‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 85 sur 99 · VI.ADlMin ET LES [iVlMARES · texte numérisé non relu

VI.ADlMin ET LES [iVlMARES

le voir, jiersislii jiis(|ii'aii\ (Iciihlm-s jours (lui précédèrcnl l'alliance entre les deux peuples.

II est un point fort obscur de cette époque obscure entre toutes, qui, s'il pouvait être suflisaniment éclairé, nousouvrirait certainement des horizons étonnamment nouveaux. S'appuyant sur des considérations qu'il expose avec autant de science que de lucidité, expliquant à sa manière quelques mots peut-être jusqu'ici mal interprétés des récits de Léon Diacre, de Yahia et d'Elmacin, insistant sur l'affirmation de ces deux chroniqueurs que jusqu'aux événements de l'an 987 il n'y avait eu (pi'inimitié entre Byzance et les Russes, étudiant à nouveau la phrase peut-être bien mal comprise de la Chronique dite de Nestor au sujet de l'expédition de Vladimir contre les Bulgares de la Kama et du Volga, alors qu'il devrait peutêtre être question des Bulgares du Danube, M. Ouspensky, le savant byzantiniste d'Odessa, dans le compte rendu très minutieux qu'il a fait du beau volume consacré pai' le baron Rosen à Basile II, d'après les l'écits de Yahia (I), a posé pour la première fois la question de la possibilité de la participation de Vladimir et de ses Russes à la guerre du tsar Samuel contre Basile en 98G et de la présence de ces guerriers aux côtés des Bulgares lors de la grande déroute de la Porte Trajane, le 17 août de cette année.

Les arguments de M. Ouspensky, présentés avec un incontestable talent, m'ont vivement séduit. Malheureusement ils reposent sur des données tellement clairsemées, sur le témoignage de quelques mots d'une interprétation si délicate, qu'on doit hésiter encore avant de leur accorder une autorité historique absolue. Je renvoie aux pages de l'auteur russe le lecteur désireux de se renseigner exactement sur l'élal de la cpiestion, me contentant pour le moment d'accepter cette hypolhèse de M. Ouspensky, que la présence de Vladimir et d'auxiliaires russes dans les rangs des Bulgares vainqueurs au combat de la Porte Trajane, dans YéW' de l'an 08ti, ne constitue nullement une impossibilité.

Reprenons, au point où nous l'avions abandonin' jiour parler des

(1) Th. Ouspensky, L'Empereur Basile le Bulr/arocluiie. Extr. des Anuu/es de Va/iia d'Antioclte puOliés, Iraduils el annotés par le baron V. Rosen, St-Péicrsbourg, 1883 {Journal du itiiiistère de l'Instr.puh. russe, livr. du 1" avril 18Si). — Voy. sur cette question de la participation possible des Russes à la guerre bulgare de 986 les pages 294 à 298 et 307 de ce volume.

716 LES JELWES AX.XÉES DE BASILE

Russes, le récit de l;v révolte jusqu'ici triomphante de Bardas Phocas. Je rappelle en deux mots la marche des événements. Durant que de Constantinople à Kiev on négociait entre ambassadeurs et missionnaires, les troupes victorieuses de Bardas Phocas étaient apparues sur la rive du Bosphore en face de la capitale byzantine dégarnie de troupes. Le dernier jour de la dynastie macédonienne semblait arrivé. Il ne restait à Basile II qu'une chance de salut : obtenir immédiatement de son barbare voisin russe, devenu d'autant plus exigeant qu'il savait son adversaire en proie à tant d'infortunes, un secours de troupes qui lui permettrait de repousser l'usurpateur d'Asie. II en avait été fait ainsi et Vladimir s'était engagé à envoyer un corps de ses guerriers pour tirer les princes de la dynastie macédonienne de l'impasse terrible où les avait acculés la victorieuse insurrection de Phocas. C'était même là tout le secret des négociations engagées. Basile, qui avait à tout prix besoin des merveilleux soldats de Vladimir pour chasser l'usurpateur et ses Géorgiens de la rive du Bosphore, hésitait toutefois à lui accorder sa sœur qui devait être la rançon de ce marché. La jeune princesse, en se dévouant de plus ou moins bon gré, fut la cause directe du salut de l'empire.

Ce sontlà les négociations fameuses, un peu mieux connues aujourd'hui, grâce aux chroniqueurs orientaux Yahia et Elmacin, négociations célèbres à la fois dans l'histoire de l'empire d'Orient, dont elles assurèrent à ce moment le salut, et dans celles du peuple russe, dont elles marquent l'évolution capitale, le passage du paganisme au christianisme.

Par un passage précieux de Yahia, nous connaissons aujourd'hui l'époque précise à laquelle ces négociations furent engagées. Ce chroniqueur dit en effet que le basileus Basile envoya des ambassadeurs au prince russe « quand l'armée de Bardas Phocas avait déjà atteint le rivage de la mer et la ville de Chrysopolis », c'est-à-dire quand elle fut venue camper devant Constantinople, par conséquent pas avant la lin de l'an 987. Par contre, nous ne savons rien ni du lieu oii les négociations s'engagèrent, ni des ambassadeurs qui y furent employés des deux parts. Il est probable toutefois que ceux-ci durent se réunir en toute hâte à Kiev. Le temps pressait affreusement pour les Grecs. L'orgueil byzantin dut céder vite devant les exigences du prince barbare.

jVKGOC/.iï/ô.v.s' iVF.c vlaiumii;

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Ces célèbres iiégocialiuns eiilre IJasilo II (;t Vladimir aboulirent à divers résultats successifs d'ordres très dilFéreiils. Les deux basileis devaient bien linir par accorder leur sœur Anne en mariage au |irince de Kiev qui, en échange, accepta pour lui et pour son peu[)le la lui (■lir('tienne; mais, comme il fallait courir au plus pressé, Vladimir commença par ruurnir à ses futurs beaux-frères un secours de six mille Varègues pour les aider à vaincre Bardas Phocas. Donc, diiraiil cpic les négociations \»m\- le mariage, volontairement ralenties par l'orgueil byzantin qui ne pouvait se résigner à pareille humiliation, se poursuivaient à Kiev, une première convention dut être signée qui, en échange d'une somme d'argent certainement très forte, accordait aux basileis ce secours de guerriers, suprême ressource de l'empire aux abois.

Les ambassadeurs byzantins avaient vraisemblablement passé les premiers mois de l'année 988 à la cour de Vladimir.

Ils rentrèrent probablement à Constantinople pour y recevoir des instructions nouvelles en

compagnie du conlin^cul que le juince de Kiev envoyait à ses futurs beaux-frères, mais ce retour ne dut se faire qu'après le i avril au ](lus tôt, puisque nous allons voir qu'à cette date Basile promulgua sa Novelle célèbre « au sujet des monastères », dans laquelle il s'exprime en termes d'une cruelle affliction au sujet des malheurs qui l'accablent présentement. Il paraît difficile d'admettre qu'après l'arrivée d'un contingent aussi important, aussi ardemment attendu, l'empereur ait jiu encore parler sur le ton désespéré dont ce document est si entièrement pénétré.

