‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 53 sur 90 · LES PO HP H Y ROG F. S ETES ZOÉ ET THÉODORA · texte numérisé non relu

LES PO HP H Y ROG F. S ETES ZOÉ ET THÉODORA

remettre un roi d'Arménie Jean Sempad «t qu'il avait, au lieu île remplir cette mission do confiance, déloyalement gardé par devers lui pour en user plus tard dans son propre intérêt T. Il avait bien calculé, car Michel récompensa généreusement son action infâme. J'ignore ce qu'il peut y avoir de vrai dans ce curieux récit.

Dans le courant de cette même année qui avait vu le trépas de Humain Argyros, mourut, après dix ans de règne, sans enfant, le roi Davith, roi Ardzrounien de Sébaste, fils de Sénékhérim, l'ancien dvnaste du Vaspouraçan, laissant son nouveau petit royaume vassal de l'Empire à son frère Adam, secondé par Abou Sahl, son cadet '2). Mathieu d'Édesse fait un grand éloge de ce prince « vertueux, juste, plein de mansuétude, d'une vie sainte, miséricordieux, soutien des pauvres, protecteur des religieux, constructeur d'une foule d'églises et de monastères ». Or, il arriva, disent ce chroniqueur et aussi Tchamtchian 3), qu'un prince arménien qui jadis avait suivi le vieux roi Sénékhérim dans son émigration fameuse du Vaspouraçan jusqu'à Sébaste, jaloux des honneurs dont jouissaient ses nouveaux maîtres, alla les accuser auprès du basileus de vouloir se révolter pour se rendre indépendants de l'Empire. Cette calomnie qu'appuyait le haut rang du calomniateur, eut tout crédit à la cour. Des troupes, — Mathieu d'Édesse dit quinze mille hommes, — furent envoyées à Sébaste, qui est la Siwas actuelle, pour combattre les deux frères, avec ordre de les amener, de gré ou de force, à Constantinople. Ces troupes étaient, comme toujours, composées en partie de mercenaires russes, car Mathieu d'Édesse désigne le chef de l'expédition impériale par le seul nom de « l'Acolyte » ou t Akolouthos » qui était le titre qu'on donnait au chef de la garde tauroscythe ou vwring à Constantinople.

L' « Acolyte » et ses troupes étant arrivés à Sébaste, les fils de Sénékhérim en conçurent une terreur extrême. En vain le vieux généralissime Schabouh , i- ) voulut rassurer les princes arméniens effrayés à l'idée de ce voyage forcé dans la lointaine capitale du basileus de Roum,

(!) Voy. [t. 141 du prisent volume.

(2: Matlii. u (l'Kili **!-, op. cit., tVI. Dulnuri<r, |>. :>>. Op. cit., U, |»|». U17, îH8.

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en leur prouvant qu'il y avait encore du sang dans les veines de ses soldats; en vain leur montra-t-il qu'il ne fallait qu'un coup «lu cimeterre pour pénétrer les cuirasses des (Jrecs, ce qu'il lit sous leurs yeux, en mettant cinq de ces armures l'une sur l'autre sur un paquet de sarments et les faisant ensuite voler en éclats du choc de son épée, Adam et Abou Sahl préférèrent s'en remettre à la clémence du basileus Michel. « (îarde-toi, mandèrent-ils à ce souverain, de tout acte de violence ; nous partirons avec les messagers qui sont venus nous chercher. » Et ayant offert de riches présents au chef impérial, ils partirent avec lui pour Constantinople. A leur arrivée, une cérémonie solennelle eut lieu. Les deux princes se rendirent, tout en pleurs, sur la tombe du grand basileus Basile, et, jetant sur ce monument l'écrit que ce prince avait adressé à leur grand-père Sénékhérim, en lui donnant l'investiture de Sébaste : « C'est toi, s 'écrièrent-ils, qui nous a fait venir BAttUE DOlt inédite ^ nM Vlt[lection dans le pays des Romains, et maintenant à « p °» n <» t ApUatt:

J — X-* OU A7-* S«jcfc.

on menace notre vie ! Rends-nous raison

contre nos accusateurs, ô notre Père. » Michel, qui assistait à cette scène dramatique, après avoir entendu la lecture de cette missive officielle de son glorieux prédécesseur, attendri, serra les deux princes dans ses bras et fit jeter aux fers, puis mettre à mort le dénonciateur.

Durant ce temps, la frontière du Danube n'avait pas été davantage respectée. Skylitzès(t) raconte que tout au commencement de l'an 1033(2) les Petchenègues, sous le commandement de leur grand chefTyrack, fils de Kilter (3], après s'être tenus longtemps cachés dans les régions marécageuses au nord du Danube, franchirent ce fleuve sur la glace par un hiver de gelées intolérables et ravagèrent affreusement toutes les campagnes de Bulgarie et de Thrace. Nous n'avons malheureusement aucun

(1) Voy. Cédr., 512, 2, et 511, n,

(2) « Au temps de la colonne de feu. «> Immédiatement avant l'an du monde 6544. Voy. Murait, op. cil., I, 613, 8.

