LETTRE PU CHRIST AU ROI ARC, A RE
Le traître Sahnan ot sa famille, mandés à la cour du basileus, se firent chrétiens. On leur conféra de hautes dignités avec le commandement de plusieurs districts. Arisdaguès de Lasdiverd dit que le transfuge fut créé par Romain patrice et « nnthypatos » et que sa femme fut comblée d'honneurs et de distinctions.
Parmi le grand butin pris dans Edesse par le* soldats de Maniakès, il faut faire une place à part à une relique insigne dont la conquête demeura infiniment illustre dans les fastes des guerres orientales en comblant de joie les innombrables dévots de l'Empire. « Maniakès. raconte Skylitzès, trouva à Edesse la Lettre olographe écrite en langue syriaque par Notre Maître et Seigneur Jésus-Christ au roi Abgare et l'envoya au basileus Romain à Constantinople ». Une autre célèbre relique d'Edesse, je l'ai dit déjà, avait, près d'un siècle auparavant, sous Romain Lécapène, pris, elle aussi, le chemin de la Ville gardée de Dieu t). Je veux parler du Saint- Suaire de Jésus-Christ, autrement dit l'Image d'fcdesse, une des reliques les plus vénérées dans tout l'Orient. Cela avait été pour Romain Lécapène un coup de fortune de pouvoir mettre la main sur un pareil trésor (2).
L'arrivée de la Lettre du Christ fut célébrée à Constantinople par des fêtes splendides. « Le basileus, dit Yahia, le patriarche, tous les dignitaires sortirent processionnellement à sa rencontre. Romain reçut la sainte missive à genoux avec les démonstrations de la plus humble dévotion et la plaça au Palais Sacré à côté des plus illustres reliques qui s'y trouvaient déjà assemblées. R fit faire des deux lettres une traduction en grec et une en arabe
Nos renseignements sur ces faits si curieux sont, on le voit, bien clairsemés. Rien qu'il semble qu'à ce moment Maniakès fut entré définitivement en possession d'Edesse, le seul Skylitzès ;i) parle pour cette même époque d'une nouvelle expédition de Romain contre les Arabes de Syrie. Quelles furent les raisons qui purent décider le basileus déjà vieilli, fatigué, même
(Il Murait, op. cit., I, p. B08. Yahia pari'" île deux lettres, une d'Ahcare au Christ et une autre qui était la réponse du Christ, tout. -s deux sur parchemin, toutes deux écrites en lanpne syriaque.
i'2ï Voy. dans Itamhaiid, op. cil., pp. I0."i *qq., rhi«t"ire de celte translation fameuse qui luit en mouvement toutes les populations de l'empire. (:<i) Voy. Yahia, op. rit., éd. Rosen. noie t.1l>. (V Suivi natun ll' iiieni p*r Cédn'nu».
LES PORPB YR0GÊNÈTE8 ZOÉ ET THÉODORA
malade, à entreprendre une fois de plus, » la tète de l'armée, cette marche si longue, si pénible, si dangereuse de (Àmstantinople au delà du Taurus".' Ilélas, nous n'en savons rien absolument. Probablement l'effort du monde musulman pour prêter assistance à Édesse, elVort que nous ne pouvons que deviner par la longue «'numération, dans Mathieu d'Kdesse, des chefs de l'année de secours, avait été beaucoup plus considérahle et plus redoutable qu'on ne pourrai! le supposer. Dans notre complète ignorance, force nous est de ne donner sur cette seconde expédition impériale si
ait
RELIQUAIRE BYZ ASTIS d„r émaillé tnmvë uu <.illa>je d'EUna, département ife Tirnov», en Bulgarie, — A7«*« oh A7/«" Siècle. — Muw de Sofia, — {Commit nL/titï /mr M. Dobrwshy.)
obseufe que le texte môme si href de Skylitzès, en nous gardant de vouloir l'interpréter tant que nous ne serons pas en possession de documents nouveaux, ce qui n'arrivera, hélas, prohahlcment jamais! Voici exactement ce que rapporte le chroniqueur hyzantin :
A une époque qui, par la place même que ce récit occupe dans la Chronique, semble correspondre au printemps de l'an 1032 (1), le basileus Romain se mit précipitamment en campagne [tour une nouvelle expédition en Syrie (2). Le basileus — qui, très certainement, avait suivi la route ordinaire par Kotyaion et Polybotos — venait d'arriver à Mesanakta, qui
(1] Murait, op. cit., I, G08.
(2) Fmt-4tm pour venger l'afTronl de lu première.