C'est à Yahia et à Elmacin, son abréviateur ordinaire, que nous devons, on l'a vu, les notions les plus précises sur l'envoi de ce fameux contingent russe à Constantinople. C'est par ces écrivains orientaux que nous appre-

LAMl'E i]'t\irt»c Cfnisi'i'fi'^ an Tràvor d-j Saint- Marc. .Y"" oit XI"" Siècle. L'inscription byzantine est une invocation à sttint Panfélêiniùn, au nom (la donateur Zaccltarias, arclierèt/ue d'Ibérie^ en Géorgie.

718 LES JEUNES AN.XEES DE liASIEE

nons que ce corps auxiliaire, trié vraisemblablement avec un soin singulier, ne comptait que six mille p^uorriers : « mais clmcnn de ces braves valait une armée ».

Il est un point bien intéressant au sujet duquel nous demeurons dans le doute : c'est celui de la présence possible tlu prince Vladimir à la tète de ses guerriers, llm el-Atbîr, qui écrivait au xiu'' siècle (t), Elmacin surliiul, (jui le suivit dv prés (2), semblent formels à ce sujet. « Le roi des Russes, dit ce dernier, se rendit avec toutes ses troupes au service du roi Basile et se joignit à lui et ils s'entendirent tous les deux pour marcher contre Bardas Phocas et partirent contre lui par mer et par terre et le mirent en fuite. » Un résumé en langue turque de la Chronique du même auteur, résumé traduit d'après une copie sensiblement modifiée, affirme le même fait dans des termes un peu difl'érents. Par contre, Yahia, écrivain contemporain, historien bien mieux informé qu'Elmacin, qui le copie si souvent (3), ne souffle mot de cette piU'IicijKitidu ]iersonnelle de Vladimir à la guerre contre Bardas Phocas ni de sa venue à cette date à Constantinople. De même les Byzantins, Skylitzès, Cédrénus, Zonaras, Psellus, qui ne mentionnent très succinctement l'arrivée du corps russe à (lonstantinople qu'après avoir parlé du mariage de Vladimir, se taisent complètement sur ce point particulier. Enfin et surtout, argument le plus sérieux, la Chron/i/i/f nationale russe dite de Nes/or ignore absolument tciute venue du prince de Kiev dans Tsarigrad et il paraît bien difficile d'admettre que cette source, malgré ses lacunes et ses imperfections, se soit tue entièrement sur un fait aussi considérable. Toutefois, comme V:\hia, sans nier formellement la chose, se borne à ne rien dire, et que les autres Orientaux affirment, au contraire, catégoriquement ce fait, nous

• (1) Il luouiul en 1233.

f2) Il mourut en 1273.

(3) Faudrait-il croire avec le baron Roseu à une conjecture personnelle d'Elmacin, ou bien ce chroniqueur a-t-il eu à sa disposition pour la connaissance de ces faits une source que Yahia n'a pas connue et à laquelle il aurait emprunté en bloc le récit de tous les faits qui n'ont point eu la seule Syrie pour théâtre'? La principale dilTérence entre les deux historiens consiste précisément dans la manière dont ils exposent cet ordre de faits. Voy. dans Wassiliewsky, Franmenls russo-byzantins, pp. 148 à 155, l'énuraération des autres sources [Récit sur les l.atinx. Èloije de Vl'idimir par le métropolite Hilarion, etc.,) qui font des allusions plus ou moins directes à cette venue du prince de Kiev à Constantinople. Il en existe surtout une fort nette dans l'unique traduction latine que nous possédions de la Chronique de SUylitzès, éd. Gabius, p. 150. La question demeure pendante.

LA niiorji.wi /;(,'ssA' .1 consiwntixoi'I.e ti'i

accepterons provisoireinent leur version avec M. Ouspensky et M. Wassiliewsky surtout qui a étudié de si près la valeur de rcs lénioignages, el jusqu'à nouvel ordre nous admettrons avec eux la présence de Madiniu' à Constantinople à la léle de ses bandes (1).

Cette fois, donc, il ne s'agissait plus de l'arrivée à Hyzaiice de groupes isolés et peu nombreux de guerriers Scandinaves venant prendre du scrvire auprès des basileis. dette Cois, connue aux temps déjà éloignés de Nicéphore Phocas, c'était de nouveau une odyssée vérilaldc, une tioupe considérable, un groupe compact organisé en véritable corjis indépendant, une droiijina, suivant l'expression russe contemporaine. Même ces six mille guerriers qui devaient sauver l'empire allaient en même temps constituer le noyau primitif sans cesse renaissant du corps auxiliaire russe permanent, de la droujina fameuse qui devait devenir par la suite un des plus fermes soutiens des basileis, fournir leur célèbre garde varangue, s'illustrer durant de si lunginjs années sur tous les champs de bataille de cette portion du monde, arroser de son sang toutes les frontières de l'empire, du sud au nord comme de l'occident à l'orient (2). La grande majorité de ces guerriers d'élite, force première des armées byzantines, bataillon sacré sans cesse renaissant, j)resque toujours invincibli-, furent constam-

(1) Voy. Ouspensky, L'Empereur Basile te liulgurodone.

(2) L'allusion faite par la Chronique liile de \eslor à l'envoi par Vladimir des Varègues mécontents à Constantinople vers !)80, puis l'envoi en 988 des six mille guerriers russes au secours de Basile II contre Bardas Phocas, envoi mentionné a l'envi par Yahia, KImacin, Ibn el-Alhir, aussi par les historiens byzantins et arméniens, par l'excellent chroniqueur contemporain Acogh'ig surtout, si véridique comme la plupart des historiens de sa race, auteur de reiiseigneluents chronologiques si précis, de même par son continuateur Arisdagués de Lasdiverd, tous ces faits, en un mot, ont été l'occasion pour M. Wassiliewsky, désireux de réfuter un des plus notables adversaires de la théorie normande des origines russes, M. S. A. (iuédéonov, de publier en 1874 et 1873 dans la Bévue du Minislère de l'instrurlion publique russe, une série d'articles d'une science profonde, sous ce titre: La droujina va'rini/o-russe et v.rringo-nnrjlaise à Conslnntinople aux XI' el XII<' sièc/cs. Dans ce long et ingénieux mémoire, merveilleusement bourré de faits, le savant byzantinisle russe, se basant surtout sur le témoignage de l'sellus et de Michel Attaliole, a victorieusement et, je le crois, définitivement prouvé contre ses contradicteurs l'identité dos Russes avec ceux qu'on appelle V.Trings, Varègues, Varangues el Varangiens. Les deux appellations sont synonymes, et jamais, malgré tout ce qu'on a pu dire, les historiens n'ont fait de distinctiou entre ces deux entités (voy. surtout à la paje 124 du dernier article). A la fin du mémoire, M. Wassiliewsky parle des Varè..;ues anglais qui vers la lin du xi= siècle commencèrent a remplacer de plus en plus leurs colUgues d'origine russe dans les armées byzantines. Kn un mot, le savant byzanliniste, reprenant dans ces pages d'un si vif intérêt toute cette grande question di's Varè.nucs, a rédigé de main île maitre l'historique de la présence des guerriers russes et norihmans dans les armées impériales aux x"^ el XI" siècles. J'ai fait à cet excellent travail de nombreux emprunts.

