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LES PORP H Yltnn KXKTKs XOK ET TUEDliORA
thaire Georges Maniakès, !«• même qui s'était signalé l'an d'auparavant |iar le haut l'ail de Télouch, devenu depuis, on le sait, stratigos des cités frontières de la région de l'Kuphrate, ayant sa résidence dans la principale de celles-ci, Samosaté, grande place forte sur l'Kuphrate, d'où il pouvait à son ^ré surveiller 1rs dvnasles arméniens, vassaux de l'empire, rt faire froid contre les gouverneurs des villes arabes limitrophes, résolut d'attaquer la plus voisine, la plus riche, la plus commerçante et la plus grande de ces villes, Kdesse, l'antique capitale de l'Osroène, très puissamment fortifiée dès le temps de Justin 1", sise à quelque distance de la rive gauche de ce fleuve, dans une campagne admirablement fertile et magnifiquement
arrosée, formée à l'est par le Djebel Tektek (I), sur
la grande et antique route des caravanes qui, d'Iconiiim par
Adana, Samosate et Harrân, s'en allait à Itakkah. Voici les
circonstances dans lesquelles eut lieu cet étonnant fait de
guerre. Biles nous sont longuement racontées en particulier
par Mathieu d'Kdesse au chapitre XLIIl de sa Chronique. CRUCIFIX 1 1 7
(ferféaft'fo Lui-même a peut-être puisé dans celle d'Arisdaguès de Las-
Xt-vaXOm , \ u commencement de l'an de 1ère arménienne LSI) .1 ,
HUdm.~~Ma v '
tUMectkm. donc au printemps de l'an 1031, périt sans laisser de postérité mâle l'émir Ibn Chibl d'Édesse qui était de la tribu des Kélabites, dans les circonstances que voici : il y avait à ce moment, dans cette grande cité, deux émirs, Chehl ou Chibl, vassal d'Aboli Nasser Ahmed Nasser Kddaulèh ibn Merwàn ou Marwàn, le puissant émir de Mayyafarikln OU Diàr-Bekir, et puis un autre nomme Olhéïr ou Outaïr, qui était, lui, le chef de la non moins importante tribu bédouine des Beni-Nomair ou Numérites. Celui-ci, en vrai sheik bédouin, visitait rarement sa ville où il se faisait suppléer par un certain Ahmed, lils de Mohammed. Il lit périr celui-ci et s'attira de ce fait l'inimitié îles habitants d'Kdesse.
(1) Voy. I». Glndler, r.n,f Italduin v. Edettn, l»oi, p. .17. U muraille de Justin I" est encore uVb<»ul aujourd'hui .
(S] Voy. encore Yalûa, op. cit., éd. H.isen. p. 72 ut notes. ii:> iqq, ni aussi Ibn .•1-Atliir, op. cit., IX, pp. 281 bit iqq.
(3) 14 mars 10.il- 12 mars IS32. f M"is de dSOUlksddah de l'an 422 de l'Hégire » , dit Yahia.
A FFA 1RES D'ÉDESSE
Des trois forteresses qui s'élevaient dans la vaste enceinte de cette ville, deux, ainsi que les deux tiers de la cité, obéissaient à Chibl. La troisième et l'autre tiers de la ville reconnaissaient l'autorité d'Outaïr. Ces deux chefs cherchaient réciproquement à se faire périr. Un jour Chibl, sous prétexte d'un festin, conduisit son rival hors de la ville, au monastère d'Ardjèdj, t en un point où s'élève une colonne de pierre en face de la forteresse » . Là il voulut le faire traîtreusement assassiner par les siens, mais ce fut lui qui périt. Les soldats d'Outair étant survenus tout à coup en nombre, le massacrèrent.
