RENSEIGNEMENTS NOUVEAUX SUR LE SIÈGE DE LARISSA
prendre Larissa. Toutefois un moment vint où, comme le dit le narrateur, le tsar bulgare eut si bien le dessus qu'il fallut du moins feindrede se soumettre. Kékauménos, sans môme essayer (le prolonger la résistance, s'empressa de reconnaître et de faire reconnaître par ses subordonnés l'autorité de l'envahisseur. Sanuiol, trompe par cette apparente résignation , laissa les gens de Larissa faire en paix leurs semailles et leurs récoltes. C'était tout ce que voulait le rusé stratigos. Dès que les moissons, très abondantes, furent rentrées dans la ville, Kékauménos lil fermer les portes aux troupes bulgares. Le tour était joué; la fidèle cité thessalienne redevenait sujette de son b a si 1 eu s bien-aimé.
Tout était à recommencerpourlessoldats du roi Samuel.
Toutes ces premières tentatives du tsar bulgare contre la place forte byzantine avaient donc définitivement échoué grâce à l'énergie de Kékauménos, de cet étranger devenu le loyal et intrépide lieutenant du basileus. Mais l'opiniâtre « Comitopoule » , de son côté, ne savait pas ce que c'était que le découragement. Constamment il revenait à la charge. Le jour viiil,au bout de six années, où il finit par réussir et c'est toujours le même inapprérial)Ie nianiiscril de Moscou qui, dans le paragraphe suivant rclatil aux
COUVERTURE DIVOIRE d'un munascrit provenant de Bumbi-rg, actwllement conservé à la Bibliotlié'jue Royale de Munich. — La Mort de la Vierge. — OEavre byzantine des A'"" ou XI"" Siècles.
634 LES JEU y ES ANXEES DE BASILE
cliL'fs iiicapalilff;, nous donne rcxplication de son succès. C'esl que, dans l'intervalle, l'habile et dévoué Kékauniénos avait été remplacé par un autre slratigos qui, lui, était un chef complètement insuffisant. Alors, la famine aidaiil, parce ipie les précautions de ravitaillement si soigneusement prises chaque année par Kékauniénos n'avaient pas été cette fois mainlenues par son successeur, l'opiniâtre Schischmanide réussit enfin à s'emparer définitivement de celte ville qui le bravait depuis si longtemps. C'est là la fameuse prise de Larissa par les Bulgares, qui nous est si brièvement signalée par Skylitzès et Cédrénus, à la suite de laquelle, pour en finir, la population tout entière de la malheureuse cité fut transportée en terre bulgare avec les vénérables reliques de ses premiers évèques arrachées à leurs sanctuaires. Voici comment s'cNjuinir le iiolile nariateur byzantin :
« An bout de trois ans le basileus nomma un autre stratigos pour rilellade et mon grand-père retourna dans la capitale. Son remplaçant ne fut pas assez avisé pour inventer des ruses nouvelles. Samuel arriva de nouveau et cette fois empêcha les gens de Larissa de faire la récolte. Il les avait bien laissés procéder à rensemencement au printemps, mais lorsque l'été fut venu, au moment nù il aurait fallu moissonner, il ne les laissa pas sortir delà ville. Il procéda de même trois années de suite. La disette à Larissa drvinl triie, qu"on mangea des chiens, des ânes et autres animaux immondes, même des ordures. Une femme allajusqu'à dévorer la cuisse de son mari mort, (le fut cette famine atroce qui mit enfin Larissa aux mains de Samuel sans qu'il lui en coûtât une goutte de sang. Il réduisit en esclavage toute la population, sauf la seule famille de Xikolitzès (1). A celle-là il ne fit aucun mal, mais lui laissa ses biens et en fit partir les membres en disant à son chef : « Je suis très reconnaissant au Porphyrogénète Basile d'avoir rappelé de Hellade ton parent Kékauménos et de m'avoir ainsi délivré de ses ruses de guerre dans lesquelles il était passé maître. »
Appli(pnjns maintenant ces renseignements inédits à la connaissance jilus parfaite de cette première expédition de Samuel vers le sud, signalée surtout jiar la prise de Larissa. Par la suite du récit (2), nous savons (ju'un |iirmii'i' Aikolitzès, le père certainement de celui dont il vient d'être
(1) Ou Nikolitza. Celte famille appartenait éviilemment à l'aristocratie locale.
