‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 22 sur 90 · PORTRAIT DE ROM A IX AROYROS · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE ROM A IX AROYROS

lettres grecques, également instruit des lettres latines. Sa parole était insinuante, le son de sa voix plein de charme. Il avait une taille majestueuse, la taille d'un héros faite pour plaire aux foules et leur inspirer les plus vastes espoirs. Son apparence était véritablement royale. Il était bien fait, beau de visage, éloquent, disert. Malheureusement tous ces grands et riches dons étaient ternis par une extrême vanité. Il se croyait parfait homme de guerre autant que parfait littérateur et se flattait de réunir en sa personne les qualités d'un Auguste, d'un Antonin et d'un Marc-Aurèle. En réalité, il se croyait infiniment plus savant qu'il ne l'était vraiment et Psellos ne marque que du dédain pour la qualité très superficielle comme pour la quantité de cette impériale science. Certes quelque étincelle couvait bien cachée sous cette cendre, mais c'était le plus souvent en ignorant présomptueux que le nouveau basileus discourait incessamment de philosophie et de rhétorique avec tous les prétendus savants qui en dissertaient autour de lui. « II devint, en effet, fort à la mode à cette cour, poursuit notre chroniqueur, de s'entretenir de tous ces sujets d'ordre très élevé, mais en réalité ce n'était là qu'une pose prétentieuse sans souci aucun de la vérité. Les très rares vrais savants de cette époque n'avaient jamais pénétré au delà des portes mêmes du temple d'Aristote. Raisonneurs impitoyables, sans dialectique aucune, leurs colloques se subtilisaient en riens frivoles. Ils dissertaient à perte de vue de ce qu'ils ne savaient point, répétant par cœur quelques bribes du jargon platonicien, incapables absolument de pénétrer jamais les arcanes de la vraie métaphysique. Féconds en questions embrouillées sur les saintes Écritures, ils n'en savaient résoudre solidement aucune i l). »

De môme le basileus prenait volontiers le masque du philosophe, alors que derrière ce masque il n'y avait en somme que bien peu de chose. Tout ce prodigieux verbiage n'était qu'hypocrisie et dissimulation. En réalité personne, dans cette cour bizarre, ne se souciait de procéder à un examen attentif et minutieux de la vérité.

Que tout cela devait être insupportable et combien la sensuelle et frivole basilissa Zoé devait s'ennuyer parmi ces insipides discoureurs, si

(I) Lebeau, op. cU., XIV, p. 237.

fi6 LES TORI'HYROGÉNÈTES ZOÉ ET THÉO DORA

tant est qu'elle sortit jamais «le* profondeurs du Gynécée pour les outr parler et divaguer!

Une autre manie de Homain, c'est toujours Psellos qui parle, était de vouloir à tout prix et à toute occasion traiter des questions militaires. « Quand il ne dissertait pas philosophie, il discourait à perte de vue sur les boucliers, les jambières ou les cuirasses. Ce vaniteux ne parlait de rien moins que de subjuguer, les armes à la main, à la fois tout l'Orient et tout l'Occident. Il ne rêvait que de marcher sur les traces de tous les grands conquérants. » Nous verrons à quelle catastrophe tout ce beau zèle guerrier lirait par aboutir et comment ce général amateur ne fut jamais en réalité qu'un soldat incapable et un chef sans valeur.

Les débuts du règne de cet empereur qui avait si heureusement évité le pire des supplices et contre toute espérance conservé ses deux yeux, furent plutôt satisfaisants. Humain, immédiatement après son couronnement, se signala tout d'abord par des actes louables à l'endroit de la religion. Ce fut avant tout et toujours un souverain suivant le cœur du clergé. Jadis, en qualité d'économe officiel de Sainte-Sophie, la Grande Kglise, il avait administré les revenus de cette illustre maison religieuse, la première de l'Empire. Il savait pertinemment par expérience combien ceux-ci étaient insuffisants pour l'entretien île ce nombreux clergé. Il fit, en conséquence, promulguer de suite une .Vovelle augmentant de la grosse somme de quatre-vingts livres d'or la contribution annuelle du trésor impérial au budget de Sainte-Sophie I . De même, et ceci fut une mesure autrement importante, ému par l'affreuse misère de ceux de ses sujets ruinés par les énormes charges des deux derniers règnes, immédiatement après son avènement, Romain, pour se concilier surtout le haut clergé et la grande noblesse territoriale, abolit par décret le terrible et si impopulaire impôt de Y Allèlpitijyon ou du remplacement, impôt dont j'ai plus d'une fois parlé au volume précédent 2' et qui, en accablant de charges ceux qui possédaient encore quelque chose aux lieu et place de ceux innombrables qui ne pouvaient plus rien payer, avait littéralement

(t) CVst h Skylitzè* qu« nous .lovons <•<> ,|. lml. ;2) Èpoi*-, II, p. 4W.

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