GOUVERNEMENT DE MICHEL IV
époque (2). On le nomma en place de Syméon qui s'était, on l'a vu, retiré volontairement dans un monastère.
Toute cette famille de parvenus était éminemment impopulaire et le basileus Michel, malgré ses belles qualités, se trouvait englobé dans celte commune disgrAce de sa famille avec laquelle il aimait si passionnément à faire corps.
Nous sommes restés trop longtemps au Palais Sacré. Sortons-en un moment pour dire quelques mots de ce qui se passait dans l'Empire ou sur ses frontières. Les chroniqueurs, Skylitzès en particulier, en dehors de ce qui avait lieu à la cour, ne nous ont laissé pour ce règne que quelques notes iniinimcnt courtes, rédigées dans le style le
plus bref. Celles-ci témoi- MINIATURE BYZANTINE d'an êvangWalr» du XI" siècle île Ut nilitiftlieiitie tin Mont-Camân, — Eruntispivc. Croix
gnent cependant que ce dum un cercle. Ohmax offrant,*. — (M iti> t. li-~-Éttule», malheureux basileus Mi- /A% '-'
chel, si mal préparé pour le rôle qu'il eut à remplir, si cruellement et constamment malade aussi, fut un souverain plein de vaillance et que, sous son gouvernement intelligent et fort, la défense de la frontière fut énergiquement conduite sur tous les points de son immense pourtour; car, hélas, sous ce règne comme presque toujours, L'Empire, tel un navire de haut bord sur les flots de l'Océan attaqué par toute une flotte, fut
(2) Arisdaeuès de Lasdiverd, op. cit., p. S*, dit ipic Michel avait créé un de ses frères, donl il ne dit pas le nom, magistrus et lui avait conféré Thessalonique avec le gouvernement du la Bulgarie et des provinces occidentales, c'est-à-dire qu'il avait fait de lui le domestique des Scboles d'Occident.
186 LES POFtP HY RdG fi S ET ES ZOE ET THEO DORA
constamment assailli sur tonte sa circonférence par les barbares du nord comme du midi, de l'est comme do l'ouest !
Commençons par la frontière du sud, opposée à l'immensité du monde musulman. Nos renseignements sont malheureusement bien restreints sur l'histoire de la Syrie et de la Mésopotamie chrétiennes à cette époque comme sur les incidents secondaires, certainement très nombreux, de la lutte qui se poursuivait presque constante sur cette infinie et mouvante étendue entre les deux nationalités et les deux religions, malgré les trêves jurées entre le basileus et les Khalifes du Kaire et de Bagdad.
Skylitzès, à cette même année 1034, qui vit l'avènement si irrégulier de Michel IV, l'aventurier de Paphlagonie, note brièvement trois faits importants. En parlant des frères du basileus, j'ai déjà fait allusion au premier de ces incidents qui fut la sédition sanglante des habitants d'Antioche, la grande capitale des marches fin sud. Voici le récit de Skylitzès (1) :
« Le basileus Michel, se trouvant constamment accablé par la maladie démoniaque dont il était atteint, et étant de plus mal préparé aux affaires publiques, n'avait guère que l'apparence et le nom du pouvoir. Toute l'activité, tant militaire que civile, était aux mains de l'eunuque Joannès. Un des premiers soins de ce ministre fut de nommer leur commun frère Nicétas duc ou « catépano » d'Antioche. La population de cette grande ville s'opposa d'abord à l'entrée de celui-ci dans ses murs parce qu'elle redoutait d'être trop rudement châtiée par lui pour avoir peu auparavant massacré dans une violente sédition le collecteur d'impôts Salibas qui s'était montré très dur et brutal dans l'exercice de ses fonctions. Mais comme Nicétas s'était engagé par serment à accorder une amnistie pleine et entière pour ce crime, les Antiochilains décidèrent tinalement de lui ouvrir leurs portes. Mal leur en prit, car le fourbe, aussitôt maître de la cité, sans se soucier de ses serments, lit décapiter ou empaler une centaine de personnes. De plus, onze des citoyens les plus riches et les plus en vue, dont le plus important était le palrice Klpidios, furent par ses soins expédiés enchaînés à Constant inople après avoir vu tous leurs biens
fli V..y. réilrvnus, p. 510.
h ISO RACE l'E CO.XST.WTIX h M. A SU ESOS
confisqués. Nicétas mandait en mémo temps à son frère Joannès que l'artisan secret de toute cette résistance était toujours ce fameux patrice Constantin Dalassénos qui semble avoir été pour toute cette race paphlagonienne un adversaire très redouté dont nous ne pouvons que deviner bien imparfaitement la mystérieuse popularité.
