I::VENEME.\TS SECOXDAlHEs DES THÈMES DITM.IE
l'influence, déjà 1res iniissiuilc ;i te monienl, du fameux domestique des Scholes d'Anatolie.
A l'année 081, les Annales dites de Bari notent une guerre entre les habitants de Siponto et ceux d'Ascoii (1), probablement queKpie lutte sans importance et toute locale entre les milices de ces deux cités, situées à peu de distance l'une de l'autre.
A l'année suivaiile, iiniis vernuis un certain Sympathikios, stratigos (lu thème de Longobardie (2), signer un diplùnic ipii est aujnurd'liiii encore conservé aux Archives de Naples (3). Ce l'onclionnaire a certainement été un des lieutenants du catépano Kalocyr Del[>hinas dans la lutte contre les envahisseurs allemands dans ces années 982 et 983.
Par la lecture de la Vii- de saint Xil, par celle des autres documents hagiographiques contemporains de même ordre, aussi par l'étude des monuments, nous arrivons toutefois à nous procurer encore (juelques autres indications précieuses sur l'existence, les mœurs, les coutumes de ces populations byzantines des deux thèmes d'Italie durant cette fin du x° siècle. On entrelenait les plus étroites relations avec Constantinople et Salonique. Les couvents basiliens correspondaient avec l'Athos, avec le fameux grand monastère de Stoudion, pépinière de moines érudils et d'esprits distingués, avec toutes les autres grandes communautés monastiques de l'empire en Orient. Leurs religieux allaient fréquemment en pèlerinage aux Lieux saints. Même, malgré l'hostilité presque constante, suite des exigences de la politique, les Grecs de Calabre et de Longobardie se trouvaient également en perpétuel commerce d'échange et de bons procédés avec l'Italie longobardeet jusqu'avec Rome. Saint Nil, à l'époque où il résidait encore aux monastères de Mercure, fut, nous l'avons vu, dépèciié dans cetti' ville par son higoumène pour acheter des livres. De même, plus tard, lorsqu'il quitta définitivement le sud de la péninsule, fuyant devant les Sarrasins, il fut reçu comme un compatriote par le prince de Capoue, comme un frère par les Bénédictins du Mont-tiassin, qui 1 installèrent dans un de leurs prieurés.
(1) I Hoc aiino feceninl bfltiim Sipontini et Asciilenses in vado Somih). »
(2) C'était, on le sait, le nom officiel de l'Apulie.
(3) Voy. p. 337.
Dans mon Histoire dn basileus Xicéphore l'hocas, j'ai insisté longuement sur cette question de la grécité si complète de l'ApuIie et de la Galabre dans cette seconde moitié du x° siècle. Même dans les quelques villes de ces deux thèmes demeurées foncièrement latines, on voit l'influence byzantine se faire vivement sentir. Bari, toute latine qu'elle se fût maintenue, n'avait pas écliappé à cette influence. La présence du catépano, chef suprême de l'Italie byzantine au nom des basileis, les nécessités de transactions commerciales incessantes avec Constantinople et les autres grandes villes maritimes de l'empire, avaient peu à peu amené et fixé dans cette populeuse cité une nombreuse et imj)ortante colonie de familles grecques riches et puissantes. Bien longtemps après, on y trouvera encore une église de Saint-Nicolas des Grecs. Brindisi, ruinée, nous l'avons vu, paa- les Sarrasins en 'J77, rebâtie plus tard par le catépano Lupus Protospatha, eut des évêques grecs jusqu'à la conquête normande, assure Nil Doxapatris (1). Dans Trani, elle aussi rebelle à l'influence grecque et où, comme à Bari, le rite demeura toujours latin (2), nous trouvons l'église byzantine de Sainte-Marie « de Dionisio », avec la précieuse inscription encore existante d'un turmarque du nom de Deuterios. Naples, grande ville latine, gouvernée par un duc byzantin, comptait des paroisses grecques, dont une de Sainte-Marie « in Cosmedin » et au moins un monastère grec des saints Sergios et Bacchus. Son atelieimonétaire, comme ceux de tous les princes longobards voisins, frappait monnaie à l'imitation exclusive des types byzantins. Même toute l'Italie méridionale usait de préférence de la monnaie d'or, d'argent et de bronze des basileis. Dans son intéressant volume consacré à l'Abhavede Rossano.
(1) Voy. dans Bellraiii, op. cit., pp. xx sqq. et 6 (iloc. VI), un très curieux bref latin conservé aux Archives de la cathédrale de Trani, daté du mois d'avril de la huitième Indiction de la dix-septième année du règne de Basile II et de Constantin (avril a70), promulgué au nom de Jean, archevêque de Canosa et Brindisi (voy. p. a31}, concernant un certain .Maraldus, fils du spatharocandidat impérial Inquintos (?). Voy. ibid., p. 1 doc. Vil), un autre acte en latin, conservé aux mêmes Archives, daté de la quarante-troisième année du règne de nos deux basileis, par lequel Smar.agdos, juge de la cité de Trani, confirme un document daté de la vingtième année desdits empereurs (OI'J), dans le((uel il est question de .\Iusando ('.'), fils de ce Maraldos.
(2) Cependant, d'après le document adressé à l'évèque de cette villi |p;ii- KalocyrDelphinas, document cité il la p. 532, il semble bien qu'à ce moment du moins ci'l évr-clié fut grec. Voy. Bcltrani, op. cit.. p. xxiv.
DoccMi:.\T^ nyzASTixs 535
l'abbé BatilTol (1) a signale d'autres exemples encore de cette influence byzantine si complètement prépondérante à cette époque dans tout le sud de la jiéninsule: mais je ne veux pas sortir des limites des thèmes byzantins d'Italie pro[irenuMit dits.