nienl de véritables Varègiies russes. Mais à côté d'eux, dès le règne de Basile II, on vit figurer par {letits groupes, plus souvent à l'état d'individus isolés, de vrais Xorthmans d'Islande et de Scandinavie. Les noms de quelques-uns de ces preux presque légendaires nous ont été conservés par les Sagas. Certainement ce furent des personnages historiques, bien que leur individualité ne nous apj)araisse plus qu'à travers une brume profonde sous ramoncellenient des récits légendaires du nord. Tels furent

entre autres : l'Islandais Bolli ou Bollason qui, après maintes aventures, s'en vint, dit la Saga, à Miklagard, qui est Constantinople, y entra dans le corps des Va?rings impériaux! 1), y demeura de nombreux hivers et se montra Iciujiiurs parmi les plus braves et plus renommés guerriers du nord (2): puis Ghest, fils de Thorgall, qui, après avoir tué en 1007 Stir, un des princes d'Islande, se sauva à Miklagard, espérant y être mieux caché, et s'y engagea dans les Vserings. Il fui retrouvé parmi ceux-ci par Thorsteinn,le fils de sa victime, (pii le lua au milieu du repas de ses compagnons d'armes en l'an 1011 (3), « car c'est l'usage des Vœrings et Northmans, dit la Saga, qu'ils passent la journée à jouer et à lutter ensemble ». Les Vtcrings, accourus au bruit, voulurent massacrer Thorsteinn, parce que c'est le châtiment de celui qui commet un meurtre dans un repas. Il doit aussi perdre la vie. Mais Ghest délivra Thorsteinn de ce péril en payant pour lui le prix de rachat et en faisant sa paix avec lui.

Dans laNjâla Saga (4) encore, nous voyons leNorthman Kolskeggrse

{\) Wassiliewsky, Droujina, etc.. p. 14. Saga de Laxdael, éd. de 182", p. 315.

(2) 11 dut arriver à Constantinople, d'après M. Wassiliewsky, après l'an 1023 ou l'an 1026.

(3) Saf/a de l'iga-Slir. M. Wassiliewsky explique que celle date de 1011 n'est pas certaine.

(4) Ou Njdis Saga.

CALICE byzantin t'n cr/^■^(/ dr /-uc/ie, ai'cc monture en argent doré et gemmé. — X"" oa XI"" Siècle. — [Trésor de Saint-Maj^c, à Venise.)

LA DiiOUJi.y.i ncssi-: a coxsTAyriXDpLE

rendre du Danemark par la Russie à Conslanlinople, où il servit en (jualilé de Vaning.Il s'y maria, futnonnné hétériarque, c'est-à-dire chef des gardes étrangers, et y mourut vers 1017(1). Dans la Ilallfredar Saga encore, tlris Ssemingarson est cité comme un homme riche ayant beaucoup d'amis, avant été dans tout Miklagard, il y ayant recueilli de grands honneurs. Lui aussi vivait vers le commencement du xi' siècle.

Ces fugitifs aperçus que nous livrent ces poèmes !iéroï([ues du nord sur la vie de tous ces guerriers accourus des neiges boréales |iour prendre service et faire fortune dans Miklagard la merveilleuse auprès du grand basileus des pays du Levant, ne sont-ils pas comme une fenêtre ouverte sur des réalités qui nous échappent, hélas, tant ces sources mêmes sont pauvres et rares, mais qui dépassent en intérêt puissant les jihis ronianesipies récils de la Fable"?

A partir donc de cette année 988, ce premier grand corps de six mille guerriers russes pai'tis de Kiev, divisé plus tard, au dire de Codinus, en douze bataillons de cinq cents hommes chaque, chacun ayant sa bannière propre, se maintnit constanmient dans les armées impériales (2). Constamment de nouveaux arrivants venaient combler les vides amenés dans le groupe primitif par la guerre, la maladie ou le retour dans leur patrie des guerriers retraités. C'étaient des gens de pied, les Russes mettant le fantassin bien au-dessus (lu cavalier.

Les recherches de M. Wassiliewsky consignées dans les articles dont j'ai parlé tout à l'heure (3) ont jeté un jour tiès nouveau sur l'existence à

(1) M. Wassiliewsky penche pluUM pour la date de 1U30.

(2) Voyez le précieux téiuoit,'nage du récit de la rixe de Mouscli eatre Russes et Aniiénieus lors de l'expédition d'Arniéiiie de l'an 1001.

(3) Note 2 de la p. '719.

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CALICE hyznntiii m fordûnyx, avf.c monture (l'itrijciit dore. — A"" ou Xt" Hiécle. — {Trésor de Saint -Marc, à Venise.)

722 Z.E.S- .lEryEs AiWh'ES DE BAi-ILE

|iailii' de 988, à travers les règnes suivants jusqu'au delà de 1050, de cette droujina russe à Constantinople. Le chiffre de six mille guerriers semble s'èti'e maintenu à peu près constamment. De temps en temps, des odyssées plus nombreuses venaient compléter le fameux corps auxiliaire, telles les bandes de Chrysochir et d'avitres grands chefs venant par le Dnieper el la mer Noire à travers le pays redouté des Petchenègues chercher fortune à Constantinople.

Cette présence ininterrompue d'un corps auxiliaire russe dans la capitale étant maintenant un l'ail acquis à la science, il faut avec M. Wassiliewsky distinguer entre ceux de ces Varangiens qui formaient la « droujina » impériale proprement dite, principal corps de la garde du basileus, el ceux constituant la masse du corps, la « grande droujina (1) », qui, cantonnés d'ordinaire en Asie, faisaient partie de l'armée régulière, combattant sur la frontière de Syrie, ou parfois en Italie plutôt que sur la frontière du nord, on cun(;oil pour quels motifs. Ce serait donc une erreur fort grande de croire que tous ces Vterings de la fin du x" siècle et du xiî^ faisaient partie de la garde même des empereurs. Les Russes, durant celte longue période, constituent le corps allié mercenaire par excellence, z'z z'~>\i.\).r/y/.i'i ou ^îv./.iv, et, dans ce grand corps, il y a un corps élu, celui de la garde. Dès cette seconde portion du règne de Basile II les témoignages sont très nombreux de l'existence certaine et de l'importance de l'élément russe, tauroscvthe, dans les troupes impériales combattant en Italie ou sur la frontière d'Asie, parfois même en Bulgarie (2). Sous les règnes suivants, ces témoignages historiques deviendront bien plus nombreux encore (3). Par le

(i; Ou encore Varangiens du Palais et Varangiens extérieurs. Sur l'origiin' luOnie de ce moi Varangien, voj-. le mémoire de M. Wassiliewsky, dernier article, page H2.

