‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 75 sur 99 · FRISE DE LARISSA PAR SAMUEL · texte numérisé non relu

FRISE DE LARISSA PAR SAMUEL

parmi celles-ci Berrhœa de Macédoine, et Skylilzès nomme surtout la grande Larissa de Thessalie, située bien plus au sud. C'était, à celte époque, une place très forte, antique capitale de cette populeuse province. Malgré

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DII'TYQUE BYZAMIM iritoii-e cla A/"' Si,;-I,-. — Les dnme [Mes de Notre Sehjneur. — (:Uu^éj de Soath-Keni^iiKjton, à Londres.)

sa garnison certainement très nonihrcuse, elle succomba sous l'enVul puissant du roi bulgare. Les Byzantins taisent les circonstances de ce siège dont l'issue dut iHri' si dure à l'orgueil byzanliu. Samuel se comporta en vainqueur aussi brutal (jue n'^solu. Par son ordre, toute la population de la malheureuse cité grecque l'iil déportée à l'respa et dans d'autres districts intérieurs de la Bulgarie, cliacuii (■tant autorisi' à pnMidre avec lui tout ce

i]iril pouvait emporter. Tous les hommes valides sans exception furent inscrits dans les cadres de l'armée bulgare et combattirent vaillamment, parait-il, sous ces nouveaux drapeaux.

Le fils de Schischman, en pieux et pratique souverain de son temps, n'ignorait point l'importance extrême des reliques comme dépouilles de guerre et n'eut garde de négliger ce butin, d'un ordre très spécial. Skylitzès et après lui Cédrénus, dans les quelques lignes qui résument à peu près tout ce que nous savons sur ces grands événements, racontent qu'il enleva de l'église métropolitaine de Larissa les reliques de son saint évèque Achillée qui avait évangélisé ces contrées sous Constantin le Grand et assisté avec ses collègues de cette région au concile de Xicée (1).

Des églises de Skopelfe et de TriekUa ou Trikkila, Samuel enleva également les reliques de leurs patrons, les saints Rhéginos, évèque et martyr '2), et Diodore, et cette simple indication du chroniqueur byzantin nous montre bien à quel point fut complète la conquête de la Thessalie par le souverain bulgare. Sur l'ordre du tsar vainqueur, ces fragments vénérés furent transférés dans ces églises insulaires du mystérieux lac de Prespaoù il avait installé, je l'ai dit, sa capitale et établi son palais royal d'une magnificence toute liarbare. Aujourd'hui encore, sur la riche et fertile île méridionale du lac de Prespa, nommée encore Ahil, auprès d'un petit établissement bulgare on aperçoit les ruines du monastère de Saint-Achillée, élevé à l'occasion de cette translation de reliques (3).

Samuel fit encore à Larissa un plus précieux butin. Parmi les femmes grecques de cette cité infortunée qui furent emmenées comme prisonnières de guerre, il s'en trouva une d'une grande beauté dont le vainqueur fit sa femme. Nous ignorons, hélas, jusqu'au nom de cette captive qui, sortie de si bas, vint s'asseoir sur le trône royal de Bulgarie.

(1) L'Église grecque le fête le quinzième jour du mois de mai. Ce fut un saint et non un mirtyr. Voy. Finlay, op. cit., éd. Tozer, II, 369.

(2) L'Eglise jrrecque le fête le 23 février.

(3) Hahn, op. cit., p. 242. Parmi les nombreuses villes de Thessalie prises par Samuel dans cette campagne et dont les noms ne nous sont pas connus, M. Lipowsky (op. cit., p. 130; propose de placer le kastron de « Tclnasa », mentionné parElmarin et qui serait la Nich actuelle. Voy. Wassiliewsky, Fragm. riisso-bijzantins, II, p. 142. — Leboau 't. XIV, p. 163) dit que le Schischraanide poussa de ce coié ses conquêtes jusqu'en Dalmatie, où il acheva de ruiner la ville de Dioclea, aujourd'hui Diokle, près de Podgoritza, la patrie de Dioclétien, déjà presque détruite par lei Es;Uvons. Je ni saurais dire si cette pointe vers les parages de l'Adriatique ne fait vraiment qu'une avec l'expédition de 980 en Thessalie et en Grèce que je viens de raconter.

L'ARMEE UVLGMiE MEXACE LE PÉLOPOXÈSE 619

Fut-elle une épouse soumise et fiilèle? Donna-t-elle à son seigneur de beaux et nombreux enfants? Nous ne pouvons répondre h ces questions qu'il serait si intéressant de connaître.