Alors Outaïr, à la tète de tous ses contingents, chercha de toutes ses forces à s'emparer de la principale forteresse de
p..., | . c , MOSAÏQUE BYZAST1NE du \artimx de lëylùe du
Chibl. Le turc Salama, ,. . n , . , „• ■
' moruisterv rie Daphni, prêt il Athene». — Iai I lerije Oenus
ou Salman (I), le Sala- P" r ** prêtre». — A7~ Sttcfe — (Millet, Hf-Êtadat,
manès de Skylitzès , le
Soleïman-lbn-al-Kourdji, ou Ibn-al-Koufi de Yahia, qui en avait le commandement, et pour lequel, dit Arisdaguès de Lasdiverd, la femme de Chibl s'était éprise d'une passion si violente qu'elle l'avait établi en possession de la ville à la place de son mari, s'était retranché dans les étages supérieurs de ce château. Outaïr l'attaqua si vivement qu'il fut bientôt réduit à toute extrémité. Il dépêcha alors des messages à Abou Nasser
I) (m fticort! Salamatt.
Li:S PO RP If Y ROC, F N ETES ZOE ET TIIF.ODORA
Ahmed Nasser Eddaulèh ibn Merwàn, l'émir voisin de Mayyafariktn et Hiàr-Bekir {{), pour lui faire hommage <I«* la forteresse d'Edesse.
Nasser Eddaulèh se hâta d'envover à son secours un corps de mille cavaliers, commandé par un chef (pie Muthieu d'Edesse désigne sous le nom de Bal-el-raïs (2) et le fit venir auprès de lui ainsi que sa femme en lui donnant de riches présents. Outaïr, furieux d'être ainsi arrêté dans ses succès, chercha, sous prétexte de négociations de paix, à faire assassiner Bal-el-raïs. Cette fois encore la victime désignée l'emporta sur l'assassin. Bab-el-raïs, ayant eu vont des projets d'Outaïr, le fit tuer dans un banquet en dehors des murs d'tëdesse, puis il se rendit maître de toute la ville (3).
La femme d'Outaïr, après une résistance héroïque, arborant un drapeau noir, ne songeant qu'à venger son époux, s'en alla de droite et de gauche, quêtant partout le secours de la nation arabe, cherchant à la soulever tout entière contre les Kurdes qui venaient, par cet assassinat, de s'emparer d'une ville essentiellement sarrasine. Par ses paroles enflammées, cette virago guerrière réussit à ameuter une multitude de partisans qu'elle voulut guider en personne contre Bal-el-raïs. Nasser Eddaulèh, accouru au secours de son lieutenant, devancé par elle, fut cruellement battu et mis en fuite. Alors Bal-el-raïs, réduit à la situation la plus critique, vivement pressé par cette femme extraordinaire, fut rappelé par Nasser qui le remplaça par Salman M. Celui-ci, épuisé h son tour par les attaques incessantes de ces hordes infinies, prit une résolution désespérée. Tl expédia à Samosate, au stratigos byzantin Georges Maniakès, une lettre par laquelle il offrait au basileus Bomain, en échange de l'octroi d'une dignité palatine et d'un gouvernement provincial, de remettre Édesse entre les mains de son lieutenant. A ces
Cl 1 Skylitzes le nomme < Apomermanes ♦. T.* dynastie des M.-rwanides, d'orieine kurde, avait enlevé de forre aux Hnmdanides d'Alep les villes de niar-ftvktr, Mayynfarikln, Hi«n- Kaifi. cl plusieurs mitn-s <1 ins le* rontrées environnantes. File possédait fnroro Manatkerd. Kh' I.M et AMj*s<"-h, a'n*i que tout le pays situe au nord-ouest du crand lac Van.
i'2'i Kn arabe. rh~f. pr-frt. Ce titr,\ dit F. Hulauri.T, décriait spécialement un rlief de trihu kurde.
Aboulfamdj op. .il., p. 231 .lit que Har Othéu Outaïr'! vendit sa citadelle pour In somme de vinet mille sous <l'or, plus quatre boure« en territoire de l'Kmpire. Voy. plu* loin In version dlbn el-Atlur. — Sur tout, «s n s luit, s ohsrur<-« enlr>- r. » chefs arabes qui se disputaient 6d«s<e. voy. Yahia. op. cil., éd. Ilosn. note n d • lu noie t.to.
