‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 73 sur 99 · A AD · texte numérisé non relu

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fantassins (1), raccompagnait. Lesauteursbyzantinssetaisentconiiilètemeiil sur cette expédition du grand capitaine, comme aussi sur la précédente. -Nous devons le peu que nous en savons aux seuls chroniqueurs arabes ou syriens. Comme Hakirour avait fui. iciliuMcment le premier but de cigrand clfort des Byzantins (Hait «l.'j-i .ittrinl. On n'avait plus à redouter

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RUINES du monastère deQala'at Sem'àn, Petite église et baptistère, ^'oy,pp.oJ^3,5A9etô65. {Photographie cominuniijuée par M. M, Win Bri'chem.)

qu'Alep tomliàt aux mains des lieutenants du Fatimite. Mais on admettra difllcilenictil (pic Bardas Phocas fût venu aussi loin avec tant de monde dans le but uni(pie de protéger Saad Eddault'h contre son lieutenant infidèle. Si le récit d'Elmacin ,([ui parle aussi de cette expédition, est exact, cette formidable démonstration était encore destinée à châtier l'émir pour quel(pie faute (|u'il avait commise et que nous ignorons. Il est plus que probable (pie, voyant le gouvernement des deux jeunes basileis continuer à se débattre au milieu des plus graves embarras du côté de la Bulgarie, l'émir avait cru pouvoir négliger à nouveau de payer le liiluit ainpK'l il s"(Hail dcreclief engagé par le traité signé dans rautomiie de l'an 981. Bardas Phocas était

(I) Et non jOO 000 1 comme \o dil \c haron llosen op. cil. p. ."11.)

:;5i LE.< JEUNES ANNEES DE BASILE 11

donc accouru à la fois pour punir Saail de ce manquement à la parole jurée et pour empêcher sa ville de tomber aux mains des Africains, bien plus que pour le protéger personnellement contre ses ennemis. Une fois de plus, le domestique venait mettre à la raison cette turbulente principauté vassale, qui, quel qnc lût son maître, se refusait constamment à remplir les engagements à rllc imposés par les traités.

Je reprends la suite du récit de Kémal ed-Din. Cette fois, l'irritation paraît avoir été très vivo au Palais Sacré. Bardas Pliocas, nous dit l'écrivain arabe, avait juré aux deux basileis de prendre Alep, de la ruiner, de n'en pas laisser pierre sur pierre, de ramener toute sa population, hommes et femmes, jeunes et vieux, captive sur le territoire de l'empire jusqu'à Oonstantinople. Outre ses cinquante mille hommes il traînait après lui une inlinie quantité de machines de guerre et de béliers, tout un formidable appareil de siège.

L'armée impériale, poursuit Kémal od-Dîn, en quittant Antioche, avait d'abord occupé Hadath, forte place de la province d'Altoghier, située entre Malatya, Samosate et Marasch. Elle s'y arrêta quelques jours, répandant la terreur, tandis que Saad, enfermé dans sa capitale, ne semblait même pas se préoccuper de sa venue. Puis la marche sur Alep fut reprise. '( L'avant-gai'de du domestique, disent seulement les sources orientales, était commandée par Taritsawel ( 1), roi des Géorgiens, et sur les deux ailes se tenaient les patrices cuirassés de fer de pied en cap. i> J'ignore qui jtouvuil être ce « roi de Géorgie », probablement quelque prince d'une des familles régnantes du pays. Ce détail n'en a jias moins sa valeur en nous montrant une fois de plus quelle place constanuuent importante tenaient les soldats alliés ou simplement les mercenaires de cette race dans lesforcesimpériales à cette époque. Ce « roi de Géorgie » devait commander une avant-garde de cavaliers de sa nation. C'était encore là une de ces grandes armées byzantines composées de guerriers de vingt peuples divers. Quant aux ailes formées par des « patrices cuirassés de pied en cap», c'étaient certainement deux ailes de ces cavaliers dVIile. dits cavaliers cataphractaires, parce (pi'ils étaient entièrement velus de mailles, peut-être encore les anciens Immoitels de Jean Tzimiscès.

(1; Ou T-z-th-i-a-vil, « éristhav », noble.'

