les objurgations d'ordre diplomatique eurent échoué auprès du fougueux jeune guerrier, on se résolut au Palais Sacré à prendre une attitude délibérément hostile. On y aimait mieux encore, tant se maintenait intense à la cour byzantine la haine de race pour les Occidentaux, un v aimait mieux, dis-je, mille fois, voiries thèmes d'Italie aux mains des Infidèles, que de les laisser tomber avec toute la péninsule et la Sicile sous le sceptre de l'empereur d'Occident. Plutôt que de céder à Othon II les provinces qu'on ne pouvait ou ne savait défendre contre les Sarrasins d'Afrique, on préféra, comme nous allons le voir, faire plus que des vœux pour ceux-ci, sans pourtant aller, semble-t-il, jusqu'à contracter une alliance formelle avec eux.

Jusqu'au commencement de l'été de 981 l'empereur Othon H était demeuré dans la Ville éternelle. Pour éviter à ses troupes les brûlantes chaleurs de la canicule romaine, il gagna alors avec son armée les montagnes des ^larses. Le 7 juillet, on le trouve à Trivigliano ; le 12, il est à Sora. Dans les campagnes de Corice des Abruzzes sur les bords du lac de Celano, où il se trouvait le 6 aoiit, il se fit élever en hâte une demeure improvisée, se livrant avec une activité extrême aux préparatifs de la grande expédition contre les Sarrasins. Il n'y avait du reste plus de temps à perdre, et à Rome encore il avait appris que, cette année comme les précédentes, Abou'l-Kassem et ses bandes avaient reparu sur terre ferme et dévastaient pour la dixième fois les campagnes d'Apulie. Ce fut jjrobablement à ce moment, peut-être déjà à Ravenne, que le jeune empereur reçut la visite de ces envoyés de la cour de Constantinople, dont le moine de Saint-Gall est seul à nous parler (1), et qui s'eiforcèrenl vainement, nous

(1) Pcriz, I, p. 80, à Tannée 982.

ne savons par quels arguments, de le détourner de mettre le pied sur territoire byzantin, (l'est une chose désolante de voir combien nous sommes peu renseignés. Certainement le parti dOthon était pris. Il semble n'avoir prêté qu'une attention distraite à ces envoyés d'un empire dont il méprisait la puissance, l'estimant incapable de lui tenir tète sérieusement en Italie. « L'ambassade échoua», dit le moine occidental. C'est tout ce que nous savons sur ces négociations, qu'il eût été si intéressant de connaître en détail.

L'armée qu'Othon avait amenée l'an d'auparavant d'au delà des monts était belle et forte, mais peu nombreuse, composée en majeure partie de Saxons. On y voyait aussi de nombreux seigneurs bavarois et souabes groupés sous la bannière du duc Othon. L'empereur, ne voulant marcher vers le sud qu'avec des forces imposantes, avait convoqué, pour les joindre à ces premières troupes, les milices des évêchés de Bavière, de Souabe, de Franconie et de Lotharingie. Elles accoururent en foule, conduites la plupart par leurs évêques ou leurs abbés. Avec ces bandes redoutables marchaient encore beaucoup de seigneurs laïques de ces mêmes provinces de Franconie et de Lotharingie surtout, à la tète de leurs chevaliers (1). C'était pour donner à ces renforts le temps d'arriver qu'Othon avait décidé de passer l'été dans la sauvage contrée des Marses. Outre tous ces contingents d'origine purement germanique, de très nombreux soldats italiens marchaient certainement aussi sous ses étendards, surtout les guerriers des principautés longobardes vassales.

Une grande infortune, plus douloureuse encore dans les circonstances actuelles, avait frappé l'empereur dès le printemps. Son fidèle vassal, son précieux allié qui eût été son guide, son auxiliaire capital en cette expédition lointaine si nouvelle pour lui, Pandolfe Tète de Fer, l'illustre firince de Capoue, de Bénévent et de Salerne, le puissant chef du parti allemand dans l'Italie du sud, l'homme dont il aurait eu à cette heure le besoin le plus pressant, était mort dans le courant du mois de mars de

(1) Sur ces renforts envoyés d'Allemagne à l'empereur dans le courant de l'an 981, voy. une très intéressante noie dans Giesebrecht, op. cit., p. 848, concernant un manuscrit de Bamberg qui donne des indications précieuses sur ce point. Voir aussi Jaffé, BiliL, V, pp. 4"6- 472, M. Lehman, Forschunr/en zitr deulsc/ien Geschichte, IX, 437, Usinger, 'jtt7/. ^e/. Anzeiger, 1870, p. 13C.

CHANGEMENTS DANS LES PRIXCIPAUTÉS LONGOBARDES

cette année 981 (1). C'était pour Othon II une perte irréparable. L'influence de Pandolfe était encore toute-puissante en ces régions. Le prince déluiit avait bien laissé ses principautés de Bénévent et de Capoue à son fils aîné Landolfe IV qui lui succi'da aussi dans ses fiefs de Camerino et dç

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RELIQUAIRE de la Vraie Croi.x de l'Eglise de Jaucoart (Aube). — La boîte rectangulaire de bois, recoaverte de cuivre doré, avec couvercle qui se tire à coulisse, est de travail byzantin. du À'"" ou du A7"" Siècle. Au .Y/F"" Siècle, la femme de l'un des seigneurs de Jaucourt a fait faire pour soutenir ce reliquaire, probablement rapporté lors de la quatrième Croisade, detuv anges agenouillés sur une plate-forme que portent sLv petits lions. — (Gravure tirée da Porlel'euille archéologique de la Champagne, de M. A. Caussen.)

