‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 54 sur 90 · PROCESSIONS CONTRE LA SÉCHERESSE · texte numérisé non relu

PROCESSIONS CONTRE LA SÉCHERESSE

en 12!> «le l'Hégire (I) par le fameux général du Khalife d'Égypte, Anouchtikin Al-Douzbéri (2j, avait élé reconquise après la mort de ce dernier, arrivée deux ans plus tard, par le Mirdàside Mouizz Kddaulèh Thamal Ihn Saleh Ibn Mirdàs. Celui-ci, après de longues luttes contre les lieutenants du Khalife Mostançer, après avoir été reconnu à plusieurs reprises par ce dernier comme son gouverneur à Alep, finit par abdiquer volontairement et à remettre sa cité aux mains du lieutenant du Khalife. C'était en l'an 118 de l'Hégire (3).

Après le passage des sauterelles qui avaient dévasté une foule de régions de l'Empire durant trois années, une sécheresse extraordinaire, toujours en cette année 1037, désola principalement les provinces d'Europe. Elle dora six mois et amena une abominable famine dans les thèmes de Thrace, de Macédoine, du Strymon, de Salonique et jusqu'en Thessalie. On fit à Byzance des processions solennelles en tète desquelles marchaient les frères du basileus, portant de leurs mains les très saintes Reliques. L'Orphanotrophe portait le saint « Mandylion » (4) ou « saiid Linge » avec l'empreinte de la face du Christ, autrement dit la Véronique ou Sainte Face, t don inestimable du Christ au roi d'Édesse Abgare ». Le grand domestique portait la sainte Lettre du Christ à ce même roi Abgare, et le protovestiaire Georges les saints Langes de l'Enfant Jésus. Us allèrent ainsi à pied du Grand Palais aux Blachernes. Le patriarche, de son côté, processionnait avec le clergé. Hélas, au lieu de la pluie qu'on attendait, il tomba une grêle terrible qui abattit les arbres et brisa les tuiles des toits de nombreux édifices. L'Orphanotrophe, pour remédier à la famine dans la capitale, fil acheter dans les thèmes de la Grèce propre et du Péloponèse cent mille mesures de blé.

(1) Ot. 1037 à Of t. 1038.

(i) Abonlfaradj raconte que durant cet intervalle, en 432 de l'Hégire, (supt. 1040 à août 1041), Auouchtikiu repoussa victorieusement une attaque des Grecs contre Alep. L'n cousin ifiliu» palrui) du basileus fut pris et un certain grand eunuque tué.

(3) Main to:>6 à m irs 1057. Voy. sur ces événements Weil, 0 p. cit., III, pp. tof, et 107.

(4) MavSiltov, incorrect pour Mixvtt.Xiov.

PIECE D'OR ou dinar du Khalife d'Égypte M<*stançer, frappée à Mixr en fan 10U7 de J.-C.

206 t.r..s poHi'iiYKnr.KMiTKm xoi-: /•;/• riii:<>i»oiiA

Ce suhsidt; fut «l'un très grand secours à lu misère des citoyens. Ce fui, du reste, une année extraordinaire sous le rapport des phénomènes célestes. Le 2 novembre, à dix heures du matin, la terre commença à trembler. Il en fut ainsi jusqu'à la fin de janvier! La rigueur de la température fut extrême. Partout des frimas inouïs! Au dire d'Aboulfaradj, il aurait neigé à Bagdad ! Le Tigre aurait gelé en décembre six jours durant !

Skylitzès note à l'an HKtS un fait intéressant. Le nombreux clergé de la grande cité et du thème de Salonique se trouvait brouillé avec son métropolitain Théophane dont l'impitoyable avarice l'avait poussé à bout. Bien loin de soulager la misère de ses prêtres accrue par tant de calamités, ce prélat indigne, par son inique parcimonie, aggravait encore leur misère en se refusant obstinément à leur faire délivrer les allocations alimentaires accoutumées auxquelles ils avaient droit, d'où conflit violent. Le basileus qui, alors déjà fort malade, fréquentait assidûment Salonique où l'attirait sa dévotion extrême au tombeau de saint Démétrius, s'y trouvait précisément à ce moment. Il manda le métropolitain et le conjura de pratiquer la justice et de faire son devoir de pasteur. Comme l'entêté prélat résistait à toutes ses injonctions, accumulant pour se défendre les plus mauvaises raisons, finalement se refusant à obéir, Michel, exaspéré, décida d'user de ruse pour châtier tant d'avarice. Il dépêcha à Théophane un cle ses tidèles pour lui emprunter une somme de cent livres d'or, un « kenliuarion », en attendant que l'eunuque Joannès lui eût envoyé les sommes qu'il attendait du Palais Sacré. Le prélat, défiant et avare, jura qu'il n'avait point trente livres d'or chez lui. Sur l'ordre du basileus, on le mit dehors de sa demeure épiscopale où des perquisitions amenèrent la découverte de la somme énorme île trois mille trois cents livres d'or. De cet amas de richesses, on commença par payer son dû au clergé régional, tout l'arriéré depuis le début de I'épiscopat de Théophane jusqu'à ce jour. Le reste fut sommairement distribué aux pauvres. Théophane, chassé de l'Lglise et de son siège, fut relégué dans une de ses terres. Le basileus le remplaça sur le trône épiscopal de Salonique par un certain Prométhée auquel il ordonna de fournir à l'exilé tout juste de quoi vivre sur le pied d'un simple particulier.

