LES POHPHYROOÉSÈTES ZOÉ ET THÉODORA
infortunée à toute sa bienveillance, « voulant, dit Mathieu d'Kdesse, qu'il traitât ce pays avec un amour paternel ». « Le vieil empereur moribond appela aussi, conlinue l'écrivain national, la sollicitude de son frère sur les fils de .Sénékhérim, le roi démissionnaire du Vaspouraçan : Davith, Adam, Abou Sahl el Constantin, ainsi que sur tous les grands d'Arménie. 11 lui prescrivit encore de témoigner la plus grande bienveillance aux fidèles du Christ T). »
« Constantin — poursuit l'écrivain arménien, décidément tout-à-fait favorable à ce souverain — Constantin, devenu empereur, se montra bon, pieux, compatissant, enclin à pardonner les offenses des méchants. Aussi lit-il mettre en liberté tous ceux qui avaient été incarcérés (2). Il ordonna de brûler la prison des condamnés, que Basile avait fait construire et qu'il avait remplie des grands de l'Kmpire. Car Ilasile, craignant pour son trône, avait fait étrangler les personnages les plus considérables, et leurs corps étaient pendus là, recouverts de leurs vêtements et attachés par la gorge à des crochets en fer. Ce spectacle arracha des larmes des yeux de Constantin, et il donna l'ordre de les ensevelir, en même temps qu'il fit détruire cette prison. Accusant la cruauté «le son frère : t Ehî quoi, s'écria-t-il, la fin de l'homme est toujours imminente, pourquoi donc celte mort cruelle, dans le but de préserver une vie corporelle et passagère? » Constantin gouverna avec «les dispositions pacifiques et se montra plein de douceur envers les fidèles. Après un règne de quatre ans (3), il termina ses jours dans une foi parfaite en Jésus-Christ , et laissant après lui une • mémoire vénérée, il alla rejoindre ses pères. Sa mort causa un deuil universel parmi le peuple, privé d'un si bon prince ».
Ces éloges, entachés d'une telle partialité, sont certainement sincères. Ils s'expliquent par l'attitude conciliante prise par Constantin vis-à-vis de ces petites monarchies d'Arménie et de Géorgie, si rudement traitées par son frère ainé (4).
(1) Voy. Éf>opcc, II, p. 300 sqq. Séuékhérim mourut en 1027, p«ut aprfts l'avènement de Constantin, dans «i nouvelle résidence de Sébasle qui lui avait été donnée parle bastleus Basile. Davith, son fil* ainé, lui succéda. On verra plus loin quo Kéôrki, le fameux roi des Aphkbaaes, l'adversaire opiniAtre do Basile, mourut également à cette époque.
(21 Nous voici vraiment bien loin des accusations si graves de Skylitzès.
■'3, En réalité, pas tout à fait trois années.
(4; Le témoignage d'Arisduguès de Lo*diverd est également très favorable au basileus
AFFAIRES DE GÉORGIE
On se rappelle qu'à la suite de l'expédition victorieuse dernière de Basile en Arménie et de la défaite du fougueux roi d'ibérie ou des Aphkhases, Kéôrki, en l'an 1022, le vieux basUeus était rentré en triomphe à Constantinople emmenant avec lui comme otage le petit prince royal Pakarat, lils du dit Kéôrki, alors âgé de trois ans, en s'engageant toutefois par serment à renvoyer au roi son lils au bout de trois années (1) — « Pakarat, poursuit la Chronique connue sous le nom d'Histoire de la Géorgie à laquelle nous devons ce récit (2), ayant passé
IVOIRE BYZANTIN des A7«" on XII— i>iè>:lca. — Le meurtre d'Abel. La conversation de Coin avec Dien symbolisé par ane dextre divine. — Musée Olivieri, à Pctaro. — (Grun-en, II, 60. — Voy. la vignette de la p. SI.)
ces trois années dans la cité impériale de Constantinople, fut renvoyé conformément à la parole donnée ». * Ce prince, continue la Chronique, venait d'atteindre le Daik'h — c'est-à-dire les terres de son père — et d'entrer à Bana, dans les domaines royaux. Il avait été escorté jusqu'à la frontière de ses Ktats par le « catépano » d'Orient (3) qui revint de là sur ses pas, lorsqu'on vit arriver en toute hâte un mandator, c'est-à-dire un messager impérial, apportant au t catépano » une lettre du nouveau
Constantin. H est curieux de constater que le syrien Yabia, à l'égal des Arméniens, éprouve certaines sympathies pour ce prince que les llyzautins, tout au contraire, nous dépeignent sous un aspect conslainiii.nl désavuntaueux.
(1) Voy. Épopée. Il, pp. 330 sqq.