(2) Nous verrons en lOKi, lors des victoires de l'armée impériale en Péloponèse, un tiers du butin attribué aux. mercenaires russes, qui devaient donc Otrefort nombreux. De même, en )U19, nous verrons le catépano d'Italie battre les Normands et le partisan lombard Mêle à (îanncs avec l'aide des Russes que l'enipereur lui a envoyés, « les hommes les plus vaillants qu'il pût trouver », dit le moine Aimé.— * En 1020, dit JI. Crosset dans ses notes à Vllistoire île la Géorgie, Basile arrive sur les l'rontièros d'Asie avec toutes les troupes de la Grèce et uni' foule d'étrangers. Lors de la rébellion de Xiphias, les Russes battent les Géorgiens le 11 septembre 1022. En 102i l'expédition de Chrysochir n'est qu'un indice de l'affluence toujours croissante des guerriers russes vers le raidi. En 102i le généralissime Oresle part pour reconquérir les thèmes italiens avec des Russes et d'autres guerriers de toute race. »

(3; Dans Codinus encore, qui écrivait au xv° siècle, il est question des gardes varangiens russes au service de l'empereur. Cet auteur les compare au régiment impérial « qui, dans l'antiquité — c'est-à-dire dans le m' siècle, — était de six mille guerriers ».

ARRIVEE DE f.A hUOVJIXA DEs fi IX MILLE 'M

récit d'un fait survenu en IU:{4 nous savons (jii';iu moins une partie consiiiérable de cette « droujina » des six mille avait à cette époque ses quartiers d'hiver habituels dans le thème des Thracésiens. Douze ans auparavant il avait hiverné, nous le verrons, aux environs de Trébizonde avec le liasileus Basile en personne.

Les Varangiens russes avaient une église parliculière à Byzance, Noire- Dame des Varangiens, la « Panagia Varangiolissa », qui s'élevait contre la luçade occidentale de Sainte-Sophie, dans son voisinage immédiat (1). Ce devaient être des Russes orthodoxes. Le corps spécial des Varangiens tie la garde avait ses quartiers au Palais (2).

Suivant toute apparence, l'arrivée des guerriers russes à Constantinoide allait procurer à Basile les premiers moments heureux éprouvés par lui dans sa vie déjà si cruellement Iravervée par tant d'incessantes infortunes. Dans l'absence presque complète de récits contemporains nous avons peine ù nous représenter l'abîme de malheurs au milieu desquels se débattaient l'empire et la fortune de la maison de Macédoine en ce terrible commencement de l'an 988, alors que les troupes du prétendant maître de l'Asie garnissaient la rive méridionale du Bosphore, grossissant incessamment leurs bataillons, et que des fenêtres du Palais Sacré, où l'on attendait anxieusement l'arrivée des fantassins du nord, suprême secours du ciel, on pouvait entendre les cris de joie et les injurieuses clameurs de tnus ces Asiatiques !

Il est possible de retrouver un lointain écho de ces terribles souffrances, de toutes ces dramatiques péripéties de l'histoire byzantine et bulgare <lu x" siècle, dans une source contemporaine publiée en partie depuis longtemps, mais demeurée très peu connue jusqu'à ce jour; j'ai nommé «luelques-unes parmi les poésiesde Jean Géomètre quiserapportentcerlaine-

(1) Voyez Uolin, Histoire de l'Église latine ù Constunlinople, Puris, 18'Î2, p. 166.

(2) A partir du 1030, à côté des Russes et des quelques Scandinaves, on voit iiflluer, ilo plus en plus nombreux dans ce corps auxiliaire, des Krancs et des Italiens, dos .Normands Italiens surtout, des hommes comme Hervé le Krancopoule et Roussel de Bailleul aux temps d'Alexis Coninène. Peu à peu ces nouveaux venus Unissent par être de beaucoup les plus nombreux. Enfin, dés la fin du xc siècle, commence l'exode à Constantinopic des Anglo- Saxons qui deviennent les nouveaux Varangiens et so substituent définitivement aux Russes un peu avant la première Croisade.

72i LEf! JEUX ES ANNÉES DE BASILE

niiiit :i la période dont j'écris l'histoire. Ces poésies, quej'ai citées plusieurs fois déjà (1), nous renseignent en ternies saisissants sur cet abîme de maux de toutes sortes dans lequel Byzance fut précipitée au commencement du règne de Basile II et dont elle fut délivrée par les événements de la fin de it88 et dos premiers mois de 980, c'est-à-dire avant tout par le secoiu's des guerriers varègues. Les courtes phrases pleines d'un âpre désespoir du chrysobuile de l'an 989 dont je vais bientôt parler sont ici remplacées par des images vivantes, palpables, pleines d'un navrant réalisme. L'indignation (le la fierté byzantine humiliée se révèle dans ces vers par d'amers sarcasmes contre les Bulgares et leur prince, par des menaces et des malédictions contre les ennemis de l'empire, menaces et malédictions tristement, douloureusement mêlées au souvenir de l'époque brillante et heureuse, hélas encore si proche, du règne de Nicéphore Phocas.

Loin de la patrie (2) est le titre d'une pièce assez longue qui peint en ti'aits de feu l'état des esprits à Byzance à cette époque mémorable de l'histoire de l'empire et les calamités sous lesquelles la patrie grecque se trouvait accablée. Une description très vivante, peut-être unique dans la Iiltératur(! iiyzantine, dos malheurs du paysan, du laltoureur, en proio aux mille maux de la guerre civile et de la guerre étrangère, donne un prix inestimable à ce morceau littéraire. La mention qu'on y retrouve de l'horrible sécheresse printanière doit la faire rapporter précisément au printemps de l'an 989, alors qu'à tant de maux était venue se joindre cette cruelle absence de l'eau du cioi. Dans cette même ]iièce enfin, il est parlé d'un incendie à nous inconnu qui avait détruit une foule d'édifices dans la capitale et fait de nombreuses victimes. Les allusions à la guerre civile en Asie, aux incursions des Bulgares à l'Occident, sont fort transparentes. Les fils d'Amalek, qui viennent porter le pillage jusque sous les murs de Constantinople, sont bien certainement les soldats du tsar Samuel, peut-être aussi les mercenaires sarrasins de Bardas Phocas.

Une autre poésie du même Jean Géomètre, d'un tour certainement satirique, mais qui malheureusement ne nous est parvenue qu'incomplète

(1) Voy. p. (•il.

(2) Kî; Tr,v àitoorinîav, Cramer, np. cit., IV, 322. — Voy. encore Wassiliewsky, fVnjmenls russo-bi/zanlin.i, p. 174.

POÉSrES DE JEAN GÉOMÈTRE

et mutilée, est également très précieuse parce qu'elle fait une allusion fort claire à cette alliance de l'empire d'Orient avec Vladimir, alliance au sujet de laquelle nos connaissances sont tellement restreintes que nous en sommes pour ainsi dire réduits à la deviner. Celle-ci est dédiée « aux Bulgares (1) ». Eu voici à pou près le texte dans sa l'orme d'une si amère ironie. « Acceptez, Thraciens, les Scythes pour alliés contre vos amis, jadis unis à vous contre eux. Réjouissez-vous et applaudissez, peuples bulgares. Vous avez maintenant, vous portez le sceptre, le diadème et la pourpre (ici \\n vers omis). (Il) mettra à nouveau et pour longtemps vos cous sous le joug et vos pieds dans les ceps.