COMliAT VIOLEyr S^OU.f AI.EP 353

L'anivi'i' inopinée sons Ali|i <if irs Inrces prodigieuses dans la journée du 28 septembre 983 glaça d'épouvanlr la population alépitaine. Quant à l'indolent Saad, qui semlilr vraiment avoir été frappé de stupeur et qui n'avait encorefaitpresqueaucunpréparatifde défense, il paraît avoirpersisté d'abord dans cette inaction tout à fait suriirenante. (^e ne fut que lorsque la formidable armée grecque eut entièrement investi sa capitale et détachi' de toutes parts, pour ravager le territoire d'Alep, des partis de cavalerie, lesquels d'ailleurs ne rencontrèrent aucune résistance, qu'il parut retrouver quelque énergie pour faire entin prendre les armes à ses mamelouks et à ses autres troupes, du reste fort peu nomlireuses. Les deux partis demeurèrent ainsi trois jours à s'observer. Le quatrième, qui était le 1"' octobre, le domestique se mit en devoir d'attaquer, mais, cette fois encore, l'émir retint obstinément ses troupes derrière les remparts de la ville. Le septième jour enfin, le 4 octobre, lassé par leur ardeur guerrière, il les laissa sortir.

« Ce fut un combat terrible, tel qu'on n'en avait jamais vu de pareil », s'écrie le chroniqueur. Les Alépitains atta(|uèrent avec une vigueur inouïe. On se battit sur la grande place du .Miïdan, en avant île la porte de Kinnesrin, ainsi désignée parce qu'elle conduisait à la ville de ce nom. Le vizir de Saad Eddaulèh qui commandait ses troupes, Abou'l-Hassan Ali ibn el-IIosaïn ibn Almagribi. fit donner à la fois tout son monde au moment favorable. L'élan furieux des Arabes eut cette fois, paraît-il, raison du courage des soldats impi'-riaux. Il ne faut pas oublier que nous n'avons ici, pour nous renseigner,quedessources musulmanes, mais nous devonsavouer d'autre part que le silence complet des chroniqueurs chrétiens devient par lui-même un indice grave. Il semble donc trop certain (jue les armes byzantines furent malheureuses dans ce grand comliat it qui' les troupes du domestiipie furent mises en complète déroute. Nous n'avons presque aucun détail: nous savons seulement que l'honneur et la gloire du camp grec, le « roi de Géorgie», le mystérieux Taritsawel, « l'appui de l'armée chrétienne », suivant l'expression même de Kémal ed-I)in, fut tué et que, les mamelouks de Saad ayant redouble d'efforts, les Grecs, désespérés de la mort de ce chef, s'enfuiicnl lionteusement, « là la grande douleur de Bardas Phocas». Suivant Kémal ed-Dîn, les troupes alépitaines auraient même

;i56 Z,i,'&' Ji:U.\ES AX.XEEî: de BA:<ILE If

poursuivi leurs adversaires jusque sous les remparts d'Antioche et auraient, en passant, pris d'assaut et détruit le fameux monastère puissamment fortifirde saint Syniéon, mais nous verrons qu'il y a là confusion avec une campagne postérieure.

Kémal ed-Din raconte encore que le domestique, assiégeant Alep, vit en songe le Messie qui lui parlait sur un ton menaçant : « Pensestu vraiment, lui avait crii' Jésus, que tu puisses jamais prendre cette cité, alors qu'un aussi pieux croyant que l'est ce fidèle adorateur veille sur sa muraille?» En même temps le Christ lui désignait du doigt un point du rempart entre Bab-Kinnesrin et Bordj-al-Hanam, à la hauteur de la mosquée dite -Mesched-al-^'our. Le matin, à son réveil, Bardas IMiocas s'était aussitôt informé du nom du saint personnage qui habitait en ce lieu précis. On trouva que c'était un certain Ibn Ali Noumeir Abderrazzak ibn-Abd-al- Salàm, dévot alépitain et pieux ermite profondément versé dans la connaissance des légendes et prophéties musulmanes (1). Kémal ed-Din n'hésite pas à affirmer que la présence dans Alep de cet homme de Dieu, ainsi miraculeusement désigné par le Christ, fut la cause déterminante de la retraite du domestique. Le même écrivain ajoute que d'autres sources — peut-être par cette expression veut-il précisément désigner Yahia — affirment que Bardas Phocas ne s'en alla quaprès avoir signé un nouveau traité avec Saad Eddaulèh.