(i) Yabi.i, op. rit., éd. H ose n. notes 429 et 410. Voy. dans la dernier.» rte ces notes les hypothèses sur les origines de ce personnage.
SA Lit AN LIVRE EÙESXE A MANIAKÈS
ouvertures très inattendues, la joie de Maniakès qui brûlait de se distinguer, fut extrême, l'ar serment solennel, il s'engagea vis-à-vis de Sa! ni an à obtenir pour lui du basileus tout ce qu'il réclamait, à lui faire restituer sa principauté héréditaire et ses dignités, à en assurer enlin la transmission à ses enfants.
t Edesse, aussi nommé Roha ou Orfa, dit M. Bréhier, était située à vingt lieues à peine de Samosate (I). Adossée à l'ouest à un massif montagneux dont les contreforts étaient une défense naturelle, elle commandait à la fois les routes de l'Arménie et de la Mésopotamie. Outre ces avantages stratégiques, elle était pour tous les chrétiens une ville sainte. Klle avait été glorieuse autrefois de posséder l'Icône miraculeuse que le roi Abgare avait reçue, d'après la tradition, du Christ lui-même. Le basileus Constantin VII, le l'orphyrogénète, avait acheté cette Image d'un émir arabe et l'avait fait transporter à Conslantinople, mais on conservait encore dans les trésors des églises d'Edesse d'autres reliques presque aussi précieuses. Depuis le règne d'Iléraclius, depuis quatre siècles, Edesse était perdue pour l'Empire. Maniakès eut l'ambition de la lui rendre. »
Par une sombre nuit d'orage, Salman, infidèle à l'Islam, alla, les clefs en main, livrer secrètement au chef byzantin, accouru en cachette avec quatre cents hommes d'élite, trois des plus fortes tours de l'enceinte d'Édesse, qui en comptait alors plus de cent quarante. Se prosternant devant lui, il lui fit hommage. Cette même nuit, le Iraitre se retira à Samosate sur territoire de l'Empire avec sa femme et ses enfants. Quant à Maniakès, après s'être solidement installé avec les siens dans ces trois tours et les avoir transformées en hâte en une imprenable citadelle, il commenta sur-le-champ, en attendant l'arrivée des renforts qu'il avait préparés, à attaquer de là le reste de la cité d'Édesse avec la dernière vigueur. Certainement le hardi chef byzantin avait installé sur les terrasses et les chemins de ronde de ces trois tours ses nombreuses machines de guerre, au moyen desquelles il couvrit la malheureuse cité sarrasine de ses projectiles lancés presque à bout portant. L'audace d'une telle attaque
i l) A <iuatrt-vingt-<iix kilomètres environ u IVst il.' la ville «duellt de Hirvdjik surl'Euphraie.
112 LES PO Il PU )' HOC, ÉaXÈ TES ZOÉ ET TUÉODORA
avec quelques centaines d'hommes contre une des plus grandes cités de la Haute Syrie, tient du prodige.
La population sarrasine épouvantée avait commencé par sortir précipitamment de la ville. Les Syriens de leur côté — par ces mots Mathieu d'Kdesse entend les habitant» chrétiens —, s'étaient retirés et forliliés dans la grande église cathédrale de Sainte Sophie (1) avec leurs familles et leurs richesses. Bientôt les choses changèrent de face. A la première nouvelle de cette attaque extraordinaire, le puissant émir Nasser Kddaulèh de Mayyafarikin , suzerain d'Kdesse, rassemblant tous ses
MINIATURE BYZANTINE d'an tr,-, prfcfcuc mtuuucrit <fe /Histoire d« Bfcylllaèa. 'le /« liii,U,,thè,tiw. S.iiùm.it.- ,lr M.ulri.l. - M.iniahè* </./-n-/ 7-Vfcwr. — (Heylir, L'Habit, byi.;
contingents, était accouru une fois de plu» au secours de la malheureuse cité. Bientôt il apparut avec une grosse armée sous ses murs, et grâce à la connivence de la population sarrasine, qui avait repris courage, put presque aussitôt pénétrer dans la ville avec ses forces. II mit incontinent le siège à la fois devant l'église de Sainte Sophie occupée par les Byzantins et devant le groupe des trois tours défendues par les guerriers de Maniakès.