Spolète. Mais la force de ce grand Etat longobard, basée uniquement sur la valeur personnelle de son illustre fondateur, demeurait àjamais brisée par sa mort pi'ématurée. Lui disparu, il s'effondra soudain. Le second des fils de Tète de Fer, nommé comme lui Pandulfe '2', conservait Salerne où il avait régné d'abord aux côtés do Gisulfe, puis, peu après la mort de celui-ci survenue vers la fin de 977, comme associé de son propre père (3).

(1) Schipa, op. cit., ch. VlII.

(2) Dans la série Jes princes de Salerne il est Pandolfe l"^'.

(3) Voy. p. 49G. A partir du milieu de mai UTS. Schipa, op. cit.. ch. VIII. 11 e^t faux, malgré le témoignage de (iiesehrccht, qu ini quatrième des fiU de TOle de Fer ail eu Gaéle. Voy . Schipa, Il Ducalo di Xapoli, ch. X, p. 4tj'J, note 3.

.•i02 LES JEUyES ANXEES DE BASILE

En fait, les principautés longobardes demeuraient, comme avant, sous la dépendance de l'empire occidental, et les fils de Tète de Fer se montrèrent disposés à favoriser de tout leur jiouvoir la grande expédition qu'Othon II préparait.

L'empereur germanique ouvrit sous ces fâcheux auspices cette campagne mémorable au mois de septembre de l'an 981 . Ce fut un moment solennel, dans l'histoire du monde, que celui qui allait mettre en présence sur cette extrême limite des terres italiennes les troupes des trois plus grandes puissances de ce x° siècle finissant, des empires de l'Occident, de l'Orient et du Sud, des Allemands, desGrecsetdes Arabes. L'armée impériale, qui était entrée à Luceria en septembre, se préparait à envahir délibérément les territoires byzantins pour achever l'œuNTe commencée par Othon I". Elle avait pénétré sur les terres du prince de Salerne. Déjàelle avait atteint Capaccio, lorsqu'onlavit rebrousser chemin subitement. C'est qu'à ce moment, certainement à l'incitation des Byzantins ardents à créer les incidents propres à détourner Olhon de ses projets si redoutables pour eux, des troubles graves avaient éclaté simultanément dans les villes de Bé»évent et de Salerne. Un prétendant, Pandolfe II, fils de Landolfe III, membre de la famille deTêtedeFer, avait l'éussi à expulserlegouvernement de Landolfe IV de la première de ces villes. Pour ne pas être trop longtemps retenu, Othon dut accepter le fait accompli. En octobre, il entra à Bénévent et l'econnut Pandolfe II. La vieille cité longobarde, séparée de Capoue qui seule allait rester au fils aîné de Tète de Fer, demeura à l'usurpateur. A Salerne ce fut bien une autre affaire. Le duc Manso ou Mansone III dAmalfi avait conquis celte ville à la tête de ses troupes, en avait chassé Pandolfe I" et s'y était fait proclamer avec son fils Jean I". Sur son ordre, la suzeraineté des empereurs d'Orient y avait été de nouveau acclamée. Certes, bien que nous ignorions tout, on peut affirmer ici encore que les incessantes intrigues byzantines furent pour beaucoup dans ce résultat survenu à l'instant précis de la marche en avant des Allemands. Les Grecs, incapables de lutter ouvertement en Italie contre les Teutons, ne négligeaient naturellement aucun moyen de leur susciter en sous-main les plus graves embarras.

On ne pouvait ainsi laisser derrière soi cette principauté de Salerne

L' ARMEE GERMANIQUE PREND fiALERNE 503

devenue hostile et qui eût à l'occasion pu couper le chemin de la retraite aux forces impériales. Force était de reprendre avant tout cette forte place et de châtier l'usurpateur. L'armée germanique, après avoir passéàNaples, où l'empereur, toujours accompagné de sa fidèle épouse, fit, le quatrième jour de novembre, son entrée solennelle (l),vintincontinentassiégerleduc Mansone, qui se défendit avec énergie pendant presque tout le mois de décembre. Le prince rebelle finit par avoir le dessous, mais il fallut cependant que l'empereur se résignât à traiter avec lui et à abandonner à son sort le seigneur légitime, le fils du fidèle et glorieux vassal Tète de Fer. Soit qu'il y trouvât maintenant quelque avantage, soit qu'il voulût simplement se donner au plus vite les coudées franches, Othon laissa la principauté de Salerne aux deux princes amalfitains qui, le père comme le fils, reconnurent sa suzeraineté (2). Anialfi et Salerne, dont l'école de médecine était alors déjà célèbre bien au delà des limites de l'Italie (3), ne formèrent plus qu'une même seigneurie (4). En quelques mois donc, toute la situation politique de ces principautés longobardes de l'Italie méridionale venait d'être une fois de plus brusquement bouleversée. Toute la descendance de Pandolfe avait été aussi vite renversée que la puissance de cette maison s'était jadis brusquement élevée. De nouvelles seigneuries avaient subitement surgi qui avaient bien accepté par force la suzeraineté d'Occident, mais sur la fidélité desquelles on ne pouvait compter. Pour espérer maintenir définitivement Bénévent et Salerne sous son influence il fallait à Othon II le prestige des plus heureuses actions militaires.

L'attitude même du jeune empereur à l'égard du duc Mansone comme

il) Nous sommes tout à fait dans l'ignorance des circonstances qui amenèrent et accompagnèrent ce séjour de l'empereur germanique dans la république napolitaine, séjour qui nous est connu jusqu'ici par un unique document. Il est probable que le duc de Naples, qui était alors Sergios UI, favorable jusque-là à l'alliance byzantine, dut se résigner à accepter celle du puissant empereur d'Occident. Voy. Schipa, /( Ducato di Napoli, pp. 471-4'72.

(2) Scliipii, op. cil., eh. VUI.

