‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 51 sur 90 · HARALD LE SÉVÈRE · texte numérisé non relu

HARALD LE SÉVÈRE

le bétail humain vendu à l'encan à la suite de ces grandes victoires? Ici, pour la première fois, nous voyons apparaître parmi le cliquetis de

IViilUK HYZ ASTIS du Muter. Bodtiin, à Oxford. — /.»• CViHM bêninunt <im<# mr te trône. — XI** ou XII»* Siècle.

ces événements militaires un nom glorieux autant que mystérieux et lointain qui va devenir presque fameux, celui du héros Scandinave quasi fabuleux, Ilarald, le frère du roi de Norvège, saint Olaf. Ce royal aventurier

qui avait dû fuir son pays à la suite d'un meurtre, avait, nous le verrons,

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r.Ea PORPHYRar.liXÉTES 7.0É ET TlltiODORA

fini par entrer au service du basileus de ( Constant inople. Il (levait s'illustrer infiniment dans ce poste. La première mention qui soit faite de sa présence dans la Ville gardée de Dieu, est celle-ci : le scalde, auteur de la « Saga » dite « de llarald », raconte que son héros, nommé par la basilissa Zoé chef des Werings, c'est-à-dire chef de la garde impériale varangienne ou russe, alla combattre les pirates dans l'Archipel, en Afrique et en Sicile! Nous reviendrons plus loin, à propos de l'histoire de ce héros légendaire, sur ses hauts faits, particulièrement dans la guerre de Sicile. Pour ce qui est «le sa participation aux batailles navales dans l'Archipel, nous ne possédons que celle unique indication si brève. Elle n'en a pas moins son prix, puisqu'elle nous autorise à croire qui* llarald fit probablement ses premières armes au service du basileus dans ces combats que je viens de décrire, sous la haute direction du stratigos des Cibyrrhéotes T .

J'ignore pour quelles raisons Michel et son frère l'Orphanotrophe, au dire de Skylitzès, retirèrent à Maniakès à cette époque son commandement d'Edesse où il avait si glorieusement fait son devoir (2) pour le remplacer dans ce poste si important par Léon Lépendrinos, tandis que luimême était nommé gouverneur de la haute Médie et de l'Aspracanie, c'est-à-dire de l'ex-royaume du Vaspouraran si récemment annexé à l'Empire et de toutes les contrées situées au sud de l'Ararat (3). Probablement le basileus et son frère, en agissant de la sorte, entendaient opposer ce jeune, capitaine dont le nom commençait à devenir célèbre, aux progrès toujours croissants des Turks Seldjoukides en ces parages et à leurs incessantes agressions tout le long des frontières chrétiennes. Mal leur en prit cependant, car Kdesse allait avoir à souffrir presque aussitôt du départ de son énergique commandant. Dès la fin de celle môme année 1035, ou

1 1) Voy. sur ces faits si curieux: Wavsiliewsky. la droujina vxrin-jo-rusie, ch. VII. Peutêtre même HaraM fit-il partie, avec ses compatriotes, do l'expédition navale contre Alexandrie. Voy. p. i:»l «lu présent volume.

(2i Skylitzès est seul i\ nous donner ce rens •iiru.métit. Voy. Odr.. 512, 9. Toujours la même série de notes sur le thème des Cibyrrliéotrs ,«t l'Asie en général fournies probablement par le métropolitain d'Rnchniln, le fameux Jean Mnuropos.

(M) Mathieu d"Ki|. sse éd. D.ilnurier, p. Ml note également la destitution du brave Maniakès de son commandement d'ICdess^, mais il attribue cette mesure ii Romain Argyros <|ui remplaça, dit-il, le j>-um- héros pur un certain Abouknb, «comte de la tente » ixiji*); tt,; xiptr.j) de D.ivilh le curopalali-, ibuic un Arménien ou un géorgien, ancien fonctionnaire de ce prince. Voy. la note I de la p. *•(. ou il est déjà <\u >lion de ce personnage.

coupa r.s autour h 195

plutôt de l'hiver suivant, d'après Mathieu d Kdesse (I Ibn el-Alhir (2) et Ahoulfaradj 3 ; , les émirs sarrasins Ibn ou Bar Waththàb le Numérite de llarràn et Ibn Outaïr , i , qui ne pouvaient se consoler de la perle de cette cité, probablement encouragés par le départ de (îeorges Maniakès, dont ils avaient une terreur extrême, vinrent attaquer le territoire d'Kdessc avec des forces très considérables augmentées des contingents que leur amena Nasser Kddaulèh Ibn Merwàn en personne, toujours irrité contre les (îrecs à cause de leur injuste agression de l'année précédente. Tous les trois, dit Ibn el-Athîr, marchèrent d'abord contre Souwaidà que les (îrecs venaient de rebâtir. Même les habitants de la région s'adjoignirent à eux. Ils prirent cette ville d'assaut, tuèrent trois mille cinq cents de ses défenseurs, la mirent au pillage et emmenèrent de nombreux captifs. Us allèrent ensuite assiéger Édesse où la disette grandit à tel point qu'une mesure de blé se payait un dinar. La situation devint même si critique que le patrice gouverneur d'Édesse, qui était alors certainement Lépendrinos, dut sortir secrètement de la ville pour aller informer le basileus de ce qui se passait. Le basileus le renvoya à Édesse à la tète de cinq mille cavaliers.