E VÉSEMESTH DE l'EUGRl

Kn cette même année 1(137 (l), disent Tchanitchian (2) et Arisdaguès de Lasdiverd ('À], Nicolas Kabasilas, dit Chrysélios, d'origine bulgare, gouverneur impérial de la province nouvellement annexée du Vaspouraçan, étant parti en expédition avec des forces considérables pour reprendre la ville de Pergri, sur le lac d'Aghthamar, près d'Ardiscb, (pie les Turks Seldjoukides avaient depuis longtemps enlevée aux Arméniens, réussit dans son entreprise. Il fit prisonnier Kbtric ou Khédrig, émir de cette ville, et y mit une garnison de cavalerie. Il fut ensuite remplacé par un autre gouverneur dont nous ignorons le nom qui, au lieu de défendre Pergri, s'en alla fort loin de là dans la province d'Arlsakh (4), très riebe en fourrage pour sa cavalerie.

L'émir Kbtric, bien que gardé à vue dans sa forteresse, trouva moyen de prévenir de ce départ d'autres chefs seldjoukides qui bloquèrent soudain la ville, la prirent par surprise, la pillèrent et délivrèrent Khtric après avoir fait un grand massacre de la garnison byzantine. Les troupes impériales, cantonnées à Artsakb, ne parvinrent point à la secourir. Mais un dynaste arménien nommé (îandzi, aidé de son lils Tadjat, assembla quelques contingents arméniens et grecs, pénétra à son tour par surprise dans Pergri par une brèche et força les quelques Turks qui réussirent à échapper à son glaive, de se retirer dans la partie la plus haute de la citadelle. Bientôt, faute d'eau et de provisions, les assiégés souffrirent cruellement. La troupe de(îrecs et d'Arméniens qui avait espéré les surprendre, sûre d'en finir avec eux, se laissait aller à tous les délassements. Aussi fut-elle attaquée à ('improviste par d'autres Musulmans qui, secrètement informés par Kbtric, avaient couru au secours de la place, (irecs et Arméniens périrent en foule. (îandzi fut tué. Son fils, avec beaucoup d'autres, ne dut son salut qu'à une prompte fuite. Les Turks rentrèrent chez eux chargés des dépouilles des morts. Cependant Khtric, ainsi délivré, pour se venger des atroces souffrances de ses deux captivités, fit

(1) Ou plutôt 1038. Voy. Murait, op. cit., I, 616 : « la mftme année que le haut hit de Oarazbatzé à fcdesse ».

(2) Éd. de Bombay, II, 917. Lebeau, op. cit. XIV, 280.

(3) Op. cit., pp. 50 sqq.

(4) Ou Ardzag. « C'est peut-être, dit Indjidj, la même localité qu'Ardzgué, TÏIle très ancienne du district de Peznounik', de la province de Dimroupéran sur le lac Van, entre Ardjisch et Kli. lal. »

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creuser une fosse île la hauteur d'un homme. Il la fit emplir du sang des prisonniers qu'il faisait massacrer. Il y descendit et s'y baigna t pour calmer la rage dévorante de son cteur ».

L'an d'après, au printemps, le hasileus envoya des force- plus nombreuses qui reprirent définitivement Pergri après un siège en règle. Les assiégés, terrifiés par l'action foudroyante des catapultes, capitulèrent.

MINIATVRR BYZASTISE 'l'un trè* proUru.r manuscrit dr /'Histoire A*. Skylitzé», de la Itihlit.thojiir Xatinnals </<• Madrid. — /'nwjuiion i;.ntr? li >'»■» Iwrwsse. fMdlet, II " -Études, C. 13 M.)

Ils eurent la permission de se retirer avec leurs familles. « Dès lors, dit Arisdaguès de Lasdiverd, Pergri fut irrévocablement soustraite à la domination des Turks. »

En l'an 1038 ou plutôt 1039 (V, il y eut des hostilités graves sur la frontière de Géorgie. Nous n'en savons du reste que peu de chose. Le jeune roi de ce pays, Pakarat IV, qui était toujours encore en guerre avec l'Empire, ayant attaqué vivement avec toutes ses forces le vestarque Michel Iasitès '2', « catépano » ou duc de la llaute-Ibérie, c'est-à-dire de

(li Murait, op. cit.. I, 617.