(3) Ibiil

(4) A la 0n de 983, après la déroute d'Othon à Stilo, les Salcrnilains chassèrent les deux ducs et les remplacèrent par Jean 11 de Lamberto et son fils Guido. Jean II régna sur Salerne jusqu'en automne de l'an 999. A la mort de Guido il avait associé à son pouvoir sou second fils GuaimarlV qui lui succéda, (^e fut celui-là qui. pour repousser une attaque des Sarrasins contre sa ville, fut secouru par quarante chevaliers normands revenus d'un pèlerinage en Sicile (Schipa, op. cit., ch. VIII, p. 256). M. Schipa adopte pour ce siège de Salerne sauvée par ces guerriers pèlerins la date de 1001 et non celle de 1016.

de l'heureux prétendant Pandolfe de Bénévent prouve combien il avait hâte d'en finir avec toutes ces agitations pour pouvoir reprendre la suite de sa grande entreprise. Certes, à force d'habileté et de concessions, il avait réussi à prolonger sa suzeraineté sur les principautés longobardes, même à mettre dans son parti Naples et Amalfi, mais combien ces résultats si rapidement acquis n'étaient-ils point précaires, combien leur durée ne dépendait-elle point uniquement des plus prochains succès de l'armée allemande ?

Othon II célébra les fêtes de Noël dans 1' « opulente Salerne », auprès de son nouveau vassal. C'est dans cette ville aussi que se concentrèrent les contingents de ses divers alliés et vassaux longobards de l'Italie méridionale. C'est là enfin que le rejoignirent les derniers renforts qu'il attendait d'Allemagne. Dès le mois de janvier 982 la campagne, un moment interrompue, fut définitivement reprise (1). L'armée impériale, ayant à sa tête la fleur de la noblesse d'Allemagne et d'Italie, pénétra par Brizia, qui est proche de Capaccio, sur territoire byzantin. Une fois de plus, les vastes campagnes d'ApuIie tremblèrent sous les pas des cavaliers du nord habillés de fer.

Les guerriers teutons ne rencontrèrent presque pas de résistance, probablement parce que les garnisons grecques, trop faibles, se retiraient devant eux. Très rapidement l'armée d'invasion par Brizia pénétra en Lucanie et parut sous les murs de Bari. La capitale des possessions byzantines dans la péninsule se défendit mal et succomba après un siège très court.

Othon II était plus heureux devant cette ville que ne l'avait été son illustre père en 970. Nous ignorons jusqu'au nom du chef qui y commandait en ce moment au nom des deux basileis. Nous ne savons rien non plus des forces byzantines quis'y trouvaientconcentrées,pas plus que de celles qui occupaient les autres places fortes des deux thèmes italiens. Du magistros Nicéphore il n'est plus question dans les quelques lignes consacrées à ces faits par les chroniques italiennes contemporaines. Probablement le magistros avait, dans l'intervalle, été rappelé à Constantinople.

De tous ces événements, les chroniqueurs byzantins ne soufflent mot.

(1) Sur les sources à consulter pour cette grande expédition d'Othon II en Italie en 981 et 982, voy. Gicscbrechl, op. cit.. I, p. 828, et surtout Araari, op. cit., Il, p. 328, note.

NEGOCIATIOXS ESTItE BYZASTINS ET SARn.lSfNS

Kouslesignoi'erionsabsolunii'iil.ii'clait lo li'iiiiiigiiiigi' d'im certain noml)re de di)i'iiiiii'nls d'ai-cliixcs qui uni >ur\i''<Mi cl aussi celui des annales occidentales contempoi'aines. .Mallieurrnsciiirnl, parmi ces ilciiii( res, les unes sont diini' extraordinaire bric\clé". d'autres, une surlmil i|ui avait long-

It'nipsjjassé |Miiir la jilus j importante pour l'histoire decesévi'iiemcnts, la « Chronitpie de la

LA CATTOLIt'A. Ancif^nnc catlinlrah' Injzuntiiw dr Stilo. — [Photographie comtnuni'jace (iar

M. C. Enlart.)

Cava )^o^tétl'' enlicrenient I"a1siti(''es et altérées. Il en est résulté un grand trouble el beaucoup d nbseuriti' dans le ]ieu que nous savons fl). C'est ainsi, [lar exemple, que nous sommes aujourd'hui moins ('-difiés que jamais sur la suite des né'gociations (jui durent certainrnienl être des jilus actives en ce moment enlic lîy/antins el Sarrasins, également menacés par la l'i)rmidal)l(! invasion du nord, réunis une fois de

(1) Parmi ces so;irccs occiiicnlales, c'est encnro lu Clironi'nie Je TliicMiiiiu' ipil nous renseii;nc le niiMX.

306 /.t"S JEUX ES ly.XÉES DE BASILE

plus après taul de combats par la torrcur de rcmicini «inninuii. Si! ne paraît plus possible, ainsi (juHn l'a cru longtemps sur la lui de documents inexacts, d'admellrr iju'il y ait eu alliance formelle signée entre le Palais Sacré et les cours aralies du Kaire et de Palerme, cependant il semble certain, par le témoignage formel du mnine de Saint-dail, chroniqueur contemporain, qu'il y eut à ce moment entre les gouvernements byzantin et égyptien, comme aux temps de Xicéphore Phocas et de Mouizz, sous la pression du même péril commun, un rapprochement très marqué et que des subsides en abondance durent être envoyés de Constantinople en Afrique, en Sicile, jus(ju'en Egypte pour y soudoyer le zèle arabe contre Othon II, povu' aider les princes sarrasins à repousser par les armes l'attaque de ces guerriers transalpins qu'on n'avait pas réussi à écarter diplomatiquement. Les chroniqueurs musulmans, d'accord du reste en bien des points avec l'évèque saxon Thietmar de Mersebourg [[) qui est ici notre source occidentale contemporaine principale, se bornent à dire qu'à la nouvelle de la marche du « roi des Francs » (2) contre les Arabes de Sicile, l'émir de cette ile, Abou'I-lvassem, fit proclamer la guerre sainte. Il se peut encore que le stratigos de Calabre ait pris directement à sa solde quelque bande musulmane ipii rqiérait en ces contrées, mais jamais à aucun moment les armées du hasileus et du Khalife n'unt combattu en commun contre Othon et ses troupes sur un même champ de bataille. Les chroniques contemporaines ne formulent pas le premier mot d'un fait pareil. Seules des compilations plus modernes ont contribué à propager cette grave erreur.