Ces documents, d'autres encore, malheureusement bien rares, nous font deviner combien dure et tyraiinique était celle administration impériale dans ces provinces cependant si passionnément attachées à la mère patrie. Le basileus, représenli' par ses impitoyables stratigoï, était un souverain sans entrailles dans son dominium. Les reipublicx hactionarii étaient d'une cujiidité, d'une dureté intolérables. Qu'on se rappelle ce « juge des thèmes d'Italie et de Calabre » auquel saint Nil refusait de faire aucun })résent et ce qui s'ensuivit (2). En Calabrj, les soulèvements sont fréquents contre les stratigoï accablant le peuple d'impôts. La fraction latine de la population était surtout pleine d'animosité et de rancune contre ces fonctionnaires odieux. Pour tout éloge de l'évêque Byzantios de Bari, mort en 1035, le chroniqueur anonyme de cette ville disait : «Il fut un très pieux père pour les orphelins, mais il se montra terrible et sans crainte contre tous les Grecs (3) ». De là, au xi° siècle, nous le verrons plus loin, les continuels soulèvements de « conterati » ou paysans révoltés contre l'autorité centrale ; de là, nous le verrons encore, la fameuse insurrection du patriote Melo qui sonna le glas de la puissance byzantine en Italie, révolte encouragée par le pape Benoît VIII et par l'empereur Henri II lui-même; de là encore, lorsque les catépanos, ne parvenant plus à assurer la frontière du nord, eurent été forcés de prendre des Normands au semce de l'empire et de leur confier la garde de Melfi et de Troia, de là encore, dis-je, l'attitude d'Ardouin, leur chef, « lequel, feignant qu'il estoit dolent de la grevance que les gens de Longobardie souffroient de la seignorie de li (Irex, lor promettoit de vouloir fatiguer et travailler pour lor délibération ».
Les Archives de l'Ilalio, celles de Naples surtout (4), si riches encore,
(1) Page XVIII (le l'Inlroduction.
(2) Voy. p. ils.
(3) « Kuit piissiiiius pater orfanoruni, alque terribilis ol sino metu contra omnes Gi.rcos.v
(4) Archives royali^s. Uibliolhèiiue de la Soc. hist. napolitaine. Bibliothèque Brancaccione, etc.
536 LES .lEVXES AXNEES DE DASILE
eoiilionnent, on le :?ait, de nombreux diplômes grecs et aussi latins aux noms des basileis byzantins. Parmi eux, un certain nombre sont conten>porains du long règne commun de Basile II et de Constantin, son frère. Ainsi, dans la belle publication consacrée par Capasso aux documents relatifs à l'histoire du duché de Xaples (1), se trouvent publiés quarante et un actes, tous en langue latine, rédigés dans cette ville sous le règne de ces empereurs, marqués, en tète, de leurs noms, datés des années de leur commune administration. Tous en effet, sans exception, portent en tête, au-dessus du nom du « consul et duc régnant » (2), celui de Basile seul ou ceux de Basile et de son frère, preuve frappante de létat de vassalité dans lequel se trouvait la république italienne vis-à-vis du Palais Sacré, état de vassalité à peine modifié par léphémère conquête d'Othon II lors de sa descente en Italie. Le dernier de ces documents, qui tous concernent des intérêts privés, porte la date de 1021, soixante-cinquième année « nos/ri niagni imperatorix BasUii », soixante-deuxième année » fratris ejiis Constantini » (.3\
De même dans la grande et beUe jiubiicatiou intitulée : Napolitani ()'e;/ii) archici monumenta édita et illu>itrata, sont publiés de très nombreux diplômes (4) ayant également trait à des intérêts privés et se rapportant à toutes les régions do l'Italie byzantine, rédigés tous en langue latine, portant tous aussi en tète les noms des deux empereurs (o). Les plus anciens portent en outre le nom de Jean Tzimiscès. Tous ces documents, je le répète, sont d'intérêt privé, et s'ils sont très précieux pour l'étude des coutumes, des mœurs, du droit social dans les thèmes byzantins à cette époque, ils n'ont pas d'importance proprement historique. Quant aux diplômes itaHens rédigés en langue grecque au nom des fils
(1) Monumenta ad neapolilani ducatus hisloriam perlinentia, Xaples, 1881-18112, tome II, 1" partie.
(2) Voici, d'après Capasso, la série des ducs de Nskples sous le long règne de Basile II et Constantin: Marinusll, fils de Jean, antliypatos impérial et patrice, 969-976. Sergios (III) avec son fils, 977-998. Jean \IV}, 998-1005 (à partir de 1002 s'associe son tils Sergios), voy. la vignette de la p. 521. Sergios il\'), tils du précédent, 1005-1027.
1,3) La formule ordinaire est : s Imperanle d. n. Basilio m. i. an... sed et Constantino )n. i. fratre cjus an... v
(4) Tome II, à partir de la page 183; tome III en entier; tome IV presque en entier.
(5) Voici un exemple de suscription : In nomine domini Dei salvaloris nostri J/iesu Chi-isti Imperante damino nosli-o Ba.'silio magno imperatore anno decimo (970) sed et Constanlino magno imperatare fratre ejiis anno seplimo.
nOC UME.XTS B Y 7. . I XTINS
lie Romain, j'en ai cité déjà, à diverses pages de ce récit, un certain nombre ayant un intéivl plus [larlii'iilirrcmrnl liistnriiini'. Il l'xiste encore bien d'autres de ces documents dans les diverses Arciiives de l'Italie méridionale. Un, daté de l'an !)83, précisément de l'année de la mort d'Ollion II,
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MOS.liQi'l-: BYZASriSE (la M"" Sircle. île la Cathédrale d-; Sainte-Snpide, a Kiei-. — Les saints Grégoire de Nyssa et Grégoire te Thaamalanje.
est conservé aux Archives de Naples. C'est un accord entre l'higoumène du fameux monastère basilien de Saint-Pierre en l'Ile de Tarente (1) et un certain Mousouros. Nous possédons aussi le texte de deux autres, délivrés en Calabre (2) en 982, année même de l'invasion d'Othon II, l'un par un certain protospatbaii-e Gcorgios, l'autre par Sympathikios, également protospathaire et qui s'intitule « stratigos de Macédoine, de Thrace et de
(1) Voy. p. 4GG, noie 1.
