CONSTRUCTION DE SAINTE MARIE DE PÉRIBLEPTE
décida d'élever lui aussi une église admirable sous le vocable de lu Mère de Dieu. Ce fut là In fameuse église dite de Périblepte, élevée non loin des murs maritimes de Constantinople, sur l'emplacement de la maison dite de Triakontaphyllos acquise à cette intention par le basileus.
Ce furent des travaux gigantesques. « Toute une montagne fut éventrée, s'écrie Psellos avec emphase, pour fournir la pierre nécessaire aux murailles. L'art de creuser se trouva soudain élevé à la hauteur d'une branche de la Philosophie, et les ouvriers engagés à ce travail furent volontiers comparés à ceux de Phidias, de Polygnote ou de Zeuxis! i Cette construction devint la grande, presque l'unique affaire du basileus. On roulait, on taillait, on polissait, on sculptait sans cesse de la [lierre. Tous ceux qui ne se montraient pas fanatiques de cette pieuse bâtisse étaient immédiatement classés parmi les ennemis du basileus. Tous ceux qui, par courtisanerie, en parlaient avec admiration, passaient aussitôt au rang d'amis du premier degré. Rien ne semblait assez beau, assez somptueux pour le cher édifice. Le trésor impérial tout entier lui était acquis. Le grand flot d'or se déversait uniquement de ce côté.
L'édification de cette belle et célèbre église dura indéfiniment. Bien loin de s'en tenir au plan primitif, le basileus le modifia, l'augmenta incessamment. Sans cesse on démolissait, sans cesse on rebâtissait à nouveau. L'argent mis de côté en quantités immenses pour élever ce temple si aimé, avait été dès longtemps gaspillé au fur et à mesure de tant «le changements et cependant l'église que le basileus voulait plus superbe qu'aucune autre n'approchait pas de son achèvement. Non content de la faire si brillante et si riche, Romain voulut y adjoindre un monastère d'hommes qu'il édifia avec un luxe extrême. Ce fut là le monastère fameux où plus tard lui comme tous ses successeurs eurent coutume d'aller célébrer la fête insigne de la Présentation de la Vierge.
Skylitzès se montre ici fort dur pour Romain Argyros et l'accuse d'avoir violemment irrité la population de Constant inople par ses demandes constantes d'argent, par les corvées incessantes pour la construction de son église de prédilection.
« Romain, nous dit encore Psellos qui consacre de longues pages à
LE* POlil'IlYRoGESÉTt:* ZOE ET TIIÉODORA
célébrer avec son ironie un peu lourde cette manie de la truelle dont était atteint le basileus, Romain était véritablement fou de son ouvrage. Il en était à tel point lier et amoureux qu'il ne quittait pour ainsi dire plus les chantiers. Désireux d'honorer son église de .Notre-Dame d'une appellation encore plus belle, il commit l'erreur de. lui donner un nom simplement humain, bien que ce mot de » Périblepte » signifie en réalité : « Ln Vierge) qui doit être vue de tous et de toutes parts. »
Périblepte et son monastère, voilà le double orgueil de Romain. De même qu'il avait fait trop grand pour le temple, de même il en fit pour le monastère qu'il construisit immense et où il installa un nombre de moines beaucoup trop considérable. 11 entoura ceux-ci d'un luxe indigne d'aussi austères religieux, bien plutôt fait pour des hommes menant une vie raffinée, et, pour subvenir à celte existence somptueuse qu'il leur créait, il leur attribua les revenus de districts entiers parmi les plus riches et les plus fertiles.
Ce ne fut pas tout. Le basileus, dans sa passion quelque peu mélancolique pour les édifices pieux qu'il élevait en réparation de ses fautes, ne songeait littéralement plus à autre chose. Klever, réparer, embellir des églises et des monastères devint sa vie tout entière. C'est ainsi qu'il fil revêtir complètement de feuilles d'or et d'argent, au dire de Skylitzès, les énormes chapiteaux des colonnes de la Grande Kglise comme aussi ceux de la Très sainte Théotokos des Blaehernes ({).
t Ces ouvrages d'une dévotion mal entendue, dit Lebeau, ruinaient les sujets du basileus par des impositions nouvelles pour fournir aux dépenses et par les corvées dont on les fatiguait incessamment, les employant à voiturer des pierres et d'autres matériaux. Compatissant et généreux aux débuts de son règne, Romain devint ainsi peu à peu un dur exacteur. Quantité «le familles se trouvèrent, par la faute de ce basileus pieux en apparence, en réalité presque criminel, accablées de charges, réduites à une extrême misère, tandis qu'il enrichissait les moines et que, leur abandonnant en propriété des villes et des districts entiers, les plus
(!) Us chroniqueur* citent encore pour ce rîsgne lu réfection des aqueducs de la capitale et de leurs chateuux d'eau, puis encore celle «lu < Lohotrophion » ou grand lazaret des lépreux, et de « rorphanoliophiun » ou maison d'orphelins principale de Constantinople.
