AFFAIRES DE GEORGIE ET D'A R MÊME
sur lequel nous n'avons, héla», aucun détail, le général impérial et ses redoutables mercenaires reprirent de vive force la forteresse sarrasine. Alim le traître et son fils furent mis à mort (I).
Nous ne savons, comme toujours, que peu de chose sur les relations entre l'empire byzantin d'une part,lesroyaumes de Géorgie et d'Arménie de l'autre, sous le règne de Romain Argyros. En tout cas, ce basileus semble n'avoir guère été favorable à ces doux nations, car leurs historiens, je l'ai «lit, parlent de lui avec une sorte de haine. De plus en plus, depuis les premières annexions du grand Basile, se dessinait dans l'esprit de9 gouvernants, à Byzance, la résolution bien arrêtée d'en arriver le plus rapidement possible à l'absorption de ces deux monarchies féodales
Qaunt à lui, le considérant comme s'étant suicidé, ils refusèrent de l'ensevelir honorablement et enfouiront simplement son cadavre, faisant don de tout ce qu'il avait possédé à celle qui •▼ait su si vaillamment lui résister. < Vous avons ici. dit M. Wassiliewsky, la plus ancienne mention connue dans l'histoire du ce nom de * Vœring », depuis si fameux, et un curieux exemple de la dispersion de cette rélèhre milice étrangère sur toute l'étendue du territoire de l'Empire. — Dans ccm*me mémoire, si plein d'indications prérieuses !p. 141), et. à propos de ce meurtre peu important en lui-même, mais qui semble avoir si fort frappé l'imagination dos contemporains, M. Wassiliewsky s'efforce d'attirer l'attention des historiens sur toute une série de notes contenues dans Skylitzès. pour ces mêmes années, et qui toutes concernent le seul thème des Thracésiens. Cest ainsi, par exemple, qu'à cette même année 10.14 on voit apparaître dans ce thèm * dis sauterelles qui le dévastent entièrement. après avoir ressuscité du sable des rives de l'IMlespnnt. Ce fait n'a certainement rien que de très naturel, puisque Skylitzès était originaire de ce thème, mais ces not<«s sont cependant trop anciennes pour uvoir été recueillies directement par lui. Il vécut à la fin du xi— siècle seulement ; par conséquent il n'est pas possible de lui attribuer la paternité de notes sur les événements de la première moitié de ce. sièrle, qui présentent un caractère tout à fait contemporain. Dans l'historiographie byzantine, dins colle du xt™ siècle en particulier, beaucoup di points demeurent ainsi obscurs et énigmatiques. La publication du grand ouvrage de Psellos nous a fourni certainement quelque lumière. Nous en retirerons davantage encore de celle de VITUtoire authentique de Skylitzès, édition que nou* promet le savant éditeur de Psellos. Mais, outre ces deux chroniqueurs principaux et un troisième, qui est Michel Atlaleiatès, il existait encore au xi-« siècle un quntrième historien de premier ordre, le métropolitain Jean Mauropos d'Euchîiti. dont je parlerai à maintes reprises dans la suite. Son diocèse, situé dans la région arménienne de l'Empire en Asie, l'ancien llélénopont, n'était pas assez éloigné de l'antique Phryirio pour que l'écho des événements locaux, qui avaient cette province pour théâtre, ne vint pas jusqu'à lui. Lui-même était le contemporain plus Agé et en même temps le maître de Mirhel Psellos, le contemporain aussi du basileus Constantin Monomaque et de l'invasion des Russes dans les détroits en 104.1. Malheureusement, de la Chronique de ce savant prélat, nous ne savons qu'une seule chose, c'est qu'elle a existé! et nous le savons uniquement par une petite pièce de vers composée par lui à cette occasion et venue jusqu'à nous. Quoi qu'il en soit, un fait subsiste, c'est que le nom des « Vrerings » fut importé pour la première fois dans l.i littérature grecque par quelque chroniqueur local de l' Asie-Mineure. Ceci est important parce qu'on trouvera peut-être ainsi la voie pour expliquer ce nom byzantin de « Varangues. » — Suit une diss*rtatton fort intéressante sur cette question si controversée, surtout en Russie.
fl i Ion «.-l-Athir 'IX, pp. 2î>7 et 298) fait de ces événements lointains un récit quelque peu différent.