(2) Fr. Lenorraant, La Grande Grèce, II, p. 399.
Longobai'die » (I). Ces deux diplômes avaient été primitivement rédigés en double exemplaire, en grec et en latin. Le texte en cette dernière langue est le seul qui soit parvenu jusqu'à nous. Nous croyons donc que si, à cette époque, le grec était devenu depuis longtemps déjà la langue dominante en ces provinces extrêmes de l'empire byzantin, le latin cependant s'y maintenait à ses côtés jusque dans la Calabre même en qualité de langue officielle.
Laissons là pour le moment les affaires de la péninsule à partir de la mort d'Othon II, le 7 décembre 983, alors que les Byzantins étaient rentrés déjà en paisible possession des places fortes des thèmes italiens conquises l'an d'auparavant par les guerriers allemands. Nous reprendrons cette histoire des provinces byzantines d'Italie à un autre chapitre de ce livre.
(I) Voy. p. 333. Ciiranient ce fonctionnaire, en devenant stratigos d'un thème italien, avait-il pu conserver en outre l'emploi si considérable de slratigos des deux thèmes de Thrace et de Macédoine, ce dernier thème si important?
SCEAU DE PI.OMlï DU CATÉPANO GRÉ(;OIRE TRACHAMOTES.
(OFFIIICT in'XA.\'nX iliK-oir,; ik-s X— i>a Xh' SiVr/. ■.-.-, pna-mant du 7';r.-.r.r ,(,- /,( Cathéifrah (le IVro//, twtiifllt'inent au MiLséf; de Soath-Kt'fisiti'jlijn, à Londr.^ti. Fuce itO!<térieare. Scènes mytlwlol|il|ll,^f. (l oy. pp. ^S3 et 3>7.)
AlTaires Je Syrie à partir Je ravêiiemôut Je Basile II. — SaaJ EJJauIeh reutre eu vaiiniueur Jaiis Alep en 97Û. — Bak^our son jjouveriieur à Homs. — Atta.[iiê par le duc J'Autioebe B.irJas l'hocas, il sigiiLavec lui un nouveau traité Je vassalité. — Le sheiic MoutT.iriJj à Anlioche. — Bak^our suscite Je nouveaux troubles à Alep en 9S'A. — Nouvelle marche Je BarJas Phocas sur cette ville. — Sani;lautL' Jéfaite Je l'année by/.autine. — Nouveau traité si^né sous Alep. ~ Prise et sac Je Homs par les Grecs. — Bak^our gouverneur Je Damas pour le Khalife. — Le château Je Ra'bâu est livré aux Grées. — Nouvelles intrigues Je Bakgour. — Nouvelle expéJitiou eu 935 Je Bar<las Phocas contre .\Iep. — Prise Je Killis. — Siège J'Apaniée. — Sac Ju monastère Je Saiut-Syméou. — Bardas Phocas signe la paix à nouveau avec SaaJ. — Conspiration avortée Jes chefs militaires byzantins. — Mélissène prenJ Balanée. Disgrâce du parakimomèue. — Transfurnuition extraorJinaire Jans le caractère Ju hasileus Basile, <|ul prend seul en mains le [louvuir absolu.
FRAGMENT de /-asreliefxiir iiierre litlinijra/iltii^ue trouvé rrreniment dans les l'ouilles de la villr byzantine de Cherson en Crimée. Travail hyzanfin d'une très ijrande finesse, des X"" DU -V/"" Siècles, — Mu.'fée de l'Erinita'je, li Saint-Pétersliourij.
LES chroniqueurs contemporains et autres, dit Freytag, ne s'accordent guère dans leurs récits lies événements dont la Syrie fut le théâtre entre les années 338 et 3()(i de l'Hégire, période à peu près correspondante à celle des années 9G9 à 977 de l'ère chrétienne. J'ai dit déjà ce que nous savons de ces événements à partir de 909 jusqu'à la mort de .leaii Tzimiscès, survenue le H) janvier 97(i (I . .l'ai dil comment l'autorité, plutùt la suprématie de plus en plus illusoire du Khalife de Bagdag, avait été rapidement supplantée à cette époque dans toute la Svrie par celle des nouveaux maîtres de l'Egypte, les Khalifes africains fatimites, depuis le jour où, dans le mois de ramadlian de l'an 302 qui correspond à peu
(1) Voy. chapitres IV ci V.
près au mois de juin 972, Mouizz l'Africain avait mis le sceau à la conquête définitive de ce pays en faisant dans sa nouvelle capitale de Kahira son entrée triomphale. J'ai dit aussi longuement les expéditions victorieuses au delà du Taurus et jusqu'aux portes de Jérusalem de Jean Tzimiscès et son trépas lamentable au retour de la dernière de ces campagnes, presque au moment où le Khalife Mouizz expirait de son côté dans son palais du Kaire.
A cette même époque, un fait important avait eu lieu en Syrie. A peu près à l'instant précis où les fils de Romain II étaient devenus seuls maîtres de l'empire d'Orient par la mort inopinée de Jean Tzimiscès, Saad le Hamdanide, le fils du chevaleresque Seîf Eddaulèh,si longtemps dépouillé de sa principauté héréditaire d'Alep, demeuré tant d'années prince errant et sans terres, était rentré en vainqueur dans l'ancienne capitale de son glorieux père. Voici comment les chroniqueurs arabes racontent un peu diversement cet événement considérable.