ËGl.lsE BYZANTINE du Couvent de Haint-Lnc en Phocide. — Façade Sorti; niche et fenêtres. — XI— Siede. — (Milkt, W"-Êtudet, B. XI.)
est I)i|H>tnmon, vaste domaine impérial proche du lac des Quarante Martyrs (3), lorsqu'il fut rejoint dans cette localité par les plus graves
(8) llnmsay, The hittor. >j<-i*jr. of Asia Minor, p. 140.
122 /. £>" PQRPlIYItnr.É.XÉTES XOÉ ET TIlEopORA
nouvelles de la capitale. Lu basilissa Zoé, qui, probablement., avait été investie de la régence fil son absence, lui mandait qu'elle ayait été informée par le métropolitain Tbéopbane de Salonique, nous ignorons dans quelles circonstances, d'une conspiration nouvelle ourdie bien exlraordinairenient, semble-t-il, entre l'infortuné Constantin Diogène, prisonnier au Stoudion dans les conditions que l'on sait, et la non moins infortunée princesse Théodora, captive elle aussi dans un monastère et dont le nom continuait, on le voit, à être incessamment mêlé à toutes ces intrigues. C'était toujours sur la légitimité de la vieille femme que tous les mécontents cherchaient à s'appuyer. Chose plus étrange encore : les deux conspirateurs, l'ancien généralissime des guerres de Bulgarie et la vieille Porphvrogénète devaient, paraît-il, se réfugier en lllyrie, c'est-à-dire probablement gagner par mer Dyrrnchion, peut-être pour v faire proclamer la princesse et tenter de là, en s'appuyant sur les .Serbes révoltés, une marche sur Constantinople à la tète de leurs partisans. Deux hauts prélats, ajoutait le dénonciateur, étaient de connivence avec eux : le propre métropolitain de Dyrracbion, probablement une des Ames du complot, et l'évêque de Périthéorion, petite cité de Thrace dépendant de la métropole de Trajanopolis La basilissa avait fait aussitôt arrêter Constantin Diogène et les deux prélats. Constantin, malgré tant de hauts faits, tant de services rendus, avait été soumis à la question au Palais des Hlachernes en présence du préposite Joannès, celui-là même qui, plus tard, devait être si célèbre sous le nom de Jean l'Orphanotrophe sous le règne de son frère le futur basileus .Michel IV. Le malheureux, poussé par le désespoir de ses terribles souffrances, craignant aussi de livrer les noms de ses complices, s'était précipité du haut îles murs de sa prison. On l'avait relevé; le crâne brisé et sa lamentable dépouille avait été enfouie au champ maudit des suicidés (2). Quant à ses deux complices, les deux prélats, la basilissa n'avait rien trouvé île mieux que de les expédier enchaînés à son époux en compagnie des messagers chargés de lui faire part, de ces fâcheuses nouvelles. Le basileus, ajoute simplement Skylit/.ès, les lit mettre en liberté. Peut-être le clément Homain était-il
(I) Aujourd'hui Orikhr.vu.
(2,i V«.v. <tur r<? |MTsonn«vt\ Mn Jlcr. op., cil,, |>. 2.
ARABES ET PETC.HESEfi CES 123
moin)* vindicatif à l'égard de la pauvre Thinxlora que son impérieuse épouse qui, obsédée par la jalousie, voyait sa sieur toujours conspirant. Skylitzès ne nous dit pas ce qu'on lit de la malheureuse princesse après ce nouveau drame. Très probablement elle continua à mener sa triste existence de nonne au couvent du Petrion où elle fut encore plus strictement surveillée bien qu'elle ne fût plus guère dangereuse.
Il semble que le basileus, probablement retenu à Mesanakla par tous ces inquiétants messages, désireux de ne pas s'enfoncer plus avant du côté de la Syrie avant que tout ne fût rentré dans l'ordre dans la capitale, fit dans celte lointaine cité d'Asie un assez long séjour.
