‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 42 sur 90 · MORT PE ROM A IX ARG YROS · texte numérisé non relu

MORT PE ROM A IX ARG YROS

rhabiller. Je ne saurais jurer que ce furent ceux-là qui furent ses assassins, mais je sais bien que tous ceux qui racontent cette histoire disent qu'au moment où le basileus plongeait comme il en avait coutume, ces hommes le maintinrent longtemps dans cette position, la tète sous l'eau, s'eftoivant de Ietrangler en même lumps. Ensuite ils disparurent. On trouva le malheureux basileus flottant sur l'eau comme un liège. Il respirait encore faiblem-nt et d'un geste suppliant étendait la main pour qu'on vint le secourir. Quelqu'un, saisi de pitié, le prit dans ses bras, le retira de la piscine, et l'étendil sur un matelas. Aux cris poussés par les premiers arrivants, d'autres accoururent, la basilissa également, seule et sans suite, feignant une immense douleur. Après avoir longuement considéré son époux, et s'être assurée qu'il était bien moribond, elle s'en alla. Le pauvre prince poussa un profond et retentissant soupir, jetant les regards de tous côtés. Incapable de proférer un son, il cherchait à exprimer sa pensée par des signes incompréhensibles. Ensuite il ferma les yeux, poussa à nouveau quelques gémissements précipités, puis, soudain, rendit par la bouche un flot de matière noire coagulée. 11 soupira encore deux ou trois fois et rendit l'âme.

C'était dans la nuit du 11 au 12 avril de l'an 10:H (!). Romain Argyros était âgé de plus de soixante ans. Il en avait régné cinq et demi (2).

En somme les contemporains ne surent jamais la vérité vraie, lis ne purent qu'avoir des soupçons sur le point de savoir si le malheureux

(!) Skylitiès <lit à tort « le 15 avril ». En cette année 1034 le Jeudi Saint tombait le 11 avril.

(2) Caposso, Monum. ad neupoi. ducatus hist. pertin.. Il, para prior, Naples, 1885 (actes i22 à 4*8), Trinchera, op., cm* (actes XXII à XXVII , Ikltrani, op. cit., p. U, doc. XI, publient un certain nombre d'actes conservés aux archives do Naples, de Tr.nii et du Monl-Cassin, ilotes des années du règne de Romuin Argyros. Il y est question, entre autres, du ■ catépano» l'othos Argyros (acte XXIII de Trinchera , d'un certain UamUt'oc <J tc.0 Kpo|i|iO*ou, â ).n>pix5ïoç (sic) x*\ spwto|iav«(i™p èni tû»v pauXtxûv ipuanévrwv, venu de la Ville gardée de Dieu •acte XXV de Trincliora). Voy. encore Aar, op. cit., pp. 135 et 311, n* 5.

Je trouve dans Heyd, op. cit., I, p. 83, l'indication suivante : Saint Etienne, roi de Hongrie, mort en l'an 1038, — contemporain, par conséquent, de Romain Argyros, — avait fait construire à Constantinople la spkndide église de Saint-Étienne. U y avait donc dans celle ville, à celte tpoque, une importante colonie hongroise. Du Cange. Ilht. byz. <tupt. mm ment, illuittrtita, éd. Venise, 172'J, 2» partie, p. 96, n' XCVII, mentionne cette église, mais rnppi Ile que nous ne savons rien ni du vocable sous lequel elle fut dédire ni de remplacement qu'elle occupait. Il semble probable cependant qu'elle dut être consacrée à saint Klknne.

Voy. sur lu desc ndunce des Argyros, Lebeau, op. rit., XIV, p. 25». et Du Gange, Rùt byi. dupl. comment. Uluntrata, éd. Venise. 172!», 2' partie, pp. 130-131.