11 couvrira vos dos et vos reins de cicatrices nombreuses, parce que, refusant de travailler (comme des esclaves), vous avez osé porter (la pourpre et le diadème) ; telle sera la fin de tout cela. »

Par les Thraciens, le poète désigne certainement les Grecs. Comme d'autre part ce sont certainement les Bulgares qu'il désigne sous le nom de leurs anciensamis et alliés, ilestévident qu'il fautenlendre par « Scythes » les Russes. C'est contre ces derniers, en effet, que, k l'époque des Tzimiscès et des Sviatoslav, les Bulgares, alliés aux Grecs, luttaient avec acharnement.

Mais, à l'heure présente, combien les choses élaient changées! C'étaient maintenant les Scythes, c'est-à-dire les Russes, qui devenaient les auxiliaires des Grecs contre leurs anciens amis et compagnons d'armes. Comme celte j)ièce de vers se rajiporle donc certainement à l'époque de la guerre luilgare, elle se (rouvc (oui naturellement jilacée dans l'œuvre dn poète auprès de celle, dont j'ai parlé déjà, adressée au Isar Sanuicl, « le fils

(1) Eî; Toi; livj\fàç.i'ji. Cette pièce de vers suit de très près daiis le Icxti' inamisci'it celle sur le Comiliipoiile (voy. p. fii.1). Oramer, op. cit., IV, 2S2.

COUINE qu'on croif ilr tiirquoi»r. ai't'C jnonfiire d'or tjemnir ef filii/rant', ornée de plticc fti pt.^tct; rf'énutuj: dolsonnéK. — {Trésor dr Saint-Marc, à Venise.)

ilu Comité». Au point de vue de l'iiistoire russe, elle correspond, par contre, bien exactement à l'époque du règne de Yladimir. Nous y trouvons même une allusion significative qui tendrait à confirmer ce soupçon déjà formulé par divers érudits au sujet de l'alliance conclue à ce monieni entre le basileus et le prince de Kiev, à savoir que les plus anciennes démarches concernant cette alliance et la demande de secours adressée par le Palais Sacré à Vladimir avaient dû avoir pour toute première origine les progrès incessants, si dangereux pour l'empire, de la guerre bulgare. En d'autres termes, ainsi que je l'ai dit plus haut (I), il semble aujourd'hui très possible que dès 986, aussitôt après la grande déroute delà Porte Trajane, la cour byzantine, épouvantée, ait cru devoir, alors déjà, demander au prince de Kiev des secours eu hommes. Très probablement les six mille guerriers que nous allons voir arriver à Constantinople au printemps de l'an 989, avaient été d'abord destinés à la guerre de Bulgarie, et si cette destination avait été depuis changée, c'est que la révolte de Bardas Phocas survenue sur ces entrefaites et l'attaque imminente de la capitale par les troupes du prétendant avaient créé à ce moment un danger encore plus menaçant, et c'est bien à ce corps de troupes, dernier espoir de la dynastie macédonienne, que doivent se rapporter les paroles de Jean Géomètre.

Quant au diadème et aux autres emblèmes arborésparle«Comitopoule)>, ces produits merveilleux sortis des fabriques impériales byzantines pour orner le corps d'un barbare, scandale qui excitait à un si haut degré — nous le voyons par ces vers — l'indignation du patriotisme byzantin, nous savons que le fils de Schischman, s'étant fait proclamer basileus, avait audacietisement arboré les insignes de la toute-puissance réservés à cette dignité suprême et nous verrons qu'à la prise d'Ochrida, sa capitale, en 1018, les vainqueurs s'emparèrent de tous ces attributs matériels de sa courte royauté.

Mais un autre témoignage encore, auquel j'ai fait allusion déjà, nous est demeuré, bien autrement frappant, de la détresse dans laquelle se débattait l'empire en cette année de misère atroce. Il nous est fourni, circonstance dramatique, par le basileus Basile en personne sous une forme véritablement touchante :

(I) Voy. p. "08, note 1.

NOVELLE LiU .', AVRIL !J88 liT

Nous possédons de ce iirince imo Novelle fameuse (1) abrogeant celle jadis édictée par Nicépliore Phocas (2) jiour comlialtre le développement excessif du monacliisme et la mulliplicalion des monastères, circonstances si funestes au progrès régulier des ressources économiques et militaires de l'empire (3). Or, non seulement ce document, qui autorise à nouveau les acquisitions de biens-fonds par les communautés religieuses et l'érection de nouveaux monastères, est à plus d'un litre précieux pour nous par les dispositions mêmes qu'il édicté; non seulement, |)ar une véritaidr houne Idrluiic, il se trouve daté du 4 avril de l'an 988 ;4), précisément du moment le plus terrible de cette terrible année !)88 qui vit les forces du prétendant d'Asie blocpier Constantinople, qui vit aussi les Russes accourir au secours du basileus et se convertir en masse avec leur prince au chrislianisme, mais encore, et c'est là l'intérêt réellement capital qu'il présente, le basileus y ïi fait figurer en tète de ces dispositions nouvelles un préambule émouvant dans lequel il annonce (pie ce sont les calamités adreuses dniil son peuple se trouve accablé depuis le commencement de son règne, qui l'ont poussé à révo(pier ainsi les mesures hostiles à la religion prises par son prédécesseur. Cet exposé de motifs, qui est bien plutôt l'éloquenl exposi- des souffrances publiques ouvertement et franchement avouées par le chef de l'Etat aux abois, ne manque pas de grandeur. L'empereur semble encore espérer, en révoquant ainsi les décrets de Nicéphore, faire cesser les désastres qui affligent l'empire depuis la promulgation de ces lois im]»ies.

c( Notre Majesté provenant de Dieu, s'écrie le basileus, a ouï afiirmeipar beaucoup de vénérables religieux qui ont fait leurs preuves de haute piété et de grande vertu, ainsi qu'à beaucoup d'autres personnages vénérables, que les lois édictées par notre prédécesseur Kyr Nicéphore (.j) au sujet des saints monastères et des fondations pieuses ont été l'origine et la cause de tous les maux affreux dont l'empire souflre actuellement, de la

(1) Le tilic en est : Novelle de noire pieui basileus Basile le Jeune ou le l'orpliyrogén'ele nhrogenni la constilution du basileus Nicéphore sur l'édificalinit des ('glises et les fondations pieuses.

(2) Novi'llo II (le ci't empereur.

(3) Zachariii; v. LiiiL!('nlli;il, Jus gr.eœ-roniantiiu, t. III. — Murlrouil, op. cil., I II, p :!'i".

(4) Kl non 'J87, comme 1(; dit, à tort, Mortieuil.