2, Kd. Brosset, f, p. 309.
I Certainement le domestique des Scholcs d'Orient, c'esl-n-dire le généralissime des forces impériales en Asie.
26 LES l'ORl'H YROGÊNÈTEH ZOÈ ET TI1Ê0D0HA
basileus Constantin ainsi conçue : « Par la providence divine, le bienheureux basileus Hasile, mon frère, est mort et je lui ai succédé sur le trùne de toute la (irece (l). En conséquence, en quelque lieu de mon Empire que mes ordres vous parviennent, faites revenir sans différer Pakarat, fïls de Kéôrki, roi des Aphkhases, uiin qu'il nous soit présenté ».
Le * catépano » n'eut pas [dus tôt pris connaissance de l'ordre impérial qu'il s'occupa, suivant ses instructions, de faire rétrograder le petit prince. Il courut en toute hâte après lui, mais sans parvenir à l'atteindre, car il était déjà rentré dans ses domaines et se trouvait soutenu par une armée considérable à laquelle le < catépano » ne pouvait songer à livrer bataille. Quand ce haut fonctionnaire vil de loin tout ce peuple immense accouru à la rencontre de son prince et la multitude des « didébouU », des t érislhaws », des » aznaours », du Daik'h, de la Meskie et du Khartle, il revint sur ses pas et dit au mandator impérial, porteur de l'ordre du basileus: < Si tu le peux, fais-le revenir; quant à moi, cela m'est présentement tout-à-fait impossible ».
En terminant son curieux récit, le pieux écrivain national s'écrie dévotement : « i) grande et admirable bonté du ciel! Voyez comme ce juste fut inopinément sauvé des mains perfides de ses ennemis qui le voulaient saisir et ramener! Voulez-vous savoir ce que c'est que la protection divine! Voyez et considérez combien de secours en a reçu le grand Pakarat, lui plus qu'aucun autre monarque, ainsi que vous le prouvera, en divers temps, la suite de cet ouvrage ! »
* Dès que le prince, poursuit le chroniqueur, fut arrivé auprès de son père, le roi Kéôrki, dans sa résidence royale de Koutaïs, leur réunion s'opéra sans inquiétude; et ils glorifièrent Dieu avec des actions de grâce. Ses parents, en revoyant leur fils, leur vivante image, embelli de charmes qui ne se peuvent imaginer ni décrire, se livrèrent à d'indicibles transports de joie et offrirent à Dieu l'hommage de leur reconnaissance. » C'était au début de l'an Um.
Constantin, plus défiant ou moins loyal que son frère Basile, avait certainement du s'opposer primitivement à ce qu'on s'en tint à la parole
lit Ainsi Pukarat avait bien élé envoyé i-n otage <sn (irèc* en l'an 1022, ce qui date bien positivement la secundo expédition Je Basile « outre les Aphkhav.a.
AFFAIRES DE GÉORGIE
donnée au roi Kéôrki en relâchant son fils. De là sa précipitation à faire rechercher le royal otage avant qu'il fut trop tard. Mais il est bien probable que le motif principal de celte hâte fut la brusque nouvelle de la rébellion de Nicéphore Comnène et de l'alliance conclue entre ce prétendant et le roi Kéôrki, événements dont j'ai parlé plus haut (V; et sur lesquels nous sommes malheureusement à peine informés, puisque presque seul Arisdaguès de Lasdiverd nous en a dit quelques mots. II y a là une coïncidence si frappante qu'elle devient presque une certitude.
Quoi qu'il en soit, les circonstances, quelles qu'elles aient pu être, qui avaient accompagné le retour du petit prince Pakarat dans le royaume de son frère, avaient dû jeter un froid très vif. sinon créer un état de complète hostilité entre les deux pavs. En effet, nous voyons arriver presque aussitôt après à Constantinople une nouvelle ambassade géorgienne commandée par un des principaux personnages du royaume, destinée certainement à ramener la bonne entente troublée par ces événements. Il est probable que l'effondrement de la conspiration de Nicéphore Comnène était pour beaucoup dans cette démarche si cruelle à l'orgueil du roi Kéôrki.
« Après cela, raconte en effet la Chronique, le patriarche Melkisédec se rendit à Constantinople auprès du basileus Constantin qui l'accueillit et lui fit don d'ornements d'église, d'icones, de croix, et de tout ce qui sert à l'habillement des dignitaires ecclésiastiques et des prêtres. » C'était la seconde fois que le catholicos dibérie s'en allait ainsi à Constantinople réclamer pour son Église nationale l'aide toute-puissante du basileus de Roum. La première fois, cela avait été du temps du roi Pakarat, père du roi actuel Kéôrki sous le règne du grand basileus Basile (2 X . Nous ne savons sur le second voyage du saint prêtre rien de plus que ce que nous en dit Y Histoire de la Géorgie.