OPINION DR PttBLLQB SUR LA Vit. MF. l'IFTF «7
riches, les plus fertiles de l'Empire, il contribuait ainsi à les corrompre par l'opulence qui les faisait déplorablcmcnl sortir de leur austérité régulière. »
Romain, pour qui ces constructions d'églises étaient œuvres pies, ne les avait officiellement entreprises que pour des motifs de haute dévotion, mais naturellement Psellos nous redit à satiété qu'au fond tout cela
MISIA TU RU BYZANTINE du cétibn MoBologion <l<; la BMiothèque Vatioane, txéeaM tur l'ordre du baéku* Battit II. — Abraham* ham (M J'taù. — (MUtet. II'«-ÈtiuU», c. MI.)
n'avait aucune hase sérieuse dans la pensée du hasileus, que c'était uniquement « de la frime » pour se servir d'une locution populaire. Les considérations du grand philosophe du xi c siècle byzantin sur l'impropriété de dépenser trop d'argent en luxueuses constructions d'églises et de monastères, et sur la véritable manière selon lui de servir Dieu en toute simplicité et toute humilité, sont intéressantes. Elles ne manquent même pas d'un certain piquant, et nous montrent eu tout cas combien les exactions du hasileus, pour en arriver à satisfaire ses coûteuses manies, avaient violemment irrite! contre lui l'opinion publique.
« Le hasileus Romain, dit notre écrivain, s'intéressait passionnément
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aux syllogismes, aux problèmes divins les plus cachés, aux énigmes des devins et de n'importe qui. Il aimait infiniment à en discourir avec les rhéteurs et les pseudophilosophes de cour et se donnait mille peines pour étudier en leur compagnie les questions les plus obscures, les plus abstraites. Kn réalité, il ne possédait aucune philosophie pratique. Certes, il est beau d'aimer avec le psalmiste t la magnilicence de la maison du Seigneur, et l'habitation de sa gloire et de préférer être malheureux en Lui qu'heureux ailleurs ». Cela est bien et qui est-ce qui contredirait à ceux qui sont consumés du zèle du Seigneur? Mais il n'en est vraiment ainsi que lorsque rien ne vient à l'encontre de ce mobile sacré, et qu'il n'eu découle ni injustice, ni dommage pour le bien public, car le Seigneur ne veut pour ses églises, ni de l'argent de la tille perdue, ni de l'aumône de l'homme inique et dur. Il ne veut pas que ses temples soient somptueux quand la misère est partout. Que font à la vraie piété les parois superbes des temples, les colonnes admirables, les étoffes somptueuses et les offrandes magnifiques? Car toutes ces splendeurs ne sont rien en comparaison d'une Ame vibrante de foi chrétienne, revêtue de la pourpre spirituelle, équitable dans ses actes, à la fois modeste et simple, et ce temple spirituel élevé en nous-mêmes plail autrement au Seigneur que les édifices de pierre taillée. Hélas, le basileus Romain excellait à disserter philosophie et à aligner des syllogismes, mais dans ses actes, il ne témoignait d'aucune des vertus du philosophe. Au lieu de s'attacher à défendre partout le bien public, à restaurer et à maintenir la défense incessante des frontières, a garnir constamment le trésor pour que l'armée fut toujours en état, il ne songeait qu'à achever la construction de son temple qu'il voulait prodigieux. » Il y a certainement dans tout ceci beaucoup d'exagération.