Saad, étant dans la grande cité de Homs, l'ancienne Emèse, oîi, pour lors, il résidait, y reçut un jour très inopinément la visite de l'ancien mamelouk Bakgour (1), un des deux régents d'Alep qui, après l'avoir expulsé de sa capitale, avaient été contraints d'accepter eux-mêmes la suzeraineté byzantine. Bakgour venait, paraît-il, surtout pour espionner l'émir. Le rusé partisan n'en réussit pas moins à persuader à son ancien maître que c'était au contraire uniquement [tour lui rendre hommage et lui faire sa soumission. Saad lui rendit son amitié, lui remit un vêtement d'honneur eu signe de réconciliation et le nomma son gouverneur à Alep sous la seule condition que dans cette ville et dans tout le territoire de la principauté o"n dirait la prière officielle à son nom.
Après cela, le louche Bakgour complota avec ses compagnons de jadis, les anciens mamelouks de Seîf Eddaulèh, de se débarrasser d'abord de son chef et corégent Kargouyah en l'emprisonnant et d'aller ensuite attaquer l'émir Saad dans Émèse pour l'en chasser. 11 comptait bien demeurer ainsi l'unique seigneur de la principauté alépitaine.
Bakgour réussit dans la première partie de son projet et déposa
(1) Son véritable nom était Abou'l-Fawaris Bakgour Alhagibi Alkasiki.
SAAD EDDAULEIl MARCHE SUR ALEP 541
Kai'gouyah, à ce que nous apprend Kénial eJ-Din qui fixe ces événements à l'an 303 de rilégire(l),mais il échoua pour le reste, car Saad, averti du danger qui le niena(,'ait, prévint son ennemi en marchant avec tous ses contingents sur Alep. Suivanl un aiilre récit, celui de >'o\vairi, ces faits ne se seraient passés (piCii duu'i-liiddja de l'an 3Gi, par conséquent au mois d'août ou de septembre 073, précisénieiil à l'époque où Jean Tzimiscès quittait pour la dernière fois la Syrie, (^e serait même à ce moment seulement que Bakgour aurait déposé Kargouyah en l'enfermant dans le donjon d'Alep pour pouvoir régner seul sur cette ville. Je crois cette date plus vraisenii)laljle que celle de Kémal ed-Din, parce que ce siège d'Alep par Saad coïncide de la sorte précisément avec le départ de Jean Tzimiscès de Syrie après sa dernière campagne dans ces contrées. Jamais Saad n'eût osé attaquer Alep durant que le basileus et son armée se trouvaient encore au sud du Taurus.
Donc le Hamdanide SaadEddaulèh, avec l'appui de la puissante tribu des Béni Kilàb dont il avait réussi à s'assurer l'alliance, partit en guerre contre son ancienne capitale, ardent à la reconquérir. D'abord il vint mettre le siège devant la jolie cité de Maaret en Noaman où Zohair, un ancien mamelouk de son père, s'était déclaré indépendant. Il prit cette ville après une lutte acharnée et fit périr ce traître, malgré le serment (pi'il avait fait de lui laisser la vie. Puis il marcha droit stu" Alep, qu'il investit aussitôt. Ce dut être dans les derniers jours de l'an 970, au moment de la maladie dernière de Jean Tzimiscès.
Alors Bakgour, se voyant serré de si près par son ancien maître, tenant toujours Kargouyah emprisonné, n'hésita pas à appeler à son aide les troupes du basileus, son suzerain de fait, offrant sa ville en caution des subsides en hommes et en argent qui lui seraient fournis. On ignore par suite de quelles circonstances les Grecs ne purent à ce moment profiter de cette occasion si propice pour intervenir dans les affaires de la principauté. Un des chroniqueurs arabes de ces faits se contente de dire que ce fut « parce que Nicéphore f'hocas n'était plus! » comme si la disparition de ce vaillant eût enlevé depuis six années toute énergie aux armées de Rouni.
(1) 2 oct. 973 au 21 sept. 074.
;j.42 LES JEU.\ES AXXÉES DE BASILE II
C'étail plulùt parce que le nuuveau régent, le parakiniomène Basile, avait bien trop d'embarras sur les bras aux premières heures de ce règne naissant. Quoi qu'il en soit, l'émir Saad, débarrassé des craintes de cette intervention redoutable, pressa d'autant plus vigoureusement le siège de sa capitale, dans laquelle une foule d'Iiabitants, mécontents de la tyrannie de Bakgour, faisaient en secret des vœux pour lui. Finalement un groupe de ceux-ci, chargé de la défense d'une portion de l'enceinte, lui livra la tour d'Alginan ou « des Jardins ». La porte en fer que celle-ci était destinée à protéger fut aussitôt renversée et les sauvages guerriers de l'émir se ruèrent dans Alep l'épée haute, (le fut ainsi que Saad le llamdanide rentra par la force dans la capitale de ses États héréditaires, après plus de sept années d'exil (i'j, en mars 976 (2), après quatre mois d'un siège opiniâtre. Deux mois auparavant, .lean Tzimiscès avait expiré et le trouble général qui fui la suite de cette catastrophe inattendue explique peut-être pour- (juoi les chefs byzantins échelonnés sur la frontière du sud laissèrent ainsi s'accomplir cette grave révolution sans s'y opposer en aucune manière.