Le siège de Sainte Sophie fut d'une terrible violence. Les catapultes des assaillants eurent bientôt raison du vieil édifice. Alors les soldais sarrasins jetèrent du feu à l'intérieur, ce qui fit périr une multitude de ceux qui s'y étaient réfugiés. Toutes les richesses de ces infortunés,
i l) (iindler [op. rit., p. il dit que l'église principale d'Êdesse . lait dédiée à la Vierge el possédait les oss.-in.-uts .1- saint Thomas et ne place qu'au second rang l'.gise de Saint. - Sophie.
8IÊ0E O'ÈDESSE 113
toutes leurs provisions aussi devinrent la proie des flammes. Les déplorables survivants, s 'ouvrant un chemin les armes à la main, se réfugièrent auprès de Maniakès. Celui-ci, «l'assiégeant devenu subitement assiégé, opposait à l'ennemi une résislance extraordinaire. Suivant l'expression de Mathieu d'Kdesse, il semblait (pie la nation entière des Musulmans vint fondre sur le jeune héros chrétien, perdu avec ses quatre cents com-
MINIATURK BYZANTINE du eéMbra Monoloijioti de Ui Bibliothèque Vatiaiw, e-imiiV /»ir l'onlre tlu baaileiu Basile II. — Le pmpliètc Joël. — ' Millet, H ! "-Etudes, C, J*5T.)
pagnons dans son étrange forteresse. Les émirs les plus considérables accouraient vers Edesse « d'Egypte comme de Mésopotamie », tel Chibl, le puissant émir de llarràn. Celui-ci fut la victime d'un envoyé de Maniakès, nommé* Rouzar', qui, sous prétexte de lui communiquer un message de son maître, lui asséna traîtreusement un coup de masse d'armes sur l'épaule, puis < avec la rapidité de l'aigle qui vole » franchit le fossé de la ville et réussit à se sauver malgré que son cheval eut été tué dans la lutte. Tels encore l'émir d'Alep Chibl Eddaulch, une fois encore traître à son suzerain, l'émir Mahmoud de Damas, l'émir Mohammed de Homs qui est
11* LES PORPfFYROn ÉtfÈTFS ZOÉ ET TUÉODORA
Emèse.Ie chef égyptien Azis, l'émir Ali de Menibedj, Ahdoullah de Bagdad, le puissant émir Korétsch accouru de la lointaine Mossoul, un autre Nasser Eddaulèh venu de Pagh'èsch, cité du Douroupéran T. Hnçeïn de Her, tioudan de Salamasd, ville très ancienne de la province de Gordjatk, Ahi d'Arzen, l'Arzanène antique, Ahvarid de Zepon '2), Ahlou de Bassora ($\ Vrlan de fîuerguécéra «ni mieux Djerdjeraïa, petite ville de l'Irak Araby, sur le Tigre, entre Bagdad et Wàsit, Schahvarid deSéboun, sans compter quarante autres émirs.
Nous devons à Mathieu d'Kdesse cette curieuse et probablement incomplète rémunération qui nous est une preuve pour le moins de l'importance du mouvement qui se dessina si soudainement en pays musulman pour porter secours à Kdesse !\\ Tous ces pittoresques chefs du désert accouraient à la tète de leurs hordes guerrières. C'était comme une immense levée de boucliers de l'Islam qui se précipitait de toutes parts sur ce point perdu, où derrière les murailles disjointes de truis vieilles tours, luttaient pour leur basilens quatre cents héros chrétiens.
