‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 71 sur 99 · OTIION II ECHAPPE .1 LA MORT · texte numérisé non relu

OTIION II ECHAPPE .1 LA MORT

ter. Qiianil le protocarabos byzantin vit ic lianli L-avalier fendant ainsi intrépidement les tlots pour éviter la mort ou la captivité qui le guettaient sur la rive, la pitié le prit. Peut-être aussi l'espoir d'une riche rançon futil le mobile vrai de sa conduite? Il fit hisser Othon à bord. On le porta défaillant sur le lit du protocarabos. Nul n'a pris soin de nous dire ce qu'on fit du noble et vaillant cheval qui venait de sauver un empereur, le plus grniid prince du monde à celte époque.

Quel drame ! Sur le pont de ce beau et fier bâtiment byzantin porteur du feu grégeois, triomphe de l'art naval à cette époque, auprès de cette côte lointaine, sous ce ciel étincelant de juillet, sur cette mer incomparablement bleue, quatre rangs de rameurs esclaves condamnés à lachiourme, cent cinquante marins, de nombreux panipliyles (1) sans doute, contemplent ce sauvetage étrange de ce jeune guerrier au somptueux accoutrement, nageant sur les flots comme jadis les héros antiques. Cependant ils ne se doutent point encore qu'ils ont devant eux le premier personnage de l'Europe, le tout-puissant empereur d'Occident! Sur la rive, une foule de cavaliers aux noirs visages, aux coursiers agiles, guerriers pittoresques de blanc vêtus, agitant leurs armes au soleil, poussent dans leur rauque langage des clameurs de rage, voyant leur proie leur échapper. (1) Soldats de marine.

MINIATURE d'an des plus beaux mcmuscrils byzantins du XI " Siècle de la Bibliothèque Nationale. — Scènes de la lie rustique.

Tout danger n'étail pas écarté jhhu' l'empereur allemand. Il avait la vie sauve, mais, pressé ]iar la mort 'lui le traipiaii, il avait dû prendre refuge chez ses plus grands ennemis, ceux dont il venait d'envaliir si injustement le territoire sans provocation aucune. Il n'osa se nommer, redoutant le pire traitement au cas où il serait reconnu, tremWant d'être pour le moins conduit captif à Byzance. Mais le destin s'en mêlait. Sur le chelandion grec se trouvait embarrpié un ol'licier de fortune, d origine slavonne, nommé dans sa langue natale Xohinta, et Henri en allemand (I), qui avait jadis servi l'empereur. Il le reconnut aussitôt, eut pitié de lui, et durant qu'il était couché et que le protocarabos l'interrogeait, lui tit signe de ne trahir à aucun prix son incognito. Puis, lui-môme, beau parleur, alla raconter aux Grecs que l'homma qu'ils venaient de sauver était un des grands officiers de l'empereur d'Allemagne, son chancelier, celui qui avait à sa disposition le trésor impérial tout entier, que c'était donc une prise excellenli', et qu'on obtiendrait une grosse somme pour son rachat, mais qu'il fallait pour cela le ramener h Rossano, où se trouvait précisément la caisse impériale (2). C'est ainsi que le rusé Xolunta ipii, probablement, s'entretenait avec l'empereur dans quelque langue du nord inintelligible aux officiers du chelandion, réussit, en se donnant lui-même pour garant de ses promesses, à décider le protocarabos à faire voile avec son précieux fardeau pour la place forte byzantine que tenait encore l'arrièregarde de l'armée allemande, et où se trouvaient l'impératrice, le chancelier, une foule de hauts personnages, le service du train avec les bagages et le trésor. Le voyage, bien que court, dut être [dein d'angoisses pour l'empereur, si complètement isolé au milieu de ses ennemis, réduit à compter uniquement sur la foi de ce grossier officier de fortune. Celle-ci ne lui

(1) Voy. Aiuari, op. cit., 11. 32(), noie 3. En raison mûme de ces doux noms, Tliielinar désigne encore plus bas cet officier sous le nom de cBinomius».

(2) Ici j'ai suivi également le récit d'Alpert dans sa Vila Tlieodorici. Thietmar dit seulement que le Slavon reconnut l'empereur; que celui-ci, après avoir longtemps cherché ù cacher qui il était, finit par se nommer au protocarabos et lui demanda de le débarquer à Uossano pour qu'il put y prendre si femme et son trésor avant de quitter à jamais celte terre maudite où il était venu pour ses péchés. «Nous irons alors à Constantinople, dit-il, avec tous mes trésors, elles très pieux basileis mes beaux-frères m'y feront le meilleur accueil dans ma détresse et récompenseront largement celui qui aura ainsi sauvé les jours de leur allié. ï Le Grec, ayant accepté, mit à la voile pour Rossano. A partir de là, les deux récits concordent. Dans l'un comme dans l'autre, les Grecs sont joués par Othon qui leur brûle la politesse dès l'arrivée du bâtiment byzantin devant Rossano.