D'après le récit de Skylitzès, il parait bien qu'il s'y trouvait encore à la date du 28 juillet, journée qui fut, au dire de ce chroniqueur, marquée par l'événement que voici : « Ce jour-là, dit-il, un vendredi à deux heures de la nuit, une étoile — probablement un bolide — traversa le firmament dans la direction du sud au nord, illuminant de sa lumière toute la contrée. »
L'écrivain superstitieux ajoute que, peu après ce phénomène redoutable, on annonra simultanément divers échecs des armées impériales, échecs que très certainement, suivant lui, cette lueur miraculeuse prédisait. Non seulement les Arabes que le basileus allait précisément combattre avaient, parait-il, une fois de plus semé la dévastation dans tous les districts frontières, toute la vallée du Haut Euphrate jusqu'à Malatya, l'antique Mélitène, bien au nord de Samosale (I), mais encore la nouvelle autrement inquiétante était également parvenue à Mesanakta que la barbare nation des Petchenègues, demeurée depuis quelque temps
(I) Ibn el-AlhîriIX, p. aM«ï flx« cependant à celte date, (année 422 de l'Hégirei In prise |>ar les (ïrecs de la place forte d'Apamée de Syrie. Voici le paragraphe consacré a cet événement par le chroniqueur arabe : « (Jette année-là les Grecs s'emparèrent de la forteresse d'Apamée de Syrie. Voici comment : le Khalife d'Egypte, Al Zahir, envoya ver» la Syrie une année commandée par son vizir Al-Ilouzberi, qui s'en empara et voulut faire mettre a mort Hassan Ibn Al-Moufairi.lj, qu'il s'efforça d'amener auprès de lui. Celui-ci prit 1 1 fuite, vint en fjrèce, revêtit le costume ipie lui donna l'empereur et sortit du palais de celui-ci, ayant sur la tète un insigne où l'on remarquait une croiï. Il se dirigea ver» A pâmée avec um- puissante année, prit cette forteresse, s eni|mra dé tout ce qu'elle contéiiail. réduisit en esclavage ses habitants et repoussa Al-Muuzbéri vers de» région* d'où, par se* ravages, il rhuss lit les habitants. »
12i f.KH PORPIIïnOGIùXÈTES ZOE F.T TIIFODollA
tranquille sur l'autre rive du Danube sans faire autrement pairler d'elle, venait de franchir une fois de [dus ce fleuve en grandes niasses et ravageait maintenant les campagnes de la Bulgarie transbalkanique. C'était là un fait infiniment grave, car les Petchenègues étaient des adversaires fort redoutables qu'on avait cru bien à tort pacifiés à jamais depuis les temps lointains de la régence de Tzimiscès.
Ce n'était pas tout encore. Kn infime temps les hauts fonctionnaires impériaux du thème d lllvrie mandaient au basileus une autre calamité pour le moins aussi grave! Une flotte immense de corsaires sarrasins venus des rivages d'Afrique, très probablement aussi de Sicile, plus de mille bâtiments, montés par d'innombrables guerriers maugrebins, avait paru subitement dans la mer Adriatique. Une foule d'Iles, beaucoup de lieux habités sur le littoral avaient été cruellement pillés et saccagés, réduits en déserts par ces hordes infernales. Maintenant celles-ci venaient de débarquer dans la riche, paisible et grande Ile de Corfou et ces bandes abominables mettaient à feu et à sang les campagnes sans défense de celle terre si belle.
Nous ignorons presque tout de l'issue de ces agressions de ces diverses nations barbares contre la sécurité de l'immense Empire, tant sont, hélas, misérables nos sources d'information. Skylilzès dit seulement que les Sarrasins de Mésopotamie et les l'etchenègues du Danube qui avaient les uns comme les autres insolemment violé les frontières de l'Empire purent se retirer sans dommage après avoir saccagé tout à leur aise les terres chrétiennes, mais qu'il n'en fut point ainsi des corsaires d'Afrique apparus dans l'Adriatique avec cette flotte immense.
Attaqués simultanément par les forces de la naissante république de Kaguse, pour la première fois ici figurant dans l'histoire, unies aux troupes impériales accourues sous le commandement du patrice Nicéphore Karanténos < stratigos de Nauplie » (1:, c'est-à-dire gouverneur du thème du Péloponèse, beau-frère du basileus, les Sarrasins furent, malgré la grande disproportion des forces, taillés en pièces. Dans une ou plusieurs batailles navales dont nous ignorons tout, hélas, la plupart de leurs
fr Hopf. {o}>. cit.. p. 139, note 36} pense qu'il faut lire plutùt « straligos rl« Naupaft»! ..
MINIATURE d'un manaêorii itysantin du A'/** Hiecte des Hnmèlieê de Grêgoint île Nosiante, conserx-é à JérusaUm. - Scènes du Printemps. — [Phot, •/« lit 6'oc. Orthnd, Paledin.)
navires furent détruits et le patrice put envoyer au basilrus un présent de cinq cents esclaves arabes enchaînés. I,a malechance ipii poursuivait ces
126 l>Oltl>UYltOr,E\ÉTi:s ZOÉ ET riiÉonnnt
piratas de la mer ne s'arnMn point là. Sur In roule du retour, presque tous ceux «le leurs bâtiments qui subsistaient encore furent brisés par une tempête dans les parafes de la Sicile. Il y n probablement dans ces indications de Skylitzès de fortes exagérations. Il n'en est pas moins certain que cette redoutable expédition de corsaires éprouva un échec complet.