Saad se montra clément dans sa victoire. 11 ne répandit pas de sang dans Alep, mais, tout au contraire, s'occupa d'assurer la sécurité de ses habitants. Bakgour s'était réfugié dans le château avec ses plus fidèles partisans. Il s'y défendit désespérément durant près de deux années. Enfin, ses provisions se trouvant épuisées, il dut se rendre à discrétion à celui qu'il avait si gravement otTensé. C'était au mois de décembre de l'an 977 (3) . Saad, toujours miséricordieux, plutôt encore politique avisé, au lieu de faire périr le rebelle, le nomma son gouverneur pour la ville et le territoire de Homs. Bakgour y fut, parait-il, un administrateur modèle. Sous son gouvernement la sécurité, la prospérité régnèrent à nouveau dans Émèse. De Kargouyah on ne nous dit plus rien à ce moment. Toutes ces révolutions qui se succédaient incessamment à quelques mois, souvent à quelques semaines d'intervalle, témoignent, il faut en convenir, des plus extraordinaires variations de l'esprit public à Alep, comme du reste dans
\i) Il avait été chassé d'Alep par Kai'gouyah vers la fin de l'au SBS. Voy. In Empereur llyzanihi an Dixième Siècle, p. "U.
^2) Au mois de redjeb de l'aa 365 de l'Hégire. Cette date est donnée par Kémal ed-l)iu. (•)) Au mois de rebia' de l'an 367 de l'Hégire (Kémal ed-Din).
s. 1.1/; RETADI.IT aOX AVroniTE h.\ys M.EP 553
foute la Syrie. Celles-ci n'ont pas d'aiiliu e.\iili( alion, ré[)élons-le bien, que les hauts et les bas incessants dos diverses sectes qui se disputaient alors le j)Ouvoir religieux parmi ces populations musulmanes à la fois si fanatiques et si facilement excitables.
Saad rétablit solidement sa puissance dans Alep. Dès le printemps de cette année 976, il reçut dans sa capitale une ambassade du nouveau Khalife d'Egypte Al-Aziz qui venait de succéder à son père Mouizz le Conquérant, mort dans son palais du Kaire le vendredi 10 décembre de l'an précédent. Dans le courant de cette même année, il fit dire la prière officielle au nom de ce nouveau suzerain dans toutes les mosquées de sa capitale et expédia en ambassade au Kaire avec les envoyés du Khalife le grand juge ou cadi d'Alep, probablement Ibn Alhassàb Alhàsinii, porteur de sa réponse à Al-Aziz. Sous son énergique impulsion, les Alépitains procédèrent encore h la reconstruction de leur belle et antique grande mosquée et restaurèrent le rempart de la cité, fort endommagé par tant de sièges successifs. Dans les derniers mois de l'année suivante 977, autrement dit dans le cours de l'an 3(57 de l'Hégire (i), d'après quelques-uns seulement en 368 ou 369, l'émir, certainement pour se concilier la fraction chiite qui était alors la plus forte dans Alep, fit ajouter à l'appel à la prière publique que les musulmans appellent « idsan » ces mots : « Debout pour la meilleure des causes ; Mohammed et Ali sont les plus excellents des hommes ».
Dans ce même automne de l'an 977, Saad, bien qu'ayant en fait reconnu la suprématie du Khalife du Kaire, fit encore en même temps acte de soumission à la fois à l'endroit d'Adhoud Eddaulèh, lequel venait de succéder dans sa charge de grand vizir à son père Ilokn Eddaulèh, mort dans le courant de septembre, et à celui du nouveau Khalife abbassideEt- Tayi. Le premier l'avait envoyé complimenter à l'occasion de sa rentrée dans Alep et de sa victoire sur IlaUgour.Le second lui fit remettre des vêtements d'honneur en signe d'investiture pour tous les territoires soumis à son autorité. Dès lors, à Alep, dans la prière officielle, on nommad'abord le Khalife, puis Adhoud Eddaulèh, en troisième lieu Saad. Ce fut à cette occa-
(1; l'J uoùt «77 uu a août 978.
sion que l'émir d'Alep reçut d'Adhoiid le surnom d'EddauIèh, qu'il ajouta dès lors à son nom de Saad.
C'est ainsi que la faiblesse des souverains successifs d'Alep, si rapidement déchus, les forçait à faire alternativement des avances tantôt du côté de Bagdad, tantôt du cùtt- du Kaire, tantôt même du côté de Constantinopleet du basileus grec, cet adversaire héréditaire dont le voisinage était si redoutable. Cette fois, par exemple, trop confiant dans cette illusoire protection du Khalife de Bagdad qu'il venait d'invoquer, l'émir Saad, voulant profiter du trouble profond causé dans l'empire par la mort de Jean Tzimiscès et par la minorité de ses deux pupilles, tenta de secouer toute vassalité chrétienne et cessa brusquement de payer le tribut imposé aux Alépitains par le traité du mois de safar de l'an 359 de l'Hégire (1).
Saad Eddaulèh, grâce surtout aux embarras causés à l'empire par l'interminable rébellion de Bardas Skléros, semble être demeuré jusqu'en 981 en tranquille possession de sa principauté. Personne du moins ne la lui disputa sérieusement durant cette période. Mais bientôt les difficultés recommencèrent pour lui. Le Palais Sacré n'avait point accepté sans en éprouver un vif ressentiment son refus cavalier de continuer à payer le tribut annuel dû par la principauté. Très probablement aussi, Saad avait dû se montrer favorable au prétendant Bardas Skiéros (2). D'où colère du gouvernement impérial. D'autre part, le Falimite du Kaire, maître déjà de toute la Syrie méridionale et centrale, et qui était sur le point de rentrer en possession de Damas (3), après avoir battu .\ftekîn dans l'été de 977 (4), probablement irrité de ce que Saad continuait à entretenir des relations avec l'Abbasside de Bagdad, jetait des yeux de convoitise sur sa principauté. En un mot, Grecs et Égyptiens ne cherchaient qu'une occasion pour se mêler des affaires de l'émir, qu'ils observaient tous deux d'un œil vigilant, et ce n'était qu'à force de louvoyer habilement entre ces deux périls constants que le rusé souverain réussissait à conserver quelque ombre
(1 Voy. Un Empereur Byzantin au Dixième Siècle, pp. 729-733.