AliltlVEE D-OTUON II A ROSSANO 51»

fit point défaut. On navifjfua « nuit cl jour », ce qui signifie, pense Aniari, que le voyage dura un jour au moins, et on atteignit sans nouvel incident la rade de Rossano. Aussitôt Xolunta, se faisant descendre à terre sous prétexte de négocier la rançon, courut haletant trouver de la partde l'empereur son chancelier, l'évèque de Metz, qui, on l'absence de celui-ci, avait le commandement suj)rènie.

On vit bientôt le prélat accourir sur la plage avec l'impératrice éperdue. Une longue file de bêtes de somme suivait qui portaient, cria-t-on du rivage aux marins grecs, le trésor impérial (1). A cette vue, le protocarabos alléché ordonna de jeter l'ancre aussitôt, et l'évèque de Metz, s'élançant dans une barque avec quelques officiers, se fit conduire au chelandion. Les Byzantins, toujours plus sans défiance, le laissèrent monter à bord et s'entretenir avec l'empereur. Sous prétexte de faire honneur à l'impératrice, Othon alla endosser un costume de cour qu'on lui avait probablement apporté, et qui devait être plus léger que l'habit de guerre, la cotte de mailles avec laquelle il s'était embarqué. Tout en conversant aved'évêque, il se rapprochait insensiblement du bord du navire. Soudain on le vit d'un bond se jeter dans les flots, puis nager vigoureusement vers la rive. Un marin grec avait tenté de le saisir par son vêtement. Mais il tombe instantanément à la renverse, transpercé par l'épée du brave chevalier Liuppo, un des compagnons de l'évèque. Les autres Grecs, revenus de leur prodigieuse surprise, veulent s'élancer à leur tour, mais les autres suivants de l'évêtpie, mettant l'arme au poing, les repoussent. En même temps, de nombreuses barques se détachent du rivage pleines de guerriers allemands accourant au secours de leur prince. Cependant Othon, nageur intrépide, a déjà gagné la plage. Le tour était joué. « Ainsi », s'écrie Thietmar dont, à l'exemple d'Amari, j'ai surtout suivi le récit d'apparence si véridique (2), « ainsi les Danaens, qui avaient trompé toutes les nations de l'univers, furent trompés à leur tour. Quant à l'allégresse que

(1) Dans d'autres rôcits, cette file de bOtes de somme se réduit à un cheval de prix qu'on amène pour l'empereur. L'évCque parait sur le rivage avec ce cheval et quelques serviteurs. Aussitôt qu'il l'a aperçu, sans attendre sa visite, Othon saute dans la mer. — Dans le récit d'Alpert, l'évt^que n'accourt d'abord qu'avec deux seuls serviteurs, Itupo et Richizo, pour ne pas éveiller les suupçons des Grecs.

(2) Voy. Amari, op. cit., II, p. 327. Les récils des historiens arabes concordent avec celui

520 LES JEUXES J.WEES DE BASILE

témoignèrent les siens à l'empereur lorsqu'ils le virent revenu sain et sauf d'une telle aventure, je n'ai pas d'expressions pour la décrire. » Le même chroniqueur affirme que l'intention d'Olhon était de remplir ses engagements vis-à-vis du protocarabos byzantin et de le récompenser magnifiquement, mais que celui-ci, bouleversé par cette aventure, ne se fiant plus à la parole de son prisonnier, mit aussitôt à la voile et s'éloigna sans attendre son dû (1).

Othon II, en atteignant la plage, avait bondi sur le cheval qu'on lui avait amené. Eperdu de joie par cette délivrance miraculeuse après cette captivité pleine d'angoisses, bénissant Dieu pour cette grâce inespérée, il galopa à toute bride vers la cité, où il tomba dans les bras de l'impératrice et de tous les siens. Il paraîtrait même qu'à ce moment aurait eu lieu une scène caractéristique. L'impératrice Théophano, énervée par ses récentes inquiétudes, se serait laissée aller à tourner en dérision les armées de Germanie, d'où fureur d'Othon et dispute violente puis réconciliation tardive des deux époux. Ce serait, du reste, lunique fois qu'une querelle aurait éclaté entre eux (2), et l'évèque de Metz en aurait été l'instigateur. Lui, aurait, dans la suite, réussi à envenimer la (jurrelle en répétant à Othon les paroles de sa femme.

Tel semble bien être le plus ancien et le plus vraisemblable récit de celte impériale aventure à laquelle ne manquent ni les traits de l'audace la plus fabuleuse, ni ceux de la ruse la plus habile, ni ceux surtout du dévouement le plus sublime, dévouement allant chez le Juif jusqu'à la mort, chez le Slavon jusqu'à la fidélité la plus inébranlable. Les basileis et le parakimomène Basile, apprenant quel captif illustre leur avait

de Thietmar pour les premiers épisodes comme pour la fuite d'Othon. Dauties historiens ont raconté les faits un peu dilléreniment. Puis sont venues les interpolations de Pratilli à la Chronique de la Gava, interpolations qui ont un instant tout embrouillé.

(1) Jean Diacre, le chroniqueur vénitien, dit que l'empereur fut retenu trois jours eu tout sur le chelandion byzantin. — Alpcrt a donné beaucoup de détails évidemment inventés; tels les exploits des deux compagnons de l'évèque de Metz, Itupo et Richizo, sur le pont du chelandion byzantin.