2 < m Incita*.

AFFAIRES DF nËORCIF.

cotte portion l'Ibérie qui avait été réunie à l'Kmpire, l'eunuque Joannès et le hasileus dépêchèrent au secours de ce dernier leur frère, le domestique des Scholes d'Asie, Constantin, « à la tète de toutes les lésions de l'Orient ». Ils avaient, chose curieuse, promis à ce dernier de lui envoyer comme collègue, pour le conseiller dans cette guerre d'ordre tout spécial, Constantin Dalassénos, pour lequel lui professait autant d'estime que ses

RUINES D'A NI, la vapiUile tin RoU (le* Roi* Pagratide* d'Armènù: au XI"' SiaU: Église yreo</ne. — (Phot. commun, par M. J. île Morgan.)

frères, l'eunuque surtout, avaient de haine. On se rappelle combien le mérite de ce personnage, dont Joannès était le pire ennemi, faisait ombrage à celui-ci et comment il le tenait depuis Irois ans enfermé dans une douloureuse captivité dans une tour de l'enceinte urbaine. Comme l'eunuque ne remplit pas sa promesse vis-à-vis de son frère et qu'au contraire il témoigna à Dalassénos d'une haine toujours plus grande, le gardant plus étroitement enfermé que jamais, exilant aussi toute sa famille qu'il ne songeait qu'à détruire (1), Constantin, s'estimant de ce fait

(I) Il voulait faire disparaître toute sa race, • tout le reste de ses proches », entre autres

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insulté, car il avait fait une condition sine qua non de cet envoi de Dalassénos à l'armée, battit en retraite sans avoir rien tenté contre l'ennemi, sans avoir obtenu le moindre résultat, avant môme d'avoir mis le pied sur le territoire géorgien.

Voici comment Y Histoire de la Géorgie (1) raconte de son côté ces faits obscurs : < Le roi Pakarat, qui venait d'obtenir la soumission de quelques « éristhaws x rebelles dans le Kaketh, revint sur ses pas en hâte, parce que Liparit, t éristbaw » des t éristhaws », commençait à se livrer à des démarches tortueuses. Même, peu de temps après, ce vassal rebelle dont il va être si souvent question dans la suite de ce récit, fit revenir de Grèce, avec une armée, le frère du roi, Démétré, afin de le faire roi lui-même. D'autres « didébouls » et < aznaours » s'étant joints à Démétré, traversèrent la contrée d'en Haut, et entrèrent dans le Khartli. Ils assiégèrent Ateni, place importante, et dévastèrent diverses contrées. Mais Liparit, les Kakhes et les Grecs qui étaient avec lui, ne purent prendre la place parce que les commandants des citadelles étaient tous «les hommes résolus et dévoués à Pakarat, à l'exception de Pharsman, « éristbaw » de Thmogwi et de Bechken Djaqel, « éristhaw » de Thoukharis. Le roi Pakarat alla alors dans le Djawakheth, où il commença à bâtir les remparts d'Akhal- Kalak, qui était pour lors sans murailles. L'hiver approchant, les Grecs voulurent se retirer chez eux, et Liparit se réconcilia avec Pakarat, qui lui donna 1' « éristhawat » du Khartli. Les tirées s'en allèrent donc dans leur pays, emmenant Démétré ; 2). On le voit,!' «éristhaw » des» éristhaws », Liparit, était devenu bien complètement l'allié du basileus Michel contre son propre souverain (3).

Ce pauvre roi Pakarat eut une existence vraiment agitée. Ce fut,

Bes frères les pntrices Théophanc ut Rotu.iin comme aussi son mm u (ivi^ç) Adrien. Odr., II, 521, 7.

(1> fcd. Brosset, t. I, pp. 318 sqq.

(Jt) Je ne sais pourquoi Brosset, Ifitf. de la (iéorgie, I, note 8 de la p. 318, dit que cette tentative des Grecs ne parait pas être la menu que celle dont parlent les Byzantins en 10.18 (1039 pour Murait).

(31 Voyez dans Brosset, Inscriptions géorgienne» et autre* recueillie* par le Père Xer.ies Sargisian, etc., uti certain nombre d'inscriptions arméniennes encore existantes, datant de c^tte époque du repue du basileus Michel IV : une de l'année 1030. p. 23; une do l'année 1032, p. l'J, enfin celle de l'année 1036 du palrice Ujodjic à l'occasion de la restauration d'Eoeh, p. 11.

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