136 LES POlil'HYROOÉNÈTES ZOÈ ET THEOOORA
bouleversées |tnr des crises intestines continuelles, exposées sur leurs frontières orientales à l'a' laque de plus en plus incessante des féroces envahisseurs turks. Le roi Kéôrki d'Ibérie, d'Aphkhusie ou Géorgie, ou encore des Karthles, étant mort tout jeune, avait, on l'a vu, été remplacé sur le trône sous le règne du précédent basileus, par son fds Pakarat (1), quatrième du nom, qui venait île passer trois ans à la cour du grand Basile en qualité d'otage. Le petit roi, monté sur le trône à l'âge de neuf ans, sous la tutelle de sa mère, la reine Marie ou Mariam, d'origine alaine, et qui devait en régner quarante-cinq, jusqu'en l'an !)72, avait eu des débuts fort agités. J'ai raconté au règne précédent l'exode des « aznaours » hostiles sur territoire grec dès la première année du gouvernement du nouveau roi, l'invasion de la Géorgie par une armée byzantine, les démêlés incessants enfin du pauvre Pakarat et de ses conseillers avec ses turbulents vassaux.
A la mort du basileus Constantin VIII et à l'avènement de sa fille Zoé, dit Y Histoire de la Géorgie (2), le catholicos Melkisédcc se rendit à nouveau à Constantinople auprès du basileus Romain qui l'accueillit avec la plus grande faveur et lui lit don pour sa cathédrale de Koutaïs d'ornements religieux, d'icônes, de croix, de vêtements sacerdotaux, après quoi le vénérable prélat revint dans son pays et son diocèse.
Cette ambassade du chef de l'Église géorgienne avait certainement été voulue par la régente pour se concilier la faveur du nouveau basileus et le prier de faire cesser l'état de guerre presque incessant entre l'Empire et le royaume géorgien sous le règne de son défunt époux et aussi sous celui du basileus Constantin. La reine Mariam, qui semble avoir été une princesse sage autant que bien conseillée, tenait avant tout pour son jeune fils à l'alliance byzantine. La preuve en est cette union qu'elle lui avait fait contracter dès qu'il fut en Age de se marier, avec une nièce du basileus, nommée Hélène. On se rappelle que ce dernier n'avait pas de fille. J'ai parlé déjà (II) de ce mariage essentiellement politique entre le jeune roi de Géorgie et la princesse byzantine qui eut lieu dans la troisième
(1) « Pnnkrwtios » suivant la foniiu byzantine.
(2) Éd. IIic.ks» t, F, p. 313.
(3) Yoy. p. IUG du pW-Hont volum.-.
MARIAGE DU ROI l'A K A RAT IV 1.T7
année «lu règne de Romain Argyros, c'est-à-dire dans les tous derniers jours de l'an 1030 ou dans le cours de l'an 1031. l'akarat IV devait avoir à cette époque douze ans à peine (1). Certainement, comme c'était si souvent le cas alors en Orient, le mariage ne fut pas aussitôt consommé. Le récit de ces événements, dans l'Histoire de la Géorgie, diflere
RUISES de la muruUte île la ville d'Ani, capitale du roi des rois l'agratitlea d'Arménie an XI»* i$iit:le. — (Plint. commun, par M. J. île Morgan.)
beaucoup de celui des Byzantins. Il semblerait, d'après ces derniers, que ce mariage ait été arrangé par correspondance ou par quelque ambassade et que la jeune tiancée soit allée après cela de (lonstanlinople rejoindre à K«»utaïsson royal époux. Dans l'Histoire de la Géorgie tout au contraire, il est parlé d'un voyage de la reine régente à Constanlinople. Voici ce curieux passage : t Après l'avènement du petit roi l'akarat et dans la troisième année du basileus Homanos , la bienheureuse reine Mariam,
:1 lliiloirr tir In (irorgie. <-d. Brusstl, 1, p. 313.
138 LES l>ORl'IIYH<>r,ÉSÉTEt> ZOÉ ET THÊODOkA
mère de Pakarat, roi des Aphkhases et des Karthles, se revêtit de force et de courage, car elle «Hait lille des grands et puissants rois Arsacides 1 . Elle s'en alla en (îrèce, à Constantinople, en présence du hasileus Itomanos, pour ménager paix ot union en faveur de l'Orient (2), pour qu'il n'y eut plus de guerre contre lu nation d»*s Karthles, et pour que les pauvres jouissent de bons traitements et de tranquillité, et pour demander pour son fils suivant l'usage la dignité de curopalate — on sait que cette haut** dignité de la cour byzantine était héréditaire dans la maison royale df Géorgie (3) — et les prérogatives de sa maison et aussi pour chercher une épouse pour le roi Pakarat ».