(2) .Mystakydis. op. cit.. p. 31. Il est fort curieux de remarquer, dit cet auteur, qu'à partir de ce moment et jusqu'au mois de juillet de l'année suivante, le nom de l'impératrice ne figure plus sur aucun diplôme impérial à côté de celui de son époux, comme c'était si souvent le cas auparavant. — Voy. encore Moltmann. op. cit., pp. 59-64, qui fait la même remarque et accuse aussi l'évèque de Metz d'avoir fait tout le mal. Toute cette histoire de la querelle des deux époux et de la part d'influence de Théophano dans cette expédition est bien obscure, de même les raisons de la brouille de l'impératrice avec l'évOque de Metz.

TABLEAU reliijaairc tij/iun^in avec Cigares vn email ihi X"" Sir.cle.— Collection du comte Gr.

Stroyanov, à Rome.

A II m y Et: horiios i hossaso 521

t''clia]iiH' lie la s;nrli' aprrs rlrr ilciuriin'' hiiil il'liciiros 011 leur |i(iii\nir, (lurent éprouver une \iiiiente colère. Plus lanl eellr liisloire, (l(''jà si merveilleuse par elle-niènie, a élé ampliliée cl travestie jiar d'infidèles écrivains désireux de lui donner une saveur plus romanesrpie encore.

De cette bataille afTreuse où succomba la iortune jusqu'alors sans cesse grandissante de la maison de Saxe, beaucoup de détails demeureront à toujours obscurs, tant nos informations au sujet de ce grand drame

FAC-SIMILE des dfrnières lif/ncs d'an diplôno autographe en date de !IUi), sijné de Jean /!', hypatos (consal I et duc de Niiples sous le règne de Basile IF, conservé aur Archh-cs de Naples.

sont rares, incomplètes, parfois contradictoires. J'ai longé ces beaux rivages par une éclatante matinée de printemps. Une barque aux rameurs pittoresques m'a porté du petit port de Cotrone à la plage déserte où blanchit au soleil la colonne solitaire, dernier débris du temple de Junon. J'ai vainement tenté de retrouver en esprit ce point précis de la rive où les cavaliers du Magiiieli lonilireiit à l'improviste sur la chevalerie du nord, où le lier empereur d'Allemagne, pour échapper à ses ennemis, se précipita par deux fois dans les tlots de la mer, renouvelant les prouesses des héros antiques; j'ai dû me résigner à passer nion chemin, sans emporter même cette satisfaction fugitive.

Dans un manuscrit grec du x' siècle de la Hibliutlièipie du Vatican, copié par un prêtre de Malvito, autrefois évèché, aujourd'hui petit village de la vallée de TEsaro, on lit dans un graflite contemporain du manuscrit ces mots en grec : « En juin de l'an du monde G490 (982 de l'Ère chrétienne), le Franc descendit en Calabre, attaqua les Sarrasins et en fit un grand

carnage, après quoi le Franc retourna en Italie et les Sarrasins en Sicile ». C'est une allusion contemporaine curieuse à l'expédition d'Othon II (1).

L'armée de Germanie était entièrement débandée. Tout ce qui n'avait pas été tué ou pris, fuyait dans toutes les directions, poursuivi par les cavaliers d'Afrique. L'empereur si miraculeusement délivré, l'impératrice, l'évèque de Metz et leur suite quittèrent presque sans escorte, dans la plus grande hâte, Rossano et la Calabre. Ce fut probablement à ce moment que Mileto, alors encore localité médiocre, fut quelque temps occupée par les Allemands, ainsi que l'indique Ibn el-Athîr (2). Le 27 juillet, Othon, complètement abattu et découragé, semble-t-il, et qui, le 20 ou le 22 juillet, était encore à Rossano, se trouve déjà àCassano sur territoire salernitain. Le 18 août, nous le voyons à Salerne même (3). Le mois suivant, il se rendit à Capoue où il devait faire un plus long séjour. Il avait à y prendre d'importantes mesures, rendues nécessaires par la mort à la bataille de Stild ilu prince Landolfe, mort ipii laissait sans seigneur la principauté de Capoue, le duché de Spolète et la marche de Camerino. L'empereur nomma à la principauté héréditaire de Capoue le quatrième fils, encore mineur, de Pandolfe Tète de Fer, Landenolfe, sous la tutelle de sa mère Aloara. Spolète et Camerino, détachées de Capoue, furent données à un allié de la famille de Pandolfe, l'intrépide Thrasemond. En outre, comme l'empereur, dans la fâcheuse situation où il se trouvait, avait le jiius grand intérêt à maintenir à tout prix dans sa fidélité le prince Mansone de Salerne, il crut devoir se rendre, une fois encore, de sa personne dans cette principauté vers la >'oëI. Dans les premiers jours du mois de janvier 983 seulement, il repartit enfin pour Rome. Il y demeura jusqu'à Pâques, accablé par sa défaite, aussi par la mort de son bien-aimé compagnon le duc Othon de Souabe, survenue en novembre à Lucques sur la route du retour, déjà

(1) BatilTol, op. cit., p. 88.