A tous les maux de la pierre répandus sur tant de points de ces mouvantes frontières se joignaient à ce moment ceux d'une terrible famine qui désola, parait-il, l'ensemble des thèmes d'Asie durant que le basileus y séjournait. Les deux chroniqueurs, Skylitzès et Zonaras, citent comme ayant été plus particulièrement éprouvés par celte calamité les thèmes riverains de la Mer Noire, plus la Cappadoce et le thème arméniaque.
Mathieu d'Kdesse insiste aussi sur l'horrible famine qui réj^na en Arménie à cette époque (i). Les jrens mouraient comme des mouches. On vendait femme et enfants pour se procurer une misérable nourriture. Les souffrances étaient telles que les malheureux expiraient sur les routes et dans les champs. La peste naturellement se mit de la partie. Pour comble d'horreur, des nuées de sauterelles dévorèrent toutes les semences et les fruits de la terre 2'. Le dimanche l't août enfin, à une heure de la nuit, un terrible tremblement de terre épouvanta les populations de l'Empire déjà énervées par tant «le maux ['X>.
Tant de causes de troubles, tant de périls sur les frontières, tant de
(I) Op. ci'/., éd. l>nlauri»T, p. 51 : année »!•• Vt>.rv arménienne 4»0 (14 mars 10M1-I2 mars 1032'. Abotilfanidj, pour l'année (i.; l'Hégire 42'1 qui cumin -nçail en «lécembre «le l'an 1031, parti? <!'• si'-cb -resse, «lares, «!«• failli m? «t tb: mortalité.
121 Seulement apt*« trois ans de ravases en Asie-Mineure un v«?nt véhément enleva ces insectes destructeurs et les noya dan* rilellespont. d'où les « aux les rejetèrent en «mas sur les «.utiles «lu rivage. Au dire de Skylitz^-» elles restèrent endormies deux ans, puis, réveillées, recommencèrent à l<mt dévorer, Ceri étaient plus probablement d'autres. Celles-ci, ayant encore détruit durant trois autres années to it s les productions de* anrienm* provinces de Lydie et de Phrygie. s'en allèrent périr prés de Porifame.
(.Ti Zonaras I.XVII. I2i dit «pie ce tremblement de terre jeta bon, n Ooiistantinople, sur la rive d'Asie, les bospices ivservés aux lépreux et aux malades atteints du mal sacré, c'est-adir>- les épilepti.pies. Le basileus Itoniain lit reconstruire ces pieuses niai*ons, comme aussi les aqueducs également éboulés. - Voy. Murait, op. ..i'/.. I. il M, l;«. — Le mardi 6 mars |n:u on ressentit encore nu tr -iiibleineitl de terre. Ue même, le 17 février KiHi, nouveau tremblement de terre «pli di v.ist i la Syrie et l'Egypte et renversa h-auroup d'édifices à Jérusalem. Cédréuus, 5u;t, 10 et oit. t:> , Aboulfaradj. op. rit., p. 212.
SCfiXFS DE FA. VISE
malheurs accumulés, ne permettaient pas au basileus de poursuivre ses projets de revanche en Syrie. I) se décida à regagner en hâte Constantinople, où son absence se faisait si durement sentir. Nous ignorons si les troupes qui l'accompagnaient poursuivirent leur course vers Antioche. Skvlitzès raconte seulement en passant que tout le long de la route du retour à travers les thèmes d'Asie, le basileus lit la rencontre émouvante de groupes d'habitants errants et faméliques. Chassés par la famine accrue par les terribles dégâts des sauterelles, mourant littéralement de faim, vendant leurs enfants pour vivre, ils marchaient à l'aventure, cherchant une nouvelle patrie où ils trouveraient de quoi se nourrir, voulant dans leur ignorance naïve franchir le Bosphore pour aller habiter en Europe la grande plaine de Thrace où ils espéraient trouver plus de bien-être. Ce spectacle douloureux, lit une impression profonde sur l ame de cet empereur charitable. 11 lit faire à ces foules lamentables d'abondantes distributions de vivres et d'argent, jusqu'à trois sous d'or par tète, somme bien considérable, semble-t-il, pour être vraie. Ainsi, il décida ou plutôt contraignit tous ces malheureux à regagner leurs misérables demeures. Ces bandes infortunées trouvèrent, parait-il, encore plus de secours dans l'inépuisable charité de l'évèque Michel d'Ancyre. (Je saint prélat se couvrit d'une gloire méritée en n'épargnant ni soucis, ni «lépenses pour sauver tant de pauvres gens du double fléau de la peste et de la famine.