Voilà en elTet tout ce que nous savons par les clironi(jueurs grecs ot'liciels sur cette première grande expédition historique du tsar Samuel en territoire byzantin. Si nous en connaissons un peu davantage, si surtout nous pouvons à peu près fixer aux environs de l'an 'J8(j la date de cette viitiirit'uso campagne des Bulgares, nous le devons à d'autres témoignages contemporains, bien précieux malgré leur extraordinaire brièveté. Ce sont d'abord quelques lignes de la Vie manuscrite d'un saint célèbre, saint Nikon .Métanoite, qui, à ce moment, vivait à Sparte. Dans cette Vie, où l'on retrouve de nombreux détails historiques intéressants (i), il est dit en elTet incidemment qu'après la conquête de la Thessalie, l'armée bulgare, poursuivant sans arrêt sa course vers le sud, approcha de l'Isthme de Gorinthe. Quelle prouve plus frappante trouverait-on de l'inipurtance de cette victorieuse marche en avant du roi Samuel? Cependant à ce moment les armées impériales n'étaient plus à lutter en Asie contre Bardas Skléros. Comment alors expliquer, sinon par l'impéritie des chefs impériaux, ces progrès foudroyants du Uar bulgare?

A la nouvelle terrible de l'approche de ces redoutables bandes qui, dans leur marche dévastatrice, ne laissaient derrière elles qu'un désert, la Vie de saint Nikon raconte que le nouveau gouverneur du thème du

(1) Publiée seulement en traduction latine dans Mailène et Durand, Amjitùsima CollecLio, VI, p. 867, c. 49, et dans la Collection Migne. Saint Nikon, moine arménien, devait son nom de Métanoite au cri d'exhortation intense par leiiuel il commençait toutes ses prédications : « Pienilentiam agite ». Il était né dans le Pont Polémoniaque, de parents très considérés. Ayant tout quitte pour la vie religieuse, il devint d'abord moine au cimvent de Chrysopetra, situé sur une montagne à la frontière du Pont et do la Paphlagonic. Il y passa douze années dans les exercices de la plus austère piété. Après avoir vécu encore trois ans au désert, il alla en Crète et évangélisa en îllil les Sarrasins de cette ile, que Xicéphore Pliocas venait de reconquérir à l'empire et au christianisme. Après cette prédication fameuse, durant laquelle il poussa plus que jamais son cri solennel : [lïTavosîTe, et vit en songe sainte Photine qui lui ordonna de rebâtir son église, il passa en Péloponèse. On le vit à Daniala, l'ancienne Épidaure. Puis il prêcha avec gloire à Athènes, en Kubée, à Thèbes, à Corinlho, à Argos, à Nauplie. à Sparte, dans le Xlagne, à Kalaniata, Coron, Xlodon, .^mycUi", incitant partout les fidèles à la pénitence, faisant des miracles. Knfln il revint à Sparte rappelé par la population et s'y fisa. C'est là que nous le retrouvons à ce point de notre récit. 11 y bâtit des églises. L'évêque de cctti; ville était un .Vthénien, Théopemplos. Le préteur était (irégoire. hostile au saint, ainsi qu'un autre personnage du nom de Jean Aralos. Saint NiUon était prophète. 11 prédit le retour de Dardas Skléros de Bagdad ainsi que toute la suite de la seconde rébellion de ce personnage, celle aussi de Dardas Phocas.

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Péloponi'so, Ijasile Apokaukos (1), nommé prùleur en place de Grégoire, l'ennemi du saint, accourut on hâte à Gorinthe avec tout ce qu'il avait pu réunir de troupes pour délendre le passage de l'Isthme fameux. Mais, accablé par la grandeur du péril, en outre gravement atteint d'une maladie qui le minait depuis longtemps, il perdit la tète, ne sachant plus quelles dispositions prendre. Nous verrons plus loin qu'on était alors aux plus fortes chaleurs de l'été, ce qui devait ajouter aux misères de l'infortuné préteur. Succombant an désespoir, il fil venir saint Nikon de Sparte pour que celui-ci le soulageât à la fois dans son corps et dans son esprit. Le vénérable homme de Dieu, aussitôt accouru, non seulement, parait-il, réussit à guérir Basile Apokaukos, mais encore l'ut le premier à lui apporter l'heureuse nouvelle que le principal cor|)s d'armée des Bulgares, au lieu de jioursuivre sa marche sur l'Isthme, était déjà en pleine retraite vers le nord. Après être demeuré sept jours à Gorinthe, le saint retourna à Sparte, où il sauva encore d'une accusation calomnieuse un très noble Lacédémonien, l'homme le plus en vue de la région, Jean Malacène, accusé de trahison auprès du basileus. Gelui-ci l'avait fait prendre par deux officiers et une bande de soldats chargés de l'amener lié àGonstantinople. Probablement on l'accusait de complicité avec les Bulgares. Réconforté par le saint, le jiauvre homme partit plein de courage jiour la capitale. Par l'intercession instante de Nikon auprès de Dieu, non seulement il réussit à se disculper, mais fut même nommé chef du Sénat par le basileus.