Quoi qu'il en soit, la merveilleuse église et le non moins beau monastère de Sainte-Marie de Péribleple finirent par être achevés et demeurèrent parmi les plus splendides joyaux d'architecture byzantine de la Ville gardée de Dieu, un témoignage somptueux de la ferveur exagérée mais certainement profonde du basileus Humain. Ce furent deux des plus importants monuments de la capitale, situés tout près et au-dessous du Sigma, dans le lointain quartier actuel de Psamatia, tout au bas de la pente méri-
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dionale de la septième colline. Plus tard, Romain Argyros se fît enterrer dans cette église. Plus tard encore, Nicéphore Botaniale lit si bien restaurer le monastère qu'il mérita d'en être nommé le second fondateur. L'église survécut à In conquête turque et demeura en la possession des Grecs jusqu'en Tan UJW, quand le sultan Ibrahim en fit don aux Arméniens qui la possèdent encore aujourd'hui. Depuis, elle a été deux fois complètement brûlée, lille est aujourd'hui entièrement reconstruite sous le vocable de Saint-Georges et sous la désignation populaire de Soulou-Monastir, « le monastère de l'Kau », à cause de sa grande ancienne citerne toute voisine. Lors du siège de 1422 par les Turks, le basileus Manuel Paléologue établit ses quartiers dans le monastère (t).
Ce basileus, plut ôt bon et clément, ne fut cependant pas plus que ses prédécesseurs à l'abri des conspirations si fréquentes en pays byzantin à celte époque, et que seule la terrible énergie do Basile II avait réussi a réprimer depuis si longtemps. Même dans les deux premières années du règne d'Argyros, alors que ce prince n'avait encore témoigné que de ses meilleures intentions, il y en eut deux. Nous n'en savons, du reste, que fort peu de chose. Les sources contemporaines n'y font que de très brèves allusions (2).
Voici tout ce qu'elles nous disent de la première de ces conjurations qui eut lieu en l'an 10:M : le magistros Prusianos (3), dit « le Bulgare », le fils ainé du dernier souverain de Bulgarie, Jean Vladistlav, qui, après la mort violente de son père, s'était rendu au basileus Basile II avec ses deux frères, en l'an 1018, au camp de Deabolis (4) et qui avait été bien traité par lui, amené à sa cour de Constantinople et créé par lui patrice, inagistros et straligos du grand thème des Buccellaires, après avoir été une fois déjà prisonnier dans l'Ilot de Plati, sous le règne précédent (o), fut accusé cette fois de prétendre au trône et de conspirer à cet effet avec
(t ; Voy. la gravure de la p. 100. J'ai public à la page 152 de lua Sigillographie byzantine deux sceaux de dignitaires du monastère du Péribleple.
(z) Très probablement le coup de foudre de la déroute d"Azas fut un grand encouragement pour les conspirateurs.
(3) C'est le nom bulgare t Fruzin » grécisé.
(4) Épopée, U, p. :<90.
(5) Voy. pp. U sqq du présent volume.
/./•:*■ i>oRi>uYit<n;ésÈTEs zoé et théodora
l'augusta Théodora, propre su'iir do la basilissa Zoé, qui fui considéré»comme sa complice. On relégua I»- malheureux au monastère «le Manuel, ainsi »lési«;né du nom de son fondateur, général illustre, vainqueur des Sarrasins au temps des basileis Théophile et Michel (1), puis on instruisit son
procès. Il en ressortit, parait-il, les preuves les plus gravt-s »!<• sa culpabilité. Il fut condamné à avoir les yeux crevés »'t à être enfermé, sa vie
durant, dans un monastère. Par contre, Théodora parut complètement blanchi»- de toute accusation (2). La mère «le l'infortuné PrusaniOB, l'ex-roine »l<- llulgarie, la * zôsta » Marie, ex-dame d'honneur <h- la vieille basilissa Hélène, fut honteusement chassée de la capitale. Trans férée d'abord »-n Asi«-, dans le couvent <lo Mantineion du thème des
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Pèribtentt, çonttruit par Romain .l/von*. — (Phnt. commun. , • ». , , , . . t. ,, ... / ... * tant iletiortee dans h-
/Kir {<• l'rr,: /V/if, rie A c/<n/.<vh . , I '
thème des Thracésiens.
Il semble bien probable que cette conspiration que l«-s chroniqueurs mentionnent en termes si brefs, volontairement obscurs, devait se rattacher
(1) Manuel nvail fait construin- ce monastère sur l'emplacement de sa propre demeure, située près de la citerne d'Aspar. »>l edidev avait été depuis mai'iiiflipieiuriit restauré d'abord pur le |uilriarrlie l'holiiis, puis par le hasilens Romain Lfcipène.
(i) Zontru, éd. Ilonn. p. 574, dit, an contraire, probablement par confusion avec une seconde conspiration postérieure, qu'elle fut enfermée au couvent du IVlrjou.