Le basileus rentra dans le courant de l'hiver de l'an 1033 dans la capitale. Il la trouva encore fort émue du grand tremblement de terre qui avait causé tant de ruines au mois d'août. Sa première épouse, Hélène, étant sur ces entrefaites morte au monastère où elle s'était enfermée pour y cacher sa douleur, il fit distribuer à celte occasion de très abondantes aumônes, dans le désir pieux d'obtenir de nombreuses prières pour l'Ame de la défunte (t).
Le printemps de l'an 1(133 fut marqué, au dire de Skvlitzès et de Zonaras, par une seconde grande victoire du patrice Nicéphore Karanlénos contre une nouvelle agression de la flotte de Sarrasins africains qui
SkyliUt s. V»y. O-dn'-mi*, II, p. 50».
LES PORPH YROQÉNÈTRS ZOÉ ET TllEnnnilA
s'était signalée l'an dernier par ses déprédations dans l'Adriatique et à Corfoa. Cette flotte, reconstituée au nième chilTrc de mille navires, et montée par dix mille guerriers, fut de nouveau cruellement battue par l'heureux stratigos qui envoya celte luis encore cinq cents prisonniers enchaînés à Constant inople.
Ou bien la première victoire a été très exagérée par ces chroniqueurs, puisque la flotte n'avait pas été complètement détruite, ou, ce qui parait en somme plus probable, il y a là quelque confusion, et il ne s'agirait, en somme, que d'une seule et même affaire. Ce qui le ferait croire, c'est que, toujours suivant Skylitzès T, à la tin de cette même année, Nicéphore Karanténos aurait remporté un troisième succès sur les corsaires sarrasins 2 . Cette fois, le nombre de prisonniers expédiés au basileus fut de six cents. Un fait est certain : c'est que la flotte impériale finit par avoir raison de ces audacieux écumeurs des mers.
On se rappelle que la célèbre église de la Résurrection ou du Saint Sépulcre de Jérusalem, avait été horriblement détruite et renversée jusqu'aux fondements ainsi qu'une foule d'autres édilîces pieux de cette cité dans les années I00ÎI et 10 III par ordre du terrible ennemi des Chrétiens, le Khalife d'Kgypte, l'insensé Hakem, devenu le Dieu adoré par les Druses (31. Cette destruction impitoyable avait eu par tout l'Occident un immense retentissement. Hakem avait disparu le 13 février de l'an 1024, Agé de 31 ans seulement (4). Son successeur, Al Zahir, lils d'une chrétienne, avait traité les disciples du Christ avec moins de cruauté. Même Skylitzès affirme que, vers cette époque de l'an 1033, il autorisa la
(i) Gédrteus, II, p. 303, 12.
I Une Inscription dédicatoire (l'une église t>,; ' fmparfac fti**4»*U «le la localité île Kolasrh en Pisidie, inscription encore aujourd'hui existante, publiée par M! Sterrett, dans les Paper»
of the american School at AUumtt, II, 1<>.>, porte !>• noni d'un Théodore Kurand {ènot?\
maffistro*. Voy. V. Cuinont, Ijex inscr. chrél. de [' Asie-Mineure, Mtl. (Parchéot. et d'hi*t., de l'Krole (ï. «le Iloni". XV, pp. 2*0 et 2'.»2. Voy. encore Clermont-CJanneau, l*e magistro» Tlieodure Caritndemi*. flec. d'art/ieol. orient., V, p. 17M. Voy. aus*i Epopée, 1, p. AHH.
(3) Voy. Éjrop-e, II. pp. 442 si|«|. Voy. dans le Recueil d'archéologie orientale de Clerniontliannenu, t. IV, par. 57, l'article intitulé: Lu destruction du Saint Sépulcrepar le Khalife Hàkem rt l'inscription couft</iie de la haniligue de Constantin. Cette inscription hostile aux chrétiens, encore aujourd'hui subsistante, pourrait être attribuée au Khalife dénient, leur impitoyable adversaire.
(4) Ibid., p. Ou ».
RKCOSsTRL'crtON DU S A IXT -H ÉP ULC RE
reconstruction du temple du Saint-Sépulcre. Le basileus Romain prit activement à cœur cette œuvre pie, et envoya à cet effet à Jérusalem des
l'I.AQL'E DE 8TÊATTTE provenant de Haloniqne. Travail byzantin Je» XI-* ou XJ1" 4 Siècles. — Saint Drmétritu. — Le carlre d'anjent repnnxié est de travail njaleme-it hyiantin plus récent. — (Coll. de la Comtesse de Béarn.)
sommes très importante». Les travaux étaient complètement engagés lorsqu'il mourut. Skylitzès dit qu'ils ne furent achevés que sous le règne (le Michel IV , son successeur. |ls ne le furent, en réalité qu'en l'an 1048,
LES PORPUVROr.ÊVÛTES ZOÉ ET TIIÊODORA
sous Constantin Monomaque, grâce au mauvais vouloir fanatique persistant du gouvernement chiite du Kaire (I).