Très longtemps on a cru que cette expédition du roi Samuel, signalée par la conquête de toute la Thessalie et poussée si loin vers le sud jusqu'aux limites du Péloponèse, avait eu lieu aux environs de l'an 980. Les historiens les plus récents de la grande guerre gréco-bulgare donnent encore cette date comme celle qu'on doit préférer. Un document capital tout récemment retrouvé et mis en lumière par le savant l)yzantiniste russe M.Wassiliewsky nous permet aujourd'hui de préciser davantage et de reporter cette campagne du tsar Samuel à l'année 986, immédiatement avant la première expédition du basileus Basile en Bulgarie, expédition

(1) De la famille du célèbre grand-Juc de ce nom au XIV siècle.

DATE DE CETTE EXPEDITION DU TS.ili SAMUEL

qui n'on fut que la conlre-jiarlii' naturelle dans le cours de l'été de cette même année.

Je demande la permission d'entrer dans quelques détails sur ce document si précieux, pour exjdiquer comment on peut, à l'aide des renseignements qu'il nous fournit, arriver à fixer cette date si importante à une époque postérieure à celle admise jusqu'ici. Il est d'un intérêt capital de pouvoir déterminer ainsi avec plus d'exactitude ce premier et principal

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MIMATUiiE d'an '!•:!• jjla» hcuax iiniiuiscrits byzantine tia A""" .?i.W.- ilr la Dib}iothciia<; Nationale. — Consécration d'un haut dignitaire ecclésiaistiqae. Evàjiir ut vclii/ieiix.

point de repère dans l'histoire encore si mal connue de la grande guerre de Basile II contre les Bulgares. Toute la première période de cette lutte, période encore infiniment obscure, en devient sinon plus claire, du moins plus nettement définie, et nous pouvons du moins affirmer maintenant qu'elle dura presque exactement dix années, depuis la mort de Jean Tzimiscès en 976, époque des premières hostilités et des premiers soulèvements dans la portion de la Bulgarie redevenue byzantine, jusqu'à cette date de 986 dont nous nous occupons en ce moment. Durant ce long espace de dix années, les tsars de Bulgarie : David, puis après lui son frère Samuel, soutinrent, iionr le relèvement de leur patrie, une lutte acharnée, incessante, contre Byzance. Mais là aussi, hélas, s'arrête notre

savoir. Nous sommes bien parvenus à encadrer cette période première entre deux dates assez précises, mais sur les luttes mêmes dont elle fut remplie en dehors de quelques phrases d'une signification très générale, les auteurs ne nous apprennent rien. C'est à peine si nous avons vaguement connaissance de quelques faits incidents. Ainsi nous savons, je l'ai dit, par la mention même de la mort de Moïse, un des « Comitopoules », qu'à un moment les Bulgares assiégèrent la forte place de Sérès, tout près de Saliinique. Mais sur ce siège comme sur les autres incidents de la lutte, nous ne savons pas davantage. Il est probable qu'avant tout Samuel s'occupa de reconquérir la Bulgarie orientale ou danubienne et balkanique. Ses émissaires durent y fomenter des séditions qui eurent vite triomphé des garnisons byzantines, tant diminuées par les nécessités de la guerre en Asie. Puis, une l'ois que la vieille Mésie eut été ainsi enlevée aux impériaux, Samuel porta résolument la guerre vers le sud, vers Salonique et la Thessalie. Mais pendant longtemps encore, probablement parce que le sage souverain de cette si jeune monarchie s'estimait trop faible ou trop mal préparé, ce fut une simple guerre de frontière avec surprises, embuscades, sièges de châteaux et de postes fortifiés. Plus tard seulement Samuel se trouva à la tète dune armée assez puissante, suffisamment organisée pour oser tenter des opérations plus importantes et plus lointaines. La première probablement fut cette grande expédition de Thessalie et de Grèce que je viens de raconter, qui valut à la Bulgarie la conquête, du moins momentanée, de cette première si fertile province, dont l'importance enfin fut telle, que les chroniqueurs byzantins, si fiers, peut-être volontairement si mal informés de tous ces faits de guerre, ont cependant consacré quelques lignes à celui-ci.

