‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 31 sur 90 · INCIDESTH DE LA DEROUTE · texte numérisé non relu

INCIDESTH DE LA DEROUTE

« Si Dieu n'eut arrêté In fougue de l'ennemi, s'écrie douloureusement Psellos, toute l'armée romaine eut été anéantie, le basileus en tète fi). » Le même auteur raconte encore cet incident dramatique qu'à un moment le basileus, facilement reconnaissable de loin à ses routes brodequins, les fameux campogia 2 , gravissant une éminence de sable, résolut de s'arrêter et s'effon.a de rassembler quelques fuyards pour faire tète à l'ennemi. Le groupe (grossit peu à peu. Enlin on vit apparaître le porte-croix impérial portant le très saint palladium de l'armée qui lui servait d'étendard et de signe de ralliement, l'Icône miraculeuse de la Vierge Toute Sainte, « Image très vénérable, poursuit Psellos, que les basileus des Romains emmènent constamment à leur suite dans leurs campagnes comme sauvegarde de leurs armées. > Cette fois la « très sainte, très vénérable et très vivifiante Icône > avait échappé miraculeusement aux mains des barbares sarrasins.

A cette vue si pieusement, si

doucement réconfortante, le basileus, très dévot, et qui portait à celte Image fameuse entre toutes le culte le plus passionné, couvrit de ses baisers le précieux symbole, le mouillant de ses larmes. « Saisissant dans ses bras la chère Icône, il lui adressait du fond de son àme, dit Psellos, les plus reconnaissants discours, lui remémorant tant d'occasions fameuses

(1) Mathieu d'Kdesso dit qui; les Sarrasins tuèrent près do <lix mille chrétiens et que l'armée romaine s'étant débandée, chacun n'enfuit de son roté dans toutes les directions.

(2i Ibn i 1-AthirtJit, au contraire, qu'il échangea ceux-ci contre des brodequins nuirs pour ne pas être reconnu.

ICONE en stèutite avec ïeftujie de suint NicoLu.

— Très fin trai ail bytantin de» XI*' OU A7/«» Sléofat.

— Ma Collection.

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LES PORP HYROGÊNÈTES ZOÉ ET TIIÈODORA

où elle avait apporté le salut à l'Empire en péril ». Fortifié par cette apparition si inattendue, Romain, oubliant que lui aussi avait fui, se mit à invectiver furieusement les passants. « Il poussait des cris comme un jeune homme, poursuit notre chroniqueur, reprochant aux soldats leur pusillanimité, se nommant à eux à haute voix, tachant de se faire reconnaître d'eux. » Quand le groupe qui s'était reformé autour de lui fut assez nombreux, on résolut de prendre quelque repos. Le basileus se retira à cet effet sous une tente qu'on lui avait hâtivement dressée. On devait être à ce moment très proche d'Anlioche et la poursuite de l'ennemi avait probablement cessé. Le lendemain, de très bonne heure, l'aveu unanime du conseil de guerre fut qu'en présence d'une telle situation : chaleur affreuse, armée si subitement démoralisée avant même que d'avoir combattu, le seul parti à prendre était d'abandonner aussitôt la campagne. Il fut en outre décidé que le basileus rentrerait de suite à Constantinople pour y pourvoir au plus pressé. C'est ce que Romain du reste jugea bon de faire aussitôt (1).

Mathieu d'Édesse (2) ajoute au récit de ce désastre des Grecs ce curieux épilogue dont il est impossible de contrôler la véracité devant le silence peut-être voulu des chroniqueurs grecs. « Quatorze jours, dit-il, après la panique de l'armée de Romain, un paysan de Gouris ou Kouris, — l'antique Cyrrhos de Cyrrhestique, ville forte syrienne, dans la montagne au nord d'Alep, le Coricium ou Corice de Guillaume de Tyr et des Croisés, aujourd'hui Khoros, au nord-nord-ouesl d'Azas — , trouva le basileus qui avait cherché refuge dans les bois tellement engourdi par le froid (3) qu'il paraissait mort. Cet homme quitta son travail pour

;ij J'ai donné de cette grande et étrange déroute des armes byiantinos le récit des chroniqueur» grecs et arméniens. Les historiens orientaux en parlent également. Le syrien Aboulfaradj, surnommé Itar llebrmus, en particulier, dit {np. cil., p. 229) que dans cette bataille deux chefs c srlaviniens », c'est-à-dire évidemment deux chefs des gardes étrangers qui commandaient l'avanl-garde tic l'armée, forte de cent mille hommes, furent mis en fuite par cent cavaliers riiuddiens et dix mille fantassins. Serait-ce une allusion aux échecs subis par halassénos i l Léon r.hoirusphaktes'.' Le chroniqueur musulman ajoute que le basileus se sauva à Antioche sur la nouvelle que d'innombriihli-s troupe* d'Kpypte et de Maâdiens, arrivaient nu secours de l'émir d'Alep. Voy. aussi le curieux récit d'Ibn el-Athir (op. cil., chap. IX, p. 270) qui attribue la défaite du basileus à la trahison de deux de ses lieutenant» : f le lils de Dukas (Ibn ad-Doùqas) et Ibn Loulou ».

(2) Op. cit., chap. XLM. Voy. aussi Sempad le Connétable, op. cit., p. SI.

(3y « Par la fatigue » plutôt. On était au mois d'août.

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