Sans ce récit du chroniqueur national anonyme, nous ignorerions ce curieux voyage de la régente dans la Ville gardée de Dieu. Hélas, il ne s'v trouve aucun détail ni sur la traversée de la Mer Noire par l'intrépide princesse ni sur la réception sans doute très brillante qui lui fut faite au Palais Sacré par le basileus et son impériale épouse. L'historien Wakhoucht (i) dit seulement que Romain Argyros donna en dot à sa nièce un des clous de la Passion de notre Sauveur, la sainte Icône dite d'Okona (5) et beaucoup d'autres richesses de ce genre, joyaux inestimables.
L'Histoire de la Géorgie poursuit en ces termes son récit : « Quand la reine Mariam se fut présentée au basileus, celui-ci s'emprensa de satis-
(1) C'est une erreur. Mariam était non de la race des Araacides, mais de l'illustre famille arménienne des Ardzrouniens, propre fille de Sénékhérim. dernier roi du Vaspouroçan, lequel livra ses Ktats à Basile II en 1022, lors do la première grande incursion des Turks Seldjoukide* en Arménie. [Épopée, II, pp. 500 aqsq.)
(2) La Géorgie.
(3) Rambaud, L'Empire grec au dixième siècle, p. 313. t La dignité du curopalate était en quelque sorte héréditaire dans la dynastie ibérienne ; outre le curopalate de la cour de Byzancc, il y avait donc le roi curopalate d'Ibério. Il était maréchal honoraire du palais de son suicrain, comme en France le comte de Champagne, ou comme en Allemagne le comte palatin du Rhin. »
(5) Sur ce couvent fameux d'Okona, dit M. Brossel (Hiti. de la Géorgie, I, note 2 de la p. 314), voy. Géographie de la Géorgie, pp. 263 et 446. — M. Brossel dit qu'il possédait une copie d'une charte du xmi* siècle où sont énuroérés les privilèges de la famille Garsévanachwili, laquelle avait droit héréditaire de fournir le doyen, « dékanos », chargé de porter cette fameuse Icône devant le roi, danB les combats et à la chasse. L'origine impériale de cette sainte relique est assez inexactement rapportée dans ce document très postérieur. Perdue par le roi Simon I" lors de la défaite d'Ophis-Coudch en l'an 1590, elle fut reconquise par le roi Clmh-Nawaz, quand il alla en Iméréthic en l'an 1660. • « Maintenant elle se trouve à Gori », est-il dit dans ce même document.
i. V SCRIPT 10. \ DE MARMARASCHES
faire à ses demandes. Il lui accorda un traité solennel et authentique d'alliance et d'amitié, scellé de sa bulle d'or. 11 conféra au jeune roi Pakarat les honneurs du curopalatal et lui donna pour épouse la reine Hélène. En revenant dans le royaume de son fils, au pays de Tao, qui est le Daik'h, la reine apporta à ce prince son nouveau titre et célébra ses noces. On lui imposa la couronne bénite ». Ce mariage eut, du reste, une issue fort malheureuse. La pauvre jeune reine mourut à Koutais, semble-t-il, bien peu après son mariage, et son royal époux se remaria avec la princesse Boréna, fille du roi des Osses.
Il existe dans la province arménienne de Chirag, sur la muraille de l'église de Marmaraschen, une belle inscription lapidaire en langue arménienne, mentionnant une donation faite à cette sainte maison par cette reine Mariam qui semble avoir si bien défendu la monarchie de son fils. Elle s'y intitule : t Marie, reine des Aphkhases et des Géorgiens, fille du grand Sénékhérim, petite-fille de Kakig, roi d'Arménie et de la reine (iadal ou Katramide». Elle donne à cette église, < célèbre dans l'univers », le village de Uarouts, « pour la rémission des péchés de mon aïeul Kakig et de Gadaï ma grand'mère (I).