« Ibn Waththàb, poursuit Ibn el-Athir, et le commandant des troupes de Nasser Kddaulèh en furent informés. Ils préparèrent une embuscade dans laquelle les (îrecs tombèrent. Heaucoup d'entre eux furent tués; beaucoup d'autres, dont le patrice, faits prisonniers. Les musulmans conduisirent celui-ci devant la porte d'Kdesse et dirent à ceux qui lagardaient : t Livrez-nous la ville, sinon nous tuerons le patrice et ceux qui ont été faits prisonniers avec lui. » La ville, qu'on ne pouvait plus défendre, fut livrée. Les troupes grecques se retirèrent dans la forteresse et les musulmans pénétrèrent dans la ville, faisant main basse sur tout ce qu'elle renfermait. Ils en revinrent les mains pleines, emmenant de nombreux prisonniers, et firent un grand massacre. Ibn Waththàb envoya à Amida cent soixante chameaux chargés des tètes de ceux que l'on avait tués et continua d'assiéger la citadelle.

(1) En Tannée arménienne 484 (13 mars 1035 à 11 mars 1036). (z) Op. cit., IX, p. 305.

{3) Op. cil., p. 427. Kn l'année 427 de l'Hépin* [•> nov. 103."i a 24 octobre 1036) dans le mois de redjcb.

,4) Weil. op. cit., |». 8». dit « Ibn Atttjnl. ».

le* roiiJ'iiYnor.ÈMrn-s zoe et théoihiha

Hassan Ibn Mouflaridj Haghfal Ibn DjerrAh At-TAï, le partisan des Byzantins, vint ensuite au secours «les assiégés d'Kdesse, amenant avec lui cinq mille cavaliers arabes et grecs. Averti, Ibn WalhthAb se hAta de marcher contre lui pour l'empèchtr «l'opérer sa jonction. Une partie des Grecs d'Kdesse sortit alors de la ville et s'avança jusqu'à Harràn; mais les habitants les attaquèrent et Ibn WalhthAb, informé de ces faits, revint en toute hAte. Il tomba sur les Grecs, dont il tua un grand nombre. Le reste revint A Kdesse en désordre.

Deux ans plus tard, en l'an 42!) de l'Hégire ;'|) — c'est toujours au même écrivain arabe que nous devons ces précieux renseignements, qui nous montrent les guerriers grecs alliés aux Arabes contre les propres coreligionnaires de ceux-ci, — deux ans plus tard, le prince de Harràn, ne pouvant plus tenir tète aux Grecs d'Kdesse, traita avec eux et leur laissa le faubourg d'Kdesse qu'il leur avait enlevé auparavant, comme il vient d'en être fait mention. Les Grecs sortirent alors de la forteresse et affluèrent dans le faubourg, à la grande frayeur des gens de Harràn. Ils restaurèrent les édifices et les fortifications d'Kdesse.

Mathieu d'Kdesse, qui raconte ces mêmes faits fort brièvement et fort inexactement, ajoute que ces bandes sarrasines innombrables, véritable multitude « de Kurdes et de Mahadtens », après avoir quitté les abords d'Kdesse, se précipitèrent tout du long de la rive orientale de IKuphrate, semant partout le meurtre, le pillage, l'esclavage et la ruine. Ces féroces envahisseurs enlevèrent encore aux Grecs les localités d'Alar (2) et de Sévavérag ou Sivarag, ville de la Mésopotamie arménienne, au nord-est d'Kdesse. C'est aujourd'hui Sévérek ou Sûverek, dans le pachalik de DiAr-Bekir. Ibn WaththAb ramena de ses incursions d'innombrables captifs.

Les historiens byzantins Skylitzès (3) et Zonaras (4), entre autres, tout en niant à tort la prise d'Kdesse à ce moment par les Sarrasins, affirment que l'action de ceux-ci, qui avaient largement profité du découra-

t) 14 octobre 1017- 2 octobre 1038.

\i\ Localité non idi-ntifl'-u du territoire <!'Alr«s«>.

(31 Voy. CMr., 520. — Skylitzès plan» la délivrance d'Ivlosso, par lo duc Constantin, à l'an 1037.

(4) L. XVir. chap. 14.