Avant de livrer bataille aux troupes de l'émir de Sicile, l'empereur allemand tenait à s'assurer la possession des places fortes byzantines qui lui serviraient de base d'opérations et de lieux de refuge en cas d'insuccès. Après Bari il prit Matera le 31 janvier. Aux premiers jours de mars il parut devant Tarente, une des plus fortes cités des Grecs en Italie. Les guerriers saxons, souabes et bavarois campèrent sur les rivages de celte mer azurée, sous les murs de l'antique cité du héros Taras que, quelques années auparavant, avaient assiégée les Arabes. La garnison byzantine se

(1) 11 était noble, do la famille des comtes de Waldeck. 11 mourut en lOlS. • (2) C'est ainsi qu'ils désignent Othon.

oriiox II I'HExi) tarexii: 30-

rcililll :i|iri''S liiir llliillr (li^l'ciist' '1 . L'AjiIllic liiiil cillirrc, i|lli cùil-

stiliiuil |ilii- iriiiir iiniilié des possessions des hasilcis en llalie, se trouvait dès maiiileiiaiit, semble-t-il, en grande partie occupée. Il en avait coûte quelques semaines à peine d'elTorls aux guerriers allemands. Le reste des garnisons 1)\ zantines, trop faildes pour leur tenir tète en rase campagne, se tenaient enfermées dans queNpies châteaux et places fortes sans importance stratégiijue pour les envahisseurs.

Othon et ses troupes firent un long séjour dans ïarente ainsi prise de force sur d'anciens alliés auxquels on ne s'était même pas donné la peine lie déclarer la gui/rre. Ils y célébrèrent pieusement les fêtes de Pâques, se préparant aux grands événements qui étaient proches, car l'heure allait enfin sonner du choc suprême avec les Infidèles. Abou'l-Kassem, dédaigneux de l'approche de l'armée allemande, avait, dès les premiers jours du printemps, reparu avec ses bandes aux blancs manteaux sur les rivages de Calabre, et les gnerriers du Maghreb, plus nombreux que jamais, fourmillaient sur cette infortunée terre byzantine, devenue le champ clos des guerriers du Septentrion et de ceux dn Midi, « gravement affligée par les Grecs et les Sarrasins », dit Thietniar. détail vraiment là l'orage terrible qu'avait pressenti le vieux saint Nil dans ses visions prophétiques et dont l'approche l'avait décidé à (piiller ces terres maudites pour fuir vers le nord avec ses moines fidèles.

Se faisant précéder par de nombreux espions, par de plus nombreux éclaireurs, « décidé », suivant l'expression du moine de Saint-Gall, « àconipiérir l'Italie jus<prà la nier de Sicile », Othon, vers la fin de mai seule-

(1) On conserve cncnre aux Archives du Mont-Cassin un docuraenl, en date d'avril 981 (Trincliera, op. cit., n" VIII), délivré précisément à Tarente cl par lequel un certain citoyen f!rec de celle cilé, Léon Aichmaloles, fils de Jannilzi, et ses fds, les prèlres Christophore et Kalocyr, en vue de la rédemption de leurs péchés, font une donation (dimidium viL'arii, quod a viiario ctirlicis l'rotopap.r non aberat) au célèbre cl vénérable monastère des Saints Pierre et Paul de Tarente, aussi nommé monastère de Saint Pierre Impérial ou de Saint Pierre-en-l'lle, ou des Saints Apùlres. Les donateurs, au cas où ils révoqueraient dans la suite celle donation, appellent sur limrs propres têtes les malédictions du Père, du Fils, du Saint- Esprit, de notre mère la sainte Théolokos et des trois cent dix-huit saints pères de lÉfrIise.

Ce document, daté du règne des « grands basileis et aulocrators Basile et Constantin», a été rédigé de la main de Grégoire Courtice, catépitrope,prolopapas el taboularios dudit kastron deTarenle.

Les mt^racs Arcliives possèdent un autre document, du mois do janvier de l'an ÏISI {lliid., n" IX), qui est un accord entre le très pieux bigoumène Syméon, du même monastère, et divers autres persiumages, accord rédigé par les mêmes fonctionnaires.