(3) Voy. sur la nation féroce des Petchenègues et leurs chefs Tyrark et Kégénis k paragraphe de Skylitzès reproduit par Cédrénus, II, pp. 581 sqq.

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détail, rien que ers tuots tragiques en leur brièveté : « ils dévastèrent le territoire de l'Empire jusqu'à la Macédoine et jusqu'à Salonique ». Une phrase du chroniqueur occidental Adam de Hrème (1) semble signifier que Harald fit encore celte fois partie des combattants envoyés contre ces barbares. C'est ici ou dans l'Archipel qu'il faut placer la première apparition de ce héros dans ces combats pour le basileus, dont la suite glorieuse allait l'illustrer à jamais \ï r

* De tant de calamités, aftirme gravement Skylilzès, l'eunuque Joannès ne prenait cure, n'ayant qu'une pensée en téte, bien garder Dalasséuos, pour que celui-ci ne pût lui échapper. Aussi, ne se fiant plus aux cachots de IMati, commanda-l-il qu'on ramenât une fois de plus ce prisonnier si précieux dans la capitale pour l'y enfermer dans une tour tout à fait imprenable où il l'entoura de gardiens choisis parmi les plus fén ces et les plus déterminés ». L'accusation portée ici contre l'eunuque de ne point se soucier des malheurs publics est en contradition avec tout ce que nous savons du caractère de l'Orphanotrophe par Psellos, ce témoin oculaire d'ordinaire si bien informé. 11 ne faut voir ici qu'un jugement passionné de Skylilzès, très hostile au fameux ministre. Ce qui nous intéresse le plus dans ce court passage, c'est de voir quelle terreur inspirait le seul nom de Dalassénos à tous les gouvernants. Ce devait être un personnage, probablement un prétendant, aussi influent que populaire, par conséquent très dangereux. .Malheureusement nous savons de lui si peu de chose, que c'est à peu près comme si nous ne savions rien î

Dès les premières semaines du printemps de l'an lO.'W, toujours au dire de Skylitzès on vit revenir en foule d'au delà du Danube lointain ces audacieux Petcln'iiègues, ces terribles pillards, preuve évidente que la défense de la frontière s'était bien affaiblie depuis le grand Basile. Jamais sous le règne de celui-ci ces bandits de la steppe n'eussent osé violer ainsi à plusieurs reprises le territoire sacré de l'Kinpire. Ils revinrent en tout trois fois et exercèrent sur ces malheureuses populations des thèmes d'Kurope d'indescriptibles cruautés, faisant périr dans d'horribles supplices,

(1) ivrl*. s.v. fi. (ierm., t. VII.

,2) Har.ihl rumbuttil prububkmtiii «u*si m Asi*- sur lu mouvant*- fronton; siirrasitir. Voy. W««sili<'\vsky, hi >froujinc v-rrin/n-ru .«c, rte... rli. VII.

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sans distinction d'âge, tons ceux qu'ils rencontraient sur leur chemin. Ils emmenèrent une foui»; de captifs des deux sexes après les avoir souvent torturés avec un raflinement effroyable. Parmi ces lamentables victimes, Skylitzès cite par leurs noms cinq grands chefs ou « stratigoi » byzantins qui tombèrent aux mains de ces barbares : Jean Dermokaîlès, Bardas Petzès, Léon Chalkoloubès, Constantin Ptérotos et Michel Strabotricharès. Nous ne savons rien de plus sur le sort de ces infortunés.

Parmi tant de maux, le basileus Michel et son frère Jean éprouvèrent toutefois deux grandes joies. Cette même année KKW, la Serbie, dit Skylitzès :'l \ qui avait secoué le joug romain depuis la mort du dernier basileus, fut à nouveau soumise et incorporée à l'Empire. En même temps la paix fut conclue avec le Khalife d'Egypte. De cette conquèto de la Serbie et des circonstances qui l'accompagnèrent, nous ne savons autre chose que cette simple mention du chroniqueur byzantin. De la paix avec l'Egypte, nous connaissons un peu davantage.