LES PORPllYROGÈSÈ TES ZOÉ ET TIIÉODORA

hasileus avait été empoisonné, puis noyé parce que le poison n'agissait pas assez promplement. Mais il faut bien reconnaître «pie ce* soupçons même semblent avoir été aussi sérieux (pie justifiés T.i. Zoé était devenue si impatiente de posséder plus librement son amant en l'épousant après l'avoir fait hasileus à ses côtés, qu'elle n'eut pas la patience, pour éviter un crime, d'attendre quelques semaines ou quelques mois que la maladie eût fait son œuvre.

On connaît fort mal la numismatique de ce règne. De Zoé, nous ne possédons aucune monnaie, ce qui semble pour le moins étrange. A Homain Argyros, on peut attribuer avec quelque certitude un unique et beau sou d'or sur une face duquel ce prince ligure debout, couronné par la Théotokos, avec cette légende en caractères grecs : Thêotokoa protège Homain. Au revers on voit toujours le même Christ assis de face des monnaies d'or impériales de celte époque avec la pieuse légende latine accoutumée '2 .

il;. Skylitzes <lit expressément que Romain prrit étouffé par le» mains criminelles des affiMt's de Michel, dans la piscine ou « kolvmbithra • du Bain •) 11 Urand Palais. - H foui certainement foire toutes réserves sur I • poison l<nl qui aurait et,- auparavant administre au malheureux prince par 1 1 »rph inolroph ■ ; poiisv à rc qu'on croyait par la bisilissa Zoé, poison qui aurait mis Homain dans cet .-tal de santé languissant. I.a vérité est 1res probablement que le pauvre souverain était att eint .l'une nuladie chronique mortelle, quelque affection cardiaque nver complication du coté des rims vaisseaux et des reins, et que Zoé. trouvant qu'il se mourait trop lentement pour ses désirs, le lit achever dans I • Biin du Palais. — Mathieu d'I-Messe ''d. liul.oiri.T. chap. XI. V; dit également que Homain périt victime des embûches de «a femme qui lui lit servir un hreuvaife empoisonné. -- Arisdoguès de I.asdiverd accuse surtout Michel. — Manassès se montre très circonspect. L'empereur, dit-il, fut étouffé par des individus*, ï-eîps; uil;.... six o'ôs «*o;, etc. (Kd. Bonn. p. 238.;

(2: Sabitier, op. cil, II, p. 151, pl. XLIX. 2. — Voy. la vignette de la p. 01 du présent volume.

in* lui- nos kn. oui: \rjoricn inti i:\hhvti: suit r>K ins iotrn> oi: i.a i.iiim.» «mhim i; i>f: i oNïUNTiNoei.K, ikimuuni i.a m > r uni k noN i>k et r rit roi it put

» IIOMMV M«.\UO«, LK OtfcS I.IIVM. IM«ll.i:i* I.K TOUS IJv< ItOVIAIN* ». — MIU.IN- ..».N, III/.. • ONST., f. 1 10.

Mariage rt couronnement de Zue et de Michel IV le l'a|>lilagoaien. — Caractère du nouveau touverain. — Gouvernement de ton frerc ruruh*notro|-he. — Caractère de ce ji-r»oiinagr. — ramille du nouveau l>a»ileu» — Kvenenirnt» de guerre »ur divcr» |«p'int» : ru A»ie, a Antiuche, a Aleji, * KJr>»e, a Mvra, en Arménie, eu lieurgie. — Agression» de* l'etcheiiegues. — Trêve» renouti ..\. c l'r.g)|'te. — S«<hrre»»e et famine. — Le mei rupolitam de Naloiii'|ue. — Kveuement» de l'ergri. — Affaires do Oeurgic et d'Arménie. — Avènement de Kakig II a Aui. ■- Affaires d'Italie. — Kxnediliou de Sicile. — Mauiakt-» et llarald llardrada. — Victoire» de» Normand* sur le coutiuent. — Aggravation du Ivtat de maladie du ba*ileu». — (jUUHUXUJUl fort dur de I Or|>hai>olro|ihr. — Michel, neveu du haaileu*, ••»[ orée, iviir ei adopte par la Uuilu^a. — < irande révolte bulgare. — Ooliano» et Aloutiano». — Couii'iraliou». — Affaire» de Serbie et de Ltalinatie. — Mort de Michel IV.

l'aube <le cette même nuit funèbre, comme on chant ait en grande pompe la Passion dans la (irande Kglise, on vint en hâte chercher le patriarche Alexis le Stoudile I; au nom du basileus Romain

mourant . Comme le vieux prélat accourait en hâte au

Cîraud Palais, il fut mis en présence toul d'abord du cadavre du malheureux empereur.