(2) Zonaras dit que «Bardas Skiéros s'était allié aux émirs de Haniah, de Mayyafarikîn et a\iï Arabes ».
(3) Cet événement eut lieu en 982.
(4) Voy. Wiistenfeld, Geschichle der Fatimiden-Cfiatifeii, pp. 136-147.
irindépendance. Ce fut là le but constant de sa politique. Malheureusement ce statu quo ne pouvait durer longtemps.
Le premier choc vint du côté des Grecs. Dès que la défaite définitive de Bardas Skléros et sa fuite en terre sarrasine eurent procuré quelque répit au gouvernement impérial, celui-ci soccupa en hàle de relever sur la frontière du sud le prestige bien amoindri des armes chrétiennes, et le malheureux émir vit fondre sur lui l'orage que depuis si longtemps il sentait grossir. Le fameux domestique des Scholes d'Orient, Bardas Phocas, le vaincu de jadis, maintenant le tout-puissant vainqueur de Bardas Skléros, vint en personne, dès que l'Anatolie, si longtemps troublée par cette terrible rébellion, eut été entièrement pacifiée, dès le mois de novembre de l'année 981 (l), camper sous les murs d'Alep, à la tète de très nombreux contingents.
Nous ne possédons malheureusement aucun lenseignement sur cette expédition du grand capitaine byzantin, sauf que, dès le lendemain de l'arrivée des Grecs devant la ville, un violent combat fut livré près de la porte des Juifs, Bab-el-Yehoud, plus tard appelée Bab-en-N'asr, située au nord de la ville, à l'issue du quartier des Israélites. La lutte dut être entièrement favorable aux impériaux, car, après de courtes négociations, un traité fut signé qui rétablissait purement et simplement le tribut payé ])ar la principauté à l'empire. Toutefois, d'un commun accord, le montant en fut fixé à la faible somme annuelle de quatre cent mille dirhems seulement, de bon poids et bon argent, à vingt dirhems le dinar ^2), soit en tout vingt mille dinars au lieu de trente-cinq mille, ou sept cent mille dirhems, que payait la principauté aux temps de Kargouyah et de Bakgour. C'était une diminution de près de moitié. On tenait évidemment, à Constanlinople,à en finirrapidement avec les agitationspossibles de ce côté. On avait assez à faire pour le moment à préparer la défense contre les Bulgares et leur turbulent souverain, et à surveiller un retour offensif possible de Bardas Skléros. Le cinquième jour après son arrivée sous les murs d'Alep, le domestique d'Orient s'en alla avec ses troupes. L'expédition avait été
(1) Djoumada de Tan 371 de l'Hégire.
(2) Nowairi.
lIOtITIl.lTES SUR LA COTE DE SYRIE 547
aussi courte qu'heureuse. La principauté d'Alep était à nouveau tributaire
lie rcnijiirc (le HuiilU.
Il y avait eu également, «luelque peu avant ces événements, diverses hostilités entre les garnisons byzantines de la côte de Phénicie et les troupes africaines du Fatimile d'Egypte. Yahia (1) raconte qu'en l'an 370 de l'Hégire, ijui correspond à la seconde moitié de l'année 980 et à la première moitié de 981, IS'azzàl et Ibn Chakir, deux chefs des Egyptiens, allèrent de Tripoli assiéger Latakieh, qui est Laodicée ou piutùl la forteresse de cette ville. I^e chef impt-rial qui y commandait s'appelait K-r-m-rouk ou K-r-in-r-k. Impossible de préciser davantage, la transcription arabe, unique indication que nous possédions, ne nous permettant pas de connaître exactement les voyelles du nom.
Yahia, qui est seul à nous parler de ce personnage, dit que Basile lui avait confié le commandement de Latakieh pour le récompenser de ses services passés, notamment d'une incursion victorieuse qu'il avait faite sur le territoire de Tripoli, incursinn (|ui avait coûté la vie ou la liberté à une foule d'habitants de cette ville et de soldats africains du Fatimite (2), et rapporté aux troupes grecques un grand l)utiii. Nous avons vu que Jean Tzimiscès n'avait pu s'emparer de cette forte place maritime (3). Puis, au début du règne commun de Basile et de Constantin, Michel Bourtzès avait fait contre elle un nouvel effort (4). De retour avec un i"iche butin, il avait, nous dit Yahia, de suite préparé une expédition nouvelle. C'est probablement de celle-là qu'il s'agit, qui aurait été confiée par .Michel Bourtzès à un de ses lieutenants, ce chef au nom méconnaissable dont nous parle Yahia. Le baron Rosen (o) se demande s'il ne faut pas identifier ce K-r-m-rouk avec le brave guerrier géorgien Guarmeraguel cité par Mathieu d'Édesse (6) comme ayant combattu au service du curopalate Davith d'Ibérie. Peut-être était-ce là un des douze mille sol-
(1) Rosen. op. cil., p. \'.
(2) « Mahgrébieiis » ou encore «Occidentaux».
(3) Voy. p. SUT.
(4) Voy. p. 354.
(5, Op. cil., note 103. (6) Éd. Dulaurier, p. 32.
r.i8 LL'S JEl'XES jyXEES DE BAfilLE II
ilats de ce }>ays que ce prince avait envoyés en lan 978 au secours des troupes impériales dans leur lutte suprême contre Bardas Skléros (1). Yahia ne nous donne du reste pas d'autre détail sur ce premier exploit syrien de cet énigmatique chef impérial et néglige même d'en donner la date précise. Tripoli devait demeurer constamment dans la suite un des buts principaux visés par les expéditions byzantines. Plus tard encore, toujours au dire de Yahia. K-r-ni-roui-: avait victorieusement repoussé une tentative dirigée contre Antioche par des troupes égyptiennes soub le comniandement de l'émir Al-Sànhàdji (2). Il aA'ait d'abord, dans une attaque nocturne, enlevé à l'ennemi ses bagages et son convoi de vivres laissés par lui en arrière, puis il avait attaqué le gros du corps expédiliuiinaire l't en avait massacré ou pris la majeure partie.