(2) Fr. Lonorraant, La Grande Grèce, III, p. 259.

\3) La vie du saint grec sicilien Sabas le Jeune (voy. Cozza-Luzi, op. cil., p. 63) raconte qu'Othon emmena comme otage le flls du prince de Salerne et que saint Sabas. sur les supplications de ce dernier, se rendit à Rome et obtint de l'empereur, qui s'y trouvait en ce moment, qu'il relâchât son prisonnier.

Saint Sabas le Jeune vint encore une fois à Rome {op. cit., p. 66), cette fois-ci pour y mourir en février 'J~5. Il fut hébergé au monastère de Saint-César de la voie Appicnne et fut bien accueilli par l'illustre évêque Jean de Plaisance, chancelier de l'empire germanique, qui se trouvait en ce moment dans la Ville éternelle.

njA'DEIi, FII.S DADOUI.-KASSEM 523

uniqucmenl occupé des préparatifs d'une nouvelle et plus formidable expédition vengeresse en Calabre.

Jusqu'ici j'ai négligé de dire ce qu'étaient devenus les Sarrasins vainqueurs à Stilo. Dja'lx-r, le fils d'Ahou'l-Kasseni, avait pris le comniandemoiil à la mort de son père. Bouleversé par cet événement, probablement fort pressé de rentrer à Palerme pour y devancer les compétiteurs possibles, il avait, après la fin du combat, fait immédiatement sonner le ra})pel, ne laissant même pas à ses guerriers le temps de piller les morts, de ramasser les armes innombrables éparses sur la rive et dans la campagne. Puis il avait repris la route de la Sicile. Cette retraite en pleine victoire était, pour la malheureuse Calabre, un coup de fortune inespéré. On ne nous a même pas dit si, dans sa hâte extrême, Dja'ber songea à rapporter dans son ile le cadavre de son glorieux père ; toutefois, étant données les pieuses coutumes musulmanes, le fait paraît certain. Mais si le fils put se montrer oublieux, il n'en fut point ainsi de la voix populaire, qui salua du beau titre de « martyr de la Foi » lémir mort au champ d'honneur cl lui fit cette oraison funèbre admirable, que rapporte Ibn el-Athir : « Il fut juste, de mœurs aimables, plein d'amour pour ses sujets, affable, charitable ; il ne laissa aux siens ni un denier d'or ni un dirhem d'argent, ni un pouce de terre, ayant disposé de tout son bien en faveur des pauvres et des œuvres de bienfaisance ».

Cependant la nouvelle de cette immense catastrophe s'était presque instantanément répandue par l'Europe entière et y avait causé la plus incroyable stupeur, l'impression la plus profonde. Une légende s'établit aussitôt, grossissant encore, amplifiant à plaisir ces faits déjà si extraordinaires (1). De toutes parts, cette terrifiante nouvelle produisit des contre-coups immédiats. En Allemagne, la douleur fut à son comble

(1) Voy. Giesebrecht. Jahrhuch des Deutsclien Reiches iinter d. Ilerrsch. K. Ollos II, Ejctirs XII, pp. 104-110, et A7//, pp. 170-173, pour tous ces récits Kgondaires qui ont petit à petit transformé la déroute de Slilo en une victoire complète des Allemands. Voy. surtout le premier de ces excurs pour l'étude et la critique des sources authentiques concernant l'histoire de l'évasion quasi miraculeuse d'Olhon.

Au moyen âge celte légende de la victoire complète des Allemands était si bien enracinée qu'Othon H était connu surtout sous le surnom de Pallida mors Sarracenoruin. — Voy. aussi dans VEj'ciirs XIII les considérations sur le prétendu ban(iuet sanglant célébré à Uomc par Othon sanguinarius, ivre de vengeance. — Voy. encore Geschichte der deutschen Kaiserzeil du mCme auteur, t. 1, p. 8i9. notes aux pages 597 et 398.

jusque dans les villages les plus reculés, en Saxe et en Tliuringe surtout. Vers les frontières du nord et de l'est de l'empire, les Danois et les Wendes, comprenant que la puissance des Saxons abhorrés était gravement atteinte, reprirent les armes pleins d'espoir. Vers l'extrême sud, la situation eût été bien plus grave encore et tout eût été à redouter de la part des Sarrasins vainqueurs si, par une circonstance vérilablemonl providentielle, le noble émir de Palerme, l'ennemi acharné des chrétiens, n'était venu à périr dans ce combat où ses guerriers avaient remporté une si complète victoire. Non seulement cet événement jeta le découragement parmi les Arabes de Sicile, mais, en brisant leur niiiti'. il ne leur permit pas de poursuivre aussitôtleurs succès contre les Alleiuands el de recueillir ainsi les fruits de leur triomphe. Le Khalife fatiniite Al-Azis se refusa en effet à reconnaître nja'luT jKiur successeur de son illustre père dans l'émirat de Sicile, bien que le jeune prince se lût fait proclamer aussitôt. Il investit de ce haut commandement un de ses favoris à lui du nom de Djafar. Une autre condition heureuse pour les Allemands fut que le rapprochement, bien fragile du reste, opéré en face du danger commun entre Arabes et Byzantins, se trouva aussitôt détruit par le fait de la disparition de ce péril même.

