ÉTAT D'AME DU BA8ILBU& ROMAIN
montagnes, mais ses mains n'avaient rencontré que l'ombre. 11 était, nous l'avons vu, monté sur le trône, rêvant des plus fantastiques espoirs d'un règne aussi long que brillant, peut-être même de la fondation d'une dynastie nouvelle.
« Intiniment soucieux de la grandeur de l'Empire, il avait tenu sa cour avec plus de magnificence, et dans les divers domaines des dépenses de la
M1MATUKE flYZANTlXE d'un routant d'Exnltet conservé an Mont-( \tssin. — Le Christ apparaissant à Madeleine, — fin du A7«* Siéclr. — (Millet, H"' -Études, C. 15&9./
couronne comme des libéralités ou de9 donations impériales, il avait distribué des largesses plus abondantes que la plupart de ses prédécesseurs. Il avait inauguré son régne par des mesures éminemment populaires, avant tout l'abolition de YAI/êiengyon. Mais le désastre d'Azàs fut une douche affreuse sur tant de beaux débuts. En outre les finances de l'Empire en furent terriblement affectées. Aussi, lorsque le basileus fut de retour dans sa capitale après cette campagne lamentable, sa politique intérieure en fut subitement transformée du tout au tout. Très douloureusement éprouvé par sa défaite, très repentant aussi, brusquement retombé à terre
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des sommets où il avait compté planer, il dit adieu soudain à tant de rêves grandioses. Il renonça à être un second Trajan ou un second Hadrien et eut pour amhition infiniment plus pratique et plus terreà-terre de devenir un parfait homme de finances byzantin. Pour ses sujets cela signifia, hélas, tout simplement, qu'il devint une sorte de tyran rapace après avoir été un souverain aussi libéral que fantasque. Il se figurait qu'en poursuivant ainsi ce nouvel idéal il réussirait à recouvrer pour l'Etat les sommes immenses qu'il lui avait fait perdre dans sa fâcheuse entreprise syrienne. Désireux de faire argent de tout, il se mit a remuer des choses très anciennes * des choses plus vieilles qu'Kuclide », comme disait un dicton populaire à Ryzance à cette époque. 11 exhuma de leur sommeil séculaire de vieilles créances d'État, oubliées autant que périmées, exigeant avec une extrême rigueur des fils, le paiement des dettes de. leurs pères morts depuis de longues années. Et dans ces recherches aussi vexatoires que minutieuses, il ne sut même pas se montrer juge impartial, mais bien toujours l'avocat passionné de l'État et de l'unique avantage de celui-ci (I).
« Le résultat de toute cette belle politique financière ne fut que désordre et confusion profonde. Pas {dus la cour que la masse des sujets de l'Empire, ne profitèrent de cette quantité d'argent provenant de la spoliation de tant de gens. Ce fleuve d'or s'écoula dans d'autres poches. Car Romain avait une autre manie encore. R n'avait pas seulement l'ambition de rivaliser avec Constantin-le-tirand ou le vieux Rasile en tant que fondateur d'une dynastie nouvelle, avec Alexandre ou Trajan en lantque général, avec Marc Aurèle en tant que philosophe couronné; il entendait aussi devenir l'émule de Salomon ou de .lustinien surtout comme basileus bâtisseur il édifices pieux et dévot constructeur d'églises. Au fond, toute celte piété officielle était en façade bien plus qu'en réalité ».
Le grand basileus .lustinien s'était acquis une gloire immortelle en construisant le temple de la Sagesse Divine. En conséquence, Romain
i l) Les historiens arméniens. Mathieu d'I-Messe (|>ar. XLII- en particulier, si sévères pour Humain, «lisent avec une injuste exagération qu'il fut * un prince efféminé, incapable, d'un mauvais naturel, impie, blasphémateur île la foi orthodoxe. » Tout ceci est infiniment inexact. Os calomnies ne sont qui- la suite d'ardentes haines religieuses.