ment, alors que la saison était déjà lirùlante sur ces étincelants rivages, quitta enfin ses cantonnements de Tarente, se dirigeant sur la (lalabre dans la (iiroction de l'ouest d'abord, du sud ensuite. L'armée suivait la voie militaire ancienne, qui tantôt s'adapte exactement à la courbe de la rive, tantôt s'enfonce dans ces terres basses et nues. On longea d'abord les bords si plats, si marécageux, si désolés du golfe de Tarente ; on franchit, à travers ces régions désertes autant que fiévreuses, l'insignifiant fleuve Bradano d'abord, puis le sauvage Basiento (1), non loin des ruines de l'antique -Métaponte. Ici on traversait l'extrême pointe de la principauté de Salerne qui, par une disposition étrange, s'étendait jusque-là, détachant comme un coin jusqu'à la mer cette langue de terre qui séparait l'Apulie grecque du second thème impérial italien, la Galabre. On n'avait encore rencontré jusqu'ici aucun soldat ennemi. Rentrant sur terre byzantine, toujours longeant le bord de la mer et ses sables torrides, l'armée des guerriers vêtus de fer franchit des plaines immenses, traversa la Salandra, l'Agri, le Sinno qui est le Siris des anciens, tous ces fleuves torrentueux qui avaient vu la grâce et la mollesse des grandes cités grecques de jadis, et s'approcha enfin des premières hauteurs du massif sombre et boisé de la Sila. On touchait aux frontières de la Galabre actuelle. L'aspect de la contrée devenait chaque heure plus sauvage, plus rude, plus inhospitalier. La voie, nullement entretenue, était fréquemment coupée par tous ces torrents au lit large et pierreux. D'âpres montagnes, nues, arides, aux pentes escarpées, apparaissaient maintenant, descendant parfois jusqu'à la mer, ne laissant à la route que le plus étroit passage.

Ce fut à Rossano, la cité byzantine par excellence de toute cette région, la patrie du grand Nil, qu'on se heurta enfin aux premières avant-gardes de l'armée arabe et que les blonds Saxons étonnés virent pour la première fois les noirs guerriers du Maghreb dans le blanc burnous d'Afrique. Comme si le départ du vieux solitaire, si longtemps le protecteur de sa chère cité, avait entraîné aussi celui de cette divine Théotokos qui si souvent avait repoussé les Sarrasins des remparts de sa ville d'élection, la rude forteresse n'avait su cette fois résister à l'assaut des fils d'Ismaël. Les éclaireurs

(1) Ou Basente.

L'ARMEE ALLEMAXDE SE HEURTE AUX S.l/t'/MS/A'S 501)

d'Abou'l-Kas-seni l'occupaient à l'approche des Allemands. Cependant ils ne cherchèrent point à défendre cette position si forte adossée à cette haute montagne couverte de bois juscpi'àson sommet aigu, ces bois touflf'us où se cachaient en foule les humbles cellules des moines basiliens et leurs chapelles creusées dans le tuf, ornées de fresques naïves. Après quelques vives escarmouches où les Allemands eurent le dessus, les Arabes se retirèrent dans la direclion du sud-ouest, évacuant Rossano qui fui •lus-.ilc'il occupée par les impériaux.

Othon, comprenant bien que le gros de l'armée ennemie était proche et que les choses allaient prendre la plus grave tournure, pressait sa marche sur les derrières de l'ennemi. Il laissa dans Rossano, sous la garde de l'évèque Dietrich de Metz, chancelier de l'empire, avec toute sa suite, son épouse grecque qui l'avait courageusement suivi jusque dans ces régions extrêmes, bravant, pour ne point le quitter, les fatigues atroces de cette vie des camps, si dure sous ce soleil presque africain. Quels sentiments devaient être ceux de la jeune souveraine qui se trouvait ainsi, j)ar ces circonstances tragiques, transportée en. ennemie dans cette cili' si profondément byzantine, si passionnément fidèle au gouvernement de ses deux propres frères à elle, habitée par une population parlant la langue, suivant les coutumes qui avaient été les siennes durant les années déjà lointaines de son enfance agitée ? Les sources ne nous disent point si le fils qu'elle avait donné deux ans auparavant à son glorieux époux, avait, lui aussi, suivi cette mère dévouée jusqu'aux rives de Calabre. Mais la chose paraît vraisemblable.

Abou'l-Kassem, dit Ibn el-Athir, s'était mis en marche avec toute son armée dans le mois de ramadhan de l'an 371 de l'Hégire, qui correspond à ]peu près au mois de mai de l'an 982. Il remontait lentement la rive calabraise à la rencontre des Allemands, lorsque ses avant-gardes chassées de Rossano lui annoncèrent l'occupation de cette place par l'ennemi. Les plus fougueux parmi ses lieutenants voulaient aller de suite attaquer les Allemands, mais lui, plus prudent, ordonna résolument la retraite. La flotte et l'armée arabes cheminaient de conserve.

Cependant Othon, (jui, à l'exemple de tous les autres envahisseurs de l'Italie méridionale à cette époque, ne possédait pas de Hotte et en é]irou-

MO Li:S JEUAŒS ANNÉES DE BASILE

\ait lie cniL'iles difficultés, s'était abouché avec les capitaines nu protocarabes de deux grands et magnifiques chelandia byzantins rencontrés par lui dans un port de la côte, probablement à Tarente (1 . Tous deux étaient munis d'appareils à feu grégeois,* de ce feu, ditThietmar,que rien n'éteint, sinon le vinaigre ». Il avait pris à son service les capitaines de ces bâtiments. Eux s'étaient engagés à aller en haute mer iirùlcr la Hotte nuisulniane. mais ils n'y songeaiiiil nullement en réalité, deux fois traîtres, traîtres à leurs souverains, qu'ils abandonnaient ainsi pour servir à prix d'or l'envahisseur étranger, traîtres envers celui qu'ils s'apprêtaient déjà à abandonner de même au cas oij il serait vaincu. « Leurs navires, dit Thietmar avec une admiration naïve, étaient des bâtiments très allongés, et, par ce fait, merveilleusement agiles et rapides, portant double rang de rames sur chaque bord. Chacun avait cent cinquante hommes d'équipage. i> C'était le type le plus parfait du vaisseau de guerre byzantin à cette époque.