(2) Paragr. 244.
j'i!i.\( i: ri;.\xr .u; .■tERvnF du basileus 633
question, père hii-ni<~'nic (Icl'aiilcuiauonymedela seconde portion de notre nianusciit, avait été duc du tliéuiu dellellade dès le règne de Romain II et qu'il l'était encore en 1)80 : ^^ Mon aïeul, le « veslis (1) » Xikolilzès, <]ui, par ses iidtdes services, a beaucoup fait pour le bien de la Romanie, atteignit au poste de duc du thème de llellade, qui lui fut confirmé pour sa vie durant ,2) par des cinyscihullcs impériaux. De même il fut nommé domesti pie ou chef des excubitcursdece thème (3). » Dans la quatrième année du basileus Basile, par conséquent en l'an 980, nous lisons avec étonnement(4) que ce Nikolitzès fut remplacé dans cette dernière charge par un prince franc placé sous ses ordres. Voici ce curieux passage : « Un jour, en la quatrième année du règne de feu le basileus kyr Basile, ce prince vit venir à lui un neveu légitime du roi des Francs nommé Pierre. 11 lui conféra le rang de spathaire du Chrysolriclinion et le nomma en même temps domestique des excubiteurs de llellade sous les ordres du duc Nikolitzès de ce thème. En même tem[is il écrivit à mon grand-père en ces termes : « Sache, vestis, que Pierre, neveu du roi de la (iermanie, est venu prendre du service auprès de nous et se dit résolu à vivre et mourir au service de Notre Majesté. Après avoir accueilli avec bienveillance son vœu de fidélité, Notre Majesté l'a élevé au rang de spathaire du Chrysotriclinion. Comme il est étranger, nous n'avons pas jugé possible de le nommer stratigos, ne voulant pas humilier les Romains, mais nous l'avons fait domestique des excubiteurs qui sont sous ton commandement. Et sachant (pic jadis notre père te conféra ce titre par chrysobulle, nous te donnons pour t'en dédommager celui de chef des Vlaques du même thème de llellade. »
Tout ce passage est bien imprévu, Itien précieux. 11 présente plusieurs particularités intéressantes sans compter cette curieuse lettre du basileus. D'abord l'arrivée à Constantinople du jeune prince franc, Pierre, neveu du roi des Francs ou de Germanie. ^lalgré les plus minutieuses recherches il n'a pas été possible à M. Wassiliewsky d'identifier ce personnage, quelque cadet de race royale occidentale, forcé pour une raison grave de quit-
(1) Sorle de cliambL'llan.
(2) " 'A5!5(5o-/o; Wj-, ». Ces nominalicins à vio Oeviiircnt bioii plus l'irciuonles (iliis tunl. (3j Voyez sur ces oxcubileiirs provini-'iuiix, cln-ls J'uii ilos corps de troupes régulières du
thème, les notes de M. Wassiliewsky au paragraphe 2ii des Conseils et récits. (4) Toujours dans ce même paragraphe 24i.
ter son pays et venant chercher fortune auprès du hasileus de Rouni. Ce devait être certainement un fort haut personnage. Voyez l'accueil que lui fait l'empereur, et cependant tant est grand l'orgueil des sujets du hasileus. de ces Byzantins provinciaux, que Basile, si autoritaire cependant, n'ose nommer stratigos de ce thème reculé cet homme qui se dit neveu du roi de Germanie ! Cela aurait pu humilier les Romains ! L'empereur se borne à le placer à la tête d'un corps de troupes provinciales sous l'autorité du stratigos.
Ce passage nous fait \"Dir encore combien cette organisation militaire du thème était puissante et perfectionnée à cette époque. Pour ce seul thème de Ilellade, outre les milices provinciales, on nous parle de deux corps spéciaux d'imj)ortance assez grande pour être placés chacun sous le commandement d'un domestique, les excubiteurs du thème (1) et les Vlaques. Ces derniers devaient être spéciaux à ce thème de Hellade, où la population vlaque était si nombreuse. Ceux d'entre ces barbares qui devaient le service militaire à l'empire formaient probablement un corps spécial sous le commandement dun chef désigné par le hasileus, parfois nommé à vie comme ici ce >' ikolitzès (2) .
Nous en arrivons enfin au point le plus important qui se trouve éclairé par la lecture de ce passage capital. Si Nikolitzès était bien encore duc de Hellade en la quatrième année du règne de Basile, c'est-à-dire en 980, et si cette date donnée par notre manuscrit est bien exacte, ce dont nous n'avons aucune raison de douter, Kékauménos, qui a dû certainement être son successeur dans cette charge, n'a pu en être investi que dans le courant de cette année au plus tôt. Or nous venons de voir d'autre part que ce même Kékauménos demeura dans ce poste de duc de Hellade, autrement dit de stratigos à Larissa, durant trois années entières, donc jusqu'en 983, qu'il eut alors un successeur incapable, lequel, également au i)out de trois ans de mauvais gouvernement, par conséquent dans le cours de 986, finit par se laisser enlever Larissa par les troupes de Samuel qui depuis des années renouvelaient leurs attaques contre la Thessalie.
Quelle est la conséquence capitale à tirer de cette succession de dates
(1) Il y avait probablement dans chaque Ihèrae un corps semblable.
(2) Sur ces Vlaques de Thessalie, voy. Conseils et récits, p. 148.