RELATIONS DE L'EMPIRE AVEC VENISE
J'ai dit au règne précédent (1) les événements survenus a Venise et le triomphe éphémère de la faction des Orseolo, clients de Uyzance, suivi presque aussitôt do la mort du doge Othon Orseolo au moment même où celui-ci allait rentrer en vainqueur à Venise après son long exil à Constantinople. Cette fin lamentable de leur principal représentant entraîna la chute définitive des Orseolo, mais la cour de Rv/ance avait un trop
MINL 1 77 HE dun rouUïiu dExultrl d$ lu fin du A'/»' Slèck du Mon t-Ouain, anjount'hni conucri à à Li BiMiothèqa* Vatican*. — Acctumations du peuple. — (Millet, W^-Étuder, C. 1519.)
grand besoin de l'amitié de Venise pour bouder au nouvel ordre de choses. Elle continua doue sous ce règne et les suivants à lui faire bon visage. Dans un acte officiel de l'an 1019, le doge Domenico Conlarini s'intitule: t patrice impérial » et t protosébastos » comme s'il était un simple fonctionnaire impérial (2).
Cependant le basileus qui avait été constamment très mal portant presque depuis son avènement au trône, s'en allait déclinant chaque
(1) P. 51, noie 5, du présent voluroo.
(2) Anningauil, Venue et le Ba»-Empire, Arrh. des Miss, scienlif., 1867, p. 35C.
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jour. Il semblait déjà qu'on pût prévoir sa mort à très bref délai, et celle-ci devait être hâtée encore pardi*!* circonstances intimer dont l'histoire est inliniment dramatique.
Homain Argyros, avant d'être devenu hasilcus, avait eu à son service parmi son nombreux domestique un eunuque originaire du thème de Paphlagonie nommé Jean ou plutôt Joannès, de naissance infiniment obscure, un » homme de rien ». personnage d'une rare dépravation, loul à fait dépourvu de sens moral, mais d'un esprit inliniment actif, délié, intelligent, ambitieux autant que rusé, qui remplissait pour lors les hautes fonctions d' « orphanotroplms »ou directeur du grand établissement urbain pour les orphelins assistés. Cet homme génial, véritable < faiseur de rois », parti de si bas que nous ignorons tout de ses origines, va demeurer constamment, à partir de ce moment, au premier plan de cette histoire. Une fois sur le trône, Homain qui avail mis sa confiance en lui, et dont il était le confident et l'infime, le conserva auprès de sa personne, lui témoignant la plus vive amitié. Sans lui donner de grands pouvoirs, il lui conféra cependant par le fait même de cette intimité si exceptionnelle une silualion très considérable et une influence très puissante. Il lui disait ses pensées les plus secrèles.
Ce parvenu avait quatre frères encore jeunes dont les deux atnés étaient eunuques comme lui. C'étaient tous, semhlc-Uil, comme Joannès, mais à un degré moindre, des hommes intelligents autant que sans scrupules. Les deux aînés, nommés (îeorges et Constantin, exerçaient, au dire de Skylit/.ès, * un métier forain », peut-être celui de guérisseurs. Les deux plus jeunes, Nicélas et .Michel, officiellement étaient changeurs. Kn réalité, ils faisaient de la fausse monnaie. Nicélas avait déjà quelque barbe au menton. .Michel, dans la fleur de sa jeunesse, était admirablement beau de visage et de corps. Psellos ne sait assez nous vanter les perfections physiques de cet éphèbe du xi""' siècle, son regard enchanteur, son teint éclatant pareil à celui des (leurs, la séduction de foute sa personne. Par le crédit de Joannès, ces quatre individus si douteux, véritables aventuriers de marque, étaient, chose inouïe, entrés avec lui-même dans l'intimité du basileus, qui leur avait confié les plus hautes dignités au Palais. C'étaient maintenant de très importants personnages de cour,
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dont on pouvait déjà, dans ces milieux si favorables à l'intrigue, prédire la haute fortune naissante.