Ce furent probablement ces navires que l'empereur allemand expédia au-drvant du lui en reconnaissance. Ceux qui les montaient ne furent pas longs à lui faire savoir que les troupes musulmanes battaient en retraite le long du rivage calabrais et qu'il eût à se hâter. Laissant en arrière ses derniers bagages, tous ses impedimenta, le jeune héros, croyant enfin tenir la -N-ictoire tant cherchée, se jeta en avant avec la fleur de ses troupes, faisant telle diligence (jue dans la journée du l'A juillet (2 il atteignit l'armée sicilienne. De loin, il crul l'ennemi en pelil nnnibre. Le moine de Saint-Gall dit qu'apercevant ces groupes de combattants épars, il s'écria : « Ce ne sont point là des soldats ; ce ne sont que des coureurs de grands chemins ». Hélas, il n'avait pas la pratique des guerriers de l'Islam, qu'il voyait pour la première fois. Il ordonna d'altacjuer aussitôt.

L'ne grande bataille s'engagea sur la plage même, au bruit des flots de la Méditerranée, sur la marine de Stilo, non point de la Stilo actuelle qui

(1) Thielniar qui raconte ce fait ajoute ce renseignement curieux, que ces deux navires, qu'il appelle satandria, des « salandres », corruption évidente de « chelandia >■, avaient été jadis, sous le règne de Xicépliore Phoca^, expédiés en Calabre par ordre de cet empereur pour y recevoir l'argent du tribut annuel de la province.

;2) Amari, op. cit.. Il, p. 324, note 1, dit le Ij. Thietmar donne la date du 13 : « lerlio idus Juin 0.

l'.ATMIJ.E !>[■: ^Tff.O :ill

est siliiûe au 8iul cl à luiicsl (le Sijuillac r, niais liicii en un jininl aiipelô « Colonne (1) », (|uelquo jiimi au suil dr (lulrune, à la naissance très vraiscniMalticniriil ilr ce [iniiiiiiuliiirc ranicux silui'' au sud de celte ville, auquel les [loétiques débris encore existants aujourd'liiii du temple célèbi'e de Junon Ijacinicnnc nul vain dfqniis des siècles ce nom de (!a[i des Colonnes Î2).

Abou'l-Kassem, arrêtant sa rdraile, avait résolumenl l'ail l'aei' aux assaillants (|ui, seigneurs et hommes d'armes, se ruaient à sa poursuib; comme nu loi-rent furieux. Son armée, rangée en bataille sur le bord de la mer, iiarra la roule à l^MUjiereur allemand. L'heure élail sdlriinidlc Des deux côlés on se disposa vaillamment à la lutte suprême. Jamais, depuis Poitiers, les hommes du nord n'avaient eu en face d'eux si grand armement sarrasin. L'exaltation religieuse parait avoir été à son comble parmi les troupes germaniques. Beaucoup de guerriers persuadés qu'ils ne contempleraient plus l'aube prochaine, écrivirent leurs testaments et firent à l'Eglise des donations considérables. Ln chevalier lorrain, Conrad, lils d'un comte Rodolphe, fit, sous la bannière impériale, en présence de toute l'armée, don à l'empereur de tous ses biens dans son pays natal, pour que celui-ci les dunnàt en fief, au cas où lui, ^■i('ndrail à j)érir dans le combat, au couvent des Bénédictins de Gorze, près de Metz.

Les bataillons allemands se jetèrent sur l'ennemi avec un brillant courage. Ils rencontrèrent la plus opiniâtre résistance. Abou'l-lvassem et ses guerriers, très nombreux, ne brûlaient pas moins que leurs adversaires chrétiens de l'enthousiasme religieux le plus ardent. Tous les combattants siciliens avaient fait avec joie le sacrifice de leur vie. Encouragés par leurs ulémas, ils luttèrent avec héroïsme. Enfin, après une longue et terril)le mêlée, la \icloire sembla se dessiner en faveur de I empereui' germanique, l'n escadi'on allenmnd, chargeant le centre des Siciliens, le rompit et le mil en déroute. Empoilés par leui' élan, les cavaliers saxons atteignirent les étendards de l'iMuir, (jue di'liMidail un groupe inunbi-eux

(1) L'appellation grecque Stilo i-épond à celle de Colonne.

(2) Amarl, op. cit., Il, p. ;{2l, note 2, estime qu'il ressort des parliculariles tant de la retraite d'.Vbou'l-Kassem que de la fuite d'Olhon que la bataille du 15 juillet dut avoir lieu encore plus ii l'ouest, rerlaineuient sur le rivaije de la nier Cotrono, la Crotone aiUi(|ue, n'est qu'à quaranle-einci tnillcs de Hossauo.

(le la noblesse arabo-sicilienne, sous le commandement d'Alioifl-Kassem en jiersonne. Une lutte furieuse s'engagea autour de ces bannières sacrées. Les Arabes succombèrent tous. Soudain on vit tomber également l'émir, trépas glorieux qui devait le faire inscrire au nombre des martyrs de l'Islam morts pour la Foi. Un coup porté à la tête avait mis fin à la vie de ce noble souverain, du clievaleresque Bulcassin (1). Tel est le nom déformé j)ar lequel le désignent d'ordinaire les cbroniques d'(3ccident.

En s'immolant de la sorte, Alioul-Kassem et ses braves avaient procuré ijiii!i|iie répit aux fuyards du centre qui, se ralliant, se précipitèrent à nouveau dans la mêlée, résolus, eux aussi, à vaincre ou h périr. Mais ce ne fut que l'affaire d'un moment. Apprenant que leur chef aimé, leur vaillant émir était mort, la masse des Arabes prit la fuite après qu'une foule d'entre eux eut péri sous le sabre des Teutons (2).