Cette année 1033 fut encore marquée par une nouvelle conspiration contre le ba-»ileus, signalée par le seul Skylitzès (2). C'est la cinquième indiquée par les chroniqueurs pour ce règne, sans compter celles dont le souvenir ne nous a pas été conservé. C'était bien probablement toujours la situation irrégulière de la basilissa Zoé vis-à-vis de sa sœur Théodora, maintenue à l'écart du trône malgré ses droits légitimes, qui encourageait les conspirateurs. Pour ce complot de 1033, nous ne possédons pas autre chose que ces lignes de Skylitzès: € Basile Skléros. fils de Romain, marié à une des sieurs du basileus, le même qui avait eu les yeux crevés par ordre du défunt basileus Constantin (3), personnage de caractère inconstant et versatile, bien qu'il eut été comblé de bienfaits par Romain Argyros et élevé par lui à la haute dignité de magislros, ourdit contre lui une conspiration. Lui et sa femme, bien que très proches parents du basileus, furent chassés de la ville et envoyés en exil » — certainement dans quelque monastère. Nous n'en savons pas plus.
Toujours dans cette année 1033, la frontière d'Orient fut lo théâtre de divers faits d'armes, lbn Zaïrack, l'émir de Tripoli, le Pinzarach des chroniqueurs byzantins, dont j'ai parlé à plusieurs reprises (4\ qui avait, on se le rappelle, accepté la suzeraineté byzantine, avait été, deux ans auparavant, assailli avec tant de violence par «les force* égyptiennes, qu'il avait dû abandonner sa cité et se réfugier auprès du basileus. Tripoli avait été aussitôt occupée par les troupe-* du Khalife du Kaire. Romain se montra plein de sympathie à l'endroit de ce vassal détrôné. La politique impériale dans le Sud exigeait qu'on ne le laissât pas ainsi chasser de chez lui uniquement parce qu'il était l'allié de Byzance. Il fallait le venger sur l'heure et le réintégrer dans sa capitale.
(1) Il y rut «iKore le 2« février (Je c>;tle année un phénomène céleste effrayant, un bolide ou astroalhnt du nord bu midi avec un bruit terrible, comme d>>9 éclats de tonnerre. On l'aperçut jusqu'au 15 mars surmonté d'un arr de flammes.
/21 Cédrénus, IF. p. .10t.
(3) Voy. p. 17 du présont volume.
U) Pp. 91 et 92 du présent volume.
EXPÉDITION CONTItF. A I. /•" A' A NfJ ItlB m
L'état do guerre contre les troupes d'Kgypte reprit donc toute son intensité en ces parages. Tandis que le grand hétériarque Théoctiste, à la tète îles bataillons mercenaires étrangers et de forces nombreuses, ramenait l'émir Ibn Zaîrack en Syrie et le réintégrait par force dans sa principauté, une flotte grecque commandée par le protospathaire Teknéas d'Abydos ou l'Abydénien, faisait voile directement pour l'Kgypte avec la mission d'exercer le plus de ravages dans le delta du Nil, puis d'attaquer si possible la grande cité maritime d'Alexandrie! Certainement le basileus Romain, malgré tant d'échecs si sérieux, rêvait encore grand. Il y avait beau temps qu'aucun armement byzantin n'avait été dirigé vers la côte de cette redoutable Kgypte sarrasine avec un programme aussi audacieux. 11 fallait que le basileus et ses conseillers eussent, par les rapports de leurs espions, reçu des informations bien précises sur l'état de faiblesse dans lequel le Khalifal d'Egypte était tombé sous le gouvernement d'Al Zahir. Teknéas et sa flotte, après une traversée heureuse, parurent devant Alexandrie stupéfaite. Les soldats orthodoxes insultèrent de loin la grande cité sarrasine dont les richesses fabuleuses jouaient un si grand rôle dans les récits légendaires de l'époque. Hélas, les choses en demeurèrent là! Probablement Teknéas estima que le basileus avait été mal renseigné et que ses troupes de débarquement n'étaient pas assez nombreuses. H se borna, parait-il, à saisir de nombreux navires sarrasins, mais nous ignorons même s'il les prit en bataille rangée ou si ce fut une simple course de corsaires. Il revint sain et sauf avec toute sa flotte, rapportant un grand butin. Nous n'en savons pas davantage sur cette curieuse expédition byzantine contre les rivages égyptiens. Skylitzès est seul à nous en parler et, chose étrange, les sources musulmanes n'en soufflent mot.