Attaqué sur ses derrières, attaqué par dedans, Maniakès, sur son haut rempart, se battait en désespéré. Tout le long de ce brûlant été, tous ces grands chefs sarrasins et leurs contingents poudreux rivalisèrent d'efforts pour s'emparer du jeune stratigos et de ses soldats dévoués. Mais que pouvaient ces mobiles escadrons du désert contre ces colossales tours de pierre? Nous n'avons, hélas, guère de détails sur cette lutte extraordinaire qui dut avoir un caractère épique. A peu près tout ce que nous en savons nous est raconté par le seul Mathieu d'Kdesse. Skylitzès ajoute uniquement ceci qui donne une idée de l'intensité du drame : lorsque l'émir de Mayyafarikin et ses sauvages auxiliaires virent que, décidément, ils ne parviendraient pas à forcer l'audacieux envahisseur, trop fortement retranché et suffisamment approvisionné, ils voulurent, avant de se retirer, se livrer aune furieuse destruction de la ville d'Kdesse pour en abandonner
Cl) C'est la Billis moderne, clans le district de Van.
(2) Peut-iMre faut-il lire Dispon, dit É. Diiliurier, c'est-à-dire Clésiphon.
(3) Paçara.
H) Os détails si précis, r.-tt ■ loiiifne «'•num>'ratioii sont la preuve aussi que Mathieu d'Édesse décrivait ot incident guerrier si étrange en s'aidant de sources plus anciennes fort bien informées.
le moins possible aux vainqueurs. Us y mirent le feu. Leur rage de destruction ne respecta ni les plus belles demeures des particuliers, ni même la grande mosquée (ij. Puis tous ces milliers de cavaliers, chargeant à dos de leurs milliers de chameaux tous les objets précieux que contenait cette cité, s'en retournèrent chez eux, laissant brûler l'immense ville (2;.
Quelque temps encore Maniakès dut continuer à se défendre contre les gens d'Édesse qui le harcelaient jour et nuit. Puis il finit par manquer de vivres et ne réussit plus à en introduire dans son repaire. Quittant ce premier château, il s'en alla avec ses hommes à travers la cité en flammes» à demi détruite, occuper l'autre citadelle, la véritable, celle-là, l'antique et imprenable acropole de Justinien, sise au nord-ouest de la ville, sur un haut rocher calcaire élevé de quatre-vingt-dix mètres au-dessus de l'étang dit de la source d'Abraham et qui existe encore en partie aujourd'hui (3j. Mathieu d'Édesse donne encore de curieux détails presque
(1; Mathieu d'Édesse affirme cependant que les supplications des habitants delà ville arrêtèrent ce grand incendie.
(2) Le récit de tous ces laits dans les historiens arabe* Ibn el-Athir, Aboulféda, Aboul- Liradj, Kl Ami et En-Nowain, ces quatre derniers suivant simplement le premier, e6t quelque peu différent. Aboulfaradj, qui place ce siège d'Edesse a l'année 4il de l'ilégne (9 janvier- 2» décembre 10J0) nomme aussi lu chef lurk ou kurde bar Otliéir. 11 le désigne ainsi : c le commandant d'une des deux citadelles d'Iûlesse ». rtobubluueiil, outre la forteresse au centre de la ville, il y avait sur lu muraille un château avec trois tours. Celles-ci furent livrées par leur châtelain aux Chrétiens qui de ce point dévastèrent, certainement au moyen des projectiles de leuis catapultes, un temple dis Musulmans, c'est-à-dire très probablement la grande mosquée. Le seul renseignement vraiment nouveau fourni par le chroniqueur syrien c*i que ce fut la neige tombée en abondance dans l'automne de l'an 422 de l'Hégire qui força l'émir de Mayyafarikm a lever le siège du château occupé par Maniakès 1 Le siège avait donc duré plus d'une année.
