‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 41 sur 90 · LIAISON ADULTÈRE DE ZOE AVEC MICHEL · texte numérisé non relu

LIAISON ADULTÈRE DE ZOE AVEC MICHEL

fidèle qu'il portait à la personne de l;i hasilissa, ayant par hasard surpris ce spectacle inouï, en fut si horrélié <pfil tomba évanoui. Ce fut la hasilissa qui le releva et le ranima «le ses mains, car le pauvre homme tremblait «le tous se* membres dans l'émotion indicible d'avoir découvert un tel secret. D'une voix émue, elle lui ordonna formellement de témoigner

ARCHITECTURE BYZANTINE itrnée île intu-ti^wm; uaimcHMS et finottUUf. — A7«« Siàck. Mimée Lipidair,: du Munt-Cusin. — (Millet, 1H» -Étude», C. 1A86.J

de l'attachement à ce jeune homme dont, ne craignit-elle pas de dire, elle était d'ores et déjà fermement résolue à faire un jour un basileus.

Comme toujours, le seul qui, durant fort longtemps, ne se douta de rien, fut l'empereur. La liaison du couple adultère n'était plus un mystère que pour lui. H passait tout son temps, dit Skylitzès, às'occuper d'oeuvres de bienfaisance, à faire construire ou réparer des aqueducs, des hospices, des maisons d'orphelins. Quand, enlin, la situation fut devenue si claire qu'il n'y eut plus moyen de ne pas comprendre, probablement enchanté d'être ainsi remplacé, il ferma obstinément les yeux, affectant de ne rien voir. Psellos raconte que souvent lorsqu'il était couché dans le lit impérial aux côtés de la basilissa, « s«>us les mêmes couvertures de pourpre », il faisait quérir Michel pour se faire servir par lui, se faisant masser par lui pieds et jambes, agissant en somme comme si cet affreux scandale lui était tout à fait indifférent, Plus tard, quand sa 8GBUT Pulchérie, honteuse pour lui d'une telle humiliation, et ses plus dévoués serviteurs lui eurent fait toucher du doigt le sombre complot qui s'organisait sourdement contre sa vie et lui eurent fait clairement saisir que sa mort serait l'issue fatale, certaine, de tout ce drame honteux, au lieu d'anéantir du pied cette vile

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intrigue en une seconde comme cela lui eût été si facile, il ne voulut ou sut rien imaginer dans ci; sens. Faiblesse véritablement insensée, il se contenta, après s'être fait amener Michel, de le questionner sur ses amours avec la busilissa, lui enjoignant sur sa foi de lui dire s'il se croyait vraiment aimé d'elle ! .Naturellement le fourbe, feignant la surprise, nia tout avec les plus solennels serments, et ce monarque, devenu tout-à-fait imbécile, le crut sur parole, affirme Psellos, persuadé que ces racontars n'étaient que calommies. Même il n'en aima que davantage l'impudent favori. Ce fut lui qu'il continua de traiter avec le plus d'amitié au Palais, l'appelant son serviteur très tidèle.

Une circonstance très particulière, il faut le dire, avait contribué à tromper le basileus. Dès sa tendre jeunesse, Michel était sujet à de terribles accès d epilepsie. Psellos décrit ceux-ci avec une telle précision médicale, que certainement il a dû, pour le moins, les entendre raconter par des témoins oculaires. Le basileus avait vu souvent l'infortuné en proie aux crises affreuses de ce mal dont l'effrayant processus et l'invasion si soudaine semblaient, à cette époque d'ignorance, un mystère divin plein d'épouvante. Km u de pitié pour tant de souffrances, il se refusait à croire aux transports amoureux d'un homme aussi gravement atteint, n'admettant pas qu'un être frappé d'un mal aussi hideux put être en situation de se faire aimer. Il n'en fut pas de même du monde de la cour qui longtemps s'imagina que c'était là pure comédie delà part du rusé adolescent pour mieux s»' faire plaindre de la basilissa. 11 fallut bien, dit Psellos, qu'on linit par croire à l'épilepsie quand on vit ces effrayants accès se reproduire de plus en plus violents, de plus en plus fréquents, alors même que Michel fut devenu basileus. dette maladie, bien que réelle, n'en devait pas moins être fort utile à l'étrange parvenu pour atteindre au but qu'il poursuivait. Klle lui attirail à la fois la commisération sympathique du basileus et la pitié attendrie de sa fongueuse maîtresse. « J'ai entendu affirmer, poursuit Psellos, à un homme qui avait beaucoup fréquenté à la cour à cette époque et qui connaissait à fond celle histoire des amours de la basilissa I , amours sur lesquels il m'a du reste beaucoup renseigné, je lui ai