Voilà à peu près tout ce que nous savons sur cette défaite des armes byzantines sous Alep. Elle ne dut cependant pas être aussi totale que semble l'indiquer Kémal ed-Dîn. En effet, Yahia, qui, en ce point, est fort confus, après avoir, on l'a vu, dit seulement qu'il y eut bataille, sans même désigner le vainqueur, ajoute aussitôt qu'un traité fut signé entre les Grecs et l'émir, par leipiel ce dernier s'engageait à payer au basileus un triliut de quarante mille dinars durant deux années consécutives. Puis Ivémal ed-Din luimême, d'accord ici avec Yahia, nous montre dès le lundi 7 octobre, par conséquent à peine trois jours après la bataille, les troupes du domestique repartant probablement à la pijursuite de Bakgour, dans la direction de Homs et s'emparant de cette ville le mardi 29 de ce même

(1) U moui-iil vurs HliG à All^p, où sa lorabe.an ilin' ilLlmacin, se voyait aux environs de lîab-Kinnesrin.

l'IilSO: DE IlOMS PAR LES GRECS

mois (1), durant que Bakgour se réfugiait auprès des Égyptiens à Damas. Ibn Zallr, il est vrai, qui fait le même récit, ajoute que Ilonis se rendit aux Grecs du consentement même de Saad, lequel aima mieux

RUINES dà monastère d,; Qnla'at Sfin'àn, ancien coai-ent de saint Syméon Stylitc, saccayé en 985 par les troupes alépitaines. Cour octoijone centrale de iéylise principale. Au centre de cette cour on aperçoit aajoard'Imi encore la base de la colonne du célèbre Stylite. — Voy, pp. 3MS, 5U9, 561 et 305. {Photograplde comnianiijaée par M. .V. Van Derchem.)

voir cette ville aux mains des chrétiens que dans celles du traître Bakgour et des troupes maugrebines que le Khalife du Kaire avait prêtées à ce dernier (2). Bakgour, eneffet, n'avait abandonné le siège d'Alep à l'arrivée^des Grecs que pour courir à d'autres aventures. Impatient de profiter du trouble

(1) 19 (Ijoumada premier de l'an 373 de l'Hcgiro.

(2) Ibn-Zaûr dit que lloms tomba alors pour la secotide fois aux mains des Grecs. Il rst difficile desavoir à (luoUi' première prise de cette ville par les chrétiens le chroniqueur musulman fait ici allusion.

immense amené dans toutes ces régions par l'invasion si subite de la grande armée de Bardas, il s'était fait expédier à Damas par son nouveau protecteur le Khalife d'Egypte des renforts de contingents africains avec le secours desquels il comptait bien jouer le rôle du troisième larron pour demeurer définitivement en possession d'Alep. Durant que Bardas Phocas se faisait battre sous les murs de cette ville, lui s'était avancé jusqu'à Emèse. Seule la nouvelle marche en avant du domestique l'avait forcé à reculer encore plus loin.

Donc, le 29 octobre 983, les troupes chrétiennes s'emparèrent de l'antique cité d'Elagabale. Voici comment se fit cette conquête. Bardas Phocas avait donné par écrit pleine garantie de sécurité aux habitants. 11 répétait à tous qu'il n'en voulait point personnellement aux sujets de Saad Eddaulèh, mais que son unique objectif était maintenant Damas, et qu'il y avait paix entre lui et l'émir d'Alep. Les gens d'Emèse, calmés par ces assurances, vinrent sans défiance apporter aux impériaux les vivres et le fourrage dont ceux-ci avaient un pressant besoin. Alors, dévoilant brusquement ses intentions vraies, le domestique fit à l' improviste donner l'assaut.

Les Arabes, surpris, ne surent ou ne purent se défendre. Ce dut être encore quelque affreuse tragédie, quelque épouvantable massacre. Nous savons seulement que les Grecs brûlèrent la grande mosquée avec la majeure partie de la ville. La population tout entière fut emmenée en captivité. Beaucoup de malheureux périrent étouffés par les flammes et la fumée dans les grottes où ils s'étaient réfugiés. Puis l'armée du domestique se dirigea sur Tell Khalif, localité située quelque part au sud de Homs.

Le baron Bosen, dans l'ouvrage excellent qu'il a consacré à la Chronique de Yahia (1), dit avec raison que tout rf récit de Kémal ed-Dîn, d'ordinaire si bien informé des choses d'Alep, présente par exception de très grandes obscurités. Tout le passage est très confus et le texte en est irrémédiablement embrouillé. Si Bardas Phocas avait été si complètement battu sous Alep, il n'aurait pu aussitôt après marcher sur Homs, en plein territoire ennemi fortement occupé par les troupes d'Egypte, mais il aurait plutôt

(1) 0/). cit., nolp 127.

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