‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 83 sur 99 · ADMIRABLE ÉXERGIE DE BASILE · texte numérisé non relu

ADMIRABLE ÉXERGIE DE BASILE

Le basileus Basile, dès les premiers progrès de cette sédition nouvelle, s'était montré à la hauteur de tous les périls. Sa capitale était dégarnie de défenseurs. Toutes les troupes disponibles des thèmes d'Europe étaient au luin, retenues sur la frontière bulgare, gardant les places fortes et les débouchés de la montagne. Il ne restait au jeune autocrator, outre ([uelques corps de la garde, que la flotte impériale mouillée dans (Ihrvsokéras.

Ce fut par elle que vint le salut. Yahia, l'historien syrien contemporain, nous montre le vaillant fils de Romain II accablé de soucis en présence de ces dangers elTroyables, mais s'armant d'une invincible énergie.

Avant tout il fallait parer au plus pressant danger. Basile prépara l'attaque immédiate de cette portion de l'armée rebelle qui occupait Chrv-

SOpolis, ne voulant pas lui calice byzantin ,-n onyx nire monture ,:n arg.-ni

doré. — -Y"" ou XI— Siècle. — [Trésor de Saint-Marc,

laisser le temps de grossir ^^ Venise.)

assez pour iluniier l'assaut

à l'immense capitale, désireux surtout il'i'ii Unir avec ces premiers

adversaires avant ipic l.i cluite d'Abydos ne vînt iIhuIiIit Irurs forces en

rendant la liberté de ses mouvements à la seconde portion île l'armée

rebelle.

J'ai dit que Basile n'avait presque pas de troupes disponibles. Fidèle à la politique traditionnelle de Byzance, le fds de Romain sut se procurer

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en hâte les guen-iers mercenaires dont raiijuii lui était indispensable pour attaquer la première armée de Phocas. Sa promptitude, sa décision en cette circonstance firent plus que dix victoires. 11 sut appeler et amener à temps à Constantinople les premiers guerriers du monde, ayant pris à sa solde les meilleures bandes du grand-prince de Russie, Vladimir, le fils de Sviatoslav. (le secours envoyé par les Russes à l'empereur de Roum fut l'occasion sinon la cause d un des événements les plus extraordinaires de l'histoire, du traité qui amena la conversion du prince russe et de son peuple à la religion chrétienne et le mariage de Vladimir avec la sœur des basileis.

C'est aux historiens orientaux, à Yahia surtout, à Elmacin qui l'a tant copié, à Ibn el-Athîr, enfin au chroniqueur arménien contemporain Acogh'ig, que nous devons les principales indications sur ce fait prodigieux qui, par ses conséquences infinies, marque la date capitale dans l'histoire de la Russie. Ces écrivains orientaux nous ont seuls fait clairement connaître le lien étroit rattachant la conversion du prince russe et de son peuple, puis le mariage de Vladimir avec les événements tragiques qui se passaient à ce moment sous les murs de Constantinople. Les sources byzantines se taisent complètement sur toutes les circonstances principales de ces grands faits historiques et se bornent à mentionner le secours militaire envoyé par les Russes en cet instant si critique. Léon Diacre luimême, qui a été le contemporain de tous ces événements, n'en souffle mot, certainement de propos délibéré. Parmi les autres Byzantins, Slcylitzès, Cédrénus, Zonaras (1) etPsellus (2), les seuls (jui en parlent, en font à peine mention, littéralement comme en passant, comme si leur orgueil national suu lirait trop de ci'lte union conclue entre le sauvage pi'ince de Kiev et une princesse de la maison impériale. 11 semble que tous s'efforcent à l'rnvi de cacher la situation presque désespérée dans laquelle se tron\ait le basileus Basile. Même Psellus ne mentionne pas le mariage. Quant au baptême du prince et du peuple russes, tous les Byzantins aussi .se taisent.

(1) Éd. Diiidorf, l. IV, p. 114.

(2) Celui-là en dit le plus, mais c'est encore bien peu de chose.

A LU A M h: AVi:i- /,/•;>■ iicsses "os

« Lacourdi-' t!ofisl(inliiHi|ilr, disnit ù peu prf's Yahia (1) et KImacin (2^, était plongée dans d'affri'USL's |)cr|ili'xil(''s. Les lr(>n|ics faisaionl di'faut ]ioiir repousser IMiocas, qui était parvenu jusqu'aux rives du Bosphore et iiisjiirait à tous l'épouvante. Les caisses étaient vides. On ne savait que tenter. Dans sa détresse et son épuisement, Basile lui poussé à s'adresser au tsar des Russes, arec Icrjucl les (Irccs avaient rir jiis(iue-là oi rtat d' host'ilitr. et réclama de lui un |iruiii|il secoiu's pour le tirer de crtic silu.ilinu aciuclic si désespérée. Le Russe ne ((nisi'iilil à I aidi'i- quCn i'cliani;i' d Une alliance, et Basile dut signer avec lui un Irailt; et lui envoyer sa sœur Anne en mariage, sous la condition Inulernis (jue les Russes abandonneraient l'idolâtrie pour le chrisliauisme. \'ladimir s'engagea donc à se faire baptiser avec son peuple et expédia à son futur beau-frère un corps de six mille guerriers d'élite. Le basileus, en reloiu', lui envoya des métropolites ijui le convertirent lui et t(Uit le |ieuplc de son pays, et ils n'avaient jusque-là aucune foi religieuse et ne croyaieiil à lien, et c'est un grand peuple, el depuis ils furent chrétiens jusqu'à nos jours (3). ))