Les circonstances n'en demeuraient pas moins fort critiijues, parce que, dans tout le sud de la péninsule, malgré le peu d'aide ipi'un pût en ce moment espéi'er de Constantinople. le parti grec avait repris courage de toutes parts après le désastre si complet des guerriers de Germanie et déployait l'activité la plus extrême.

L'Apuliecomme la Calabre étaient subitement retombées en entier aux mains de leurs anciens maîtres, toutes les garnisons allemandes s'étant précipitamment retirées vers le nord; et dans les principautés longobardes privées du bras puissant qui les avait si longtemps gouvernées, l'inquiétude, le trouble, l'anarchie grandissaient chaque jour. Dans l'Italie septentrionale et centrale seulement, la présence encore formidable de l'empereur d'Occident empêchait tout mouvement hostile, mais à mille indices on devinait que l'effroi des armes allemandes n'était plus le même en ces régions.

De toutes parts, par contre, arrivèrent d'Allemagne au jeune souverain

CI/.i.Ml' DE MM DE VEHONE

iliii (liiils témoignages do lidéliti' <imc lui adressaient ses grands vassaux et (jui lui mirent quelque baume au cœur. Décidé à l'action la plus vive pour venger terriblement sa défaite, le vaillant prince, qui avait enfin retrouvé son ('quilibrc après ce chnc cruel, convoqua déjà pour le mois do juin à

mosaïque du tombeau de l'empereur Otiion If, représentant le ChrUt entre les apôtres Pierre et Paul, an des débris encore subsistants dans les « Grottes vaticanes >■ du monument élevé à Rome à son époux par la piété de l'impératrice Théophano d'Allemagne.

Vérone une assemblée solennelle de tous les princes et seigneurs d'Allemagne et d'Italie. Il semble à ce moment aussi s'être réconcilié avec Théophano, avec laquelle il était en froid depuis l'altercation de Rossano (1). A la voix de son jeune chef, toute la noblesse de Germanie presque sans exception passa les monts, et la ville de Vérone vit bientôt réunie dans ses antiques murailles, sur les rives de l'Adige iinpriiicux, la plus auguste assemblée, tous les grands, tant laïcpits <iu'ecclésiastiqucs, de Saxe, de

(1) Mollmann. op. cit., p. Oi.

Franconie, de Souabe, de Bavière, de Lotharingie, tous ceux de Lombardie et des terres romaines, tous ces hommes vaillants, de nation, de langue, de coutumes si diverses, tous consternés par ce grand désastre, brûlant de le venger, tous groupés autour de leur empereur bien-aimé, demeuré plein d'énergie malgré ses malheurs, de sa belle compagne l'impératrice Théophano, de sa mère l'impératrice douairière Adelhaïde, alors encore dans la force de l'âge, de son fils le petit Othon III âgé de trois ans, de sa sœur Mathilde, la sainte et vertueuse abbesse de Quedlinbourg, de sa cousine la très prudente Béatrice, fille du duc Hugues le Grand, épouse de Frédéric, duc de Haute Lotharingie.

Le Reichstag de Vérone fut caractérisé par la préoccupation très visible de l'empereur de considérer désormais ses terres d'Italie et d'Allemagne comme ne constituant qu'un seul et unique empire. Sur son désir exprès, les grands vassaux des deux nations y proclamèrent solennellement « roi de l'empire de Germanie et d'Italie » le petit Othon et il fut convenu que cet enfant recevrait plus tard la couronne à Aix-la-Chapelle à la fois des mains du premier archevêque d'Allemagne et de celles du |)remier archevêque italien.

Pour pouvoir se consacrer plus complètement aux préparatifs de la guerre i)rochaine, Othon nomma encore régente pour la Lombardie sa mère Adelhaïde, lui désignant Pavie pour résidence. Hugues, fils du margrave Hubert et parent de l'impératrice douairière, fut investi à nouveau du commandement de la marche de Tuscie, dont il avait été dépouillé jadis. Il devait bientôt devenir un des plus puissants champions de la maison de Saxe en Italie.

Alors seulement l'ardent empereur put se livrer avec toute son énergie à ses préparatifs de vengeance, reprendre tous ses plans de lutte contre les Arabes et de conquête définitive de l'Italie méridionale. Ne pouvant compter aussi complètement qu'il l'aurait voulu sur le concours de ses vassaux d'Allemagne qui avaient déjà la tâche de protéger l'empire sur ses frontières du nord et de l'est, il résolut de se former une armée surtout italienne. Par toutes les provinces de la péninsule, les hommes qui devaient le service militaire furent convo(jués sous les bannières de 1 empereur. Othon se flattait de jeter Inute l'Italie sur la Sicile. Sérieusement

AFFAIRES DE VE.XISi: 527

il songeait, « comme jadis Xcrxès (1) pontifiant l'ilellcsiiont », s'écrie le moine de Saint-Gall, une fois qu'il aurait conquis la Calabre, à jeter un pont sur le détroit de Messine pour pouvoir ainsi plus facilement attaquer les Arabes chez eux.