L'Orpbanotropbe, poursuit Skvlitzès, avait déjà eu quelque soupçon de la connivence de Dalassénos dans l'émeute d'Antioche. La communication de son frère Nicétas fut pour lui un trait de lumière. Par son ordre, l'infortuné patrice, qui s'était si soltement mis dans la main de ses pires ennemis, fut immédiatement arrêté, enchainé et conduit devant le basileus. Dès le 3 août il était déporté sur l'aride rocher de PInti. Constantin Dukas, mari de sa fille, la célèbre future impératrice Eudoxie, le même qui plus tard devait être basileus des Romains, ayant crié à l'injustice à cause de ce traitement barbare infligé à son beau-père, et invoqué les serments violés, fut de son côté enfermé dans une tour, probablement la fameuse prison des Anémas. Outre celui-ci, on molesta de même, en qualité de partisans de Dalassénos, trois hauts et riches archontes d'Asie, Goudélis (1), Baîanos et Probatas. On les dépouilla de leurs biens qui furent remis à Constantin, le second frère du basileus Enfin, l'ancien protovestiaire Syméou, dont il a été si souvent question déjà, un des plus intimes conseillers de feu le basileus Constantin, parce qu'il n'avait pas, lui aussi, craint de manifester hautement sa désapprobation de tels actes, accusant le basileus de parjure à l'endroit de Dalassénos, fut, lui aussi, expulsé de la capitale et exilé au mont Olympe où on le contraignit de prendre le froc dans un monastère jadis fondé par lui (2). Sa charge fut, on l'a vu, transmise à Georges, troisième frère du basileus. Certainement Dalassénos (levait appartenir à une des plus considérables familles byzantines pour qu'il ait eu ainsi à la fois de si puissants ennemis
(1) Voy. pp. 18 et «lu présont volume.
(2j [,<!S phénomènes célestes comme les convulsions du sol continuèrent à être fréquents en cette année 1034. Skylilzès (voy. Cédrénus.p. 511, et Murait, op. ci/., Il, 612) note encore un tremblement de terre qui causa les plus grands dégâts à Jérusalem. Les secousses se succédèrent sans interruption durant quarante jours. Beaucoup d'édiflees civils et d'églises furent jetés à terre. Il y eut une quantité de morts. Au mois de septembre une colonne de feu apparu a l'Orient, ayant sa rime inclinée vers le sud, encre une. comète probablement.
\'<>y. dans Arisdaguès de Lasdivenl, op. < it.. pp . r.20 sqq., une éclipse, puis les lamentations délirantes d'un fou annonçant les pires calamités.
188 LE* l>()Rf'IIYROGE\ÈTE.S ZOE ET THEODORA
et de si dévoués et importants partisans et pour qu'il ait pu donner sa fille en mariage à un Dukas, un des premiers parmi les membres de la noblesse byzantine de l'époque (I).
Le duc Nicétas ne survécut que peu à son entrée sanglante autant que déloyaie dans Antioche. Il mourut presque aussitôt et fut remplacé dans sa charge par son frère Constantin. Le basileus, désireux de prévenir en faveur du nouveau duc la population antiochitaine qui venait d'être traitée si cruellement, lit mettre en liberté les malheureux captifs expédiés à Conslanlinople.
Je possède dans ma riche collection de bulles de plomb byzantines le précieux sceau de Nicétas, duc d'Antioche, frère du basileus Michel IV. Sur ce curieux monument d'assez, grandes dimensions et qui peut être daté exactement à l'année 1031, puisque celte même année vil à la fois l'élévation et la mort de ce personnage, on lit la légende que voici en beaux caractères qui occupent à la fois le droit et le revers du sceau: Seigneur, protège ton serviteur Nicétas, patrice, recteur et « catépmw » de la Grande Antioche 2).
Voici les deux autres faits signalés par Skylilzès: Les habitants de la grande cité sarrasine d'Alep chassèrent le gouverneur envoyé par le basileus (:i) et les corsaires sarrasins s'emparèrent de la cité maritime de Myra, dans le thème de Cibyrrhéotes, l'ancienne Lycie. Pour la première de ces indications, nous ne savons même pas s'il s'agit d'un personnage purement byzantin ou d'un chef arabe. L'hypothèse «le beaucoup la plus probable est qu'il est ici question de quelque résident grecque le basileus entretenait auprès de l'émir d'Alep, son vassal, car il y avait toujours un émir à Alep : i ; seulement nous avons vu qu'il était devenu tributaire de l'Empire. Ce fut certainement à la suite de cet événement qu'eut lieu une expédition malheureuse des (Irecs contre cette ville, expédition dont les
(li Voy. •ïfnpnT, op. rit., III, p. I.'IK. -Constantin Monomaque, auquel Zoé avait semblé vouloir <lu bien, fui également, ainsi que nous le voirons plus loin, chassé à ce même moment de lu cour et envoyé à Lesbos dans un lointain < t dur exil. Lv cruel eunuque se débarrassait ainsi snccessivom. nl des plus redoutables représentant» de la noblesse impériale.
(2.i Voy. la vignette de In p. I X'.K Ce sceau pourrait avoir appartenu également au prédécesseur de Nicétas dans ces haute* fonctions de dur d Antiuche. Nicétas de Mistli.e ou Mislhêeti.
(X) "ApjMW,;.
{() Voy. p. 71, note 4 du présent volume.