ÉPESSE EST SECOURUE 197

gement amené parmi les chrétiens par la disgrâce de Maniakès, fut si violente contre celte ville qu'elle eût certainement succombe, Lépendrinos, successeur de Maniakès, n'étant pas en état de la défendre, si le nouveau duc d'Antioche, Constantin, le frère du basileus, parti de cette dernière

MINIATURE BYZANTINS d'un très précieux manuscrit de /'Histoire de Skylitzè», <le lit HU)liothè»i»e Sutionale de AludrUl. — Les Antbes tentent de reprendre Edesse par rase. — (Millet, Ut"-Étude», C. Uhk.)

ville en hâte extrême avec tous ses contingents, ne l'eût secourue M extremis et sauvée contre tout espoir (1). Nous n'avons pas, de ce côté, d'autre détail sur ce succès inespéré des armes byzantines qui dut être considérable (2). Le basileus récompensa ce service signalé en nommant le duc Constantin domestique des Scholes de l'Orient, autrement dit généralissime des forces impériales en Asie. Le gouvernement d'Kdesse,

<1) Aboulfaradj, à l'année de l'Hégire 429 (14 oct. 1037 —2 oct. 1038), raconte, de son coté, que l« s Turks Seldjoukides ou t Hun» Gouzéena », après avoir fait grand carnage parmi les Kurdes et les Arabes de l'Arménie, s'étant retournés contre l'émir Rar-Waththab, reluin-i rendit Édesse aux Grecs pour être tranquille de leur côté. Voy. dans Murait, op. ci/., I, 615, 2, la mention d< s ravages exercés à cette occasion par les Turks Seldjoukides ou < Gouzéens ».

(2) Le récit de Mathieu d' Édesse (op. cil., p. 52) est moins glorieux pour le duc Constantin. • Il arriva, nous dit-il, à la lé te d'une nombreuse cavalerie jusqu'à Malatya; mais, redoutant les musulmans, il n'osa pas sortir de la ville pour en venir aux mains avec eux. Ceux-ci, ayant connu son arrivée, reprirent le chemin de leur pays. Les Romains en firent autant et rentrèrent chez eux, craignant de s'aventurer sur le territoire ennemi. Dans leur marrhe, ils plongèrent les chrétiens (c'est-à-dire les Arméniens) dans le deuil, plus même que ne l'avaient fait les musulmans.

A cette même année 427 de l'Hégire (5 novembre 1035-24 octobre 1036), Ibn H-Athlr aienale

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LES POlil'HYHOGENÉTES ZOE ET TJIÉÛDOUA

enlevé à l'incapable Lépendrinos, fut confié à un vaillant officier d'origine géorgienne, Barazbatzé ou Waraz Watché (t) dit l'Ibère, ibérien par sa mère, mais né de père arménien. Ce chef intrépide faillit être pris peu après par les Sarrasins, dans une singulière surprise que nous racontent Skylitzès et Tchamlchian et que ce dernier écrivain place à l'an 1038 (2). Douze d'entre leurs chefs vinrent un jour trouver le commandant impérial, suivis de cinq o-nls cavaliers et d'autant de chameaux, chargés chacun de deux grandes caisses, soit mille cuisses en tout. C'étaient, disaient-ils, des présents que leur nation, dont ils n'étaient que les envoyés, adressait au basileus pour lui rendre hommage et se le rendre favorable. Waraz Watché lit dans Édesse à ces étranges voyageurs le plus aimable accueil. 11 convia les chefs à un festin, mais ne les autorisa cependant à faire entrer dans la ville ni leurs cavaliers, ni leurs chameaux. Durant que ces sauvages invités banquetaient aux frais du basileus, un vagabond arménien, qui comprenait l'arabe, s'en alla mendier au camp sarrasin. Tout en rodant parmi les lentes de poil de chameaux, il eut la surprise d'entendre une des caisses s'entretenir avec sa voisine et une voix en sortir qui demandait : « Où sommes-nous? » 11 courut faire part de sa découverte à Waraz Watché qui, laissant ses convives à table, galopa au camp ennemi avec un détachement d'élite. Les cavaliers infidèles étaient allés fourrager au loin. Le chef byzantin lit aussitôt ouvrir les innombrables caisses. On trouva dans chacune un soldat tout armé (3). Ils devaient ainsi, durant la nuit, s'emparer de la ville. A mesure qu'on ouvrait les caisses on tuait les hommes qu'on en extrayait. A mesure aussi que les cavaliers dispersés rentraient au camp, on les passait par les armes. Puis Waraz Watché s'en retourna auprès des chefs qu'il trouva toujours

encore le fait suivant: Les « Sanùvina », Arminiens qui occupaient de» châteaux forts aux environs ik- Khelùt, avaient ussuilli le convoi «lus pèlerins qui, de l'Aderbaïdjan, du Khorassan et du Taburistan, se rendait-lit à la Mecque et pris tout ce qu'ils possédaient, cela par trahison, et avec la complicité des autres tribus arméniennes. Les pèlerins furent massacrés ou réduit» en esclavage. Les Arméniens firent ensuite hommage aux tirer s de la totalité des prises provenant do celte affaire. Nasser Eddaulèb châtia les Arméniens et prit des mesures de précaution contre les Grecs.

\l} Le même certainement qui avait été compromis dans une conspiration sous Homain III Yoy. p. 1U2 du présent volume. — Voyei encore Epopée, I, 431 et UUt. de l.i Goo/yi«, add., p. 219. (2) Op. cit., Il, pp. 915, 917, 918.

• 3.1 Skylitzès , voy. Cédr., 520) dit qu'il y avait deux guerriers dans chaque caisse.

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