LebrillantRcichstag de Vérone fat clos vers la fin de juillet. Le jeune empereur y avait déployé la plus grande activité, dont témoignent les nombreux actes (pii y furent dressés par son ordre. On ne se sépara pas toutefois sans de fâcheux pressentiments. Le vém-ralilo abbé Maïeul de Cluny, ce saint homme qui passait pour un voyant, saisit un jour les mains d'Othon, le suppliant de ne pas retourner à Rome, où il trouverait son tombeau. Mais le jeune héros ne songeait pas un instant à reculer. 1! jetait sans crainte dans la balance l'enjeu de sa vie, tout entier aux glorieux projets qu'il s'était proposés pour but de son existence. Ses fidèles guerriers allemands prirent congé de lui et, faisant escorte au petit Othon III, repassèrent les monts.

L'empereur, toujours suivi de l'impératrice Théophano, se rendit alors par Mantoue à Ravenne. Dans cette ville, il fut iVirl occupé de régler la situation de Venise, bouleversée par les luttes intestines qui avaient suivi le mas.sacredu tyrannique doge Pierre IV Candiano, le 12 août 976, celuilà même qui, bien que demeuré depuis !)67 le fidèle vassal d'Olhon, avait entretenu avec Byzancc les plus amicales relations et signé en 'J7 i la convention destinée à prohiber tout commerce d'armes et de bois de navires entre Venise et les Sarrasins (2). Le jeune fils de Pierre avait péri avec lui. En même temps, dans un effroyable incendie allumé par les émeutiers, avaient brùii' le palais ducal, l'église Saint-Marc (3) et plus de trois cents maisons.

Déjà au Reichstag de Vérone, dans la journée du 7 juin, Othon, pardonnant le meurtre de Candiano, avait conclu à nouveau alliance avec le doge et la jeune République qui naissait à la puissance. Il avait le plus grand besoin de son aide, puisque, seule avec Amalfi, elle se trouvait à cette époque en état de lui fournir les vaisseaux indispensables à la conquête

>!} Le chroniqueur dit pur erreur « Darius .

(2) Voy. p. 2S9.

(3) Lors (le la reconslruclion de cet édifice par le doge Pierre Orseolu, le Clironicon Venetum «lit iiniin tableau d'or et d'argent fut commandé à Constantinopic.

de la Sicile. Elle, de son côté, volontairement oubliense de ses antiques relations de vassalité avec l'empire d'Orient, avait reconnu la suzeraineté du césar germanique. En échange, celui-ci lui avait accordé les privilèges commerciaux les plus étendus dans tous ses Etats italiens et autres. Comme, en outre, une révoliilinn nouvelle avait éclaté dans la ville et que la faction contraire ou faction byzantine, conduite par les Morosini, avait triomphé des partisans de l'alliance germanique, l'empereur s'était vu dans l'obligation de fournir à ces derniers, dont les chefs, tous membres de la famille Kaloprini, étaient venus l'implorer jusqu'à Vérone, le moyen de l'entrer victorieux dans leur patrie. Tandis qu'à l'aide des secours qu'il leur avait donnés, ceux-ci bloquaient par terre Venise, l'empereur quitta Ravenne.

La campagne contre les Arabes de Sicile était une seconde fois ouverte. L'armée impériale, longeant le rivage de l'Adriatique, s'avança rapidement vers le sud, en apparence insouciante des ardeurs d'une température estivale. Le 24 août déjà, l'empereur, paraissant vouloir éviter cette Rome qui devait lui être fatale, campait sur les bords du Trigno, rivière qui coule à travers la terre des Abruzzes. Le 27, il était à Larino, sur le Riferno (1), dans la province actuelle de Molise, à deux pas de la frontière byzantine. Au lieu de la franchir, il dut, hélas, accourir à Rome où le pape Benoît VII se mourait lentement. A tnul piiv il fallait empêcher la faction hostile à l'empire de lui donner un successeur de son choix. Benoît n'expira qu'en octobre (2), après neuf ans de pontificat, et Othon fit élire à sa place son plus dévoué serviteur, l'évèque Pierre de Pavie, ancien archichancelier de l'empire, qui prit le nom de Jean XIV. C'était un grand succès pour la politique impériale allemande. Mais le sort contraire s'en mêlait et les plus graves nouvelles arrivèrent malheureusement à ce moment de Germanie à l'empereur. Les frontières du nord et de l'est étaient en feu. Les Danois et les Wendes, retournés au paganisme, s'étaient jetés sur les terres de l'empire, sur la Saxe jusqu'à l'Elbe, prenant et brûlant les villes, dévastant et massacrant. Le danger était extrême.

(1) Voy. Giesebrecht, op. cit., pp. 849-830.

(2) L'inscription funéraire de ce souverain) pontife se voit encore dans l'église de Santa Croce.

MOnr DOTIION II

SCEAU oa BULLE DE i'LOMB <h Munsone lU. palrice impérial et duc d'. Imai/i, lassal des basileis Jean Tzimiscés et Basile Il voy. p. 503. — (Ce sceau unique est consen-é dans la collection Corfisieri à Rome.)