Avant (pu- cette première émotion ne ce fut dissipée, le» portes de la grande salir du couronnement, dite Chrysotriklinion,' splcndidemt'nt illuminée, s'ou-

80U D'OR da vrirenl soudain toutes grandes et le saint homme bottlrafl Michel l\'

ahuri aperçut un spectacle inouï. La basilissa Zoé, en

(lj Voy. «lans Zarrliarite v. Linp;ci)llml, tlexh, il. ijr.-nrm. Hti-ttts, p. 2X, la tneatiOB <kdivers actes «le en patriarche sous le rèyin: île Humain Argyrua, aussi relie d'un arlv du métropolitain de Cyziqne, le nvncelk 1 Déniétrios, sens ce même règne.

1R0 LES l>Oltl>IIYK< H;F.XKTI:.s ZOE ET THf-ODOKA

éclatant costume impérial, avec la robe à grands carreaux des grands jours, diadème en tète, sceptre en main, couverte de joyaux, s'était placée sur le trône. A ses côtés était assis le jeune favori Michel, le frère de l'eunuque de Paphlagonie. Alors, à la stupéfartion indignée du patriarche, la basilissa, veuve depuis une heure, lui demanda de l'unir sur-le-champ par les lu-us du mariage à son amant plus jeune qu'elle de près de trente années! Voici ce qui s'était passé dans ces rapides instants. C'est Psellos qui est noire guide :

A la minute où Zoé eut appris que le basileus venait d'expirer — elle n'était plus présente, au dire de Psellos, au moment précis où Romain avait rendu le dernier soupir — «die avait fait convoquer d'oflîce les hauts dignitaires avec les principaux conseillers de la couronne. Parmi ceux-ci accourus aussitôt, tous ceux qui, en majorité, avaient été de tout temps les très fidèles serviteurs de la famille du basileus Basile, tous ceux aussi qui avaient été les familiers du défunt basileus Itomain ou avaient été liés jadis avec le père de celui-ci, supplièrent la basilissa de prendre quelques jours de réflexion avant d'élever au trône un nouveau basileus, pour pouvoir choisir en toute tranquillité, sans éveiller de soupçons, le meilleur de tous et en faire à ses côtés, non pas un véritable souverain, mais un simple époux qui fut en même temps le premier de ses sujets. Dans l'espoir de convaincre Zoé, ils la pressaient de toutes façons. Mais le siège de la vieille amoureuse était fait. Klle était entièrement décidée, malgré le scandale sans précédent qui en résulterait, à satisfaire sa passion et à élever a côté d'elle son jeune amant. « De toute son Ame et de toutes ses pensées, poursuit Psellos, elle ne songeait qu'à Michel, le jugeant non point avec sa raison, mais avec sa passion. Mais il y avait autre chose encore, car, derrière elle, le subtil eunuque Joannès, cet homme si intelligent, si avisé, si actif, en même temps si totalement dépourvu de scrupules, véritable * dt m ex machina » de tout ce drame, enivré d'une joie secrète par cet événement qu'il avait tant contribué à amener et qui allait donner à un des siens, à lui par conséquent, le pouvoir suprême, faisait mouvoir avec une rapidité diabolique, une précision acharnée, les lils de celte foudroyante intrigue. Saisissant d'un éclair de sa pensée l'intense nécessité qu'il y avait pour lui et les siens à précipiter les événements, il

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