Ibu el-Atlnr \IX, p. 2*1 bis, fait le récit suivant : c La cause de la prise d'Édesse fut celle-ci : Edesse appartenait a Nasser Eddaulèh ibn Merwan. Quand Othéir eut été lué qui possédait cette ville, Sale h Ibn Minlas, émir d'Alep, intervint auprès de Nasser Eddaulèh pour qu'il rendit une moitié d'Édesse au lils d'Olheir et l'autre moitié à celui de Cbibl. Nasser Eddaulèh y consentit et leur livra la ville. Il y eut donc deux châteaux forts dans Édesse. Le lils d'Othéir prit le plus grand et celui de Chibl le plus petit, et la ville demeura ainsi partagée entre eux jusqu'à l'un 422 de l'Hégire. El le lils d'Othéir envoya vendre sa part au basileus Romain pour vingt mille dinars et plusieurs villages ou localités dont une s'appelle encore de nos jours Siun-Ibn-'Oulnir. Et les Crées reçurent ce château et occupèrent la ville et les partisans du lils de Chibl s'enfuirent. Les Crées massacrèrent les Musulmans et ravagèrent les musquées. » — Le reste du récit no diffère pas de Celui de Mathieu d'Édesse. — Ibu el-Athir dit encore que l'église dans laquelle les Chrétiens se réfugièrent était aussi vaste que superbe. Il ajoute qu'a l'approche de l'armée de secours musulmane, les partisans d'Ibn Merwan avaient pris la fuite et qu'Ibn Wathtbàb En-N'omairi refusa de.leur donner libre accès en pays musulman. • Il les refoula du côté de Harràn et de Saroudj et leur imposa un tribut. » — Le récit de la conquête d'Edesse par les Crées se retrouve encore, mais bien plus abrège, dans Skylitzès et consécutivement dans Céd remis.
(3) Voy. la description de celte formidable citadelle dans Cinder {op. cit., p. 3à;. A l'époque
tu; /./■> l'Otii'Ji) Roc,È\ûTh:s znÉ i:r tuèodoua
fantastiques, détails certainement très exagérés, sur une tentative de ravitaillement imaginée par le basileus pour venir au secours de son héroïque lieutenant. Romain Argyros aurait eu, suivant cet auteur, l'idée étrange, pour remédier à la situation si fâcheuse de Maniakès, de faire transporter du pain à Kdesse à dos d'hommes et de faire escorter ce convoi par soixante mille soldats! Mais ceux-ci avaient été taillés en pièces par un certain Schehih 1) àBarsous et poursuivis jusqu'à Tisnatzos, localité que je ne suis pas parvenu à identifier. Tout ce récit est certainement très amplilié.
11 est certain cependant que des troupes de secours finirent par accourir de Samosate et que Maniakès et les siens, délivrés de tant d'angoisses, se virent enfin libres d'occuper la totalité de la grande cité, ainsi miraculeusement retombée aux mains des chrétiens.
C'était une conquête très précieuse pour les armes impériales, car la prise d'Kdesse replaçait sous le pouvoir des Byzantins toute la rive gauche de f Kuphrale, et Messe par elle-même était une des plus importantes et populeuses cités de celle région, centre d'un immense trafic de caravanes. Maniakès y transporta le siège de son commandement de Samosate et le basileus lira dorénavant, chaque année, de cette nouvelle conquête, la somme considérable de cinquante livres d'or. Dans cette grande place de guerre projetée comme un éperon en plein monde musulman, le héros Maniakès devint plus que jamais la terreur des Sarrasins. Par ordre du basileus, Édesse eut une garnison de dix mille cavaliers, les brèches des murs furent réparées et les avances de l'émir de Mayyafarikin, qui voulait racheter cette magnifique conquête, dédaigneusement repoussées. Aboulfaradj ajoute qu'à ce moment les troupes chrétiennes, ayant ravagé les territoires d'Acsas, de Harràn, l'ancienne Carrhie, et de Saroudj, c'est-àdire tout le pays au sud d'Kdesse, forcèrent Bar Wathlhàb, sheik des Arabes Nuuiérites, à leur payer tribut et Hassan, gouverneur de la Syrie du Nord pour le Khalife du Kaire, à faire sa soumission. Ces renseignements très vagues nous font du inoins deviner quelle prépondérance la prise d'Kdesse avait rest ituée aux Byzantins dans ces régions depuis longtemps
îles Cruisailes, culte forteresse s'a^pulait encore « Maniakès » en sourenir du héros byzantin, i /tcc. de* Aïj/. des Croitudf-s ; Mut. <trm> n.. [, p. KS, note 1.) (1) Peut-Aire l'émir ChiM .l'Alep.