J'en reviens au document publié par M. Wassiliewsky. Ce profond érudit, si versé dans l'étude des questions byzantines, a fait connaître, il y a quelques années seulement (l), divers extraits d'un très curieux monument inédit de la littérature byzantine conservé dans la Bibliothèque du Saint Synode à Moscou, où il a été apporté du grand mu-

(1) Dans une série d'articles parus dans la Revue du Ministère de l'Instruction publique russe ilivraisons tle juin, juillet et août 1881) sous ce titre : Conseils et récits d'un grand seigneur bi/zaïUin du XI"" siècle.

CONSEILS ET RÉCITS VUX CltAND SEIGSEUH liY/.ASlIN 623

nastère ibéi-ien de l'Athos, colui-là mrinr (lui fui l'niKh; ii;ir -aiiil Tornig et ses pieux compatriotes. Ce inamiscril d'auteur inconnu a certainement été rédigé au xi° siècle, bien qu'il ne nous soit parvenu que dans une copie du xv°. C'est un traité do l'art de la guerre, malheureusement mutilé en beaucoup d'endroits, très intéressant par lui-même, mais bien plus important par la mention de nombreux incidents de l'histoire byzantine peu connus ou même inconnus jusqu'ici qui s'y trouvent rapportés à titre d'illustrations des préceptes de stratégie formulés par l'auteur. En outre, ce traité, rédigé sous forme d'instructions familières données à ses enfants par un pore longtemps mêlé aux plus grandes affaires de son pays et de son temps, contient, à l'inverse de tous les autres traités militaires byzantins contemporains, outre beaucoup de règles et d'exemples de l'art de la guerre, de nombreux préceptes de morale, des règles de sagesse pour la vie de chaque jour, règles d'une conduite raisonnable d'un bon ménage, règles d'un bon régime de la maison et de la famille, règles d'usages mondains et des formes de la courtoisie. Ce « stratégion », qui est donc en même temps un manuel des règles de la morale et du savoir-vivre exposées sous forme de leçons d'un père à ses enfants, est peut-être, dans la littérature byzantine, le seul ouvrage de ce genre qui soit parvenu jusqu'à nous. L'auteur en recommande la lecture aux siens, en leur rappelant que les conseils qu'il leur donne sont le fruit de son expérience et de ses méditations durant sa longue existence.

Ce manuscrit contient donc des matériaux du plus haut intérêt pour connaître l'existence intime des Byzantins du xi° siècle, leur manière de comprendre et d'appliquer la morale à la vie de famille, à la vie de société, aux relations du particulier avec l'Etal, mais les indications très nombreuses qu'il contient d'une importance historique immédiate ont une valeur bien plus grande encore. L'auteur illustre par des aventures et des impressions personnelles, [lar des laits qui lui ont été racontés, par des souvenirs tirés de son existence guerrière comme de celle non moins active de son grand-j)ère, prosciue chacun do ses exposés de stratagèmes ou de ruses militaires, chacun de ces récits de prises de villes ou do forteresses, d'émeutes, de révoltes de souverains ou de peuples vassaux de l'empire, chacun de ses exposés de fautes familières aux chefs d'armée.

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causes de grands malheurs pour la monarchie. Tous ces épisodes d'histoire militaire, politique, dijilomatique, sont cités sous forme d'exemples explicatifs très brièvement rédigés. Les byzantinistes y découvrent avec joie un grand nombre d'indications entièrement nouvelles pour la connaissance de l'empire byzantin au xi' siècle, pour celle de toutes les contrées si diverses dont il était formé, pour celle de ses alliés comme aussi de ses adversaires. Les Russes y sont déjà cités comme étant au service de l'empire. Mais le plus souvent c'est le nom des Bulgares et de leur roi Samuel qu'on y rencontre, et c'est là ce qui donne pour la présente histoire une importance particulière à ce manuscrit.

La plus grande partie de ces courts récits historiques, si précieux [lar leur caractère entièrement inédit, se rapportent à deux époques dont la première seule nous importe ici : c'est précisément celle de la lin du x' siècle et des grandes luttes de Basile II contre le tsar Samuel. L'autre est celle des règnes de Constantin Monomaque et de ses successeurs dans la seconde moitié du xf siècle jusques et y compris celui do Romain Diogène jusqu'à l'année 1071. Les derniers récits qui s'arrêtent à cette date, ont dû être rédigés par l'auteur anonyme en qualité de témoin oculaire. Ceux de la première époque, qui seuls nous intéressent aujuiud luii, lui ont été transmis, semble-t-il, par son grand-père.