Tant (le préoccupations, laiil ih- calamités dépassèrent les forces déjà très aflaiblies du jeune souverain. Les Grecs d'Italie comme les Sarrasins de Sicile, île nouveau si gravement menacés, allaient pouvoir respirer. Comme (tlhon se disposait à rejoindre son armée qui l'attendait sur l'extrême frontière d'Apulie, il lonil)a gravement malade de la dysenterie. Voulant guérir vile, il absorba des médicaments à trop haute dose. Bientôt la lièvre devint ardente. Tout espoir disparut. Lui-même ne se fit aucune illusion et prit ses dispositions suprêmes. Il mourut au Palais impérial de Saint- Pierre, environné de ses compagnons de guerre éperdus, assisté du pape, des cardinaux, des évêques, de sa femme l'impératrice Tliéophano, après avoir confessé sa foi à haute voix en langue latine et reçu l'absolution et la communion. C'était dans la journée du 7 décembre 983.

Il n'avait que vingt-huit ans, ayant été roi presque toute sa vie, empereur pendant dix-sept années. Durant les dix dernières, il avait régné seul. Il fut enseveli au milieu de la douleur universelle, dans un sarcophage antique, dans le vestibule de Saint-Pierre. Seul de tant de césars germaniques, il reposa dans la Ville éternelle auprès de ces papes que lui et son père avaient faits et défaits. Ses cendres subsistent encore aujourd'hui dans ces souterrains augustes qui ont nom les Grottes vaticanes, elles pieux pèlerins d'Allemagne y admirent toujours la précieuse mosaïque, probablement commandée par Théophano à des artistes byzantins, qui représente Notre Seigneur entre les saints Pierre et Paul (1). Elle décorait le monument primitif élevé par sa femme à la gloire de ce noble empereur dont la naissante fortune sombra si tristement sur la radieuse et funèbre plage de Stilo 2).

Avec l'infortuné Othon II, mort sans avoir jiu tirer vengeance des

(1) Voy. la vignette Je la p. 525.

(2) Sur le tombeau d'Othon II voy. fjregorovius, op. cit., III, pp. 387 sqq.

Sarrasins d'Afrique, s'évanouit à jamais la gloire de la maison de Saxe, la plus puissante du monde à cette époque. Le sceptre des empereurs tombait aux mains d'un enfant, le petit OthonlII, son fils unique (1). Les Byzantins triomphaient. Si leurs jeunes basileis eussent été matériellement en état d'utiliser à ce moment la grande victoire de l'Islam à Stilo et la mort d'Othon II, l'emjiire d'Orient eût peut-être réussi, comme l'a fort bien dit Gregorovius, à réinstaller pour un long temps ses exarques à Havenne, et à Rome des papes de son choix.

De tous ces événements qui tant agUrreul l'Italie méridionale à cette cpoijuc, qui durent avnir nn si grand retentissement à Constantinople et lanl occuper les conseils du Palais Sacré, qui surtout durent j)rocurer de si cruelles insomnies aux malheureux gouverneurs byzantins des thèmes péninsulaires, abandonnés avec des forces si réduites en face de si grands périls : de tous ces événements, je l'ai dit, les chroniqueurs byzantins ne soufflent mot. C'est comme s'ils n'avaient jamais ouï parler de la grande expédition d'Othon II. de la prise de Bari par les guerriers allemands, de leur rapide conquête des villes d'Apulie, de la grande catastrophe surtout ([ui ruina si misérablement tout ce beau début des armes germaniques. De tout cela nous ne saurions absolument rien si les chroniqueurs occidentaux et arabes n'avaient pris à tâche de nous renseigner quelque peu. .Mais naturellement ceux-ci ne nous ont parlé que de ce qui se passait dans les armées d'Othon II ou dans celles d'Abou'I-Kassem. De ce qui se passait dans celles des très pieux basileis nous ne savons pas un mot, pas même le nom des chefs. Ce n'est que par de rares allusions éparses dans les récits des chroniques italiennes ou siciliennes que nous parvenons à glaner quelques maigres indications. Nous ne savons même ni quand ni comment Unit l'administration du magistros Nicéphore. Nous ne savons pas davantage, je l'ai dit plus haut (2). ce qui se passa réellement entre Byzantins et Arabes réunis contre le péril commun du

(1) La Greciiue Tliùciphaiici avait doiiiiù encore trois liilrs à son iM)iiérial i-poux : .Vilelhaïdo el Sophie, qui, pour répondre aux vœux de leur mère, embrassèrent plus tard la vie monastique et furent abbesses de Quedlinbourg et de Gandersheim, et Mathilde,qui épousa Khrenfried, fils du comte palatin Hermann de Lotharingie.