Le 15 du mois de cha'bàn de l'an 127 de l'Hégire, qui correspond au

I *t juin de l'an 1 030 de Jésus-Christ, après quinze ans, huit mois et quelques jours de règne, était mort de la peste le Khalife d'Égypte, Al-Zahir, à peine âgé de trente-deux ans. Ce souverain oriental des Mille et une nuits avait tout le long de sa courte vie adoré le plaisir. Jamais, paraît-il, on n'avait tant dansé et chanté en Egypte que sous son rè^ne. II avait fait établir un Champs de Mars pour ses Mamelouks. Dans l'arsenal du Kaire il avait employé trois mille ouvriers. Il adorait les pierres précieuses, les joyaux et les faisait partout rechercher avec passion. Fort doux d'ordinaire, il s'était montré une fois d'une atroce férocité, et ce fut là comme une sorte de ressouvenir affreux de son terrible père. Sous prétexte d'une grande fête, il avait fait assembler dans une mosquée deux mille six cent soixante jeunes lillcs de fonctionnaires et de domestiques du palais.

II les y lit emmurer toutes Elles y périrent de faim et durant six mois leurs corps demeurèrent sans sépulture.

Sa veuve, une ancienne esclave noire du Soudan, de religion chrétienne, devenue peu à peu très influente, régente au nom de son tils et

(I Voy. Codr., 515, 8.

2) WuilenMtl, op. cil., p. 225.

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successeur Abou Temim Ma'add, alors âgé seulement d'un peu plus de sept ans, élevé au trône sous lu titre d'AI Moslançer liillali. « Celui qui est conduit à la victoire par Allah » 1 , envoya aussitôt une ambassade au basileus pour traiter avec lui de la paix. Michel et son frère accueillirent, parait-il, très favorablement cette démarche, et les trêves entre les deux monarchies furent d'un commun accord renouvelées pour une période de trente années 2). A cette occasion, raconte Aboulfaradj 3), le gouvernement du nouveau Khalife rendit à la liberté la foule énorme de cinquante mille prisonniers chrétiens , V . Il renouvela, en même temps, l'autorisation de relever de ses ruines récentes le Saint-Sépulcre de Jérusalem. Le basileus expédia à cet effet dans la Ville Sainte «les ouvriers et de grandes sommes d'argent. Le temple si célèbre dans toute la Chrétienté ne fut totalement relevé, je l'ai dit, qu'en l'an 440 de l'Hégire, qui correspond à notre année 10 18 (">\

Du côté de l'autre Khalifal, celui de Bagdad, si extraor-

IHMM dinairement affaibli, il n'v avait dès longtemps rien à craindre. bi: verre ' b 1

KMife L'immense population de Hagdad s'épuisait en luttes intes-

w.'ta^r^ lmes ^ un caract, ' re essentiellement théologique, comme si l'ennemi chrétien n'eut pas existé 0). Seuls les émirs quasiindépendants du nord de la Syrie et de la Mésopotamie continuaient à soutenir le bon combat de la Foi, contre les contingents impériaux gardiens «les frontières. Alep, qui avait été-, on se le rappelle, reprise

(1) Ce princi» devait régner Jusqu'en I0'J4 sur l'Êgypte, plus «le soixante années lunaires. C'est un «les plus longs régn<* tic l'histoire.

(2) Skylitzès i voy. Cédr., 513, ï« et Zonaras. chap. XVII, 15. (3Ï Op. cit., p. 427. Voy. Wustenfeld, op. cit., p. 22*.

(4i D'autres sources ne «tonnent que le chiffre «le cinq mille. Uni el-Alhlr, lui. «lit qu- ce fut le basileus qui rendit c«- nombre de captifs op. rit., IX, p. 313}.

(5) Le IX décembre de Celte minée 103fi, à la «matri<-me heure de la nuit, année du monde 6545, trois soooiissi-s de tremblement d<; terre, dont deux très fortes, furent ressenties à Constant inople. — l'eut-élrw le fameux H iruUI allu-t-il vers cette époque en pèl«-rinage à Jérusalem. Voy. Wassili.wsky, La droujinn tirrinijn-rmur, etc., ch. VU. — A l'an 1034 se rapporte «•nrore le pèlerinage à Jérusalem «lu fameux Hubert le Diable, duc de Normandie, parti avec s«-s barons pour expi«;r ses pire liés. Il mourut en terri- byzantine d'Asie, à Nicée, peut-être par le poison, «lans le voyage du retour, en juillet 10.1..' Il ne laissait qu'un fils naturel qui fut le célèbre Guillaume le Conquérant. Il fut enterré «lans l'église métropolitaine de Sainte- Marie <le Nice Toute la Normandie U pleura. Voy. Guillaume «le Jumieg»'*. 1. VI, cap. XIII: Orderic Vital. I, 17'.». YVoce, Romun du /fou, éd. l'luquet, t. 1. p. 413; Chronique des durs de Normandie par Benoit, éd. Fr. MiriVI, t. II. p. :.7">. Chronique manuscrite de Normandie, R-c. de» Uist. de Fr., XI. 32*.

(tf Weil, op. cit., III, p. 72.

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