(5) Il Le seigneur Nicépliore. »

■728 LES JEU.XES AXXEES DE BASILE

ruine et du trouble universels de toutes choses, et cela parce que ces lois étaient une oll'ense et une injure non seulement pour ces très pieux monastères et ces établissements charitables, mais pour Dieu même. Or notre expérience particulière nous a de même convaincu de la vérité de ces affirmalions, car, à partir de l'épocpie où ces lois ont été mises en vigueur, nous n'avons plus jusqu'à ce jour éprouvé un seul moment de félicité. Bien au contraire, il n'est pas de calamité que nous n'ayons subie ! C'est pourquoi, par ce présent chrysobulle signé de notre main, nous proclamons -à partir d'aujourd'hui les susdits règlements abrogés et ordonnons qu'ils n'aient plus force de loi. Par contre, nous remettons en vigueur les ordonnances jadis justement et pieusement promulguées par notre grand-père Romain Lécapène, par ses prédécesseurs et en particulier par notre aïeul (1) au sujet de ces mêmes saints monastères et des autres fondations pieuses (2). Et pour tjuu nul ne mette en doute laulhenticité du présent décret, nmis lavons signé de notre main et scellé de notre bnlli/ d'or. »

Nous savons que Jean Tzimiscès, aussitôt après son avènement et pour se concilier le patriarche Polyeucte, avait une première fois abrogé ces fameuses ordonnances de son prédécesseur contre l'accroissement exagéré des établissements religieux. Comme nous voyons le basileus Basile les abroger une fois de plus au printemps de l'an 988, on peut en conclure que ces ordonnances si vexatoires pour le clergé avaient été remises en vigueur très probablement par le parakimomène Basile alors qu'il était régent durant la minorité de Basile et de son frère (3), et lorsqu'il se fut vu forcé par Bardas Skléros, l'antagoniste du parti du patriarche, de se jeter dans les bras de Bardas Phocas et de souscrire à toutes les conditions qu'il plut à celui-ci de lui prescrire. Par cette mesure imposée au gouvernement de l'eunuque, Bardas avait dû songer surtout à remettre en honneur la mémoire de son oncle assassiné, exigeant ainsi qu'on rétablit partout les

(1) Basile 1".

(2) 11 fut donc permis dès ce moment d'ériger de nouveaux monastères, dit Mortreuil, mais il paraît qu'à l'abri de cette nouvelle autorisation quelques habitants des campagnes avaient édifié des oratoires qui reçurent le nom de monastères et que des évêques, entraînés par un zèle maladroit, mirent la main sur ces édifices. L'empereur, par une Novelle qui ne nous est point parvenue, mais dont Psellus donne l'analyse, restitua ces propriétés aux villageois. Il n'y eut d'exception que lorsque le nombre des religieux s'élevait au moins à quatre-vingts.

(3) Gûrœrer, op. cit., III, 03.

NOVELLE DU h AVRIL OSS

règlemenls institués par lui. On s'aperçoit toujours davantage à (juel point nos renseignements sur es premières années du règne de Basile sont désespérément insuffisants.

Je ne pousserai pas plus loin pour riiistant l'étude des dispositions contenues dans ce document précieux. Je ne veux présenlrnimt que signaler ce cri de détresse pour ainsi dire officiel de ce jeune souverain qui était pourtant le plus énergique des basileis. Quelle suite ininterrompue de malheurs publics ne fallait-il pas pour arracher un [)areil aveu à un tel homme? Ce cri de douleur, c'est le résumé des souffrances de douze années de règne, à partir de la mort de Jean ïzimiscès, ce sont les luttes civiles contre les Sldéros et les Phocas, les guerres contre les Bulgares qui profitent avec ardeur de ces troubles intérieurs de l'empire, le désastre de la Porte Trajane, les campagnes pénibles contre les Arabes, l'hostilité sans cesse menaçante des Russes, les craintes pour les thèmes italiens convoités à la fois par l'émir de Sicile et l'empereur allemand, ce sont enfin les calamités

d'ordre intérieur, «'unissant à toutes celles-là : la sécheresse, le manque de récoltes, la famine ! Ce sont tant de malheurs qui, cette fois, comme toujours aux époques de ferveur religieuse causée par l'infortune, poussent les princes comme les peuples à faire leur paix avec Dieu, à conjurer sa colère en se rapprochant de l'Église, en la comblant de bienfaits pour se

MOS.iÎQUE mZASilSE Jf la <i/i l'it .Y"" Sirch;, de ii-ylise du coui'cnt do ■•^i.iint-Luc, en Pliocide. — Saint Daniel l'Ascele. — {Pliotographie commani'juée par M. G. Millet.)

130 LES JEIWES AyXÈES DE BASILE

la concilier. De lout temps le? luètres et les moines, tous les gens d'église, se sont montrés passés maîtres à ]irofiter haliilement de ces circonstances pour ressaisir ce qu'ils avaient pu perdre d'influence ou de privilèges dans des époques plus heureuses.

Une preuve de plus nous est donnée des embarras cruels parmi lesquels se débattait à cette époque le gouvernement du basileus Basile, par son attitude à l'endroit du Khalife d'Egypte. Abou'l-Mahacen et El-Aïni, écrivains arabes du xV siècle, racontent tous deux qu'en l'an 377 de l'Hégire, qui va du 3 mai 987 au 20 avril 988, probablement à la fin de cette année, qui correspond précisément à l'époque de la plus grande détresse de Basile, le Khalife El-Aziz, désirant vraisemblablement tirer parti de cette situation si embarrassée de son éternel adversaire, fit équiper en Egypte ime flotte pour aller ravager les côtes de l'empire deRoum, mais que, cette flotte avant été incendiée, diverses personnes furent soupçonnées d'avoir commis ce crime par malveillance (1). « Après cela, continuent les deux chroniqueurs, les ambassadeurs du basileus de Roum arrivèrent par mer au port de la cité de Jérusalem (2) et se rendirent de là au Kaire, porteurs de cadeaux pour le Khalife et de propositions de paix (3). El-Aziz, accueillant favorablement ces ouvertures pacifiques du basileus, posa des conditions très dures, qui furent toutes acceptées par les ambassadeurs chrétiens. Us .s'engagèrent entre autres à rendre la liberté à la masse des captifs musulmans retenus prisonniers par toute l'étendue de l'empire, à permettre que le nom du Khalife fût proclamé à la prière officielle du vendredi dans la mosquée de Constantinople i), à laisser transporter au Kaire toutes les marchandises qu'il plairait au Khalife de désirer : en d'autres termes, à lever toutes les prohibitions qui s'opposaient au commerce des sujets de l'empire avec l'Egypte. »

Ces renseignements curieux, bien qu'ils soient passés sous silence par les écrivains plus anciens et qu'ils nous soient fournis par des chro-

(1) 11 me semble qu'il y a dans la liii Je ce récit quelque confusion avec celui de l'incendie de la floUe égyptienne quelques années (ilus l:ird, en 91)6.

(2) Jaffa ou Ascalon.

i3) El-Aïni est seul à dire qu'ils apportaient aussi de l'argent pour l'entretien de l'église de la llésurrecliou à Jérusalem.

(i) On sait que la mention du nom du prince dans la prière officielle du vendredi est un des attributs de la puissance souveraine du Khalife.