Moins de deux ans après le retour de son fils Pakarat, dans la journée du Ifi aoôt de l'an 1027, encore du vivant du basileus Constantin, le belliqueux roi Kéôrki, qui avait si vaillamment défendu ses États contre
1 Voy. pp. 10 & 12 Au |tivii.-nl vnluni.-.
(2) Voy. Epopée, II, p. 471, le récit .le <••• ,,i.mier voyage «lu patriarche. Voy. encore Histoire de la Géorgie, I, p. 301.
LES l'ORPIlYROGÈSETES ZOÉ ET TIIÊODORA
le grand Basile cinq années auparavant, mourut tout jeune encore, âgé de trente à trente et un ans à peine [\). t Nul, parmi ses ancêtres, dit le chroniqueur national (2), ne s'était montré son égal en énergie, en héroïsme, en générosité, en perfection du corps et du visage, en habileté à gouverner. Il rendit l'Ame dans un lieu duThrialeth, nommé Mqinwarni ou Itsroni '\ , laissant tous les peuples de ses domaines royaux en proie à l'affliction, chacun regrettant sa bonté, son héroïsme. » Ses restes fuient rapportés et déposés en pompe dans la grande église royale de Koutais, dont les belles ruines existent encore :Y). Aussitôt qu'il eût fermé les yeux, son fils aîné, Pakarat, pour lors âgé de neuf ans, fut proclamé roi en sa place sous le nom de Pakarat IV dans tous ses domaines et royaumes, tant du Haut que du Bas Pays, c'est-à-dire tant du Karthli que de riméréthie et «le la Mingrélie. Sa mère, fille, on se le rappelle, de Sénékhérim, ex-roi du Vaspouraran, fut récente en son nom. Ce pelit prince devait régner presque un demi-siècle, exactement quarante-cinq années, sur toute lu Géorgie, jusqu'en l'an 1072!
Dans ces petites monarchies chrétiennes asiatiques voisines du Caucase, soumises au régime le plus essentiellement féodal, le pouvoir ne se transmettait presque jamais d'un règne à l'autre sans quelque secousse violente. Toujours il se trouvait un parti qui s'opposait à l'avènement de l'héritier présomptif. Cette fois, les événements semblent avoir été particulièrement graves. « Au même temps, poursuit l'Histoire de la Géorgie, que le roi Pakarat IV de Karthli et d' Aphkhazeth, fils de Kéôrki I er Pagratidc, âgé de neuf ans, se fut assis sur le trône, les < aznaours » du Daik'h, Watché, Caridchis-Dzé, Joané, évôque de Bana, et avec eux une foule d' « aznaours » du même pays, s'en allèrent en Grèce — c'est-àdire se retirèrent sur territoire de l'Empire. (Juelques-uns possédaient des citadelles. D'autres n'en possédaient point. S'étant révoltés contre le roi Pakarat, ils s'attachèrent à Constantin, frère et successeur du basileus Basile ». Voici, d'autre part, le récit de ces mêmes événements qui nous
(1) Il était âgé de dix-huit ans en l'an 1015. (2j Histoire de la Géorgie, I, p. 311.
(:t) Ou encore Wironi, localité inconnue au dire de Brosset ; Hitloire de la Géorgie, F. p. 311. {4) Voy. Èpojxc, I, p. 732.
AFFAIRES DE GÉORGIE
est fait par Yahia (1) : t Les officiers de la reine régente lui conseillèrent de réclamer, au nom de son fils, la restitution des forteresses jadis cédées par le père de celui-ci au basileus Basile et de les occuper. Aussitôt le basileus Constantin envoya le parakimomène Nikolaos avec une armée en Aphkhasie {2;, dans la troisième année de son règne, et celui-ci la ravagea.
FRESQUE BYZANTINE de Vègliec cathédrale de Sainte-Sophie de Kiex: Archanges. — XI"' Si* le. — (Soc. Imp. rtws? dTAivhêot.)
11 brûla des villages, il tua une foule de gens, et fit une quantité innombrable de prisonniers. Le reste se sauva dans les montagnes inaccessibles et dans les places fortes où les troupes ne pénétrèrent pas; et plusieurs de leurs chefs sortirent vers lui et la reine et son fils lui demandèrent pardon et excuses pour le passé et jurèrent obéissance complète et soumission sincère au basileus, promettant qu'ils rempli-
(1) Éd. Rosen, p. 70.
(2) Les historien* byzantins ne disent pas un root Je cette expédition ni des projets belliqueux de la régente d'Aphkhasie.