(l'était en apparence un premier grand succès pour les armes impériales. Ili'las, il n'en était rien en réalité. Les guerriers allemands, il ne faut pas l'oublier, combattaient dans les pires conditions, inhabiles, sous leurs chemises de fer, à supporter l'écrasante chaleur d'une journée de juillet en ces parages si méridionaux, alors quêteurs adversaires étaient dès leur enfance accoutumés à lutter sous des températures africaines autrement redoutal)les. Othon II crut trop vite qu'il avait partie gagnée. Sans perdre une heure, il fit reprendre la poursuite d'un ennemi qu'il croyait définitivement vaincu, et cela par des chemins difficiles, bordés à gauche par la mer, à droite par des montagnes à pic, coupés à chaque instant par des lits de torrents, routes propices à toutes les surprises. L'armée chrétienne se rua sur les pas des Arabes sans se garder aucunement, les croyant uniquement occupés à fuir. Mais déjà la majorité des fils d'Ismaël, rompus à cette guerre de rapides chevauchées et d'embuscades qui transforme si facilement les victoires en déroutes, s'étaient jetés à droite dans la montagne et s'y étaient ralliés, ardents à venger la mort de leur émir, guettant

(1; Bulcassimus, Bullicasiniiis, BuUicassinus, Bullcassim.

(2) Les sources diffèrent ici quelque peu. Thielraaret Ibn el-Athir font remporter la victoire immédiatement à cet escadron sarrasin du centre, enfoncé puis rapidement rallié. Le moine de Saint-Gall et la plupart des autres sources donnent le récit plus probable de deux combats successifs, un premier où les Allemands furent vainqueurs, l'autre qui vit leur déroute. C'est à cette deuxième version que je me suis rallié.

DEROUTE DES AU. EM.iNDS

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çà et là le passage de l'ennemi débandé. L'occasion ne se fit guère attendre. Olhon s'était imprudemment jeté avec une trop faible escorte à la poursuite d'un petitgroupe de cavaliers qu'il serrait de près sur le rivage. Iiislaiilanément des bandes innombrables d'Arabes apparurent , descendant de toutes les hauteurs avec des cris affreux. L'armée allemande, surprise, se vit tout à coup attaquée avec la dernière violence , en tète, en queue et sur le flanc droit. A gauche, [on était acculé à la mer, c'est-à-dire à la j)ire mort, car en fait de navires il ne devait guère y avoir là que ceux des Arabes. Ce second combat paraît avoir été livré très peu de temps après le premier, plus loin de Cotrone,dans la direction du sud et de l'ouest, probablement donc près du cap Colnnnc.

La plus horrible confusion s'ensuivit parmi tous ces malheureux guerriers d'Allemagne et d'Italie. Ce ne fut bientôt plus qu'un affreux massacre, dans ce site étrange et tragique, sous ce ciel de feu, entre ces arides cl biùlantes montagnes et la mer (pii reluisait comme de l'or fondu. Une foule de soldats de Germanie périrent sous le cimeterre et la

bur

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MiyiATURE d'an des jilas beaax manuscrits byzantins da A7"" Siècle d<i la Bibliotliciiae I\'ation<.de. — i^cènes de la vie rastitjne.

masse d'aiines des Siciliens et des noirs dWfrique. D'autres , en nombre, se jetèrent dans les tlots, comme plus tard les Bourguignons à Morat, et périrent noyés. Le combat sans merci dura jusque bien avant dans la nuit, et plusieurs, dans l'obscurité profonde, succombèrent, paraît-il, aux coups de leurs compatriotes affolés. Richari, portelance de l'empereur, le comte Udo ou Otto, chef des guerriers francs, grand-oncle maternel de Thietmar, les margraves Berchthold et Gonthier deMisnie, l'évèque Henri d'Augsbourg, l'abbé Vernerde Fulda, les comtes Thietmar, Bezelin, Gebhard et son frère Ezelin, Bourcard, Dedi, Conrad, Irmfrid, Arnold et d'innombrables autres guerriers et prélats allemands « desquels, dit Thietmar de Mersebourg qui y perdit cet oncle de sa mère, Dieu seul sait les noms », tombèrent en ce lien. « Là périt, sous l'épée des Infidèles, s'écrie douloureusement un autre contemporain, la fleur éclatante de la patrie, l'ornement de la blonde Germanie, cette jeunesse si chère à l'empereur, qui dut voir le massacre du peuple de Dieu sous l'épée des Sarrasins, la gloire de la chrétienté foulée aux pieds des païens. » Une foule aussi de hauts personnages longobards payèrent ici de leur vie leur attachement à la cause allemande. Landolfe, le prince de Capoue, le fils aîné du fameux Tète de Fer, et l'autre fils de celui-ci, Aténulfe, périrent, puis aussi leurs neveux Ingulfe, Yadiperto et Guido di Sessa et le marquis Thrasemond de Tuscie.

^lais le sort des survivants fut peut-être plus terrible encore. La chaleur torride, la soif ardente en firent périr une foule dans les pires souffrances. Parmi ceux qui avaient échappé au massacre, beaucoup succombèrent plus t;ird à des fièvres malignes, suite immédiate de ces surhumaines fatigues. Une multitude enfin tombèrent immédiatement dans l'esclavage des Siciliens et des Africains. Dépouillés, entièrement nus, étroitement liés de cordes, ils furent expédiés comme un vil bétail pour être vendus sur les marchés de Palerme, de Mehedia et du Kaire, d'où bien peu devaient revoir leur brumeuse patrie. Le moine de Saint-Gall cite parmi ces derniers plus heureux l'évèque de Verceil qui fut envoyé comme esclave sur le marché d'Alexandrie d'Egypte et racheté après de longues années de servitude. Le moine écrivain assista, nous dit-il, au retour de cet infortuné dans son pays, et à celui de plusieurs autres. De

OTltOX n ECIIM'I'E A /. I MORT 515

même on en vil icnlror immi à jit'u un certain nonii)i'e d'autres, clercs et laïques, qui regagnèrent l'Allemagne et l'Italie.