Ce chef, jusqu'icisi constamment heureux, marchadonc aA'ecson avantgarde à la rencontre des deux capitaines africains Nazzâl(3) et Ibn-Chakir, qui venaient si audacieusement 1 attaquer. Mais cette fois son étoile lui fut infidèle. Younous, un esclave d'Ibn-Chakir, s'étant jeté impétueusement sur lui, blessa son cheval et le fît tomber à terre. Il fut incontinent saisi, lié et envoyé au Kaire. Sa condamnation fut criée par les rues de la ville, puis il fut exécuté. Nous ne savons rien de plus sur ce chef byzantin, dont nous ne parvenons même pas à lire Ir iKuii correctement dans la chronique syrieniic, qui est seule à nous jiaili r de lui.
Il faut noter encore aux environs de cette époque l'aventure d'un sheik bédouin nommé Daghfal ibn el-Mouffaridj ben el-Djerrah, qui nous est racontée fort longuement par Yahia en termes, du reste, assez obscurs. Ce personnage, que nous avons déjà rencontré à une autre page de ce récit, s'étant révolté contre le Khalife Al-Aziz, avait été une première fois battu par le général égyptien Rachik en mai ou juin 982, puis il avait à son tour pillé la caravane de la Mecque et mis en déroute les troupes
(1) Voy. p. 419.
(2) G'esl-à-dire «de la tribu berlji>re Sin liùdja ou San liàJja ».
(3) Ce Xazzàl reparait daus les années 378 et 381 de l'Hégire toujours encore en qualité de gouverneur égyptien à Tripoli ;voy. Rosen, op. cil., note 10";). U fut, au dire dlbn-Zaûr, une des eréitures du fameux vizir chrétien Issa, fils de Xestouros (voy. Weil, op. cit., III, p. 40).
LE SIIEIK ilUUI- fmudj
envoyées h sa poursuite. Enfin, battu à nouveau, il s'était enfui vers l'automne ou l'hiver de cette même année à Iloms auprès de Bakgonr, lequel, on se le rajipelle, gouvernait dans cette ville au nom de l'émir Saad depuis la fin de l'année 977. Bakgour lui avait fait bon accueil,
HL'l.VES da monastère tic Qahi'at Sem'àn, ancien coavcnt de saint Syméon Stylife, saccagé en 98Ô par les troupes de l'émir d'Alep. Façade d'une des ijuatre ne[s de l'éylisc principale. — Voi/. pp. 5Ji5 et 36ô. — [l'hotoyraphie communiquée par M. M, Van Derchem.)
mais avait dû, dès l'été suivant de l'an 'J83, contracter alliance avec les troupes africaines du Fatimile. Aussi Moutïaridj, ne se trouvant plus en sûreté auprès de lui, s'était réfugié à Antioche chez les Byzantins, dont il espérait oLlenir rajipiii. 11 v arriva au moment même où Bardas Phocas y concentrait ses forces pour l'expédition nouvelle contre Alep que je vais raconter. On n'estima j)as possible ou avantageux de lui venir en aide. Le refus qu'on opposa à sa demande i'ul, du reste, quelipu' peu mitigé par la remise d'un présent considérable. Il lui, en outre, auto-
.iôO LES JEIWES AXNEES DE BASILE II
risé, nous le verrons, à suivre l'armée de Bardas Phocas et profita de cette faveur pour trahir les Byzantins et renseigner Bakgour sur leur compte. Plus tard il obtint du Khalife sa grâce et put rentrer définitivement en Syrie (1).
Or, dans le courant de ce même été de l'an 983 (2), l'émir Saad Eddaulèh et Bakgour, son gouverneur à Homs, s'étaient brouillés à nouveau. Bakgour, s'étant derechef révolté contre son seigneur, s'était trouvé à la tète de forces assez nombreuses pour venir assiéger celui-ci dans Alep. Le 12 septembre 983, il campa devant cette porte des Juifs, Bab-el-Ychoud, théâtre, à cette époque, de tant de combats incessants. Les troupes africaines du Khalife Al-Aziz, qui venaient, sous le commandement de Toltekîn, détoufTer une insurrection dans Damas, sur la promesse que leur lit le rebelle de leur livrer Alep lorsqu'il y serait entré, étaient accourues pour lui prêter leur appui, (l'était même probablement ce voisinage qui avait décidé de la nniivclle révolte de ce lui'lnilnil jiorsonnagc. Avec leur secours il combattit deux jours durant les troupes de l'émir. De son côté, Saad Eddaulèh, surpris à l'improviste par cette soudaine agression de son lieutenant révolté, avait imploré le secours des Grecs. A son appel, l'infatigable Bardas Phocas (3), toujours encore domestique des Scholes orientale s, s'était mis aussitôt en marche avec tous ses contingents. Si les Grecs prenaient aussi chaudement parti pour leur vassal d'.\Jep, c'était, on le comprend, pour empêcher que la principauté ne tombât définitivement aux mains des Égyptiens, auxquels Bakgour voulait la livrer. Ce n'était là (pi un épisode sans cesse renouvelé de l'éternelle rivalité, de la lutte incessante, entre lempire d'Orient et le Khalifat, jadis celui de Bagdad, aujourd'hui celui du Kaire, pour la possession de la Syrie. C'était, je le répète, en louvoyant constamment entre ces deux géants ses voisins que le petit souverain d'Alep réussissait à conserver encore quelque indépendance, et cette rivalité devait le sauver cette fois encore du danger amené par la révolte de Bakgour. Pour la connaissance, hélas, si imparfaite de ces faits, hier encore inconnus,
(1) Voy. Rosen, op. cit., notes U9 et 127. Ibn el-Athir est fort mal renseigné sur JIoufTuriJj.