Dans toute la première partie du manuscrit, l'auteur anonyme s'adresse à ses enfants. Il désigne son grand-père sous le nom de Kékauménos, et dans un paragraphe assez obscur il dit que cet aïeul avait jadis pris une part personnelle à la conquête de l'inexpugnable forteresse de Tovin d'Arménie sur un stratigos qui semble avoir été byzantin. Kékauménos était donc alors encore un adversaire pour les Grecs. M. Wassiliewsky, qui a fait, pour tenter d'identifier ce mystérieux personnage, de patientes recherches demeurées à peu près sans résultat, pense que ce dut être (|ui'lquL' prince ou dynaste arménien de rang secondaire, peut-être bien l'aiirien émir sarrasin de Delmastan et de Tovin, Abel Iladj , ou pliiliil encore un des alliés de race arménienne de ce personnage (1). Plus

(1) Voy. Wassiliewsky, op. cit., chap. 13 et IG'J. Cet .\bel Haddj, érair de Delmastan ou pays des Dcilémites, contrée montagneuse du Gilan sur le rivage sud-ouest de la mer Caspienne, petit-fils d'El-Merzebin ibn Mnhammed connu sous le nom d'Es-Salar, s'était allié, nous

IVOIRE DYZA^'TIN des X'"' oa XI"' Sicclcs. Prohabh-raent une plaque Je reliarc. - Saint Jean le Précnrseur entre les saints Philippe, Stéphanos, André et Thonxas. — (Musée de South-Kensington, à Londres.)

lard il se rallia à l'empire, car nous voyons par d'autres récits de notre manuscrit qu'il entra au service de Basile II vers les premiers temps de la lutte active contre le tsar Samuel, par conséquent un peu après 980, et qu'il occupait à ce moment le poste fort important de stratigos du thème de Hellade, commandement qui s'étendait sur une grande partie de la Thessalie. Ce fut précisément lui, nous le verrons, qui défendit Larissa contre les troupes de Samuel. Son petit-fils raconte qu'en s'installant dans ce pays il y trouva comme ses plus proches voisins des familles slaves, c'est-à-dire certainement bulgares, et aussi vlaques. Il s'unit par le mariage avec une de ces familles bulgares et eut encore d'autres alliances avec des gens de cette race.

Pour ce qui est de l'auteur même du manuscrit, il nous raconte qu'il avait, lui aussi, servi quelque temps dans l'administration du thème de Hellade et qu'il y avait connu un saint évèque de Larissa du nom de Jean (1). C'est tout ce que nous savons de lui. sauf qu'il était de noble naissance et de hautes capacités. Certainement il a dû s'appeler Kékauménos, comme son grand-père. M. '^'assiliewsky a vainement cherché à l'identifier avec quelque personnage déjà connu. Il ne paraît pas se rattacher même de loin au fameux Katakalon Kékauménos de la fin du xi° siècle ou à la descendance de celui-ci.

Ce n'est pas tout. Une dernière portion de ce manuscrit, rédigée du reste dans une forme exactement analogue, présente ces deux partidit l'historien arménien Acogh'ig. au roi chrélicn Je Kars Moiiehel « (|iii. oubliant la crainte de Dieu, vivait entouré de prostituées ».

En 982, Abel-IIaddj attaqua et brûla un monastère grec du district de Schirag, Khoromosi- Vank, appartenant au roi Sempad. La même année il fit précipiter à terre à l'aide de cordes la croix de la coupole de l'église de Séhah-Akat. En suite de quoi il fut atteint par la colère de Dieu, et «un démon impur vint habiter en lui ». 11 fut vaincu dans une guerre contre l'émir -ibou Taleb de Goghtène qui le fit prisonnier. Il dut lui céder Tovin, qu'il venait de conquérir, et toutes ses villes. On le vit alors errer avec sa famille et ses domestiques à travers l'Arménie et l'ibérie, racontant que, parce qu'il était devenu l'ennemi de la Croix du Sauveur, Dieu l'avait chassé de sa patrie. 11 alla ensuite implorer le secours du basileus Basile à Gonstantinople, mais, ayant échoué dans cette tentative, il revint dans son pays et périt étouflé par ses serviteurs, dans la ville d'Ouchtik, du pays de Daik'h. Malheureusement .\cogh'ig ne nous dit pas combien de temps l'ancien émir de Tovin demeura au pays des Grecs. Il dut se trouver à Gonstantinople précisément au début de la lutte entre Basile et le tsar Samuel.

Que ce soit lui ou un autre qui ait été le grand-père de l'auteur annnyme du manuscrit, le surnom tout byzantin de Kékauménos, le liràlé, donné à cet étranger, n'en demeure pas moins inexpliqué.

(Ij Op. cit., paragr. U2.

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