‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 82 sur 99 · TOUTE I.W^IE SE DECLARE POUR PIIOCAS · texte numérisé non relu

TOUTE I.W^IE SE DECLARE POUR PIIOCAS

prétentlaiil mit le siège devant Constaiitinoiile, mais Psellus dit non moins expressément que l'audace lui manqua pour l'aiic passer le Bosphore à ses troupes, comme cela avait si bien réussi près de quinze années auparavant à son oncle Nicéphore. Il est vrai que celui-ci n'avait entrepris cette opération qu'après qu'une si'ililion triomphante eut jeté à ses pieds la ijrande ville sans défense.

Le prétendant envoya la seconde purtion d»; son armée, sous le commandement de Léon .M('lissénos, assiéger Abydos sur la rive asiatique des Dardanelles. Léon avait ordre de s'emparer à tout prix de celte clé des détroits et d'y opérer sa jmicticni avec la Hotte rebelle qui occupait les passes, pour mieux ainsi allamer la capitale. Phocas espérait, en s'emparant de cette place (pii commandait si complètement les détroits, supprimer tons les convois de subsistances expédiés à Constantinople et obtenir ainsi sans effusion de sang la reddition de la capitale.

Hélas, pour cette époque si déshéritée, nous ne possédons que les indications les plus sommaires sur ces événements qui durent amener vers l'an 987 un si terrible bouleversement parmi tous les thèmes d'Asie. Xe sachant presque rien, nous avons bien de la peine à reconstituer quelque peu ce drame formidable. Certainement Bardas Phocas devait se trouver à la tête de forces très nombreuses pour oser tenter une aussi colossale entreprise. Certainement aussi, je l'ai dit, l'impitoyable administration du parakimomène avait dû causer par toutl'empire une immense désall'ection pour le gouvernement des jeunes empereurs. Par Léon Diacre, dont je suis ici le récit (1), nous voyons encore mieux que dans Yahia combien toute l'Anatolie s'était déclarée on faveur de Bardas. « Toute l'Asie, dit cet historien, toutes les villes maritimes et les ports appartenaient à Phocas, sauf Abydos. Ayant l'i'iini une foule de galères, il tenait par elles les passes de l'HelIcspont, barrant la runte aux navires chargés de grain qui se rendaient à ConstantiiKipli' |iour l'approvisionnement de la capilale. « Ainsi se passa l'an 987.

La situation de la dynastie macédonienne sembla j)resque di'sespi'-rée

(1) On se rappi'Uc nue coltc luirralion par Léon Diacre îles événenicnts de guerre dans les preitiières années dn rogne de Basile et Constantin n'est c^u'un récit incident à l'occasion de l'apparition de la comète de 'Jl'i qui avait, suivant notre historien, prédit toutes ces calamités.

LES JEUXES AXXEES DE BASILE

dans cette lamentable fin d'année. En Asie, Bardas Phocas, soutenu par le prestige de son glorieux oncle, était vraiment tout-puissant. Ses troupes, non contentes de bloquer les faubourgs de la capitale, serraient de près la dernière ville demeurée aux mains des impériaux sur la rive méridionale des détroits, afTamant ainsi Constantinople. En Europe, les Bulgares, complètement victorieux à la suite de la catastrophe de l'an précédent, occupaient une grande partie des thèmes et menaçaient tous les autres.

De ces deux périls. Bardas Phocas était cerlninemenl le j)lus pressant.

La présence prolongée aux portes de la capitale de l'armée de ce prétendant assoiffé de vengeance jetait la terreur au Palais Sacré (umme dans la foule Constantin op G 1 i t a i n e.

De cette terreur, un écho nous est peutêtre bien demeuré dans une poésie de Jean Géomètre, pour la première fois signalée par M. Wassiliewsky (I). « Seigneur, » s'écrie le poète iniitemporain dans ces vers où, h propos des trois jeunes hommes dans la fournaise et du lyran XabuclKiddiiozor, une allusion est faite aux circonstances présentes, « tu es juste et ton jugement est équitable. Nous méritons tous les maux que tu as attirés sur nous et sur notre cité glorieuse el puissante, patrie de tes plus chers fils. Tu nous as livrés entre les mains méchantes d'ennemis infidèles, déloyaux, homicides, entre les mains du basileus redoutable et tyrannique, qui surpasse en ruse tous les humainsf2). » Quel pouvait être à cette date ce prince cruel et tant redouté (juc \r poète compare au souverain fameux de la Bible, sinon le féroce Bardas sirranl de près la Ville gardée de Dieu?

CALICE hyzontiii t'rt verre avec monture en argent^ i^nr laquelle se trouve gravée la formule, de la Consécration ilu vin. — .Y"" ou, XI"" Siècle. — [Trésor de Saint-Marc, à Venise.)

(1) Fragments russo-hi/zanlins, p. 175.

(2) Cramer, op. cit., IV, p. 361.

Page 1