Nous sommes, par hasard, un peu mieux renseignés sur l'émir de Tripoli, Ibn Zaîrack, ce Pinzarach des Byzantins souvent cité déjà. L'auteur anonyme, tant de fois nommé, du récit contemporain si précieux connu sous le nom de « CecawneniStrategicon » (I) a, par un hasard pour nous très précieux, consacré son chapitre deux cent vingt et unième, intitulé
(1) Ou encore : ConuciU et récita dun grand seigneur byzantin au XI"* siècle. Voy. surtout Épnp-e, I, pp. 620 sqq.
132 LF.S !>01tl\HYUGGÉXÈTHH ZOÉ ET THÉO DO fi A
« Histoire d'un étranger > (1), à ce petit prince sarrasin. Ce passage est si curieux (pie je n'hésite pas à le reproduire en entier :
« 11 y avait une fois, dit l'écrivain anonyme, un dynaste arabe nommé Apelzarach (2), qui vint trouver le basileus, notre seigneur Homain. Après avoir été comblé par ce prince de dons considérables et d'honneurs, il fut envoyé par lui dans son pays (3). Plus tard, il refit le même voyage, mais cette fois la réception qui lui fut faite fut tout à fait disgracieuse, à tel point qu'il voulut s'en retourner de suite, ce à quoi le basileus ne consentit point. Il passa ainsi deux années dans la capitale, s'attendant chaque jour à être envoyé en exil, môme à un pire destin. Puis, au bout de ce temps, le basileus lui permit enfin de rentrer chez lui. Comme il s'en retournait et qu'il venait de franchir le Pont-de-Fer (4) au delà d'Antioche, il appela tout son monde, et se prenant la tète dans les mains, s'écria: a Qu'est ceci? (.") » Ktix, riant, lui répondirent : «Mais, c'est votre tète, mon seigneur », « Eh bien, reprit-il, je remercie Dieu d'avoir, ayant encore cette tète sur les épaules, pu franchir le détroit à Chrysopolis (6) et atteindre les frontières d'Arabie ! »
c Qui tend le pied pour faire tomber autrui, tombe lui-même à terre victime de sa propre faute! » « Ainsi, poursuit le narrateur anonyme, fautil toujours parler et agir droitement et se contenter de ce qui t'appartient en propre! Si un jour l'envie te prend d'aller adorer dans son palais la Majesté impériale, ou encore d'aller te prosterner dans les saints temples ou, tout uniment, admirer la Ville Heine et le palais du prince, exécute une fois ce projet, mais garde-toi de recommencer une seconde, sous peine de ne plus être reçu en ami, mais bien en esclave. »
(1; « lltpt l(»top(a; i'i-*r\%r,'j ». — On se rappelle que le noble autour de ce traité manuscrit récemment retrouvé illustre ses récits de guerre, d'éducation familière cl de morale, par des exumples empruntés le plus souvent aux souvenirs personnel* de «a vie militaire ou de sa vie à la cour.
Ci) C'eut ainsi que l'écrivain anonyme orthographie le nom déformé de l'émir de Tripoli.
ctj »>ci se rapporto au premier voyage de l'émir à Conslantinople, dont J'ai parlé à a p. 92 du présont volume.
(*; Le l'ont-de-fer. « l»jisr el-lladid » des Arabes, lÀSrçpo-rtfvpov des Grecs, est aujourd'hui encore connu sous ce nom. Construit sur l'Oronte, a trois heures d'Antioche sur la roule d'Alep. il est très fréquemment mentionné par les auteurs urabes. Voy. lutter, Erdkundc, XVII, nui. 10 si.
{'■i) Tl TOOt'j tijîtv .'
(<>j Chrysopolis, on lésait, n'est autre que la Scutari d'aujourd'hui sur la rive dn Bosphore opposée à Coiislnniim.plo.
L'ÉMIR 1>E TUll'Ol.l A cOMsTASTISOPLE
Dans sa préciosité byzantine, ce chapitre est instructif. Il nous fait voir clairement que, lors de son second voyage, le pauvre émir tripolitain fut considéré à < Constant inople comme un hôte aussi importun que peu désiré, (le ne fut que par pur intérêt politique que Humain, bien à contrecœur, s'employa à replacer sur son trône un vassal auquel il témoignait une déiiance telle, que celui-ci pouvait remercier Dieu avec effusion de lui avoir conservé la tête sur les épaules lors de cette seconde visite dans la capitale.