Michel, en particulier, avait été! élevé par le hasileus aux fonctions demeurées pour nous fort obscures d' « arehôn du panthéon » M), quelque office du service intime de l'empereur certainement. Ce bellâtre de si mince origine avait été pour la première fois présenté par son frère à Romain, alors que ce dernier se trouvait auprès de la basilissa dans le Gynécée impérial. Le basileus, an dire de Psellos, après avoir posé diverses questions au jouvenceau, le congédia de suite, en lui intimant toutefois l'ordre de ne plus quitter le Palais. Quant à la basilissa, elle reçut véritablement à ce moment le coup de foudre. De cet instant, la vieille impératrice se sentit enflammée pour le bel adolescent d'une passion aussi mystérieuse qu'insensée, passion « démoniaque >, s'écrie Skvlitzès. Ce fol amour ne lit que grandir aussi rapidement que démesurément. Bientôt Zoé fut incapable de se contenir. Elle qui, jusque-là, n'avait pu souffrir le louche et subtil eunuque Joannès, maintenant à tout instant, sous n'importe quel prétexte, le mandait auprès d'elle dans l'unique but de l'entretenir constamment de son jeune frère. Elle l'encourageait à venir la trouver chaque fois qu'il en avait le désir ou le loisir, et chacune de ces conversations la ramenait infailliblement au bel adolescent. L'eunuque rusé qui connaissait bien la basilissa. eut tôt fait de deviner ce qu'elle avait dans le couir. En véritable courtisan dénué de scrupules, décidé à user de tous les moyens pour parvenir, il ne rougit pas d'exhorter son jeune frère à courir au-devant de la fortune qui lui tendait les bras. Celui-ci, fort novice et fort craintif au début, fort ému surtout de ce qu'il prenait simplement pour de la faveur, obéissait docilement aux appels de la vieille princesse, conservant son maintien modeste et quelque peu effarouché qui le faisait paraître, dit Psellos, encore plus désirable sous sa charmante rougeur. Quant à la basilissa Zoé, elle encourageait tendrement son amant en herbe, lui souriant doucement, rassurant sa timidité, s'efforçant de le rassurer par les preuves d'amour les plus éclatantes.
Michel ainsi promptement encouragé, osa bientôt davantage. Admi-
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rablement stylé par son frère aîné qui, lui, marchait droit à son but, et bien que naturellement fort mal disposé pour cette maîtresse si âgée, il sut bientôt minier à merveille son amour, jouant parfaitement la comédie de la passion, troublant sans cesse et profondément les sens de Zoé par ses baisers et ses savantes caresses. Qu'on ne m'accuse pas d'exagérer; je traduis presque littéralement le curieux récit contemporain de Psellos. De suite, Michel, docile aux avis de son aîné, avait compris au plus secret de son être, à quels sommets inouïs cette aventure pourrait le mener, peut-être bien jusqu'au trône! Dissimulant avec une pertidc habileté l'aversion naturelle que lui inspirait cette basilissa quinquagénaire, il sut accomplir et accepter avec une hypocrisie parfaite, tout ce que ses fonctions de favori pouvaient offrir d'écœurant.
Au Palais et à la ville, dans la foule des gens de cour, comme dans les carrefours urbains, on ne fut pas long à deviner cette impériale intrigue. Les premiers jours ce n'avaient été que de simples soupçons, mais bientôt la passion insensée de l'impératrice s'étala à tous les yeux avec une si audacieuse impudeur que le scandale devint public. Psellos affirme qu'on surprenait à tout instant les deux amoureux dans l'intimité la plus complète, couchés côte à côte sur le môme lit de repos. Michel, honteux d'être ainsi découvert, rougissait très fort, mais la basilissa, loin de paraître gênée, ne s'en serrait que plus étroitement contre son jeune amant, l'embrassant avec passion devant tous, souhaitant à haute voix de jouir toujours de celte félicité. Elle comblait Michel de dons de toutes sortes, l'ornant de bijoux, de pierres précieuses, l'habillant de vêtements lissés d'or et de soie comme s'il s'agissait d une poupée. En secret elle l'obligeait en riant à prendre place sur le trône a ses côtés, n'hésitant pas à placer le sceptre dans ses mains. Une fois, elle alla jusqu'à le ceindre du diadème. * Alors, se pressant contre lui, raconte l'austère Psellos, elle lui prodiguait les noms les plus doux, l'appelant « trésor et grâce de ses yeux, fleur de beauté, consolation de son àme » !
Psellos, prolixe de détails, raconte longuement encore comment le grand eunuque du (îynécée impérial, gouverneur tout-puissant du domaine des femmes au Palais Sacré, personnage des plus considérables et en même temps, paraît-il, digne de tous les respects pour l'attachement
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