Ce l'iil ilniic le 13 juillel lie l':iii !)S2 i|nr lui liM'i'c celle halaillc fameuse de Stilo, si douloureuse au cœur du vieux jieuide allemand, où périt sous la main d'Ismaël la brillante noblesse teutonne et italienne. Longtemps, dans toutes les terres de Germanie, cette date demeura dans la mémoire populaire comme celle d'un des deuils les plus cruels, les plus universels, les plus sanglants. 11 n'y eut presque pas une église, dans toute l'étendue de l'empire, dont le livre des morts ne cuntinl au moins un nom inscrit à ce jour.

11 sembliTail iiresipie, <lil (îiosebreclil. i|iii' la |iipslérilé se i^oil allacliée avec un soin jaloux à ignorer jusqu'au lieu précis où vint ainsi sombrer la gloire militaire du peuple allemand. Tout ce qu'on peut tirer du témoignage si insuffisant des sources contemporaines est, je l'ai dit, que la bataille dut être livrée sur le bord de la mer, quelcpic jtart aux environs et au sud de la ville de Cotrone (1).

Outre celle foule de prisonniers de marque, l'armée chrétienne perdit sur le champ de bataille jdus de c|uahe mille morts (2). Ce qui survivait se dispersa dans une fuite éperdue.

L'empereur Othon lui-même n'échappa à la mort que par miracle. Le récit de sa fuite tient du roman le plus extraordinaire, (^omme les Sarrasins l'entouraient déjà de toutes jiarts, il réussit un instant à leur échapper et, suivi de son neveu Ollioii. le duc de Bavière, lança son cheval à loute bride vers la mer, ou les deux grands chelandia grecs qui avaient assisté de loin au combat, lui apparaissaient comme un dernier espoir de salut. Une meute d'Arabes le poursuivait. Soudain son cheval, abîmé de fatigue, s'arrête, refusant de le porter davantage. Les Sarrasins se rappro-

(1) C'est sans aucun fonderaont qu'un a lunglemps, sur le témoignage de Sigonius, fixé l'emplacement do cette bataille historique en une localité du nom de Basentello qu'on plaçait sur la rive du Basiento. Voy. Giesebrecht, op. cit., p. 849, et .\mari, op. cil., 11, fin de la note de la page 328. Quant ;'i l'indicalion du site de Squillace fournie par la Chronique de la Cava, elle a, connne tant d'autres affirmations de même origine sur ces événeraonts, perdu toute valeur depuis qu'on «ait ([ue ce docinnent n'est qu'une falsification de Pratilli.

(2) La Chroniijue du prolospathaire Lupus, ajoutant un zéro et transformant cette déroute en une victoire d'Olhon, dit simplement qu'.\bou'l-Kassem périt avec quarante railli- Sarrasins !

5i6 LES JEUNES ANNEES DE BASILE

chaient; il allait iirrir. Alors un Juif nommé Kalonymus, probablement un Juif d'Apulie ou de Galabre (1), qui lui était dévoué, dans un élan sublime, descendant de sa monture, la lui donna, lui disant seulement ces mots : « Prends mon cheval et, si je meurs ici, donne du |iain à mes fils. >

En un clin dœil, Othon bondissant sur le cheval du Juif, toujours suivi de ces noirs démons, arrive aux Ilots de la Méditerranée, seule voie ouverte devant lui. Il y pousse son coursier à la nage (2}, appelant à grands cris le capitaine du chelandion byzantin le plus proche, lui faisant signe de le sauver. Mais le navire passe sans s'arrêter. Othon, désespéré, regagne la plage redevenue déserte, car ses persécuteurs, ignorant à qui ils ont affaire, ont déjà poussé plus loin. Il n'y retrouve que le Juif fidèle, qui n'avait pas voulu s'éloigner, oublieux; de lui-même, anxieux du sort de son seigneur tant aimé. Quant au duc de Bavière, il avait continué à fuir. Au loin, on voyait accourir d'un galnji furieux un nouveau groupe de cavaliers d'Afrique. « Que faire?» demandait tristement l'empereur, abandonné de tous, à ce dernier fidèle. Il croyait son heure suprême venue ; puis, se reprenant, il ajoutait : « Pourhmt il me reste un dernier ami. » Il n'y avait toujours de salut possible que du côté de la mer. Du moins on V pouvait périr en paix. loin des coups et des insultes de l'ennemi, éviter surtout la captivité, affront suprême dont l'idée seule ne se pouvait supporter. De nouveau le jeune empereur se lance dans les flots, toujours sur le cheval du Juif, cherchant à atteindre un autre bâtiment qu'il aperçoit au loin. Pendant ce temps les Sarrasins, accourus, hachent sans pitié l'héroïque serviteur. Le brave coursier, comme s'il devinait son précieux fardeau, nage avec ardeur, s'éloignant de la rive. Les Sarrasins n'osent ou ne peuvent le rejoindre. Enfin Othon. toujours nageant, rejoint le bateau sauveur. Hélas, c'était le second chelandion byzantin qui passait en ce moment! L'empereur, qui se noyait, n'avait pas le choix. 11 fit signe d'arrè-

(1) C'est l'opinion cl'.4.mari. Giesebrecht estime que la très importante famille juive des Kalonymus établie vers l'an 1000 à Mayence et à Spire fut la descendance de cet obscur et sublime héros, transportée en Allemagne par l'empereur reconnaissant.

(2) Alpert, qui écrivait sa Vie de Thierry {Vila Theodorici) vers 1005, dit qu'Othon s'était préalablement déshabillé et que l'officier slave dont il va être question, lui donna plus tard ses propres vêtements.

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