Le bas il ou s Romain ne semble pas avoir continué longtemps sa protection et sa bienveillance à la reine Mariam, à son fils le curopalate et à leur nation, pas plus, du reste, qu'au royaume voisin d'Arménie. Nous avons vu déjà qu'on allant en Syrie lors de sa première expédition dans ces régions, il fit pourchasser et molester dans la Montagne Noire, enCaramanie, les religieux solitaires arméniens et envoya en exil le patriarche Bar Abdoun et ses évoques 2 . En même temps il s'interposait à nouveau d'une façon tout à fait hostile dans les affaires intérieures de la Géorgie, (ï'esl toujours par la même Chronique nationale que nous connaissons ces faits (3). Voici ce qu'elle raconte : < Il existait un autre fils du défunt roi
(1) Voy. Brosset, Ex plie, de div. inscriptions georg., armèn. et grecques (Mém. de l'Ac. imp. de* Science» de St-Pétersbourg, VI* série, t. IV, 1839, p. 332). L'année manque. Je rappelle que c'est à tort qu'on attribut; à Pakarat IV, curopalate, la fondation de la célèbre cathédrale de Koutais qui fut construite par son aïeul homonyme, le l'akaral contemporain du grand Basile. Voy. Époi>cc, II, p.470, note 3. Voy. encore Brosset, ibid., pp. 347 à 350. Le texte de l'inscription se trouve imprimé dans la Description iTEschmiadsin et de te» cinq provinces, par l'évêque Jean Chakhathounof, Eachmiadzin, 1842, par. 569 (en arménien).
(2) Voy. p. 77 du présent volume. — Murait, op. r i/., I, p. 604, 4, note. (Z\ Hi»l. de la Géorgie, éd. Brosset, I, p. 315.
Un l.F.ti PO RI' Il Y lior, ES Èills ZOE E T TIlEOUOllA
Kéôrki, plus jeune que Fakarnt IV *«t qu'il avait eu d une seconde femme, nommée Aida, fille du roi des <>>s««s, certainement une simple concubine puisqu'elle se trouvait encore vivante du temps de la reine Mariait). Ce prince, nommé Démétré f I), était en résidence à Anacophia (2) d'Abasgie, très fort château situé' tout au nord de la f.ircassie actuelle, sur la Mer Noire, à soixante kilomètres environ «le Taman. I
Démétré était encore fort jeune. Un complot se trama entre un certain nombre d' « aznaours » pour le nommer roi à la place de son frère Pakarat, mais il échoua par l'énergique résistance de ce dernier, de aa mère et des premiers personnages ou t thawads » du royaume. Forcé de
fuir, le prince rebelle se réfugia auprès du basileus Romain, auquel il lit hommage pour sa ville d'Anacophia, « qui fut, dès lors,
IIAGUE D'A HO EXT doré inédite, de ma Collection, ... , . .
„ yt , nt „ PfM rtenu à un haut offiekw dm m**»*» d,t ,a ^ontque, et jusqu a
Hrangtn a liyi.mce au XI" aiéele. — /... Uganda présent (-1), perdue pour le
signifie . Oagrmir, préto teoourt d Th**lotr. proUmpa-
tiuiim d» viirtairi,'. roi des Aphkhazes ». Les
Byzantins (4) racontent ces faits à peu près de la même manière. Ils «lisent que Démétré était alain de nation, ce qui s'accorde hi«-n avec son origine osse indiquée par Y Histoire de la Géoryie. Ils placent la remise au basileus du « kastron » d' Anacophia à l'an 1033 et attribuent la responsabilité de cet acte à la princesse Aida au nom de son lils, trop jeune encore pour faire fonction de souverain. Ils ajoutent que cette princesse rechercha l'alliance du basileus, qui éleva son tils à la très haute dignité de magistros. Toujours le même système de diviser pour mieux opprimer ces petites nationalités.
Du royaume d'Arménie, en dehors du peu que j'ai dit (5), nous ne savons rien, ou presque rien, sous ce règne du basileus Romain. Jean
(1) Dénn-lrii'8, Déraétrius.
(2) Anacopi. L'Anapa d'aujourd'hui.
(3) C'est-à-dire « jusqu'à l'époque du biographe de Pakarat IV ». Le roi Kéôrki II, flls de r« dernier, reprit cette forteresse sur les Grecs. Voy. Histoire de ta Géorgie, éd. Brosset, I, p. 345.
(*) SkylilièH voy. Cédnénus, II, 503, 9).
(5) Voy. p. 106 du présent volume.