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MISIATVRK d'un lannnm-rit liytantin dix Homélie rnr Ui Nativité de tutint Jeun Dgnu$etMé ainaervé à Jérusalem. — Ange*, Maijeu et Dt'ryeri mUtrant ti \ i. rye et U- .S.im-ciir. — (Phot. de la Hoc. Orthntl, Palatin.)
déshabituées de leur présence. « Ce nouvel exploit, dit M. Hréhier, accrut encore les faveurs dont l'heureux jeune capitaine était l'objet. Ce fut pro-
118 l.EH POlil'JI YliOGENETEa ZOE ET THEOliOhA
bablcment à celle époque qu'il prit rang dans la noblesse de cour et reçut le collier d'or enrichi de pierres précieuses, insigne de la dignité de protospathaire. 11 se inaria et acquit de grandes propriétés en Asie-Mineure. L'ancien valet d'armée, le misérable émigré d'autrefois était entré, grâce à son courage, dans cette noblesse qui cherchait au onzième siècle à acquérir la puissance territoriale et formait en Asie-Mineure une véritable féodalité. Les parvenus n'étaient pas toujours bien accueillis dans ce cercle aristocratique el Maniakès dut essuyer les dédains de ces descendants des vieilles familles. .Ses domaines étaient précisément bornés par ceux de Humain Skléros dont les ancêtres occupaient depuis deux siècles les plus hautes charges de l'Empire et dont l'aïeul avait autrefois disputé la couronne au grand Dasile. Des dissentiments éclatèrent entre les deux voisins. A cette dislance de Constantinople, les grands propriétaires étaient de vrais souverains. Aucune loi n'existait plus pour eux. Aussi, à la suite d'altercations violentes, Maniakès résolut de se débarrasser de son rival, et Skléros aurait couru un danger sérieux s'il n'avait pris le parti de s'enfuir à la hâte. Cette querelle, nous le verrons, eut plus tard pour son adversaire les plus graves conséquences. »
Ce fut seulement sous le règne de Michel le l'aphlagoiiien que Maniakès, bien malheureusement pour les affaires des Chrétiens, fut transféré de son commandement d'Kdesse dans celui de la lointaine province du Vaspouraçan, de formation toute récente, cruellement exposée aux incessantes incursions de la terrible nation des Turks. 11 fut, à ce moment, remplacé à Kdesse par Léon Lépendrinos [Y].
Mathieu d'Kdesse dit que la joie du basileus Romain fut grande à la nouvelle de la prise d'Kdesse et qu'elle fut partagée par tous les fidèles du Christ, « car, dit cet auteur, les Arabes n'avaient jusque-là cessé d'inquiéter les Crées sur la route de Samosate à celle ville et en avaient massacré un nombre incalculable dont les ossements restaient gisants par monceaux. » Sur cette route si longue, on ne rencontrait que la seule forteresse de Ledar. Depuis lors, chaque année, des troupes de relève furent envoyées à Kdesse.
^1) Le 3 janvier de l'an 1U32 mourut Zarharie, patriarche jacobite. Il fut remplacé au bout de soixante-sept jours par Suiioulli qui vendit les dignités ecclésiastiques.