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entendu affirmer, dis-je, que I»; basileus Romain feignit jusqu'à la fin «l'ignorer la liaison «le la basilissa avec Michel, mais qu'en réalité il était parfaitement au courant de celte passion folle. Seulement, comme il connaissait bien le tempérament de la basilissa, il affectait résolument de ne rien savoir, préférant encore que Zoé n'eût qu'un seul amant au lieu d'en avoir plusieurs, désirant surtout que sa vieille épouse pût se livrer en toute tranquillité à ses amours illicites. »

Si Romain se montrait ainsi d'humeur fort accommodante, il en était tout autrement de son impérieuse sœur Pulchérie, que ce honteux scandale mettait hors d'elle, et aussi de la plupart des intimes du basileus. Une campagne violente, sourde et secrète, se livrait incessamment autour du basileus contre le couple adultère. Elle cessa du reste subitement par la mort de Pulchérie, événement qui valut à l'un des principaux acoklcs de cette princesse dans sa lutte contre la basilissa, l'exil du Palais sur l'ordre de Romain. Un autre mourut, lui aussi, presque à ce même moment (1). Parmi les gens de cour, quelques-uns acceptaient très facilement la situation. Les autres dissimulaient prudemment leur indignation, affectant de ne voir en cette intimité de la basilissa et de son tout jeune favori rien que de très régulier et de parfaitement normal.

La santé du basileus devint à ce moment de plus en plus mauvaise, t Romain, dit Psellos, tomba malade d'une maladie étrange qui lui fit perdre l'appétit et le sommeil. Toutes les infirmités semblaient l'accabler à la fois. Son caractère si égal, si affable et si doux, se transforma brusquequement. II fut irritable, sombre et rude, sujet à de bruyants accès de colère. Il devint d'abord difficile h aborder, puis presque inaccessible, se défiant de tous, inspirant de même de la défiance à tous. Lui si généreux d'ordinaire, se transforma en un avare sordide, sourd à toute prière, le cœur fermé à toute compassion. Bien que sa santé fût maintenant devenue si mauvaise, il continuait à tenir son cercle, à prendre aussi part aux processions comme aux fonctions solennelles, revêtu comme toujours des vêtements les [dus splendides, tissés d'or, cousus de pierres précieuses. Son corps amaigri, courbé sous le poids de ces lourdes étoffes,

..li Voici «fluoré deux personnases qu-.* nous aurions intérêt à connaître et dont PselloR nous rnrb* volontairement 1--8 noms.

LE H /' O RPIIY It O G E XÈ TES ZOE ET THEO DO H A

ne se mouvait plus qu'avec difficulté. Chaque jour son état empirait.

« Je l'ai vu bien souvent, poursuit Psellos, suivre les processions solennelles dans ces conditions de santé si douloureuses. Je venais d'atteindre ma seizième année. Il semblait vraiment à le voir passer lentement que ce fut un cadavre en marche. Son visage, fortement œdématié, était d'une mortelle pâleur. Sa respiration si pénible le forçait à s'arrêter à tout coup pour reprendre haleine (I). Ses cheveux étaient presque tous tombés. Seules quelques touffes flottaient en désordre sur le front. Son entourage désespérait de le voir guérir jamais. Lui seul, bien loin de se croire perdu, étudiait avec ardeur les livres de médecine pour v trouver la guérison. A travers ses tortures physiques il traînait une vie lamentable, presque constamment alité. Il mena cette existence misérable jusqu'au bout, linissant cependant par désirer la mort.

Nous touchons au drame final. Je laisse encore ici la parole à Psellos qui inaugure par ces paroles terribles son récit île la mort de Romain : « Ne voulant porter aucune accusation dont il ne me serait pas possible de faire facilement la preuve, je n'oser.us jurer que les deux amants et leurs afiidés aient causé directement la mort du basileus, mais force m'est dédire que tous les contemporains, à l'unanimité, affirment qu'après l'avoir ensorcelé de leurs maléfices et de leurs poisons lents, ils lui donnèrent à boire de l'ellébore. Je ne discuterai pas le fait en lui-même, mais je crois pouvoir affirmer que ce furent bien eux les véritables artisans de sa mort.

« Voici comment les choses se passèrent : C'était le Jeudi Saint de l'an 1034. Le basileus se disposait à assister le lendemain aux offices solennels du Grand Vendredi. Romain se rendit seul et sans suite très tard dans la nuit (2) aux bains du Grand Palais, vastes et merveilleusement décorés, pour s'y laver et se faire frotter d'onguents. Une fois descendu dans la piscine, il se mit à nager doucement, prenant plaisir à cet exercice qui lui procurait quelque soulagement. A ce moment des gens de sa suite entrèrent comme de coutume pour l'aider à prendre son repos et à se

(I . O «ont là tous le» symptômes d'une affection cardiaque fort avancée ou encore d'une affection des grog vaisseaux.

(2; SkyliUfcs dit qu'auparavant it avait distribué aux sénateurs la « roga » accoutumée.

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