RÊVES DYNASTIQUES DE ROMAIN ARGYROS
Constantinople (1) : une autre sœur encore dont nous ignorons le prénom, mariée à Constantin Karanténos, patrice, qui succéda, on le verra, à Michel Spondyle comme duc d'Antioche (2) : une autre encore, également de prénom ignoré, mariée à Basile Skléros (3), fils de Humain Skléros, petit-tils par conséquent du fameux prétendant Bardas Skléros.
l'scllos, l'homme le plus instruit de son siècle, illustre contemporain de tous ces règnes, dans un passage bien curieux de son Histoire s'exprime en ces ternies : « Romain Argyros, en montant sur le trône de Conslantinople, s'imagina que son règne marquerait le commencement d'une ère nouvelle. Voyant la dynastie séculaire de Basile le Macédonien en voie de s'éteindre dans les personnes de sa quinquagénaire épouse et de sa belle-sœur, à peine plus jeune, il se persuada qu'il n'en allait pas moins procréer en commun avec cette vieille princesse les rejetons d'une dynastie nouvelle. Bien à l'opposé de ces rêves ambitieux, le pauvre homme ne vécut plus que peu d'années et finit par mourir très subitement, ainsi qu'on le verra, après avoir été presque constamment malade durant tout son règne. »
« Les devins et autres charlatans, dit autre part le même écrivain, avaient fini par prendre, grâce à leurs prédictions qui répondaient à ses vœux les plus chers, un tel empire sur l'âme crédule de ce prince, qu'il se flattait non seulement de vivre beaucoup d'années, mais encore, ô miracle, de faire des enfants à son impériale épouse déjà fort avancée en âge, et de fonder ainsi la séculaire dynastie des Argyres. Ce fut sa préoccupation constante de chercher à corriger par des sortilèges les ••ITets de la nature. Il ajoutait foi à tous ceux qui se vantaient, par le moyen de leurs drogues, de lui rendre la vigueur de son jeune âge et de remédier en même temps chez la vieille et stérile basilissa à l'action désastreuse des ans. Non seulement il usait de toutes sortes d'onguents et de
(I; Éfio/ice, II. p. 323. Jean Orseolo, qui avait été créé patrice p;ir IVmpereur et avait rapporté à Venise le corps de sainte Oarlmra. périt presque aussitôt de la poste ainsi que sa jeune femme, après leur retour dan» cette ville. C'est cette princesse qui tant scandalisa les Vénitiens par ses raffinements diaboliques. Elle se servait d'une fourchette pour manger ses aliments 1 Voy. Épopée, II, p. 323, note 1.
(2; Leur llls, Nicéphoru Karanténos, battit à plusieurs reprises les Hottes de corsaires sarrasins d'Afrique et de Sicile, parvenues jusque dans la mer K(j«'c. Vuy. pp. 1 H. 117 et U« du présent volume.
(3; l'arfois désigné sous le nom de Romain, ainsi par exemple dans Skylitiès.
ci les ponfiiYno<;Esi:ri:s zoe et tiieodora
massages, niais il imposait le même traitement à Zoé. » Celle-ci, do reste, dans son aident désir d'avoir une postérité, renchérissait encore sur son époux, obéissant scrupuleusement à toutes sortes de prescriptions baroques que Psellos décrit en ces termes bizarres : « Klle introduisait de petits cailloux dans son corps: elle s'enveloppait de bandelettes et usait de toutes sortes d'aussi absurdes pratiques. »
Ce récit étrange, qui peint bien cette époque d'ignorance générale, signifie en somme tout simplement que Itomain Argyros, très sagement et très naturellement aussi, s'efforça de fonder sa propre dynastie, de prolonger et de rajeunir en même temps celle que représentait la basilissa Zoé par de nouveaux rejetons venant pousser sur ce tronc dénudé. Son unique tort fut de ne pas reconnaître assez tôt qu'à leurs Ages ces espérances étaient vraiment chimériques. Tous ces efforts, en effet, toutes ces prescriptions n'eurent, on ne le comprend que trop, aucun succès. Au bout de peu de temps, le basileus, plus de dix ans plus âgé que la basilissa, fort calmé par les ans, voyant bien que sa femme, malgré ses ardeurs juvéniles, ne lui donnerait jamais de postérité, se mil à la délaisser fort. Cette négligence lamentable devait un jour lui coûter la vie.
« Mon récit, poursuit notre précieux chroniqueur, fournira, à partir de ce règne, un thème plus précis que pour les basileis précédents. Aux temps en effet du grand Basile, je n'étais encore qu'un petit enfant, et lorsque son frère, le basileus Constantin, demeura seul empereur, je n'étais encore qu'un étudiant suivant les cours dans la capitale. Je n'ai donc été vraiment le contemporain d'aucun de ces deux princes. Je ne les ai jamais ouï parler et j'étais si jeune que je ne me rappelle même pas si je les ai jamais vus. Il en est tout autrement du basileus Komain Argyros, que j'ai aperçu maintes fois. Un jour même, je lui ai parlé. Ce que j'ai écrit sur les règnes de ces deux premiers princes, je l'avais su par ouïdire, au lieu que pour le troisième je ne dirai que ce que j'ai su par moimême, sans avoir à interroger autrui » \ .
Romain Argyros, c'est toujours de Psellos que nous tenons ce renseignement, était un homme cultivé pour son temps, nourri de
(1) Manassès, îd. Uonn, vers 60CO sqq, est très favorable à Romain Argyros.