AMBASSADE' AC KAIUE 131

iliqueurs d'une époque assez récenle, semblent très véridiques (1). Certes ils sont une preuve frap[iante de la détresse dans laquelle se trouvait Basile à ce moment, puisque nous voyons ce fier basileus à cette fin de l'année 987 ne pas hésiter à obtenir du Ivlialile un armistice à tout prix, aux conditions les plus humiliantes, certainement pour pouvoir consacrer toutes ses forces à écraser la rébellion de Bardas Phocas. C'était le moment même où il dépêchait une autre aml)assaile au prince des Ross pour réclamer son appui matériel, où il envoyait à Trébizonde le Daronite pour organiser une diversion en arrière des forces du prétendant asiatique.

Le but principal de cette ambassade au Kaire était le désir bien naturel de se garantir des attaques possibles des flottes égyptiennes, attaclues tpii eussent pu compliquer infiniment une situation déjà si dangereuse, ]ieut-ètre bien aussi d'empêcher une alliance de Bardas Phocas avec le Khalife. Il fallait que le basileus et ses conseillers fussent bien décidés à subir momentanément toutes les humiliations pour qu'ils acceptassent cette condition de permettre la prière officielle au Khalife dans la mosquée à Constantinople. De ce fait ils reconnaissaient solennellement le Falimite du Kaire comme clu^f universel de ri>laiH. ee qui étail |iiiih- El-Aziz d'une importance capitale.

Certains apprendront peut-être avi'c élonnement l'existence d'un pareil éditice dans la ville des basileis aimés du Christ, dans la Ville gardée de Dieu, protégée par la Vierge toute sainte ! C'est cependant un fait historique très connu. Constantin Porphyrogénète rapporte la première fondation de cette mosquée de Constantinople à l'an 717, lors du siège de la capitale byzantine par Mosiéma, lils dAbi! el-.Mélik, qui en exigea la construction. L'écrivain oriental Mokaddasy, cimlirmant ce fait, dil que cil édifice était situé derrière l'Hippodrome, en face du Grand Palais, et qu il fut « imposé par le chef musulman vainqueur au chien (lisez souverain) des (irecs ». Les émirs sarrasins [)risonniers à Constantinople avaient d'ordinaire leur logement dans les dépendances de la moscpiéc (2).

(1) Voy. Itnscii, op. lil., iiolo la8, sui'lmil lii lin.

(2| En 104'J ou lO'JO, li> basileus Constaiiliii, pour plaiiv uu Si'Uljonkidi' Togroiil beg. lil restaurer la mosquée de Conslantinoplo. Kn 118'.i, .SaUulin, ayant envoyé une ambassade à Constantinople pour conclure une alliance avec lempi-rour Frédéric Barbcrousse, adjoignit à ses envoyés un hùlib ou prédicateur, une chaire et plusieurs lecteurs du Coran et mouez-

LES JEiWES AXNEES DE /J !.*//,/?

Revenons an grand drame qni se déroulait sous les nuirs de (Jonstantinople. Vers la fin de l'an "J88, peut-être seulement dans les premières semaines de l'année suivante, soit que Vladimir accompagnât ses guerriers,

soit qu'il lïil di'ineuré à Kiev, le sccDui's des six uiilli' Russes, l;iiil ;il- Icnilu, l;iiil di''sir(' dans Im giaude capitale aux aliuis. iirriva enfin. Celait le salul, c'était la délivrance. Aussitôt les choses changèrent iiinunc |)ar miracle, (iduslanlinople voyait avec transport entrer dans ses murs en qualil(' d'alliés et de sau- \. iir< ces mêmes faniiiix guerriers varègues qui, seize années M M |i;i ra \ a u 1 . avaiciil lailii dr^truiic rcni|iirc et avaient si (li)slin(''menl résisté aux alla-

MUaAlUl- E byiiiiilinc c/f la ^iii lia X"" Hifclc, de l'fjli^c du couvent de Saint-Luc, en Phocide. — Saint guerrier. [PhotOijra[)liie cominuni'iuée par M. 0. Millrt.)

ques furieuses des Immortels de Jean Tzimiscès.

Ces négociations avec Vladimir (pii embrassaient à la l'ois toutes ces questions si graves de la conversion en masse du peuple russe, du mariage du prince avec une Porphyrogénète, des secours en hommes accordés par Vladimir à >e.s beaux-frères, avaient pris vraisemblablement beaucoup de temps d(;puis l'automne de l'an 987, alors que la rébellion de

zims. Le jour de l'enlrée de l'ambassade, « jour niOiunndile », dit l'andiassadeur dans son rapport, le hiitilj monta dans la chaire cl, en présence d"unc foule de marchands musulmans établis à Conslantinople, dit en grande pompe la prière officielle au nom du Khalife abbasside.

BAi^ILE PREND ENFIN L OFFENSIVE

Bardas Pliocas s'élait accrue dans des proportions si redoutables. Il est probable que durant toute celte période d'anxieuse attente, Basile, presque privé de troupes, réduit à quelques corps de la garde, avait dû Ibrcénient se tenir de longs mois

Wm

sur la plus stricte défensive en face de l'armée rebelle campée sur la côte d'Asie. Et cependant celle-ci n'avait pas osé se risquer à attaquer directement l'immense capitale, à entrer en lutte dans une guerre de rues avec ses innombrables défenseurs civils. Ce ne put être que bien tard dans ce douloureux hiver, dans les premières semaines de l'an 989 probableiiicnl, après avoir reçu enfin le contingent russe tant désiré, que Basile, non sans avoir préalablement mis vainement tout en œuvre

pour acheter Kalocyr Delphinas, chef de la portion del'armée rebellecampée à Chrysopolis, etpour le décidera se retirer(l}, se vit enlin en état de passer de la défensive à l'attaque. Nous savons par Yahia qu'il avait en même temps envoyé par mer à Trébizonde, la voie de terre étant coupée, le magistros Daronite, pour y assembler des Iroiipcs cl tenter une'diversion dans le dos des forces rebelles. Ce grand seigneur arménien, ciief de la

'■■■ rr^y w b, -«■ f « 'hftiSiSm

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MINIATURE d'an dcf [Aas b<!iiiL\- manascrit!! bij:,ontinf tir. 1(1 BihliofUèqae Natloni.ile. — ■ Impératrice byzantine. Derrière elle, iletuy officiers [des spathaires].

(I) Skylilzfcs affirme la chose foniielloMU'iil.

734 LES JEiWES ANNEES DE BASILE

ramillcprincière du Darùn, passé au service du basileus, était tout désigné |iour cette entreprise en ces régions.

Très certainement, tout le long de cette inlerminajjie j)ériode d'angoisses, Basile avait dû se sentir tort soutenu par la courageuse attitude (if la population constantinopolitaine, (pii paraît vraiment en avoir imposé aux troujies d'Asie. Toutes ces foules urbaines étaient encore en ce siècle essentiellement dynastiques. On verra de même que les habitants d'Abydos défendirenl vaillamment leur cité contre les forces rebelles assiégeantes.