(2) Voy. p. 503.

l':VÉNEMENTf! .^i:CO.\D.lll!ES DE-i TIfÉMES D ITALIE :.:it

nnril. Sciilemi'iil loute idée (runc alliaiicc rui-nicllc t'iilrc les deux juiissaïu'és, iili'i' loiii^lciiiiis iicn'|ili''c sur l:i loi il(; suiirrcs falsiliik-s, doit tMiL' déliiiilivemenl abandonnée. Pour le reste, nout; en sommes réduits à des sup|iositions. Certainement il y eut action commune motivée par des intérêts comimins, mais action uniquement di]ilomali<|ue, se manifestant ilii ciMi' (les Byzantins par des envois de subsides i;. H ne paraît pas que, sur aucun point, les troupes byzantines aient combattu à côté des troupes araiies. Les garnisons grecques se défendirent ninllcnicnt en Apulie contre l'attaque formidable des Allemands, et sur la pla|;v de Slilo, les bataillons sarrasins se trouvèrent seuls en jirésence des forces germaniques. 11 est vrai que les deux chelandia byzantins du port de Rossano qui tant excitèrent l'admiration du cbroniqueur Thictmar suivaient de loin b-s opérations des deux armées, mais, malgré qu'en dise cet blstorit^n, ils semblent avoir tenu dans cette circonstance un rcMe de simple obsiMvation, non celui de belligérants.

Outre les indications déjà données au cours de ce récit, voici encore quelques maigres renseignements empruntés à diverses chroniques et qui sont relatifs à l'histoire des thèmes byzantins d'Italie durant ces premières années du règne commun de Basile II et Constantin depuis 976, date de leur avènement délinilif, jusqu'à la fin de 983, date de la mort d'Othon II :

Kn 978, suivant la Chronique du protospathaire Lupus, était mortl'arclievèque Jean de Bari qui eut pour successeur l'archevêque Paul (2).

En août 979, toujours d'après la même C/iroiiit/ue, un certain protospathaire Porphyrios tua l'évèque d'Oria dans des circonstances que nous ignorons. Les Annales dites de Bari placent à la même année la fondation du monastère de Saint-Benoît de cette ville jiar le M'iK'rable ablié Hiéronymos (3).

Le iirotospalhairc Lujnis dit encore (jue vers rann(''e 980 le patrice Kalocyr Delphinas était à la tète de l'administration impériale en Italie. Peul-èlre ('lail-re ce cali'pano qui avait snccédi' au uiagisiros Xic(qdiore ?

(Ij Li'S Aralios, « souJoji-s par Basilo », ballirenl Oïlion au lap ili's Culonncs {Chronin>n ventlum noca/c.VI, ['.i. cl llopiilain, Osl., II, 9'.

(2 Voy. Ilii'scli, l)f lliili.r inferioris antialibus, p. 7. (3) lijid.

532 LES JECXES A.WEES DE BASILE

iS'oiis ne savons presque rien de son gouvernement. Ce fut lui qui organisa la résistance à l'invasion allemande de il82. Très vraisemblablement même il avait dû être envoyé de Constantinople à cette intention avec des trouj)es de renfort dès qu'on y eut été informé de l'arrivée d'Othon II en Italie en 980 et de ses projets si menaçants pour la sécurité des thèmes de Calabre etd'Apulie. Les dates concordent. Kalocyr Delphinas parait s'être acquitté assez mal de la tâche qui lui avait été confiée, puisque les villes delApuliepas plus queBari sa capitale, résidence du catépano, n'offrirent de résistance sérieuse, mais tombèrent successivement aux mains d'Othon. La diiroute des Allemands au cap Colonne vint très heureusement tirer le général byzantin de la cruelle extrémité dans laquelle il se trouvait. Grâce à ce complet désastre des guerriers d'Occident, ses troupes purent rentrer aussitôt dans toutes les villes qu'elles avaient perdues. Dans un documiMil en date du mois d'août de l'an 983, le seul que nous connaissions de ce catépano, adressé par lui à l'évèque grec Rhodostamos et conservé aux Archives de la cathédrale de Trani (1), il déclare qu'il a été tout spécialement chargé par les très pieux basileis de recevoir à composition tous ceux qui, dans les thèmes d'Italie, désirent rentrer en grâce auprès de leurs souverains à la suite des récents événements. Il rappelle qu'il a dû faire le siège du kastron de cette cité pour la reprendre aux ennemis de ses seigneurs, et que son entreprise a été couronnée de succès. En conséquence, il confirme dans son siège ledit évèque demeuré fidèle aux basileis dans ces circonstances douloureuses. Il signe ce document de ses titres d'anthypatos, de patrice, de catépano d'Italie, et déclare qu'il y a appeudu sa bulle de plomb aux types accoutumés. Bien que ce précieux parchemin ne fasse pas directement allusion aux Allemands, la date du mois d'août 983 est là pour indiquer que c'est bien sur ceux-ci que Kalocyr Delphinas a repris Trani, la garnison installée lors du passage de la grande armée impériale germanique ayant probablement tenté de tenir bon après le désastre du cap Colonne. Nous aurons à reparler, dans la suite, de ce personnage qui gouverna l'Italie byzantine jusqu'au delà de l'an 980 et qui, un peu plus tard, compta pai-mi les plus énergiques partisans du prétendant Bardas Phocas. Peut-être avait-il dû sa nomination en Italie à (1) Voy. Beltrani. op. cil., pp. xxiv et 11 'loc. VUI).

Page 1