(2) An 372 de l'Hégire.
(3) Et non le basilcus Basile en personne, comme Ibn el-Atliir le dit par erreur.
/J.1/;0.IS PltOrAS DEVANT ALEI' 531
nous (levons une vive gratitude ii Yaliia dnnt le récit malheureusement quelque peu confus, résumé trop \m-i de sources très importantes aujourd'hui perdues, est venu, après les récits déjà connus de Kémal ed-Din et d'Elmacin, combler, pour l'iiistoire des faits et gestes de Bardas Phocas après la défaite de Skléros et pour celle des opérations des troupes byzantines en Syrie à cette époque, une lacune fort importante.
Bai-das Phocas, accouru d'Anatolie au secours de l'émir d'Alep, avait concentré rapidement ses troupes à Antioche, s'apprètant à attaquer Bakgour et ses alliés avec des forces très considérables. C'était précisément, on se le rappelle, le moment oii le sheik bédouin .Mouffaridj, révolté contre le Khalife Al-Aziz, avait quitté précipitamment Iloms pour se retirer à Antioche, l'entente entre Bakgour et les Egyptiens l'ayant chassé de la première de ces villes. Reçu au camp impérial, il en profita pour mander secrètement à son ami Bakgour le danger qui le menaçait (1).
Pour la suite de ces événements, les récits que nous possédons sont malheureusement fort différents. Voici d'abord celui de Yahia, confirmé en partie par celui d'Ibn Zafir. « La nouvelle de la marche en avant de Bardas Phocas, dit le chroniqueur antiochitain, parvint ainsi à Bakgour qui, levant le siège, partit aussitôt à sa rencontre avec une partie de ses forces le mercredi 19 septembre 983, donc sept jours seulement après son arrivée devant Alep. Bardas Phocas, refoulant probablement devant lui cet adversaire trop faible pour l'arrêter, n'en atteignit pas moins cette ville, sous les murs de laquelle il vint à son tour camper le jeudi 27 (2) en face de la porte des Juifs, ayant avec lui le sheik Mouffaridj (3). La bataille s'engagea aussitôt. » Ici s'arrête le récit de Yahia, qui ne désigne même pas nominativement les deux belligérants Bardas Phocas et Bakgour, pas plus qu'il ne dit lequel des deux remporta la victoire. Nous verrons par Elmaci<i que ce fut le chef byzantin. A partir de ce point, les deux récits concordent pour toute la suite des événements.
(1) Nous devons ce détail à lilmacin. Yuliia n'oii sdiiflk' iiiot.
(2) Ou 25.
(3) La présence de ce chef lit-douin au canip chriHien est une confirmation de l'accusaliou de traliison portée contre lui par Kémal cd-Uin. .Moullaridj semble avoir joué dans tous ces événements un double jeu fort peu honorable.
Immédiatement après avoir mentionné ce violent combat de la porte d'Alep, Yahia, omettant de dire ici la fuite de Bakgour à Homs, raconte la nouvelle convention qui fut conclue par Bardas Phocas vainqueur avec l'émir Saad Eddaulèh pour payer aux Grecs l'appui prêté par eux à l'émir '1*. Puis il montre Bardas se jetant à la poursuite de Bakgour. Quant à Ibn Zafir, après avoir raconté la première partie de ces événements comme Yahia, il dit seulement qu'à l'approche des Grecs Bakgour se sauva à Homs et de là à Damas.
Voici maintenant le récit, fort différent cl rn ajpparence assez extraordinaire, de Kémal ed-Din. En effet, au lion d'une victoire de Bardas Phocas, ce chroniqueur nous raconte ici une défaite de ce capitaine. Suivant cet auteur, d'ordinaire si bien informé des 'affaires d'Alep, dès l'annonce de l'arrivée des Grecs, Bakgour épouvanté, levant immédiatement le siège de la ville, se serait sauvé à Homs, d'où il emporta tout ce qu'il put de ses biens et de ses trésors. De là il se serait réfugié à Damas, où le Fatimite d'Égvpte, Al-Aziz, frappé de ses talents d'administrateur, le conviait depuis longtemps à se rendre pour lui confier le gouvernement de cette cité et de toute cette région de la Syrie depuis peu reconquise par les Africains (2). Ce qui décida Bakgour à abandonner ainsi de suite la partie, dit Kémal ed-Din, c'est qu'il ne s'estimait, pas en état de résister avec ses forces à la formidable armée du domestique.
Celui-ci n'en avait pas moins poursuivi sa marche sur Alep. Le jeudi dix-septième jour du mois de rebia' second de l' an 373 de l'Hégire, qui correspond au 28 septembre de l'an 983 (3), il vint pour la seconde fois en deuxans camper sous les murs de la grande métropole dusud, toujours en face de Bab-el-Yehoud. Une armée formidable, cinquante mille cavaliers et
l) On pourrait supposer encore, dit M. Rosen (op. cit., note à cette note 157), que Bardas Phocas, après avoir battu Bakgour, voulut profiter de l'occasion pour occuper définitivement Alep, mais que Saad, ayant deviné ses intentions, lui résista si énergiquement que le domestique dut se contenter de signer un nouveau traité pour éviter un long siège qui eut donné à Bakgour le temps de reparaître devant Alep avec des forces nouvelles.
(2) Voy. \Veil, op. cit., III. pp. 26 à 30. Voy. pp. 276 à 280 du présent volume. — Nous avons vu que Sergios, évêque de Damas, à la suite de cette conquête, avait quitté l'Orient pour se réfugiera Rome. Voy. p. 279, note 2.
(3) Yahia (Rosen, op. cit., p. 18) dit le jeudi It du mois de rebia' second, qui correspomi au 25 septembre.
LUTTE AVEC LÉMIR