De iniit, très secrètement, les bâtiments de transport de la flotte impériahî transportèrent le corps russe tout entier avec les autres mercenaires, certainement aussi tout ce qni restait de troupes grecques disponibles (t), sur la rive d'Asie. Le jeune basileus accompagnait le corps expéditionnaire pndjaldement avec son frère Constantin. Peut-être bien Vladimir était-il également présent à la tète de ses guerriers. Nous ignorons sur quel point du rivage bithynien se fit le débarquement. Sur toute cette fin de cette grande sédition militaire, nous possédons les informations les plus insuffisantes.

Pselliis, qui confirme an sujet de l'arrivée du contingent russe les renseignements des chroniqueurs orientaux, raccmte que les guerriers de Scythic tombèrent au point du jour sur les soldats de Bardas. Ceux-ci s'attendaient si peu à être attaqués, que beaucoup étaient encore attablés, alourdis jiar l'ivresse. Ce dut être dans un des derniers jours de février ou un des premiers jours de mars (2). Acogh'ig dit que le lieutenant de Bardas avait établi son camp retranché en face de la capitale, de manière à iiilercepter toute communication entre la grande cité et

(1) « L>-n troupes qui étaient duns la ville, ainsi que les troupes occidentales », dit Acogh'ig, op. vil., p 178.

(2) Voy dans Wassiliewsky, La droujina v.rringo-russe, l"^ ait., p. 122. Ou ne peut se fier ici aux dates de Murait. — M. Ouspensky, dans son compte rendu du livre du baron Itoseu, croil que la bataille de Chrysopolis eut lieu peut-être déjà dans le cours de l'été de l'an 98H et qu'il se passa plusieurs mois entre cette victoire et celle d'Abydos. C'est aussi l'opinion (lu laron llosen qui place également la victoire de Chrysopolis dans l'été de 988. Acogh'ig (ch. XXVl) dit en parlant de la bataille d'Abydos ; « L'an suivant, — c'était encore au printemps ».

BATAILLE DE CIIRYSOPOLIs 'i:;

le Bosphoro. f'o fui à l'assuiil ili» ro camp qiio se nirrciit les gigantesques guerriers russes, après s'être leiuis cachés jusipià la pointe du jnur. Ku même temps, les bâtiments pyrophnres couvraient île l'eu gn-geois la l'ace; (lu camp adossée au rivage. Les rebelles, surpris, s'élancèrent en désordre contre les assaillants. Il était trop lard. Les nns lurent massacrés par les Russes sortis en hurlant de leurs embuscades, les autres jetés à la mer. (le dut èlre une affreuse et complèlo déroute, conime dans toutes les surprises de ce genre. Skylitzès, Cédrénus, Zonaras disent cpic la victoire des impériaux fut facile. Les deux grands chefs des rebelles, Kalocyr Delpliinas et IXicéphore l'aveugle, le fi'ère de Bardas Phocas, jadis mutilé par ordre de Jean Tzimiscès, tombèrent aux mains des impériaux, avec la plupart des chefs secondaires. On les conduisit liés à leur vainqueur. Il les fit empaler, pendre et crucifier. Kalocyr Delphinas subit le supplice infamant sous les yeux de l'armée loyaliste, suspendu à un gibet dressé; sur la hauteur où il avait l'ait disposer sa tente. Pr<dial)loment on apercevait cette scène des remparts et des fenêtres de la capitale. « Chaque chef rebelle, disent les sources, fut puni suivant la responsabilité qu'il avait encourue. » Seul l'infortuné Nicéphorc, que son état de cécib' rendait moins dangereux, fut épargné et jeté dans un cachot.

Après cette victoire qui dut paraître à Constanlinuple connue un éclatant miracle et y exciter des transports de joie, après ces terribles exemples calculés pour jeter l'effroi dans les âmes de ce qui restait de rebelles, le jeune basileus rentra au Palais Sacré pour préparer l'attiique suprême contre le prétendant. Celui-ci, qui, probablement, se tenait cjuelque [)eu en arrière avec les troupes de réserve, à Nicée [)eut-être, n'avait cependant point perdu courage à ces nouvelles pour lui si all'reuses. Acogh'ig, très bien informé de tout ce qui concerne ses compatriotes, raconte qu'aussitôt après celte première bataille perdue, il congédia subitement tous ses contingents géorgiens. Pour que le prétendant se privât ainsi de ses meilleurs et plus dévoués soldais, il fallait iju'ily fût conlrainl par (juebpie circonstance très grave, (j'est (Micore Yaliia (pii s'est ici chargé de nous éclairer :

Nous avons vu que l'empereur avait expédié le Daiunile à Trébizonde pour tenter sur les derrières de l'armée rebelle une diversion qui devait

nécessairement avoir pour premier théâtre les contrées avoisinant la Géorgie. C'était pour tenir tète à ce redoutable assaillant que le prétendant s'était vu contraint de se séparer de ses meilleurs soldats et de les renvoyer dans leur pays à la défense de leurs foyers. Réunissant tout ce qui lui restait de troupes, il alla rejoindre devant Abydos son autre lieutenant Léon Mélissénos, résolu à s'emparer avant tout de cette ])lace dont la possession lui était indispensable pour dompter par la famine la capitale qu'il n'avait pu soumettre par la violence. De là il comptait porter plus tard la guerre de l'autre côté des détroits, dans les thèmes d'Europe, décidé peut-être déjà à toutes les trahisons, même à tendre la main au roi bulgare (i).

Le siège d'Abydos fut poussé par l'armée rebelle avec une extrême vivacité. Les partisans de Phocas espéraient emporter la place avant que Basile n'eût achevé d'organiser sa nouvelle expédition. Les habitants, secondés par le peu de troupes fidèles demeurées dans la ville, se défendirent non moins vigoureusement. Le drongaire Kyriakos, haut officier de la marine, envoyé à leur secours par le basileus, certainement avec des troujies de renfort, soutenait leur courage.

Basile était infatigable. A peine débarrassé de cette première armée qui avait si affreusement menacé sa capitale, il s'était remis à l'oeuvre avec ardeur. D'abord il fit partir son frère l'autocrator Constantin avecun premier coiq)s. C'est l'unique fois, je le crois, où ce prince, dans sa longue vie, figure comme commandant en chef d'une expédition militaire. Il fut très rapidement suivi sur la rive asiatique parle basileus en personne avec le gros de l'armée. Cette fois encore, les Russes de Vladimir constituaient la principale force de Basile. Psellus dit expressément qu'il ,ivait encore d'autres troupes avec lui.

Donc, avec cette armée, ces mercenaires du nord, avec sa flotte fidèle de navires porteurs du feu grégeois, le jeune basileus aborda une fois encore sur la rive d'Asie, bien plus à l'ouest cependant, aux environs de

(1) Je rappelle que je suis ici Léon Diacre, certainement mieux informé. Skylitzès et Cédrénus, qui ne parlent pas de Léon Mélissénos, font apparaître dès le début Bardas Phocas ilcvant Aliydos et disent que c'est lui qui commandait en personne cette portion de l'armée rebelle.

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