Le grand-prince de Russie, Sviatoslav, le glorieux vaincu de Doryslolon, massacré par les l'etchenègues au printemps de l'an 073 aux cataractes du Dnieper, avait laissé trois fils : Yaropolk à Kief, OIeg chez les Drevlianes, Vladimir, qui devait être le (llovis de son peuple, à Xovgm-od. Dans d'horribles guerres civiles (pii suivirent ce triple avènement el (pu' raiipellent notre sanglante anai-ciiie in('rovingienn(% Yaropolk avait fait

(1) llosen. op. cit., p. 2:',.

(2) Ce dernier bien plus nbivgo fine Viiliia. dirii moins exact, sani' pniii' ipii'!c[iii's points Importants.

(3) Voyez sur l'importance extn^me des sources orientales pour l'histoire de la conversion des Russes et de la part prise par leurs guerriers à la lutte contre Bardas Phncas, sur l'imporlance en particulier des chroniques de Yahia, d'Elmacin, d'ibn el-.\lhir, aussi sur la source grecque encore inconnue à laquelle ces auteurs ont puisé, l'article de M. Onsponsky du Journal du Ministère de l'inslruclion publique ru-ise de 1884 (livr. du 1" août, à partir de la p. 303) consacré au livre du baron Rosen sur Basile le Bulgaroctone d'après la C/ironiijue de Yahia. Le silence des sources byzantines, de Léon Diacre en particulier, qui était i-ependant un contemporain, y re(;oitson explication. — Voyez encore les noies (surtout les notes l;i8 et 1.')',)) du baron Rosen dans ce même ouvrage sur le Bulgaroctone et les si remarquables articles de M. Wassiliewsky dans ce même Journal du ilinislère de l'inslrwli'in /iiihlii/ue russr (années I8'!.'i et 1870'! intitulés Fragments ru.^iso-ti/zantins et La droujina r,Tringo-rus.'<e el i;rrinf/o-anf/laixe à Conslanlinople, puis encore l'article de M. A. -A. Kounik : yote du Toparque de Gotliie, inséré dans le t. XXIV des .Mémoires de l'Académie des Sciences de Saint-Pélersbour;/.

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périr Oleg [l), et Vladimir, à son tour, n'étant alors encore qu'un barbare rusé, débauché et sanguinaire, après avoir un moment fui « au delà de la mer » jusqu'en Suède, avait fait assassiner Yaropolk en 080 dans une entrevue. A partir de ce moment, il avait régné seul à Kiev sur les Russes. Amoureux de Rognéda, la fiancée de Yaropolk, il avait demandé sa main au Varègue Rogvolod qui régnait à Polotsk. La princesse avait répondu qu'elle n'aurait jamais pour époux le fils d'une esclave (2). Vladimir, en effet, avait eu [lour mère une chambrière d'Olga, nommée Maloucha, ce qui n'avait pas empêché son père de lui faire la part égale à ses frères. Furieux de cette injure, Vladimir avait saccagé Polotsk, tué Rogvolod et ses deux fils et épousé de force Rognéda. Après le meurtre de Yaropolk il avait encore pris, sans du reste l'épouser, la femme que celui-ci laissait, une belle religieuse grecque jadis arrachée de son monastère et ramenée par Sviatoslav, probablement lors de sa première expédition en terre byzantine. Sviatoslav l'uNait donnée à son fils. Nous n'en savons rien de plus, sauf qu'elle devint enceinte de Vladimir et donna le jour à Sviatopolk, fruit de ce commerce adultère. De ces deux femmes, le prince de Kiev avait donc privé la première de son père et de ses frères, la seconde de son mari. <■, Il se laissa constamment, dit la Chro7iiqiie russe, aller à l'amour des femmes. » Outre Rognéda, son épouse légitime, qui lui donna quatre fils et deux filles, il avait encore une épouse tchèque qui fut mère de Vycheslav, une bulgare qui lui donna les deux fameux princes martyrs Roris et Gleb, une autre enliii qui lui donna également trois fils. Ce n'était pas tout, et ce bâtard, ce ». fils de l'esclave » qui allait devenir un des grands saints de l'Eglise orthodoxe, était tellement adonné à la débauche, qu'il entretenait trois cents concubines à Vychégorod, trois cents à Riélogorod près de Kiev, deux cents au bourg de Rérestovo « dans un château que l'on appelle encore aujourd'hui Bérestovoié ». (( Insatiable de débauches, il séduisait les femmes mariées et faisait violence aux jeunes filles, car il était débauché comme Salomon. » Également passionné pour la guerre et le butin, il avait

(1) En 977.

(2) Littéralement: « qu'elle ne voulait point déchausser le fils d'une servante ». Dans certaines parties de la Russie, chez le peuple des campagnes, la jeune femme est tenue de déchausser son mari en signe de soumission.

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