MINIATURE HYZANï'lSE d'un très précieux manuscrit de MlUtoire do Skylitzés. de Ut HUdiittliè'/ue Sationale de Mndrùt. — L'émir l'ininrach reçu par Romain Aryuroe. — (Millet. W"-Êtwla l , C. lXitjj
A l'autre extrémité de la mouvante frontière d'Asie, en face de l'immensité musulmane, Skylitzès nous fait encore part, pour cette année 1<>:};{, d'un autre f.iit de guerre important. Le chef arabe Alim, gouverneur ou châtelain de la forteresse de Pergri (1), dans les marches d'Arménie,
(i) Skylitzès écrit Ihpx^u. Mathieu d'Kdesse écrit « Pergri ». — « Pergri, dit M. Dulauricr, Mathieu d'Kde*»e, op. cit., note de ta p. 3%. pluce forte du district d'Ar'pérani, dans le Vaspouraçan, Hituée au nord-est du lac Van, à l'est d'Ardjisch. * — C'est par erreur que Skylitzès dit que cette forteresse était située près de .. Ilabylone », c'est-à-dire pris de Bagdad, à moins que cette fois par Itabylone le chroniqueur byzantin n'ait entendu Mussoul, qui était, du reste, encore infiniment éloignée de Pergri. — Ibn el-Alliir, qui a raconté brièvement les mêmes faits (IX, pp. 2'J7, VJH] a l'année 133 do m^gire (16 m.v. 1033-19 nov. 1034), dit que le gouverneur de Pergri s'apprlait Abou'l llaidja Ibn Habib Kddaulèb et qu'il était lils de la s<eur de Wahsoiidâu Ibn ManilAn.
les i>oni>}iYtioc,i:sETi:* zoe et tiieouora
aujourd'hui la ville uY Barkirv, dans le pachalik de Van, livra sa cité au patrice Nicolas le Bulgare, surnommé Chrysélios 1), commandant les troupes impériales en ces parages, et expédia son fds en ambassade auprès du basileus, espérant recevoir incontinent de celui-ci, pour prix de sa trahison, la dignité de patrice avec d'autres dons et honneurs. Mais le jeune chef sarrasin, arrivé à Byzance, y trouva Homain de plus en plus gravement malade. Pas plus au Palais qu'à la Ville on ne fit la moindre attention à lui. Il s'en alla furieux, et, aussitôt de retour à Pergri, conseilla à son père de tenter de reprendre aux (irecs la forteresse qu'il leur avait si inutilement cédée. Alim n'hésita pas à suivre cet avis. 11 entra secrètement en pourparlers avec les autres dynastes turks de la région (2) et, grâce à l'appui matériel qu'ils lui fournirent, grâce aussi a l'incurie et à la négligence de Chrysélios, à qui le basileus avait confié la garde de cette conquête, il réussit à pénétrer nuitamment dans la ville. Ce dut être pour les Grecs un grand désastre. Skylitzès affirme que six mille Impériaux furent massacrés en cette nuit funèbre. Il ne dit pas ce que devint le Bulgare Chrysélios. En faisant la part de l'exagération, il n'en reste pas moins le fait certain d'un grave échec des armes byzantines.
Le basileus ne pouvait demeurer sous le coup d'un aussi sanglant aiïront sur cette frontière si difficile h défendre contre le perpétuel effort de l'agression sarrasine. Le patrice Nicétas Pégonitès (3), nommé en remplacement de Chrysélios, fut de suite envoyé par Romain, déjà presque mourant, pour faire le siège de Pergri avec toutes les forces de la région, « augmentées, dit Skylitzès, de troupes russes ». C'était bien là certainement la fameuse « drotijine » russe de six mille hommes (4) qui, pour lors, on le sait, ne cessait de servir sur la frontière d'Asie ("»). Après un siège
(1) Voy. un Chrysélios, dynasle de Dyrrachion, dans É/>opre, I, p. 145.
(2) Skylitzès appelle constamment les Turks des « Perses >.
(3) Je possède dans ma collection le sceau d'un Pégonitès. Voy. Sigill. byt., p. 692.
(4) Et non la garde impériale, r« qui serait la plus absurde des confusions. Voy. WaMiliewsky, La broujina trringo-ruiue, etc., i" art., p. 13'J.
(5) Voy. Ibid., l« r article, pp. 137 sqq. — Skylitzès iCédrénus, II, p. 308) et Glycas, p. 586, recontent comme digne de mémoire l'histoire, toul au début du règne du Michel IV, dans la première année, d'un soldat vorangien « parmi ceux qui, cantonnés en * Lydie », c'est-àdire dans le thème des Thracésiens, étaient, à n i effet, dispersés dans ces régions », lequel tenta de violer une femme de ce thème qui résistait n ses instances. Celle-ci, ayant arraché du fourreau sa hache d'armes (ixivsxr,;), le tua en la lui enfonçant dans le cœur. Ses compatriotes assemblés donnèrent raison à la femme, à laquelle ils rendirent honneur solennellement.